Loading

Il y a 75 ans, l'Isère était libérée À l'occasion des cérémonies anniversaires de la libération de l'isère, découvrez notre série itinéraire à travers les communes qui en ont été des symboles.

Première étape : SAINT-MARTIN-LE-VINOUX

Le bombardement de Pique-Pierre fait 27 morts, juste avant la Libération

Le 16 août 1944, les bombes des forces alliées rataient leur cible. Jean Brancaz et Odile Luppi se souviennent.

Bien plus que la libération de Saint-Martin-le-Vinoux, le 22 août 1944, ce sont les deux bombardements, survenus juste avant, qui marquent la mémoire collective de la commune : 37 morts dans le bombardement de la Buisserate, le 26 mai 1944, et 27 morts dans celui de Pique-Pierre, le 16 août 1944. Jean Brancaz, aujourd’hui 92 ans, et Odile Luppi, 78 ans, étaient sous les bombes, ce 16 août 1944. Ils habitaient des maisons presque voisines, rue des Terrasses, rebaptisée “rue du 16 août 1944” après le drame.

Odile Luppi chez elle à Saint-Martin-d’Hères, visionnant le CD-Rom “La bombe d’Odette” qui raconte le drame du 16 août 1944.

« Depuis ma naissance, j’avais toujours vécu dans cette maison, que je n’ai quittée qu’il y a 18 mois. Je me souviens très précisément du bombardement qui a touché directement le domicile familial, confie Jean Brancaz. Cet après-midi-là, j’aidais mon oncle dans son imprimerie à Grenoble. Quand le bombardement a éclaté, mon oncle m’a dit de filer, car ça semblait se passer près de chez moi. Les avions, les bombes, je les entends encore… Quand je suis arrivé, c’est Pique-Pierre qui avait été le plus impacté, mais aussi ma rue, avec des maisons éventrées. Une bombe était tombée devant le portail de notre jardin et l’avait emporté. Le balcon de la maison avait volé en éclats, la porte d’entrée n’existait plus, et le piano de ma mère, dans le salon, était en miettes. Tous les plafonds étaient descendus. Ma mère, qui était dans la maison, s’était blottie dans un coin, elle n’a pas été touchée. Mais, déjà très malade, elle a subi le contrecoup de ce bombardement et est décédée peu de temps après. J’ai mis 15 ans à remettre la maison et état et à l’agrandir, car les trois pièces d’origine ont vite été trop exiguës pour notre famille avec cinq enfants. »

Des morceaux de la bombe

Trop petite pour se souvenir elle-même précisément de ces événements, Odile Luppi les connaît cependant très bien tellement on lui en a parlé tout au long de son enfance et son adolescence.

« J’habitais là avec ma mère (Odette Pénelon), ma tante (Simone) et ma grand-mère (Marie-Louise). Mon père (André Pénelon) était prisonnier de guerre en Allemagne depuis mai 1940, raconte Odile Luppi-Pénelon. Je sais que ce soir-là, ma grand-mère paternelle, Marie-Louise, préparait un gratin de pommes de terre, alors que nous étions toutes dans la tranchée creusée près du portail, où nous allions en cas d’alerte. Ma grand-mère voulait absolument aller mettre son gratin au four, dans la maison ». Elle n’a pas eu le temps de le faire : une bombe est tombée sur la maison.

Jean Brancaz (photo prise en 2014) n’a quitté sa maison, bombardée puis reconstruite, qu’il y a 18 mois. Photo Le DL/V.P.

« Ma mère m’a toujours dit qu’on avait eu beaucoup de chance car dans la maison voisine, deux petites filles avaient été tuées, poursuit Odile Luppi. Ma mère avait récupéré des morceaux de la bombe tombée sur notre maison. Et après son décès, le 28 juin 2009 (à 98 ans), j’ai conservé ces fragments de bombe chez moi ».

