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Basse-Côte-Nord carnet de visite - Septembre 2020

Le Départ

Lundi matin, 6h, décollage de Sept-Îles. Nous prenons le cap du soleil levant, vers l’est de la Côte-Nord. Découverte de la Minganie vue d’en haut, que nous parcourons habituellement vue d’en bas. Le territoire est immense. Le paysage déborde de nature. Nous suivons la route 138 jusqu’à Natashquan et Kegaska, porte d’entrée de la Basse-Côte-Nord. Le littoral prend alors la forme d’un archipel, où fleuve, rivières et lacs se confondent. Plus de route désormais, nous perdons nos repères. Les communautés occupent le territoire, mais rejoindre les villages ressemble à une chasse au trésor.

Le Contexte

Ce court séjour en Basse-Côte-Nord s'inscrit dans le cadre du déploiement du mandat d'agent régional du Fonds Écoleader. Ce programme vise à soutenir les entreprises intéressées à adopter des pratiques écoresponsables et des technologies propres.

Pendant quatre jours, nous rencontrerons des entreprises et des organisations de développement économique afin de discuter de gestion des matières résiduelles, d'énergies renouvelables, d'efficacité énergétique, de consommation d’eau, d'approvisionnement responsable ou encore d'économie circulaire. Nous tenterons d'identifier des initiatives qui pourraient bénéficier de l'aide financière du Fonds Écoleader.

La route 138 passe par Baie-Johan-Beetz.
Route absente à Harrington Harbour.

L'atterRissage

Atterrissage à Harrington Harbour : un réel privilège!
Sur les hauteurs du village de Harrington Harbour.

Harrington Harbour

Nous visitons la Coopérative communautaire de fruits de mer de la Basse-Côte-Nord. On y transforme le crabe, le homard, le flétan et la morue. En saison, l’entreprise est peuplée de travailleurs issus du village et des alentours.

L'approvisionnement énergétique de l'usine pour le chauffage et les équipements provient de l’hydroélectricité produite par la centrale du Lac-Robertson. Celle-ci est reliée à un réseau autonome et a permis aux villages de la Basse-Côte-Nord de s’affranchir en bonne partie des combustibles fossiles pour la production de leur électricité.

Au coeur du village de Harrington Harbour.
Travaux de peinture.
Les voies aménagées de Harrington Harbour.
Les anciens réservoirs de diesel, aujourd'hui désuets.
La Coopérative communautaire de fruits de mer de la Basse-Côte-Nord.

Gestion des résidus marins

En Basse-Côte-Nord, les usines de transformation des produits marins ont des permis de rejets en mer pour leurs résidus organiques. La nouvelle Stratégie québécoise de valorisation de la matière organique prévoit de gérer la matière organique dans 100 % des industries d’ici 2025. À l'usine de Harrington Harbour, on est proactif. Des échantillons ont été envoyés à la Coasters Association, située à Rivière-Saint-Paul, afin d’étudier de nouveaux débouchés.

Des solutions de valorisation des résidus de la mer existent ailleurs sur la Côte-Nord, notamment la production de compost et d’engrais. Pouvoir les utiliser dans des projets agricoles locaux maximiserait les retombées environnementales, sociales et économiques pour les collectivités. Et nous apprenons que la plupart des villages ont leur projet d’agriculture, qui s’inscrit souvent dans une stratégie de diversification économique et d'autonomie alimentaire. À Tête-à-la-Baleine, un jardin communautaire a été créé avec l’appui du programme Nutrition Nord. C’est aussi le cas de la Coopérative agricole AGRO, à La Tabatière, qui vend ses fruits et légumes à petit prix à la communauté.

Jardin communautaire

La Tabatière

Arrivée à La Tabatière, l'une des deux localités de la municipalité de Gros-Mécatina.

Ce même jour, nous discutons avec le préfet de la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent et maire de la municipalité de Gros-Mécatina des défis économiques de la région, quelque peu accentués en ces temps de pandémie. Randy Jones est optimiste et croit beaucoup à la diversification du secteur des pêches et de l’aquaculture, ainsi que de la pêche touristique.

Discussion avec Randy Jones, préfet de la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent et maire de la municipalité de Gros-Mécatina.
« Il y a tellement de lacs où les poissons n’ont jamais vu un hameçon », avance avec humour Randy Jones, préfet de la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent et maire de Gros Mécatina.

