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Les 1 000 étangs Un écrin de nature au cœur du Parc des Ballons des Vosges

L’Échappée des 1 000 étangs, une ode à la nature

À vélo, en randonnée ou à cheval, l’Échappée des 1 000 étangs se parcourt au gré des envies. Inimitable et préservé, ce plateau caractérisé par sa constellation d’étangs incite à la pratique sportive autant qu’à la détente. Découverte d’un secteur touristique incontournable de Haute-Saône.

Un ensemble harmonieux

Doté d’une topographie unique, le secteur possède « un potentiel touristique incroyable, chaque localité est pourvue d’atouts exceptionnels ». Au gré de tracés pédestres et de circuits VTT serpentant les terres d’entraînement de Thibaut Pinot , de Mélisey à Esmoulières en passant par Melay ou Beulotte-Saint-Laurent, « La Petite Finlande » comme elle est surnommée en raison de sa ressemblance avec les plateaux nordiques, intrigue autant qu’elle fascine.

Entre pâturage, forêts et points de vue époustouflants, près de 1 300 étangs et une multitude de tourbières façonnent un paysage né du retrait des glaciers il y a 12 000 ans. Un patrimoine qui lui a valu d’être classé parmi les 20 destinations dépaysantes du Guide du Routard. Dans un cadre bucolique où les villages de caractère apportent un charme inégalable, L’Échappée des 1 000 étangs émerveille grâce à ses innombrables spécificités et une identité marquée (Saut de l’Ognon à Servance, Plateau des Grilloux, Mont de Vanne à Fresse, belvédère de l’Étang Noir…). Vous l’aurez compris, la tentation est grande et résister semble peine perdue…

Au cours d’un parcours jalonné d’un bon millier d’étangs, des activités ludiques permettent d’en apprendre davantage sur son environnement.

Un terrain de jeu immense pour les randonneurs

De la Petite Finlande aux tourbières du Mont de Fourche, en passant par le plateau des Grilloux, la région des 1 000 étangs, dans les Vosges du Sud, est le paradis des randonneurs et des amoureux de nature.

Bien avant que les hélicoptères de France Télévision ne braquent leurs caméras à l’occasion du passage du Tour de France en Haute-Saône, cette bande étroite nichée au pied des Vosges Saônoises avait déjà ses aficionados. C’est que le glacier de la Moselle y a modelé, voici 12 000 ans, un paysage unique en Europe occidentale. Les 1 000 étangs sont en effet nés des glaces qui se sont retirées formant des trous et des moraines. Un paysage d’étangs que les moines avaient déjà investi au Moyen Âge pour y élever du poisson. Ce plateau des 1 000 étangs occupe encore aujourd’hui une zone de 220 km² entre Lure et Faucogney, entre Melisey, Servance et le col des Croix.

Des circuits à la carte

Une première découverte pourrait se faire depuis le bourg de Mélisey en se dirigeant vers l’étang du Grand Rosbeck, « un des plus beaux des Vosges du Sud » commente le dépliant qu’on vous remettra l’office de tourisme. Mais à tout seigneur tout honneur, c’est bien en direction de la « Petite Finlande » que le charme opère. Et les couleurs de l’automne donnent tout son cachet au parcours digne des flamboyances québécoises.

Un double circuit entre étangs et prairies décline sur une boucle de 5 km ou 3 km les merveilles du plateau. Départ du parking éponyme, le long de la D 263, puis on se laisse happer par les paysages au fil des lieux-dits aux noms évocateurs : les Grilloux, les Navautés, le Pré Guénée, le Montbury. Avant de descendre en direction de la Goutte du Frêne, on jettera un coup d’œil sur le Ballon de Servance qui domine le plateau du haut de ses 1 216 m. À la goutte (un petit ruisseau qui alimente les étangs), on se rappellera qu’une séquence du film « Les rivières pourpres 2 » d’Olivier Dahan, y a été tournée avec Jean Reno. Toujours aussi magique.

Un patrimoine à pied, à cheval, à vélo

Mais il n’y a pas que la randonnée pédestre qui permet de goûter aux particularités de ces 1 000 Étangs.