Aujourd’hui, ces événements font partie de l’histoire de la famille Luppi-Pénelon. D’autant que le témoignage d’Odette Pénelon a été, en 2000, recueilli et gravé sur un CD-Rom familial. On y entend Odette Pénelon évoquer ses souvenirs : « Tout le monde parlait de “la bombe de Mme Pénelon”, mais je n’y étais vraiment pour rien ! »

Comment les Superbombardiers anglais ont-ils bien pu provoquer de tels drames ? En fait, ces avions étaient trop gros pour voler bas, et les pilotes anglais devaient donc larguer leurs bombes un peu au jugé. C'est ce qui provoqua les deux catastrophes. "Sur cette photo, prise le 16 août 1944, juste après le bombardement, la maison détruite qu'on voit, c'était une épicerie, celle d'Eynard, un ami", précise Jean Brancaz. Reproduction Le DL/Vincent PAULUS
Précision

Nous avons rencontré Jean Brancaz plusieurs fois ces dernières décennies, lui qui fut élu municipal à Saint-Martin-le-Vinoux pendant 6 mandats, fondateur de l’union commerciale et témoin des bombardements. Son état de santé l’a contraint à quitter sa maison (33, rue du 16 août 1944) voilà 18 mois pour s’installer à la Maison du Lac à Saint-Égrève. Nous l’y avons rencontré voilà quelques jours, lui montrant l’interview qu’il nous avait accordée en 2014. C’est, avec son accord, ce témoignage que nous reproduisons ici.

Deux drames, 64 morts

Le 24 mai comme le 16 août 1944, comme à chaque bombardement, l’aviation alliée voulait détruire la gare de triage et le pont de chemin de fer enjambant l’Isère, pour couper la route des Allemands. Mais les Superbombardiers étaient trop gros pour voler bas, et les pilotes anglais devaient donc larguer leurs bombes un peu au jugé. Ce qui provoqua les deux catastrophes. Le 26 mai 1944, les bombes tombèrent sur le quartier de la Buisserate : 37 morts. Le 16 août 1944, rebelote, mais cette fois-ci sur le quartier de Pique-Pierre : 27 morts, 25 blessés, 15 maisons détruites et une dizaine d’autres endommagées. La municipalité de Saint-Martin-le-Vinoux invite la population à venir se recueillir devant le monument aux morts, place du Village, ce vendredi 16 août à 11 heures.

La bombe d'Odette... et son témoignage

Témoignage d’Odette Pénelon (décédée en 2009), maman d’Odile Luppi, sur le CD-Rom “La bombe d’Odette” : «Le repas était en train de se préparer, j’ai dit là, cette fois, ça va tomber, faut pas rester dehors. Et ça n’a pas tardé, c’est tombé exactement sur notre maison. Ça n’a pas duré très très longtemps, mais quand on est sorties de là, on pouvait mettre mon corsage en pièces. Mais on était vivantes. On a regardé dans l’immense trou, où on a trouvé de tout, beaucoup de petites choses, des petites bricoles. Tout ce qui était gros, ça a été mis en miettes… Tout a été vraiment nettoyé. On préparait le déjeuner, et le gratin, on ne l’a pas retrouvé, j’aime mieux vous le dire, ni même la cuisinière, d’ailleurs ! On disait “la bombe de Mme Pénelon”, mais j’y étais vraiment pour rien».

Deuxième étape : Grenoble

Le 22 août 1944 : «C’était la folle joie»

Il y a 75 ans, le 22 août 1944, les Américains entraient dans Grenoble, acclamés par des milliers d’habitants. De ce jour-là, Liliane Vielly n’a rien oublié. Ni des mois précédents, ni des mois suivants.

C’est la première fois qu’elle raconte, qu’elle se raconte “en public”. « Sans doute parce que mes enfants n’ont jamais été très curieux de cette période de ma vie », murmure-t-elle. «Et puis j’ai vécu ce que des quantités de gens ont vécu…». Alors pourquoi aller au-delà du cercle familial, pourquoi être témoin de cette période, de cette journée du 22 août 1944 ? «Je me suis parfois posé la question… Aujourd’hui je me dis que ça peut intéresser».

Liliane Vielly a 9 ans lorsque la guerre est déclarée. Elle va passer la plus grande partie du conflit à Grenoble. « Au 7 de la rue Marceau, dans l’appartement de ma grand-mère paternelle. Maman avait trouvé un travail aux Nouvelles-Galeries, ma grand-mère, elle, se chargeait de l’intendance. Une lourde charge. Je me rendais compte de leurs efforts pour moi. Je ressentais tout de même la peur. À la maison, dans la rue, au lycée, je n’étais pas tranquille, personne ne l’était ».