Tête-à-la-Baleine

Le centre du village de Tête-à-la-Baleine.

La chaleureuse communauté de Tête-à-la-Baleine nous accueille à l’Auberge de l’Archipel. Christiane y met son terroir en valeur, pour notre plus grand bonheur : filets de morue et tartelettes de chicoutai.

Fin de journée d'ouvrage pour Martin Marcoux, à la marina.

Nicole Monger, active dans l'Association de développement touristique locale, nous fait visiter les alentours du village. Nous prenons la route vers le quai fédéral et la marina, fraîchement rénovée. À l’ouvrage, Martin Marcoux nous explique les travaux réalisés durant l’été, grâce à différentes aides financières. Le décor est magnifique.

Nous faisons également un arrêt au site de dépôt des matières résiduelles encombrantes, une sorte d'envers du décor. Comme d'autres régions du monde, les services n'y ont pas suivi l'évolution rapide de la consommation.

1/3 Site de dépôt des matières résiduelles encombrantes.

Tête-à-la-Baleine et ses environs, c’est un immense paysage naturel, discrètement humanisé, comme le village d’été et sa jolie chapelle, sur l’île de la Providence. Un projet photographique mené par la Radio communautaire a su remarquablement bien mettre ses paysages en valeur.

Sous-verres en liège et aux couleurs du village de Tête-à-la-Baleine.

Rendez-vous donc à la Radio communautaire CJTB avec le journaliste Mickaël Lambert. Il nous annonce qu’ils vont bientôt diffuser sur Internet, devenant ainsi la station de langue française de la Basse-Côte-Nord. Notre entrevue prend la forme d'une discussion à propos de notre virée dans la région, de ses enjeux environnementaux et de développement. Sans surprise, quand on parle d’environnement, plusieurs questions concernent la gestion des matières résiduelles. Comment mettre en place des filières de récupération appropriées en l’absence de solutions locales? Des initiatives de récupération des matières recyclables ont déjà vu le jour, encore faut-il pouvoir les acheminer vers un centre de tri. Encore plus qu’ailleurs, c’est une question de transport et de moyens.

Sur les ondes de CJTB

Saint-Augustin

Bonne nouvelle, un premier écocentre est sur le point d’ouvrir à Saint-Augustin. La directrice générale de la municipalité, Corain Driscoll, nous explique comment certaines filières de récupération se mettent en place, notamment pour les produits visés par la Responsabilité élargie des producteurs (REP). Ainsi, les trois garages de Saint-Augustin pourront y déposer leurs vieilles batteries et huiles usées.

Panneau de sensibilisation de l'écocentre.

Blanc-Sablon et Rivière-Saint-Paul

Poissonnerie Blanc-Sablon.

La saison de l’usine de la Poissonnerie de Blanc-Sablon n’est pas encore terminée. Trois travailleuses sont occupées à emballer des crevettes nordiques lors de notre visite. Dans une autre salle, des pétoncles sont prêts à la vente. Le directeur, William Beaudoin, nous fait goûter son pâté de foie de morue; le paradis en bouche!

L'entreprise vient d’investir dans un nouveau système de réfrigération, très performant. Le directeur en est très satisfait, même s’il lui a coûté cher. Consomme-t-il moins d’énergie que ses vieux réfrigérateurs? « Non, mais mes produits surgelés sont de meilleure qualité! », rétorque-t-il, ce qui justifiait l'investissement.

Discussion avec William Beaudoin, directeur de la Poissonnerie Blanc-Sablon.
Regard sur le nouveau système de réfrigération.
Conditionnement de crevettes nordiques.

La plus grande usine dans la région est située aux alentours de Rivière-Saint-Paul, et se nomme I&S Seafood. Avec la baisse des quotas de crevette et de crabe, l'entreprise s'est tournée vers de nouvelles espèces. Leur production de harengs, de maquereaux et de capelans est le signe qu’une certaine diversification s’opère dans le secteur des pêches.

Particularité de l'usine, son immense salle abritant plusieurs types de compresseurs faisant fonctionner les systèmes de réfrigération. On discute du potentiel de mesures d’efficacité énergétique.

L'usine de I&S Seafood.

Trois travailleuses décortiquent des buccins à l’usine de la Ferme maricole Belles-Amours. L’entreprise fait principalement de l’élevage de moules. Son propriétaire, Serge Dumas, nous explique les différentes étapes. La gestion de l’eau tout au long du processus semble essentielle. L’accès au marché pour ses moules fraîches n’est pas facile, raison pour laquelle l’entreprise n’a pas le choix de mettre ses produits en pots. On peut se les procurer partout sur la Côte-Nord et même à l'extérieur de la région.

