Les ex-Pentair de Ham : et maintenant ? Après des mois de luttes, l’ex-usine Pentair devenue Picardie valves industries au 1er janvier dernier se relève. Ses dirigeants promettent un investissement de 4 millions d’euros et des embauches.

Par Mariam FOURNIER et Gaël HERISSE, L'Aisne nouvelle

Des bénéfices, mais une logique de groupe

La mobilisation des salariés au lendemain de l'annonce de la fermeture du site.

Ham et la robinetterie industrielle, c’est une histoire de plus de 80 ans. Une histoire qui s’ouvre avec Henry Basset et une première fonderie. L’usine portera plusieurs noms, évoluant progressivement vers la robinetterie industrielle. Au cours du 20e siècle, elle devient tour à tour Société des ateliers de Saint-Sulpice, Compagnie générale de robinetterie (Cogero) ou encore COMAP. En 1986, elle prend le nom de Griss-Sapag, encore aujourd’hui gravé dans les mémoires. Puis l’entreprise sera rachetée par Alstom en 1990 et enfin le groupe Pentair dans les années 2010.

L’implantation et le savoir-faire cultivé ne laissent alors pas présager le couperet qui tombe à quelques jours de Noël. Le 15 décembre 2015, alors que le site hamois affiche 4 millions d’euros de bénéfices, le géant américain annonce la fermeture de l’usine dans le cadre d’une restructuration .

La lutte s’organise

Les salariés et les habitants de Ham manifestent en soutien (8 janvier 2016).

Coup de massue pour les 132 salariés. « On ne s’y attendait pas », confient-ils au lendemain de l’annonce. Pancartes et banderoles fleurissent rapidement aux abords de l’usine du 10 rue des Marais. Les employés ont décidé de se battre, suivis par toute une ville, et même au-delà. Dès le 8 janvier 2016, des centaines de personnes défilent dans les rues. Les commerçants baissent le rideau en signe de solidarité.

Les salariés et les habitants de Ham manifestent en soutien (8 janvier 2016).

Les mois qui suivent sont ponctués de négociations et débrayages. Différents repreneurs se font connaître, dont des salariés. Finalement, le 10 août 2016, Pentair annonce que c’est la société axonaise Altifort qui a été retenue. Un rachat signé fin octobre de la même année avec un engagement de conserver 100 des 132 postes initiaux.

Qui est Altifort ?

« Je pense que ça m’a pris trois mois pour convaincre. » Bart Gruyaert, co-fondateur d’Altifort, le reconnaît : l’annonce de la reprise a été froidement accueillie au départ. « Ils pensaient qu’on était des voyous… »

Bart Gruyaert, directeur management commercial et co-fondateur Altifort (Photo : Courrier picard).

Le groupe, basé à Coupru dans le sud de l'Aisne, est alors quasi-inconnu. « Il est détenu par deux fondateurs, explique le directeur management commercial. Il n’y a pas de fonds d’investissement. On est très libres, très indépendants. » La société représente 70 millions de chiffre d’affaires. Elle se « décompose » en trois pôles : le « fluide » (qu’a rejoint l’usine de Ham), une » partie industrielle 4.0 », et le secteur du bâtiment.

Une page qui se tourne

Sur le fronton du site hamois, nouveau nom, nouveau logo. Pentair n’est plus et a laissé place à Picardie valves industries depuis le 1er janvier 2017. Un nom choisi par les salariés, souligne Stéphane Golunski, responsable de l’usine. « On leur a défini un petit cahier des charges. Et on a eu une quarantaine de propositions. » Trois ont été retenues et soumises au vote. Puis un designer a dessiné la nouvelle « image » de l’entreprise, également adoptée par scrutin.

Employés et dirigeants partagent aujourd’hui cette envie de tourner la page. « Dès qu’il y a eu reprise, je leur ai demandé de nettoyer l’usine », explique Stéphane Golunski. Exit banderoles et pancartes, symboles de mois de luttes. « On doit passer à autre chose. » Jusqu’aux tenues de travail, qui vont également être changées.

4 millions d’euros d’investissement…

« On était et on est convaincus qu’il y a un beau savoir-faire sur le site. Et qu’il faut continuer. » Altifort va donc y mettre les moyens, assure Bart Gruyaert. « Cette année, on va investir 4 millions d’euros » : 3 millions dédiés au parc machines, 400 000 dans les bâtiments, 300 000 pour l’informatique et 300 000 pour la formation des salariés.

Stéphane Golunski, responsable du site de Ham.

Le groupe axonais veut également développer la commercialisation, qui se faisait jusqu’alors chez Pentair, en interne. « Aujourd’hui, on vend des produits. Demain, il faut penser qu’on peut faire l’installation, accompagner les clients. » Sur les 3, 4 ans à venir, ce sont environ 7 millions d’euros qu’il veut consacrer à Ham.