Les cavaliers ont également leurs circuits avec des gîtes d’accueil dédiés et des centres équestres comme la Ferme de la Jonchée à Amont-et-Effreney, le Manèges des 1 000 étangs à Melisey ou encore les Ânes du Moulin Bégeot au lieu-dit La Grange-Baverey. Les amateurs de pêche ont également planté depuis longtemps leurs cannes sur le plateau et de nombreux chalets en location parfaitement aménagés permettent d’assouvir sa passion en pleine nature.

Les cyclistes ont aussi fait leur les boucles alentour, de même que les vététistes bien aidés désormais par des machines tous chemins à assistance électrique. On peut d’ailleurs en louer aux offices de tourisme de Melisey et Faucogney, avec ou sans accompagnateur. Une autre façon de partir à la découverte d’un patrimoine très riche.

Car il n’y a pas que le paysage et la nature aux 1 000 étangs. On y découvre également les traces d’une industrie du bois avec la scierie pédagogique Martin à Miellin, ou l’histoire locale avec le Mont de Vannes sur les hauteurs de Fresse et les traces d’une ancienne abbaye. Patrimoine religieux encore avec la chapelle Beauregard. L’histoire retient qu’elle fut construite en 1884 par un fermier de La Montagne qui s’était égaré dans les neiges. Après avoir prié la Vierge, il avait « miraculeusement » retrouvé son chemin. C’est aussi cela Dame Nature au pays des 1 000 étangs.

Les 1000 étangs sur un plateau… à vélo électrique

Le bureau de tourisme de Mélisey propose durant l’été une façon originale et accessible de découvrir le plateau des 1 000 étangs. Louer des vélos à assistance électrique en solo ou partir avec un guide. Direction la côte d’Esmoulières et le plateau des Grilloux.

L’étang de la Plate Pierre brille de tous ses feux en ce milieu d’après-midi. Une halte photo idéale pour le petit groupe de cyclistes emmené par Nicolas, du bureau de tourisme de Mélisey. Il faut dire qu’au programme du jour la boucle fait 52 km... donc, pas de panique.

Avant de se lancer, le petit groupe de touristes locaux et vosgiens ont écouté les recommandations pour la gestion de l’assistance électrique et de la capacité de la batterie. « Au début, ne démarrez pas en turbo, explique Nicolas, guide du jour. La position Route suffit largement. » Et de toute façon, il convient d’économiser la batterie jusqu’à la cote d’Esmoulières. « C’est là qu’est passé le Tour de France il y a deux ans, vous verrez encore des vestiges sur la route dont des Allez Thibaut Pinot. »

La valse des paysages

Le camping et les petites routes ombragées des Granges Baverey semblent déjà loin lorsque l’on engage la grosse assistance pour les premières difficultés du parcours. « On va remonter vers le hameau de La Mer et puis direction Beulotte-La-Guillaume », prévient Nicolas. Ce début de parcours est un petit condensé de paysages vallonnés, de forêts ombragées et de fermes isolées. Idéal pour la balade.

Le paysage va cependant radicalement changer dans la côte d’Esmoulières où l’on se hisse, sur quatre kilomètres très pentus, au-dessus des 1 000 étangs. « Vous allez découvrir le paysage typique du plateau avec la partie que l’on appelle la Petite Finlande. »

Promesse tenue à mi-parcours, vers le lieu-dit Es Vouhey, avec le début des Grilloux, Les Rouillons, les Navautés et Montandré. « L’idée, c’est de faire un peu un circuit sur mesure, poursuit Nicolas. Avec juste ce qu’il faut de petites routes tranquilles, de chemins de bois et de beaux points de vue. Mais aussi un circuit en fonction des jambes des participants et de l’état des batteries des vélos. Et encore de la météo… Mais cette fin d’après-midi, on devrait passer à côté des orages. »

Et la boucle d’osciller entre 325 m dans la plaine de Mélisey et 700 m d’altitude aux Grilloux. À ce petit jeu, Claudine, une habituée de Lure, roule « à l’aise » et prend le temps de sortir le téléphone pour une photo ou deux le long des étangs. Car le plateau à vélo électrique, c’est tout d’abord du bon temps et de sacrés coups d’œil.