Serge Dumas, propriétaire de l'usine de la Ferme maricole Belles-Amours, ainsi que des travailleuses en activité.

Dans la Baie au Saumon, Philippe et Clara, propriétaires d’Aqua Labadie, nous présentent les activités de leur ferme de pétoncles. Leur aquaculture a été optimisée au fil des années et est très respectueuse de l’environnement. Aucune dégradation des fonds marins. L’entreprise s’est concentrée à temps plein vers son offre touristique : une excursion en bateau, puis une récolte de pétoncles géants, suivie de l’expérience culinaire en cuisine.

Discussion au chalet d'Aqua Labadie où les pétoncles sont cuisinés et dégustés.
Visite de l'Association des Côtiers

L'Association des Côtiers, plus connue sous le nom Coasters Association, une visite incontournable en Basse-Côte-Nord! Nous avons la chance de rencontrer une bonne partie de l’équipe. Shelley Fequet et Kimberley Buffitt nous présentent leur organisation et leurs multiples projets. Si l'Association était principalement active dans les secteurs de la santé et de l’éducation, depuis 2014, elle s'est lancée dans le développement économique et le soutien aux entreprises de la région.

L’Association est aussi un incubateur d’entreprises. La Coop Solidarité Bioproduits en est le plus bel exemple et est devenue une histoire à succès. Elle transforme la chicoutai, l'airelle vigne d'Ida, la camarine noire et d'autres petits fruits, notamment pour des usages dans les secteurs cosmétique et nutraceutique. Kristopher Fequet, R&D manager, nous montre les sacs de petits fruits en poudre, et le nouvel équipement de cuisson doté d'un système de mélange et de broyage intégré.

Visite des locaux de la Coop Bioproduits avec Kristopher Fequet, R&D manager pour l'Association des Côtiers.

Au-delà de leurs mission et projets, l'Association des Côtiers souhaite offrir des opportunités aux jeunes originaires de la région ayant étudié à l’extérieur. Les projets de l’Association leur permettent de mettre leurs compétences au profit de leur région.

MOT DE LA FIN

Les projets innovants découverts dans chaque village et le dynamisme du secteur Rivière-Saint-Paul et Blanc-Sablon laissent place à l’optimisme pour le futur de la Basse-Côte-Nord. Les spécificités locales sont des défis que les communautés relèvent avec résilience.

On parle souvent de l'importance du prolongement de la route 138 et de l'accès aux télécommunications, pour relier et connecter la région au reste du Québec. En matière de transition économique et écologique, il est apparu au fil du voyage, l’importance de se rapprocher de la Basse-Côte-Nord, car elle est source d’inspiration.

Loin des grands centres, mais près du territoire, des entreprises et des coopératives innovent dans le secteur des pêches, des petits fruits, du tourisme et de l’agriculture. Il manque toutefois de ressources et de moyens financiers pour aller au bout de certaines ambitions. Le Fonds Écoleader est assurément un soutien de choix pour les entreprises qui souhaitent contribuer à l’essor écoresponsable de leur région.

À propos du Fonds Écoleader

Le Fonds Écoleader est une initiative du gouvernement du Québec, coordonnée par le Fonds d’action québécois pour le développement durable (FAQDD) en collaboration avec le Centre québécois de développement durable (CQDD) et Écotech Québec.

Reposant sur un réseau de 18 agents présents dans chaque région du Québec et sur une enveloppe de financement de 18,5 M$, le Fonds Écoleader vise à orienter et soutenir les entreprises dans l’implantation de pratiques d’affaires écoresponsables et de technologies propres. Afin qu’elles puissent développer des projets adaptés à leur réalité et déposer un projet d’entreprise ou encore un projet de cohorte d’entreprises, selon leur désir de répondre à des besoins spécifiques ou à des besoins communs. L’aide versée peut s’élever jusqu’à 30 000 $ par entreprise pour un projet visant l’adoption de pratiques écoresponsables, et jusqu’à 50 000 $ pour un projet visant l’acquisition de technologies propres.

Ce séjour a été possible grâce à la collaboration de la SADC de la Côte-Nord.

Panorama visible près du village de Tête-à-la-Baleine.

Credits:

Vincent Carbonnelle