Contre le cancer, il doit y avoir du sport VOGALONGA, éPISODE 2

TEXTES SOPHIE LEROY - PHOTOS PASCAL BONNIÈRE

Depuis octobre, nous suivons un équipage de femmes qui préparent une régate de 32 km, à Venise. Ce défi est aussi, pour elles, un moyen de combattre le cancer. L’activité physique fait partie de la thérapie.

Ce lundi matin, Laurence – Lau pour l’équipage – n’a pas le pas léger, ce large sourire qu’on lui connaît le vendredi, jour de l’entraînement sur la Deûle, à Lille. Elle se rend à une séance de chimiothérapie, à l’hôpital Saint-Vincent-de Paul de Lille, où elle est suivie. « C’est toujours dur d’entrer », confie celle qui a été désignée capitaine d’équipe.

Lau a déjà participé à deux Vogalonga, cette régate de 32 km à Venise programmée chaque dimanche de la Pentecôte, et se bat pour la troisième fois contre le cancer. Le dernier lui a été diagnostiqué après qu’elle a ressenti des douleurs au dos, en mai. Au 3e étage, une infirmière l’accueille. Le « bonjour » de Lau fend l’air. La voici de nouveau en mode combat. La séance dure deux petites heures. Et commence par la consultation avec son médecin, le docteur Sylvie Berger.

Lau l’associe « à sa survie » : « En juillet, à chaque examen, j’apprenais une mauvaise nouvelle. La première fois que tu as un cancer, tu te dis que tu vas guérir, la deuxième que tu n’as vraiment pas de chance et la troisième, tu te demandes vraiment quel sens donner à tout ça. Si ça vaut le coup de continuer les traitements ou s’il ne vaut pas mieux tout arrêter pour profiter du reste de ta vie… »

« Je n’allais vraiment pas bien mais le docteur Berger m’a prise en charge rapidement. Mes fils, Alexis et Éric, mes amis m’ont portée. Et voilà, je suis là.»
«Des petits doigts de vieux»

Ce lundi, Lau déclare peu d’effets secondaires, si ce n’est ces foutus fourmillements dans les doigts. « Dans les pouce, index et majeur de la main droite. » La peau est un peu plus flétrie. « Ça me fait des petits doigts de vieux », rit-elle. Les pleurs, confie-t-elle, c’est quand elle est seule ou avec son médecin.

Assurément, le sport l’aide à supporter les traitements, témoigne-t-elle. « La chimio t’épuise. Ton corps ne suit plus, tu es au ralenti, tu ne peux plus faire la vaisselle sans devoir t’asseoir. Tu regardes la télé mais tu ne sais pas ce que tu regardes, tu lis un livre mais tu ne sais pas ce que tu lis. Tu as du mal à te concentrer et inverses les mots. Tu t’énerves sans savoir pourquoi… Pagayer, tous les vendredis, me permet de gérer tout ça. » Malgré les vertèbres cassées, le souffle plus court depuis que le premier protocole de chimio lui « a foutu en l’air le cœur ».

« Quand je pagaie, j’ai l’impression de porter des coups physiquement à la maladie, comme lorsque j’allais la piquer de la pointe de mon épée quand je pouvais faire de l’escrime. À chaque coup de pagaie, j’évacue la pression. Pourtant, au départ je n’étais pas vraiment partante, l’eau est sale, je portais des gants… Aujourd’hui, je ne saurais faire sans. Sur le bateau, tu es avec les autres, tu formes une chaîne qui te donne énormément d’énergie. Il y a du partage, de l’entraide, de la solidarité, sans avoir besoin de parler de la maladie. Le moral revient quand tu arrives à Murano et jusqu’à Venise. Tu es de nouveau portée par la foule qui t’encourage.

Pour être sur le bateau, quatre jours plus tard, elle se reposera deux jours durant : « Je veux être en condition. Tu fournis un effort important mais c’est un pied de nez à cette sale bête », raconte-t-elle de sa voix légèrement éraillée, un autre effet des traitements.

