LA PEUR Gabriel CHEVALLIER

La guerre, rarement montrée ainsi, est dépeinte, dans un livre largement autobiographique, comme loin d'être glorieuse et rédemptrice mais plutôt remplie d'horreur, de malheur et de peur.

Sous les traits de Jean Dartemont, Gabriel Chevallier raconte la terrible expérience que lui et les soldats de 14-18 ont vécu, dans la cruauté et la terreur. Il dépeint avec finesse un portrait de la guerre, en montrant la violence inouïe des combats, la stupidité des commandants envoyant les hommes au suicide, la fatigue, la faim, le froid. Et surtout la peur, "terrible et insidieuse", que tous éprouvent et s'efforcent de repousser. Il raconte la guerre telle que lui l'as subie, terré dans les tranchées ou marchant dans des champs infinis de cadavres et de blessés, avec un réalisme effrayant.

résumé

Dans ce livre, la guerre est racontée de manière franche et détaillée. Les raisons du déclenchement de la guerre ne sont pas racontées : l'histoire commence non pas avant, mais après l'annonce de la guerre, lors de la mobilisation. L'auteur raconte en premier l'engouement général au départ, auquel il ne nie pas avoir participé, car les gens croient aux récits de victoires et de batailles glorieuses. Voulant comme chaque homme faire un acte héroïque et participer à cette grande guerre, Jean Dartemont (l'auteur), rejoint l'armée en tant que soldat en 1915 dans un bataillon de marche, qu'il décrit comme constituant « des réservoirs d'hommes, que le commandement déplaçait parallèlement à la ligne de feu pour les porter aux endroits menacés, afin qu'on pût y puiser des renforts immédiats », avec lequel il découvre peu à peu le front. En septembre, il est affecté à une unité combattante, et l'enthousiasme revient. Mais... il raconte lors de l'attaque l'effondrement des rêves des jeunes soldats face a l'horreur de la guerre, aux cadavres qui s'étendent à l'infini, à tout ces hommes morts pour des raisons lui paraissant stupides. Ces généraux, en sécurité, au chaud, qui envoient tous ces milliers hommes à la mort. Et surtout il parle de la terreur qu'éprouvent les soldats, et que lui même ressent. Cette peur qui ne les lâche pas, qui les oppresse sans cesse mais qu'ils s’efforcent de refouler face au danger permanent.

« L'exceptionnelle proportion d'héroïsme ne rachète pas l'immensité du mal. »

Puis Dartemont se blesse lors d'un assaut et est retiré des combats. Il explique sa honte face aux hommes agonisants, terriblement blessés. Il est envoyé à l’hôpital où il retrouvera des soldats qui, comme lui, sont heureux d'être blessés si cela leur a permis d'échapper à cette guerre. Et au détour d'une discussion avec une infirmière il dit : « Je vais vous dire la grande occupation de la guerre, la seule qui compte : J'ai eu peur », ce qui provoque surprise et incompréhension. Les gens ne savent pas, ou plutôt ne savent plus ce qu'est la vraie guerre. Après 7 jours de convalescence dans sa famille qui n'a pas changé, il repart dans le train, ce qui marque son retour dans la guerre.

De retour au front, il obtient un poste d'agent de liaison et explique l'importance de quitter les soldats : « Un homme qui part à la division est considéré comme sauvé définitivement. Il peut être tué, mais accidentellement, par fatalité ». C'est une autre guerre qui commence pour Jean Dartemont. Dans un secteur plus calme, il se fait plus descriptif. Il nous parle du retour de la végétation, de ses allées-venues, des quelques événements dont il est témoin. Dans les Vosges, il est témoin d'un coup de main allemand et de quelques faits : la détention d'un Allemand, un accident de revolver au repos… Dans le nouveau secteur, en montagne, il rejoint une escouade à cause du nouveau capitaine. Il souffre dans un petit poste bétonné, mais il parvient, au départ du capitaine, à se faire affecter comme secrétaire-topographe à l’état-major du commandant.

Et là, dans une sape, son régiment subit une pluie d'obus extrêmement violents. Il décrit de longues minutes d'angoisse, alors que ses camarades et amis meurent un à un, que l'artillerie aligne les erreurs, que son commandants défaille... Il analyse la peur, la sienne, avec des mots durs, pour lui-même. Il n'y a plus rien, plus d'honneur, seulement la peur. Une peur qui va diminuer lorsqu'il apprend qu'il doit lui-même participer à l'attaque. Il décrit l'attente, comme un condamné à mort dans ses derniers instants, et il y va, malgré la terreur qui l'oppresse et le tenaille. « Des hommes tombent, s'ouvrent, se divisent, s'éparpillent en morceaux . On entend les chocs des coups sur les autres, leurs cris étranglés. Chacun pour soi ». Arrivé à la tranchée allemande, il écrase un soldat allemand, avec une violence que seule la peur pourrais justifier.

« Seul l'excès de peur nous donne cette joie féroce. La peur nous rends cruels. Nous avons besoin de tuer pour nous rassurer et nous venger. »

Le dernier chapitre évoque le repos après le combat. Il explique que les plus simples oublient leurs désespoirs et leurs peurs pour ne montrer qu'une "fierté naïve", et ceux qui furent les plus blêmes sous les obus forgent histoires et légendes. Il s'attriste également du fait que les décorations ne soient pas attribués aux plus méritants. Et, pendant un coup de main allemand, Dartemont se porte volontaire pour une mission de liaison suicidaire. Et il le comprend : il n'a pas peur car il est prêt à mourir. « Avec l'espoir d'en réchapper reparaîtrait le désir de fuir ».

En printemps 1918, les allemands lancent plusieurs offensives. Dartemont survis à celle de Champagne mais son ami y laisse la vie. Mais après les événements, la guerre n'est toujours pas finie. Les allemands organisent un coup de main, les français font de même. Celui-ci ne donne pourtant rien, et soldats ne manquent pas de réagir.

Enfin, il raconte le recul allemand, terni malgré tout par la mort d'un ami lors d'un bombardement, Petrus Chassignole, au front depuis le début. Le récit se termine par des questionnement sur l'après guerre : Les rêveries mensongères sur la guerre seront-elles entretenues ? Et quelle sera la place des soldats ? Celle des chefs ?...

Neuville-Saint-Vaast, premier endroit où l'auteur découvre la guerre.

Le Chemin des Dames, deuxième grande offensive à laquelle participe Dartemont.

Pour conclure

Mêlant narration et histoire avec analyse profondes et détaillées, le lecteur découvre la guerre d'une manière peu commune. L'auteur parle des émotions et ressentis des gens, mais aussi et surtout de lui-même, avec honte parfois, sans jamais se cacher ou se voiler la face. Et il nous parle, d'où le titre du roman, de toutes ces peurs, de l'angoisse à la terreur, qu'il ressent en permanence sur le champs de bataille. On découvre également différentes facettes de la guerres, selon les corps de métier qu'il a occupé. Ce n'est pas un récit héroïque, c'est un récit désabusé, cynique, parfois ironique, de la guerre comme lui l'a vécue. Ce n'est pas une guerre pleine d'actes glorieux et de courage mais plutôt leur recherche, remplie de coup bas, d’égoïsme, et de peur. Gabriel Chevallier nous fait comprendre son incompréhension, de l'arrière qui ne veut rien savoir de l'avant, des soldats qui mentent, de l'hostilité entre eux-mêmes.

C'est un livre complexe, intéressant, très dur, presque effrayant parfois. Mais c'est un livre qui faut avoir lu.

Image du long métrage de Damien Odul, d'après le livre de Gabriel Chevallier.

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.