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La fabuleuse histoire des radios libres dans les années 80, à Caen Textes : Raphaël Fresnais / Mise en scène : Desk multimédia 14

De Radio Kincaille à Radio Vesuvio, via Caen FM et Radio Viking, les ondes caennaises étaient branchées sur fréquence « aventure » au début des années 80. Récit d’une folle épopée et séquence nostalgie.

9 novembre 1981 : la loi accorde enfin aux radios pirates le droit d’émettre sur la fréquence FM. Temporisation de la guérilla des ondes et fin du monopole de l’État. En France, près de 2 000 radios s’engouffrent dans la brèche. Quasi 200 en Normandie. Une vingtaine à Caen. Formidable typhon de liberté dans les postes.

Une antenne, un émetteur…

« Après Mitterrand, toutes les ondes se sont libérées », résume Christine Guillouet, seule vraie salariée à l’époque de Radio Adel, collectif de militants baba cool qui envisageait de communiquer ses idées (plutôt gauchistes) « au monde entier » depuis un petit studio « sombre et humide » au 122, rue d’Auge. « Il suffisait de bricoler une antenne, un émetteur. Avec une table de mixage et un micro, c’était parti », s’amuse Philippe Gomont, dinosaure de la radio 666 (toujours en activité).

La joyeuse bande de Radio Adel, en 1983.
Radio Egout et Radio Kincaille

Le précurseur n’était point libre, mais lié au service public : sur une péniche, FR3 Radio Normandie fut la première à émettre en 1978, depuis le bassin Saint-Pierre. Dans un sens, cet épisode a ouvert la voie aux radios pirates. Et en l’espèce, celles-ci justifiaient leur appellation. Anarchiste aveugle, un certain Miro était ainsi aux manettes de deux Ovnis hertziens avec un petit émetteur 10 W, dès le virage 1980 : Radio Égout et Radio Kincaille, avec des figures comme Joël Hubaut (légende des arts plastiques) et un certain Gégé (spécialisé BD).

Caen FM au top

Ces expériences anarcho-libertaires ont précédé à la déferlante de 1982. Dans une longue enquête de huit pages parue en 1982, Jacques Dufresne (Normandie-Magazine) s’attarde sur plusieurs d’entre elles au moment où tout s’emballe. À proximité du CHU, Caen FM est passée d’une chambre de 4 m² à un pavillon. Le grand luxe pour l’époque. Comme chez beaucoup de confrères, la moyenne d’âge de la station avoisine les 25 ans. Sauf que Caen FM est la fréquence la plus forte en audimat et compte 60 animateurs, un record. Après quelques bisbilles avec des disc-jockeys, on y écoute une musique large, on y croise parfois Barbara ou Claude Brasseur, l’info est un vrai créneau et la radio réussit quelques petits coups comme la retransmission en direct du discours de Rocard, à la fête de la Rose.

Les célébrités, comme ici, Michel Piccoli, Barbara ou Claude Brasseur, appréciaient le ton décalé des radios libres. En haut, à droite : Les personnalités de la culture (ici, Pierre Lebigre) se bousculaient dans les stations. En bas, à droite : Christine Guillouet (Radio Adel) : "Après Mitterrand, toutes les ondes se sont libérées".
La radio du bonheur

Tout l’opposé de Radio-Stars, à qui 10 000 francs ont suffi pour se prétendre « la radio du bonheur ». Une prétention interactive, que l’auditeur emploie comme un juke-box, en commandant lui-même ses titres. Simple comme un coup de fil. Le ton est débridé, parfois grivois. La prog’ navigue entre La danse des canards, les Stones et Piaf. L’autre radio qui compte, c’est Radio Viking. Dirigée par Marcel André (ex Radio Mathilde) et René Groult (ex Radio Conquérant), elle émet depuis un bungalow à Carpiquet. Son slogan : « La radio qui a de l’image ». Une sorte de RTL local avec animateurs de tous bords : commerçants, fonctionnaires, 30 % de chômeurs… Depuis une tour d’Hérouville, Radio UHT s’impose comme la radio rock locale. C’est un peu l’enfant de Radio Caroline, la fameuse radio pirate émettant depuis un bateau au large du Royaume-Uni. Dans le même genre, Radio Pour Tous voit le jour à la Maison des Jeunes d’Hérouville. Le patron de cette dernière, Claude Buot, voit en elle un formidable vecteur de promotion de ses concerts.

