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Genève tire la prise sous les étoiles Le 26 septembre, toute la région va diminuer voire couper son éclairage public

“La Nuit est belle” est un projet imaginé par Eric Achkar, président de la Société astronomique de Genève, et Pascal Moeschler, conservateur au Muséum d’histoire naturelle et directeur du Centre des chauves-souris, en collaboration avec la Maison du Salève et le Grand Genève. Un rêve un peu fou qui va se concrétiser le 26 septembre: 149 communes du Grand Genève (45 genevoises, 79 françaises et 25 vaudoises) - selon un recensement provisoire - n'allumeront pas leur éclairage public, partiellement ou totalement (voir les communes qui éteignent). Genève rallumera ses lumières à minuit pileLe but du projet? Sensibiliser la population à la problématique de la pollution lumineuse, permettre de redécouvrir les étoiles et les richesses de la nuit. Faire comprendre, aussi, que diminuer l'éclairage permet de préserver la santé humaine ainsi que de protéger la biodiversité nocturne, et que, enfin, cela permet de réaliser des économies d'énergie. “Après la pollution de l’eau dans les année 60, de l’air dans les années 2000, le temps est désormais à la prise de conscience des dangers de la pollution lumineuse”, assure Pascal Moeschler.

La participation des communes sera variée: non-allumage total toute la nuit ou durant une partie de la nuit, de manière partielle ou étendue. "L’important est que les communes participent à leur niveau, souligne Sylvie Vares, cheffe de projet biodiversité Grand Genève. C'est une question de choix mais aussi une question de moyens techniques et financiers." En effet, précise-t-elle, les communes frontalières sont, pour la plupart, obligées de faire intervenir leur prestataire privé - qui gère leur réseau d’éclairage public - pour un non-allumage. Cela représente parfois un effort financier non négligeable pour une commune."

La région ne sera donc pas plongée dans un noir total, des points lumineux résiduels demeureront (lire plus bas), émanant notamment de l’éclairage privé. "Nous ne visons d'ailleurs pas le noir total, note Sylvie Vares. L'objectif est de baisser l'intensité lumineuse. La participation inattendue d’autant de communes est exceptionnelle, il y a un vrai engouement et une belle dynamique. C'est une première d'avoir pu fédérer autant de communes sur une agglomération d'un million d'habitants."

Et les privés? "Les communes ont la charge de faire passer le message à la population, rapporte la cheffe de projet. Certaines ont adressé des courriers aux commerçants, aux habitants et aux responsables des zones d'activités pour les informer et les encourager à participer." Des partenaires ont d'ores et déjà annoncé leur collaboration, à l'image du CERN, qui va éteindre en partie ses installations, et la RTS, "tout comme ATMB qui va suspendre ses travaux réfection de chaussées entre Annemasse et Archamps durant la nuit, c'est un effort important". Sylvie Vares ajoute encore qu'une agence de publicité qui gère plusieurs enseignes autour de la Rade a sollicité ses clients, qui ont accepté de ne pas allumer ce soir-là. En amont de l’évènement et pour toucher un maximum de personnes, des clips seront diffusés sur les écrans des TPG et de la CGN.

Depuis plus de deux ans, Pascal Moeschler et Eric Achkar organisent des soirées extinctions dans des communes, couplées à des activités d’observations avec des télescopes pour montrer la beauté du ciel à la population. “Nous venons avec la société astronomique et quelques télescopes, pour faire changer le regard sur la nuit, montrer une image positive, faire redécouvrir la beauté du ciel étoilé qu’on ne regarde, qu’on ne voit, plus.” Au gré de leurs interventions, ils sentent le vent tourner: “Après une trentaine de conférences en quatre ans et cinq expérimentations d'extinctions exceptionnelles de l'éclairage pour observer le ciel étoilé dans des communes de plus en plus grandes, nous sentons que cela devient de plus en en plus possible de passer à l'action. Les communes n'hésitent plus à dire oui lors d'une demande d'extinction quand la demande est fondée sur un double raisonnement : sociologique et scientifique, et ce d'autant que nous représentons des institutions scientifiques.”

Des étoiles dans les yeux

Cette soirée sans éclairage public offre une occasion unique d'observer les étoiles. La date n'a pas été choisie au hasard, précise Eric Achkar. "Le ciel sera bien contrasté car il n'y aura pas de lune le soir du 26. On pourra donc observer la voie lactée resplendissante et verticale par rapport à l'horizon après le coucher du soleil, soit une position optimale pour une belle impression visuelle." Plus de 22 communes organisent des activités pour la population, en collaboration avec des astronomes, dont Confignon, Dardagny, Le Grand-Saconnex, la Ville de Genève (au parc Bertand), Carouge et Laconnex (retrouvez la liste ici). Eric Achkar explique que le soleil se couchera à 19h26 et que les premières planètes apparaîtront dès 20h. On apercevra d'abord Jupiter, un astre très brillant de couleur blanche; puis Saturne, dont on pourra admirer les anneaux avec un petit télescope. A partir de 21h07, la Voie lactée, la galaxie d'Andromède et bien d'autres merveilles apparaîtront progressivement. La Société astronomique a par ailleurs préparé un "kit de cartes du ciel et d'explications". Et pour en savoir plus sur "La Nuit est belle", cliquez ici.

La Société astronomique de Genève met à disposition plusieurs cartes du ciel sur son site Internet. Voilà ce qu'on pourra admirer durant la nuit du 26 septembre à 21h, en position couchée, les yeux levés vers le ciel.

Les SIG maîtres de la lumière

Le projet «La Nuit est Belle» est une première à cette échelle. Le point avec Olivier Pavesi, responsable de l’unité éclairage et mobilier urbain connecté des SIG.

  • Comment va se dérouler l'extinction totale, on appuie sur un interrupteur général? "A peu de choses près oui! Une télécommande centralisée pilote tout l'éclairage public du canton. La lumière résiduelle est mesurée au niveau du sol et dès qu'elle passe en-dessous d'un certain seuil, l'activation des lampadaires se fait automatiquement. Nous pouvons activer manuellement cette commande, depuis nos bureaux, et envoyer le signal d'allumage ou d'extinction pour tout le canton. En l'occurrence, pour le 26 septembre, on ne parle pas d'extinction mais de non-allumage."
  • Certains secteurs seront tout de même allumés, lesquels? "Nous allons allumer entre dix et quinze lieux. Par exemple, ce soir-là Servette affronte Lugano au Stade de Genève. La zone et la route des Jeunes seront éclairées jusqu'au départ des supporters. D'autres secteurs conserveront aussi des points d'éclairage, comme par exemple l'aéroport." Mais aussi les alentours de l'aéroport, les prisons, les feux de circulation, l’entrée des douanes, indique le service communication du Conseil d'Etat genevois.
  • Et au centre-ville? "A ce jour, nous n'avons pas eu de demandes dans ce sens."
  • Au printemps, Bernex avait également tiré la prise. Il s'est révélé plus compliqué d'éteindre une seule commune plutôt que le canton entier. "En effet. Nous n'avons pas la capacité d'éteindre ou d'allumer à distance pour une seule commune. Il faut que nous nous rendions physiquement sur place et que nous désactivions/activions chaque point d'alimentation. A Bernex il y en avait une dizaine."