L’étendue de 220 km de verdure des 1 000 étangs offre un vaste terrain pour tous les amoureux de marche et de vélo. Au total, 250 km sont balisés formant une vingtaine de circuits de randonnées, de 3,5 à 24 kilomètres. Les amateurs de la petite reine ne sont pas en reste : huit circuits sont proposés, dont cinq pour les VTT et trois boucles pour les vélos de route.

Sur le parcours jalonné d’un bon millier d’étangs, des activités ludiques permettent d’en apprendre plus sur son environnement. Six cabanes avec chacune une thématique sont éparpillées sur les différents circuits et permettent de profiter d’un point de vue tout en aiguisant ses connaissances.

Domaine des Rouillons : le cœur des 1 000 étangs

Si le plateau des 1000 étangs est très étendu, le domaine des Rouillons est considéré comme son « cœur ». Sa réputation est d’autant plus fondée que sa situation géographique le place au beau milieu du plateau, lui-même situé en plein Parc naturel régional des Ballons des Vosges. Petit tour d’horizon sur le domaine accompagné de ses fondateurs.

« À peine arrivés, les gens veulent déjà revenir ».

C’est un petit peu le slogan qui pourrait être affiché à l’entrée du domaine des Rouillons. Et nul besoin de faire l’éloge du lieu, puisqu’il suffit de se rendre sur place et d’ouvrir grand ses yeux et ses poumons pour apprécier le calme et l’étendue de nature sauvage. Ce havre de paix, coupé du monde pourrait-on dire, se situe sur le plateau des Grilloux, sur la commune de Servance. Il faut emprunter la route de Belotte et suivre le panneau indiquant « les Rouillons » pour apercevoir enfin cet écrin de nature et ses quatre lacs. Sur place, Michel et Évelyne Bresson, le couple fondateur du domaine, nous accueille. « Lorsque les gens veulent découvrir les 1000 étangs, ils viennent aux Rouillons » glisse Michel Bresson non sans fierté. « L’appellation du cœur des 1000 étangs est fondée, puisque si l’on regarde une carte IGN, on s’aperçoit que l’on se situe au cœur des mille étangs ».

« On s’est rendu compte qu’on avait un espace naturel à mettre en valeur »

Pour connaître l’histoire de ce domaine, il faut remonter dans le temps en 1980, lorsqu’il n’y avait encore qu’une ferme, dont une dépendance servait déjà de gîtes ruraux. « Mes parents avaient une ferme et j’ai fait le choix de quitter Luxeuil-les-Bains et de m’installer définitivement dans la ferme » explique Michel. « En 1992, nous avons créé un premier gîte à l’arrière de la ferme ». À la vue des commentaires laissés par les clients, qui ne tarissaient pas d’éloge après leur séjour : « On s’est rendu compte qu’on avait un espace naturel à mettre en valeur ».

Pateau des Grilloux

C’est alors que commence l’éclosion du domaine, sur lequel quatre gîtes seront construits. « En l’espace de 30 ans, on a aménagé, modifié, mais surtout préservé ce lieu » assure Michel Bresson. Le couple prend alors conscience de la richesse de la biodiversité et du potentiel qu’offrent les quatre étangs dont ils sont propriétaires.« On a voulu créer quelque chose, pour ne pas passer à côté d’une belle opportunité », confie Michel.

Un projet essentiel pour le développement touristique

C’est donc en 1996 que le domaine s’agrandit avec la création de trois autres gîtes. « On s’est heurté pendant deux ans et demi à un refus de permis de construire », se souvient le propriétaire des lieux. « Le Préfet a joué pour beaucoup dans l’avancement du projet, dont il était convaincu de l’intérêt sur le plan du développement touristique de la Haute-Saône ». Il faudra donc attendre 1997 pour voir un premier chalet se construire, puis un second en 2000 et enfin, un dernier en 2003. « Il y a eu de nombreuses discussions autour de style de construction que les gîtes devraient prendre » raconte Michel. « Au départ, ce devait être du même style que la ferme traditionnelle, mais ils nous ont imposé de mettre du bois sur les façades ».