Radio… sémiologique

La plus originale est sans conteste Radio Sème Normandie Nord, qui se prévaut d’être « la première radio sémiologique de France ». Elle s’appuie sur un savant collectif d’universitaires, auteurs et biologistes de 35 ans de moyenne d’âge, pour de longs exposés culturels et psychologiques depuis une bâtisse à travers champs derrière le Zénith. Son grand manitou, le professeur-écrivain Jean Crocq, de résumer à l’époque : « On est des pousse-livres, pas des pousse-disques ». Radio Adel est un petit peu la synthèse de tout cela. Une sorte d’utopie associative, instruite, généraliste, militante et collective ouvrant chapitre à tous. Exemple ultime : l’antenne était ouverte à quiconque pour une émission d’une heure, gratuitement, chaque année. Le comédien Olivier Baroux (Kad et Olivier) y a fait ses gammes.

Avant d’être comédien et de former le duo Kad et Olivier, Olivier Baroux (au centre) a fait ses gammes sur l’antenne de Radio Adel.

« Souvent, une radio bouffait l’autre »

La plus décalée ? Sans conteste Radio Vesuvio. Son credo : des litanies d’opéras et de musiques d’accordéon systématiquement entrecoupées (pour éviter les enregistrements pirates) par le timbre de Mario, un immigré italien émettant, avec son épouse Simone, 15 h par jour depuis leur salle à manger, dans un immeuble de la Pierre-Heuzé. Cette radio mythique a échappé à la seconde vague : celle de la « réunification » à compter de 1986, date à laquelle l’État a repris ses droits et le contrôle. Exit les fréquents changements de fréquence, brouillant jusqu’aux ondes de la police et des secours. L’organe du CSA régional (CTR), s’est mis en chasse des radios pirates. Beaucoup de stations ont rendu le tablier ou mutualisé. « Souvent, une radio bouffait l’autre », résume Philippe Gomont. L’exemple typique de Radio Stars, absorbée en 1986 par Nostalgie. Depuis lors, seules trois radios ont survécu à cette époque agitée : TSF 98 (ex Pince Oreille), 666 (ex Radio pour tous, 99 FM) et RCF (ex Radio ND des Ondes, Espérance et Vent du Large). Trois dinosaures aux ondes magnétiquement résistantes…

  • Sources : 100 ansderadio.free.fr et « La guerre des ondes », Normandie-Magazine (Jacques Dufresne, 1982).

Radio Phénix, 10 ans de fréquence et 10 h de direct

Leader du réseau de radios étudiantes en France (Radio campus), Radio Phénix célèbre ses dix ans de fréquence sur 92.7 FM avec moultes opérations cet automne. Dix heures de direct sont programmées ce samedi 1er décembre, de 16 h à minuit.

Sur cette photo : Adrien, Guillaume et Boris, lors de l’enregistrement de l’émission Wam (We are Malherbe).

« Radio Phénix, vivons la musique autrement ». Et dire que ce jingle part d’un serveur, situé sous une barre de logements étudiants. En 2005, Radio Phénix a quitté un 2 pièces voisin pour un sous-sol de la cité de Lébisey. Un chouette appartement « en T » de 95 m², «hanté » d’affiches Nördik Impakt, de briques et d’une armée figurines pop. Quatre pièces : un grand salon faisant office de lieu de vie, deux bureaux, un studio bien sûr. Pause café avec les deux seuls salariés de Radio Phénix : Guillaume Costard, directeur et programmateur, et Adrien Guillemette, chargé des partenariats. Le Mr « intérieur » et le Mr « extérieur ». « À la base, on est une radio étudiante, pas la radio du campus ». Nuance. D’autant que Radio Phénix est presque devenue une radio tout court. Près de 4 000 auditeurs jour. 1,5 point d’audience en moyenne selon Médiamétrie. Avec Dijon, Caen est largement leader des 27 Radio campus de France, dont beaucoup culminent à… 0,2 point.