«Quand je pagaie, j’ai l’impression de porter des coups physiquement à la maladie, comme lorsque j’allais la piquer de la pointe de mon épée quand je pouvais faire de l’escrime. À chaque coup de pagaie, j’évacue la pression. Pourtant, au départ je n’étais pas vraiment partante, l’eau est sale, je portais des gants… Aujourd’hui, je ne saurais faire sans. Sur le bateau, tu es avec les autres, tu formes une chaîne qui te donne énormément d’énergie. Il y a du partage, de l’entraide, de la solidarité, sans avoir besoin de parler de la maladie.»

En 2014, une participante avait dû abandonner quinze jours avant la régate. Lau n’imagine pas ne pas être sur le bateau en juin. Elle qui ne devait que s’entraîner avec le nouvel équipage, a été convaincue par les filles de repartir sur la lagune.

« Je fais comme si j’allais à Venise. Quand je fais quelque chose, je le fais toujours à fond. On a perdu des amies, je me bats aussi pour elles. Pour montrer que le cancer ne gagne pas à tous les coups. »

Lau a rejoint une chambre. Une infirmière lui pose une perfusion de corticoïdes, avant celle d’antinauséeux et finalement la chimio, vide en à peine cinq à dix minutes. Combien Lau, infirmière, en a-t-elle elle-même posé ? « Parfois je me dis que j’ai été dure avec certains patients qui se plaignaient », alors qu’il n’y avait pas l’accompagnement aujourd’hui proposé, le passage d’une psychologue ou de la socio-esthéticienne. « Malade, tu as envie d’être maternée. La fois dernière, je me suis endormie pendant le soin du visage. » À la sortie, Lau ne se sent pas soulagée: « Je me dis seulement une de plus ». Ses prochains bilans sont programmés les 20 et 28 décembre.

52500 : Le nombre de nouveaux cas de cancer du sein en France, en 2010. Le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme. Six régions dont le Nord - Pas de Calais présentent une incidence supérieure à la moyenne nationale (+ 3 % pour le Nord - Pas-de-Calais). Le cancer du sein est au premier rang des décès par cancer chez la femme avec 11 500 décès chaque année.

La régate

La Vogalonga est une régate de bateaux sans moteur de 32 km, 40 pour sortir et rentrer du lieu d’embarquement.

PHOTO AFP

Lau, deux régates à son actif, a appris à gérer l’effort nécessaire: « Le coup d’envoi est donné à 9h. Il ne faut surtout pas se précipiter pour ne pas s’épuiser. L’effort est intense, le soleil peut taper ou le vent souffler fort. La première partie, tu es en forme, tu longes des îles. Mais de Burano à Murano, tu ne dois pas te laisser distancer, tu es dans la lagune, c’est plus triste. Quand ça ne va pas, il faut le dire tout de suite. On va travailler le désallage et voir comment allonger quelqu’un dans le bateau en cas de coup de mou. La préparation est importante. les filles s’entraînent tous les vendredis, par tous les temps. Le moral revient quand tu arrives à Murano et jusqu’à Venise. Tu es de nouveau portée par la foule qui t’encourage. Et puis il y a la remise des médailles, elle est très importante symboliquement. »

PHOTO AFP

Les canaux et la lagune sont rouverts aux bateaux à moteur à 15 h. Mieux vaut donc être arrivé avant, pour éviter la circulation vénitienne sur l’eau. « Ce n’est pas une course et tout le monde peut participer, il n’y a pas d’âge. Nous ne sommes pas le seul équipage de Dragon Ladies », comme sont nommées ces femmes victimes de cancer qui relèvent ce défi. « C’est un pied de nez à la maladie qui te redonne confiance dans la vie, une véritable renaissance. quand tu es malade, les gens te regardent différemment, tu changes de statut. Avec cette régate, tu montres que c’est possible. Tu es avec tout le monde, comme tout le monde. »

Marche, pilates... ou boxe !