Vu comme une contrainte au départ, Michel Bresson perçoit rapidement l’intérêt de construire des chalets. À son retour de Finlande, il en est même convaincu : « J’ai séjourné en Finlande, là-bas j’ai puisé l’inspiration pour la construction des chalets. À mon retour, j’ai rencontré des constructeurs de chalets en bois dans les Vosges et voilà le résultat » se félicite-t-il. Très vite, le constat est unanime : « Ça plaît bien aux clients ». Par ailleurs, la zone très boisée et la présence de nombreuses scieries dans la région étaient un véritable atout.

« La petite Finlande » charme les visiteurs

Les clients ont rapidement surnommé le lieu la « Petite Finlande », appellation qui a tout de suite fait écho auprès du couple de propriétaires qui, connaissant bien la Finlande, ose volontiers la comparaison : « La ressemblance est flagrante, c’est une version miniature de certains paysages finlandais ».

Le paysage, qui s’étend sur 15 hectares à 360 °C, laisse entrevoir la végétation qui se découpe autour des quatre étangs. Les gîtes dominent une petite colline, surplombant les étangs.

« Les gens ne sont pas les uns sur les autres »

Et cela se confirme rapidement, puisqu’au fil de notre balade les gîtes se situent à bonne distance les uns des autres. « C’est surtout les pêcheurs qui viennent séjourner ici, mais nous avons énormément d’habitués de Haute-Saône, mais également de tout le quart Nord-Est. Nous avons également beaucoup de Belges, de Suisses, et des Hollandais, même si cette année avec la crise sanitaire nous avons surtout des touristes Français » ajoute Évelyne Bresson. « Certaines familles viennent depuis 20 ans ! » s’exclame même le couple.

Un domaine qui ne veut pas s’agrandir

Le domaine, qui propose des gîtes 365 jours par an, a rapidement vu sa fréquentation grimper en flèche. « Le pic de fréquentation se situe de mai à septembre, où l’on est toujours complet. On doit constamment refuser du monde » lâche même le propriétaire. « Sur la période de juillet et août, on pourrait remplir le double » confie Michel, pour qui l’agrandissement du domaine serait une erreur. « Sur le plan économique, on pourrait s’étendre, mais je pense qu’on perdrait tout l’intérêt du lieu c’est-à-dire son calme et sa tranquillité », répond le propriétaire qui souhaite que le lieu reste avant tout « familial ». « On veut garder la proximité et privilégier le contact avec les visiteurs, c’est très important pour nous » complète son épouse.

Si l’âme des Rouillons n’est pas près de disparaître, le domaine n’a pas souffert de la crise, bien au contraire : « Nous avons été submergés le week-end du 8 mai et pareil pour le week-end de Pentecôte après le confinement ». Le Domaine des Rouillons, très apprécié par les pêcheurs, randonneurs, vététistes, photographes, peintres, sans oublier les éternels amoureux de la nature est indéniablement un passage incontournable des 1000 étangs.

Naissance des 1 000 étangs : fin de la dernière ère glaciaire

La Région des 1000 étangs, aussi appelée Plateau des Mille Etangs, s’étend sur 18 700 ha et se situe sur la partie Nord-Est du département de la Haute-Saône, en région Bourgogne-Franche-Comté. Si ses paysages sont aussi atypiques, c’est qu’ils ont été façonnés par la dernière ère glaciaire.

Apparition de trois plateaux

Pour mieux comprendre la géologie des lieux, il faut remonter 12 000 ans en arrière alors que le glacier de la Moselle en se retirant a débordé au-dessus des Vosges saônoises, créant ainsi de vastes trous. Des tourbières et marécages sont alors apparus sur trois plateaux bien distincts : un « plateau inférieur » dans le secteur de Mélisey, un « plateau médian » autour d’Ecromagny et un « plateau supérieur » dans le secteur de Beulotte-Saint-Laurent.

Des étangs créés de la main de l’Homme

C’est avec l’apparition de la pisciculture que les hommes ont aménagé les étangs. La région, recouverte majoritairement de forêts, présente un intérêt environnemental fort grâce à ses zones humides qui permettent la création d’un écosystème favorable au développement de certains micro-organismes.

La zone des Mille Etangs est reconnue zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) et se situe pour majeure partie dans une zone classée Natura 2000, en plein Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges.