Directeur de la radio, Guillaume gère de A à Z la programmation musicale.
600 titres en rotation

Sur le toit, l’antenne tournée vers Caen arrose à 15-25 km à la ronde. « On est à deux doigts de la plage », s’amuse le duo, épaulé par trois services civiques, un technicien (Paul) et deux animateurs (Zellie et Joseph), ainsi qu’une trentaine de bénévoles. 600 morceaux sont en rotation, 24/24 h. Pop et électro ont longtemps fait l’identité de la fréquence 92.7 FM, sorte de Radio Nova ou Fip locale. Depuis quelque temps, le spectre s’est élargi au hip-hop, à la soul, à la world music, avec dernièrement « beaucoup de sonorités africaines », et des musiques plus « aériennes » sur le créneau 0 h - 6 h. Guillaume assume le côté « dictatorial » de sa programmation léchée et pointue. « Avant, ça partait dans tous les sens avec 1 400 morceaux en rotation : du Renaud, du classique, de la artek. Sur le périph’, fallait s’accrocher… » Trente nouveaux morceaux sont injectés chaque mois. Espérance de vie d’un titre : quatre ans max. Phénix, qui tient son nom du symbole de la fac, n’a cessé de grandir depuis que cinq étudiants ont monté le projet il y a quinze ans dans une double chambre universitaire. Grâce au fonds de soutien radiophonique, des aides de la Ville, un peu de pubs et actions diverses, elle roule avec 70 000 € de bugdet. Avec le Cour (cœur universitaire), c’est la plus vieille asso étudiante. Ses opérations sont nombreuses : elle n’organise plus le carnaval étudiant, mais multiplie les soirées Mix.

Dans les bureaux : des affiches de concert et une armée de symbole de la pop culture.
Deux émissions quotidiennes

Deux émissions traversent quotidiennement la semaine : La Méridienne (infos) à 13 h, Label Antenne (culture) à 18 h. Le midi de notre présence, les joyeux drilles de We Are Malherbe, collectif de cintrés du Stade Malherbe viennent justement enregistrer leur émission du vendredi. Épisode X, saison 5. L’ambiance s’électrise dans le studio où Orelsan est venu tourner son fameux freestyle pour son film Comment c’est loin, avec Gringe. « Chambrage » en règle. « Pour Wam, y’a beaucoup de montage, tacle Adrien. C’est nous qui les rendons drôles ». Devant l’œil de Stuby, mascotte canine en peluche, l’équipe prend ses marques autour des micros.

Stuby, la mascotte de Radio Phénix.

Ce jour-là, elle reçoit Fabien Mercadal, le coach du SM Caen, en toute décontraction. Les vannes fusent. Totale liberté de ton. Guillaume cale les enregistrements, les sons amenés par Boris. « Je vais en avoir pour 3 h de montage ». Comme Adrien, il ne compte pas ses heures. Récemment, le duo a retransmis le concert de Portier Dean au Cargö et avait carte blanche pour la soirée d’ouverture de Nördik Impakt. Un déménagement vers un spot culturel plus central n’est pas exclu. Affaire à suivre…

Enregistrement de l'émission Wam (We Are Malherbe) avec Fabien Mercadal, le coach du SM Caen.

En toute décontraction...

L'émission nécessitera tout de même 3 h de montage, avant diffusion.

Textes : Raphaël FRESNAIS / Mise en scène : Desk multimédia 14

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