... Et des emplois

Les rangs de PVI ne sont donc pas amenés à s'affaiblir. Au contraire. « Quand on a fait l’offre de reprise, il y avait déjà un PSE [plan de sauvegarde de l’emploi] qui était engagé. » Une trentaine de salariés sont partis en pré-retraite. « On a déjà recruté une dizaine de personnes depuis le début de l’année. » Des intérimaires pour la plupart, titularisés. D’ici fin 2017, Bart Gruyaert envisage autant d’embauches. Les nouveaux dirigeants misent aussi sur l’apprentissage pour que le savoir-faire se transmette à la prochaine génération.

Jamais tout à fait partis

« On voulait absolument que la société continue d’exister. » Ce Hamois avait plus de 40 ans de boîte. Il a fait partie de la trentaine de départs volontaires. « On voulait éviter le chômage. On s’est mis d’accord avec des personnes proches de la retraite. » Déjà engagé auprès de « 3, 4 associations », l’homme prend aujourd’hui le temps d’apprécier la pré-retraite.

Ou presque. « Les gens continuent à m’appeler, sourit-il. On ne les a pas abandonnés. Mais on ne veut pas s’imposer. » Les « anciens » passent encore rue des Marais, « pour donner un coup de main ». « On a passé beaucoup d’années [ici]. Il y a un attachement de cœur. On n’a jamais considéré qu’on appartenait à un grand groupe. »

Pour lui, l’avenir est là. « C’est comme tout, arrive un moment où il faut que les gens prennent conscience que leur destin est entre leurs mains. C’est l’implication des gens qui fera que la société pourra tourner. »

Un savoir-faire et de la fierté

Dans l’atelier, cette fierté d’appartenir à une histoire transpire. Des ouvriers montrent une vanne, modèle réduit de celles qui ont été installées outre-Atlantique. « Il y a 7 ans, on a eu un marché de 10 millions de dollars pour alimenter en eau la ville de New York », explique Stéphane Golunski, responsable du site hamois.

PVI exporte ainsi dans 30 à 40 pays différents, aux quatre coins du monde. Ses clients sont Total, DCNS (Direction des constructions navales), les sucreries… Malgré une année 2016 compliquée, la majorité est restée. Et les Samariens comptent bien reconquérir ceux qui sont partis. « Il y a la confiance dans la fiabilité d’un produit démontrée », défend Bart Gruyaert. « L’usine s’appuie sur un savoir-faire et une conception de vannes robustes », abonde Stéphane Golunski.

Une ville qui revit

QG du mouvement le temps de la lutte, le café Le Saint-Sulpice, situé à quelques mètres de l’usine, est encore aujourd'hui le point de rencontres privilégié des salariés. Brigitte, la patronne, se souvient de ces mois d’incertitudes. « Ça n’a été simple pour personne. On les a vus avec le moral au plus bas. […] Aujourd’hui, ils ont encore quelques difficultés à avoir confiance en l’avenir. »

Au café Le Saint-Sulpice, au lendemain de l'annonce de la fermeture.

Petit à petit, toutefois, l’espoir renaît. Car la fermeture de l’entreprise aurait emmené dans son sillage des sous-traitants du secteur. « On a perdu un soudeur, témoigne Nicolas Niger, chargé d’affaires, qui se fournit chez la désormais Picardie valves. Il était en CDD mais on n’a pas pu le titulariser. Là, il y a une belle reprise économique. »

Un sous-traitant et Nicolas Delhaye, employé chez PVI.

Dans le bar, tous se connaissent, de fait. « On a tous besoin les uns des autres », poursuit un fournisseur de l’usine, CEI développement, basé à Eppeville. Une « petite structure de quatre personnes » mais qui compte PVI parmi ses clients.

Et la confiance en l’avenir

« On a toujours travaillé dans des groupes. Maintenant, c’est plus petit. On est obligés de travailler différemment. Ça veut dire qu’on se partage le boulot pour remettre en route tous ensemble. » Nicolas Delhaye, 55 ans, coordinateur hygiène, sécurité et environnement, veut croire en l’avenir. « On va de l’avant », enchaîne Boris Dutertre, 33 ans.

Et l’année 2016 ? « Au niveau des employés, on le sent, ça laisse des cicatrices », relève Bertrand Vermander. Représentant du personnel, il fut l’un des porteurs du projet de reprise par des salariés. Un projet qui n’a donc pas été retenu. « Oui, c’est une déception, Pentair a fait un choix. Maintenant, il faut continuer à se battre. Ça se fait avec Altifort aujourd’hui. »

Ce qui est important pour lui, c’est que la bataille a payé. Une bataille dans laquelle toutes les forces se sont jetées, des employés aux élus de tout bord, en passant par les habitants. « On a montré qu’on était forts. C’est sur ce genre de choses qu’on peut bâtir l’avenir. »

« Pour l’instant, c’est un début, avance Didier Destouis, usineur. […] Pentair nous a fait tellement de choses, les gens se méfient un peu. » Mais les premiers investissements d’Altifort rassurent. « Si on n’y croit pas, ça ne peut pas marcher, ce n’est même pas la peine d’aller au boulot ! Moi, je suis confiant. »

Bertrand Vermander, délégué du personnel et adjoint à la mairie de Ham, revient sur la reprise de l'entreprise Pentair

Credits:

Mariam FOURNIER et Gaël HERISSE L'Aisne nouvelle

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