Les tourbières : joyaux des 1 000 étangs

C'est une destination phare de cet été post-confinement : le pays des 1 000 étangs et ses paysages époustouflants avec des airs de petite Finlande. À ne pas rater, ses pépites : les tourbières de la Grande Pile à Saint-Germain et les Grands Feings à Beulotte-Saint-Laurent. Dépaysement garanti.

En 2014, dans la roue du Tour de France, l’Hexagone découvre le pays des 1 000 étangs. Un formidable coup de projecteur qui va inciter le Département à confier une étude à des scientifiques comtois et lorrains. Il s’agit d’imaginer un avenir à ce plateau, qui s’étend des portes de Lure au col des Croix…

Un plateau recouvert de glaciers de basse altitude, un fjell comme en Norvège et en Alaska, relève Dominique Harmand, enseignant-chercheur à l’université de Lorraine. Pour le géographe Frédéric Grosjean, il faudrait plutôt parler de plateaux. Il en signale trois : un plateau inférieur (Melisey), un médian (Écromagny) et un supérieur (Beulotte-Saint-Laurent). Le premier étant plus favorable au tourisme avec les eaux étincelantes de ses étangs de grande taille qui se détachent de la masse sombre de forêts mystérieuses.

Des archives naturelles de 130 000 ans

Au cœur de ce patrimoine exceptionnel, la tourbière de la Grande Pile à Saint-Germain, devenue une référence mondiale depuis les années 70, quand l’Otan s’y intéresse pour savoir quand reviendrait la prochaine glaciation. Elle a été classée Réserve naturelle régionale en 2016. L’ancien lac glaciaire a conservé dans ses sédiments 130 000 années d’histoire du climat. Des archives naturelles uniques qui fournissent de précieux renseignements en cette période de réchauffement climatique à l’échelle humaine. À l’échelle écologique, nous sommes dans une phase de refroidissement, soulignent les scientifiques.

Drosera à feuilles rondes

Sur ce site remarquable, des bouleaux d’un autre âge et un paysage étrange. Ces troncs morts abritent oiseaux et insectes. C’est le paradis des libellules. Des espèces rares y prospèrent dont la Leucorrhine à gros thorax de couleur noire. C’est aussi le terrain de jeux du grèbe castagneux, oiseau d’eau assez craintif. On trouve également des plantes carnivores dont le droséra, qui prospère sur les sphaignes.

La Grande Pile est une des rares tourbières aménagées. Le Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté travaille à sensibiliser un public plus large à cette biodiversité méconnue et les moyens de préservation mis en place. L’enjeu est de faire découvrir les tourbières tout en les protégeant.

C’est également le cas des Grands-Feings nichés sur les hauteurs de Beulotte-Saint-Laurent, aux richesses naturelles incomparables. La communauté de communes des 1 000 étangs envisage la mise en place d’un plan d’interprétation et de valorisation en 2021. « Il n’y a pas de risque que nous soyons envahis par les touristes. Ce n’est pas une station balnéaire », rassure Régis Pinot, président. « Il faut structurer cet espace si on veut garder nos habitants et ne pas avoir les terres en friche et laisser se refermer les paysages »

Sur le territoire se met en place une stratégie touristique écoresponsable, notamment avec l’itinéraire l’Échappée des 1 000 étangs. Un premier pas vers une labellisation « Grand Site de France », avant une inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.

Des bistrots de pays figés dans le temps

Sur le plateau des 1 000 étangs, il est des lieux restés figés dans le temps, où il fait bon s’arrêter pour boire un verre ou casser la croûte. « Chez Gaby » à Beulotte-Saint-Laurent et « Chez Charlotte » à Ecromagny, deux bistrots tenus chacun par une femme à la personnalité forte qui font perdurer l’entreprise familiale à travers les époques.

Bistrot « Chez Gaby » : « J’ai trop de monde ! »

Si Beulotte-Saint-Laurent, petit village d’une cinquantaine d’habitants, voit tant de monde s’arrêter dans ses ruelles, c’est d’abord grâce au bistrot « Chez Gaby », où le temps semble s’être arrêté.

Tenu depuis 16 ans par Sylvie Daval, qui continue de faire vivre la maison familiale, ce petit bistrot est niché juste en face de l’église du village et fait le plein de clients aux beaux jours.