Quand Sabine, Laurence, Marie-Jo, Michèle ne pagaient pas, elles marchent, courent ou pratiquent les activités physiques adaptées proposées par l’Espace ressources cancer Eollis, à Faches-Thumesnil. Damien, leur coach, a été formé pour cela. Ce jour-là, il les a fait boxer.

Michèle pratique au moins trente minutes de marche rapide par jour, fait du pilates, du renforcement, du yoga et de la gym :

« J’ai toujours fait beaucoup de sport. J’étais prof, c’était un moyen d’évacuer. Et puis j’aime ça. Quand j’étais en traitement, même les jours où j’avais chimio, j’allais marcher. Je me sens plus fatiguée quand je n’en fais pas. »

Marie-Jo pratique environ quatre heures et demie d’activités physiques chaque semaine.

« Je n’étais pas du tout sportive. Je m’y suis mise avec mes filles et je ne pourrais plus m’arrêter maintenant. Ça fait du bien au corps et à la tête. Et puis, on se retrouve toutes ensemble. »

Sabine marche une demi-heure tous les midis et pratique une séance de sport différent chaque semaine.

« Ça me booste. Tu secrètes des endorphines et tu en vois les bienfaits. Il y a une prise de conscience du besoin de bouger, surtout si tu as été sédentaire. Tu ressens aussi moins de douleurs articulaires liées au traitement.»

« Le risque de récidive diminue de 20% »

Pris au mot, il est monté sur le bateau des Dragon ladies pour un premier entraînement… Sylvain Dewas, oncologue à la clinique Le bois, à Lille, suit notre équipage.

  • Depuis quand parle-t-on des bienfaits du sport dans le traitement du cancer ?

« Depuis une petite dizaine d’années mais véritablement depuis trois ans, depuis que de nouvelles études ont démontré les bienfaits de l’activité physique contre la maladie. Car on ne parle pas de sport mais bien d’activité physique : on bouge aussi en jardinant ou en allant faire ses courses à pieds. Cela fait partie intégrante de la thérapie et il y a, aujourd’hui, une volonté régionale de proposer des activités physiques adaptées à l’hôpital ou dans les Espaces ressources cancer. »

  • Quels sont ces bénéfices ?

« Les patients en ressentent à toutes les phases de la maladie. Pendant le traitement, le sport atténue les effets secondaires : les vomissements et la fatigue, contre laquelle nous n’avons aucun médicament à prescrire. Les patients ont un meilleur sommeil et plus d’appétit, ce qui permet d’éviter l’anorexie qui peut être consécutive au traitement. Socialement, les patients sortent de leur isolement. Ils ont une meilleure image d’eux-mêmes et donc meilleur moral. Or ce mieux-être permet de maintenir les doses et le rythme du traitement de chimiothérapie jusqu’au bout. Beaucoup de patientes ont de la chimio de sécurité, après les rayons. Si elles ne la supportent pas, elles auront tendance à vouloir l’arrêter ou à diminuer les doses. L’activité physique permet aussi de diminuer les douleurs articulaires et musculaires liées au traitement antihormonal qui peut être prescrit aux patientes. Celui-ci dure cinq ans, il faut pouvoir le tenir. Enfin, après le traitement, l’activité physique a un effet protecteur. Trois heures de sport diminuerait le risque de récidive de 20%, un risque lui-même évalué entre 10 et 20%. »

  • L’activité physique a-t-elle une action de prévention ?

« L’activité physique aurait un effet protecteur contre le cancer du colon, du sein et de la prostate. Mais il faudrait pratiquer une activité physique intense neuf heures par semaine pour réduire le risque de cancer de 50 %. Des résultats observés surtout chez la femme ménopausée : celle-ci secrétant moins d’hormones, elle active moins d’éventuelles cellules cancéreuses. »

La Vogalonga 2017 se tiendra le dimanche 4 juin.
Created By
Magalie Ghu
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