« On a trop de monde, Je suis toute seule avec une salariée à tout gérer, c’est plus possible ! »

Et pour cause, le village de Beulotte-Saint-Laurent se situe au départ d’une randonnée pédestre de 10 km. « C’est le temps qui détermine si on aura du monde » confie Sylvie. « C’est à partir du mois de mai quand le beau temps revient, qu’il y a beaucoup de randonneurs qui s’arrêtent ».

Un menu « casse-croûte » qui séduit les promeneurs

Seul bistrot du village, nombreux sont les promeneurs à marquer une pause pour manger ou boire un coup une fois les kilomètres parcourus : « Je fais 45 couverts ce midi ! J’ai dû refuser au moins 20 personnes ce matin » lance Sylvie Daval, désabusée. Même si la gérante aime recevoir, elle craint que le « tourisme soit de plus en plus accru » dans le petit village. « Je veux bien trouver de la place pour accueillir plus de monde, mais après il faut assumer et je n’ai pas suffisamment de personnel », explique-t-elle.

« Je veux que ça reste un petit bistrot de village, pas un grand fast-food ».

Si ce bistrot a tant de succès, c’est aussi parce qu’il est le seul à plusieurs kilomètres à la ronde. Fondé en 1927, il fût autrefois une épicerie de campagne, quincaillerie, café… mais toujours unique commerce de la petite commune perdue au beau milieu du plateau des 1 000 étangs.

La réputation qui précède le bistrot se fonde aussi sur son repas campagnard et son assiette du Bistrot : omelette, saucisse, salade, fromage accompagné pain de campagne fait sur place et tarte en dessert. C’est ce menu «casse-croûte » qui séduit les touristes et les marcheurs, désireux de se restaurer rapidement après l’effort.

Bistrot « Chez Charlotte » : « C’est plus comme à l’époque »

A 82 ans, Charlotte Mourey tient toujours le petit bistrot « Chez Charlotte » qu’avaient ouvert ses parents, il y a près d’un siècle. Petite-fille du maréchal-ferrant d’Écromagny, installé à l’époque dans la ferme juste à côté, Charlotte est revenue dans son village natal après plusieurs années pour reprendre l’entreprise familiale. « Une fois à la retraite, mes parents m’ont demandé de garder le bistrot, car ils ne voulaient pas le fermer» se souvient-elle.

Depuis 20 ans, elle sert un « coup à boire » aux promeneurs à vélo ou randonneurs sur sa terrasse à l’ombre des marronniers. « En été, on a plus de monde » lance-t-elle. « Mais l’hiver, on fait rien ». Dépendant du passage des randonneurs de la boucle des Epoissets, le bistrot n’a plus la fréquentation qu’il avait autrefois.

« C’est plus comme à l’époque, les gens ne s’arrêtent plus forcément »

Elle regrette tout de même que les petits cafés de campagne se « perdent ». « C’est plus comme à l’époque, au temps de mes parents, où on avait toujours du passage » regrette-t-elle. « Maintenant, on a plus beaucoup de monde. Les gens ne s’arrêtent pas forcément, ils prennent moins le temps de se poser » se désole Charlotte qui compte bientôt « rendre son tablier » : « Je tiens encore, mais plus pour longtemps » lance-t-elle.

Le bistrot lui permet avant tout de garder un lien social indispensable avec les promeneurs. « Ma porte est toujours ouverte » glisse la vieille dame qui habite sur place. Une bâtisse qui attire l’œil car si on lève les yeux, on lit « 1859 » au-dessus de la porte d’entrée. La propriétaire des lieux nous confirme que c’est bien l’année de construction de la bâtisse.

Un cadre idyllique entaché par le camping sauvage

Si l’on s’émerveille devant ses paysages de nature sauvage, la région des 1000 étangs subit de plus en plus l’effet négatif de l’affluence touristique. Très à la mode cette année, la location de camping-car séduit. Mais leur installation, parfois anarchique et pas toujours respectueuse de l’environnement, n’est pas vue d’un très bon œil par les acteurs locaux.

« La semaine dernière, un propriétaire de camping-car a vidé ses toilettes chimiques dans un étang » se lamente tout d’abord Nicolas Bonne, animateur de l’office de tourisme de Mélisey. « Pourtant on ne manque pas d’installations prévues à cet effet » remarque-t-il.

Cet été, des « petits nouveaux » se sont invités dans le paysage préservé des 1 000 étangs. « Il y a une tendance forte cette année pour la location de camping-car » poursuit-il. « Sauf que, pour certains, c’est la première fois qu’ils en louent un et ils ne savent pas forcément l’utiliser ».

« Après le confinement, on a eu un afflux de camping-cars »

De plus en plus de camping-cars stationnent, parfois sans autorisation, au beau milieu d’espaces naturels. « Après le confinement, on a eu un afflux de camping-cars, qu’on n'a pas vraiment su gérer » confie Nicolas Bonne. Habitués aux vététistes et aux randonneurs respectueux de la nature, les acteurs locaux n’ont pas vu d’un bon œil l’arrivée de camping-cars qui donnait parfois lieu à des comportements pas toujours respectueux de l’environnement.

« Je n’ai rien contre le fait que quelques camping-cars stationnent au bord d’un étang, j’autorisais d’ailleurs deux camping-cars à rester quelques jours sur le domaine », assure Michel Bresson propriétaire des Rouillons : « Mais une fois qu’on en laisse un ou deux s’installer, les gens croient que c’est légion et d’autres camping-cars se mettent où ils veulent ». C’est pourquoi il a décidé il y a peu d’installer un panneau « stationnement interdit au camping-car » au bord d’un étang où se garaient fréquemment les véhicules. Même si, selon Michel Bresson, « les gens qui viennent aux 1 000 étangs aiment et respectent la nature », il suffit d’une exception pour que la propreté des lieux soit mise à mal.

« J’ai jamais vu autant de poubelles trainer »

A Beulotte-Saint-Laurent aussi, Sylvie Daval, gérante du bistrot « Chez Gaby » depuis 16 ans, a vu la situation se dégrader avec l’arrivée massive de touristes dans le village. « Trop c’est trop ! » s’insurge-t-elle : « J’ai jamais vu autant de poubelles et de déchets trainer ! » Cette année, peut-être plus que les autres, Sylvie est parfois contrainte d’aller elle-même jeter les poubelles laissées par certains touristes ou propriétaires de camping-cars peu scrupuleux. « Je ne suis pas contre le tourisme, mais il faut que ça reste raisonnable », argue-t-elle encore.

Et si l’on se promène dans le village, on aperçoit un peu plus haut, tout proche du panneau d’accueil sur lequel est inscrit le plan du village, des camping-cars garés les uns derrière les autres le long de la route. Même si Sylvie reconnaît que « le tourisme c’est l’avenir », elle ne souhaite pas que la Haute-Saône devienne « comme la côte d’Azur ».

Même si l’effet confinement est passé par là, l’afflux de plus en plus conséquent de touristes n’a pas que des retombées positives. « On sent qu’après le confinement, les gens ont besoin d’espace et préfèrent partir près de chez eux » remarque Nicolas Bonne.

« On connaît la plus grande fréquentation touristique depuis l’ouverture de l’office de tourisme en 2002 ! »

Un manque d’aire d’accueil pour les camping-cars

Les 1 000 étangs attirent de plus en plus de touristes à travers toute la France et même de l’étranger. Néanmoins, les problèmes liés au camping sauvage sont révélateurs d’un autre point noir : le manque d’aires d’accueil. Au total, on en compte quatre sur la région des 1 000 étangs : à Corravillers, Faucogney-Et-la-Mer, Esmoulières et Servance. « Le tourisme en Haute-Saône est assez récent donc il y a un manque de connaissance » estime Nicolas Bonne de l’office de tourisme de Mélisey qui reconnaît que « la région manque cruellement de restaurants, d’aires d’accueil pour les camping-cars et d’hébergements ».

Même s’il est difficile de chiffrer précisément le nombre de touristes en Haute-Saône cet été, un indicateur semble donner la réponse : sur les 130 hébergements présents dans la région tous affichent « complet ».

Reportage : Pauline PRIN - Alain ROY - Patricia LOUIS - Quentin BITARD

Photos : l'Est Républicain - Le Républicain Lorrain - Vosges Matin

Montage : Service SUPPORT ERV

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