« Les Allemands n’attendaient qu’une chose : partir »

Avant d’évoquer le 22 août 1944, Liliane Vielly revit le 6 juin 1944. « J’étais chez les parents d’une amie à Saint-Laurent-du-Pont. Il était tôt, nous étions encore au lit en train de bavarder avec mon amie quand son père a fait irruption dans la chambre en criant : “ils ont débarqué”, c’était la joie », raconte Liliane, des sanglots dans la voix. « On a commencé à se dire que ça allait finir, qu’il faudrait peut-être du temps mais que tout ça allait se terminer ». L’été 1944, pour cette fille de 14 ans, c’est aussi le martyr du Vercors, « on voyait Saint-Nizier brûler depuis nos fenêtres », le débarquement de Provence « dont nous ne nous doutions pas ».

Liliane Vielly vit aujourd’hui cours Jean-Jaurès à quelques centaines de mètres de l’endroit où elle a vu, le 22 août 1944, pour la première fois, les Américains dans Grenoble. Photo Le DL /Matthieu ESTRANGIN

Puis, ce sont les Américains. Enfin. « Dès qu’on a su qu’ils arrivaient, avec maman, on a pris la rue Condorcet et on est allé cours Jean-Jaurès pour les voir défiler avec des Résistants. Tout ça, c’était la folle joie. Tant que les Allemands étaient là, malgré le débarquement de Normandie, malgré le débarquement dans le Midi, on se demandait ce qu’il allait se passer. On avait peur. On craignait qu’ils se vengent d’un attentat… Mais eux n’attendaient qu’une chose : partir. Alors le 22 août, tout de suite c’est la fête. C’est fou. C’est fou, c’est la folie. Voir arriver les Jeep, les Dodge, tout un matériel que nous ne connaissions pas. Et puis les Américains balançaient des tas de trucs aux gens ».

« C’était une délivrance même pour nous les jeunes. On n’avait pas eu une vie normale »

Plus vraiment enfant, pas encore adulte, Liliane célèbre l’arrivée des Alliés, fête la Libération avec ses camarades, avec la foule des Grenoblois heureux. Elle va aussi au parc Paul-Mistral où les Américains sont basés. « C’était une curiosité. Ils donnaient beaucoup de choses. Ah, les boîtes de singe… et évidemment du chocolat et des cigarettes. C’est là, à 14 ans qu’on a commencé à fumer. Un peu en cachette quand même ».

Du 22 août 1944, Liliane Vielly se souvient notamment des Dodge américains sur le cours Jean-Jaurès. Photo Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère

Les fêtes se succèdent dans la ville. « Les gens se sont lâchés, c’était une telle délivrance. De voir les Allemands partir, de voir ensuite qu’ils avaient perdu la guerre. C’était une délivrance même pour nous les jeunes. On n’avait pas eu une vie normale. On a évidemment célébré tout autant la fin de la guerre en mai 1945. Les gens ressortaient, on retrouvait aussi ceux qui étaient partis faire la guerre. Nous étions libres. »

« Paul Vallier était hébergé par ma voisine de palier »

Née à Paris en 1930, Liliane Vielly est grenobloise depuis ses 3 ans. Elle se souvient du magasin de ses parents, rue du Docteur Mazet, de sa maman qui « tenait la boutique », de son papa qui « démarchait les entreprises. Mon premier souvenir de la guerre, c’est sa mobilisation. Il a rapidement été fait prisonnier mais il est parvenu à s’échapper en volant un vélo avant son transfert en Allemagne. Pendant la guerre, je ne l’ai vue que quatre ou cinq fois ». Au début du conflit, « je suis partie avec ma grand-mère dans le Berry puis dans le Limousin. Ma grand-mère et ses amies avaient toutes été dans l’enseignement. J’avais donc des cours presque particuliers, c’était passionnant. Terrifiant aussi d’assister à l’exode de milliers de personnes. Nous étions dans une maison au bord d’une nationale. Les gens fuyaient l’occupant, ils erraient sur les routes. Je voyais ça. Un véritable choc. Ma grand-mère a alors préféré regagner Grenoble ». La capitale des Alpes françaises est encore occupée par les Italiens.

« À partir du moment où les Allemands sont arrivés, en septembre 1943, l’ambiance a totalement changé »

« À partir du moment où les Allemands sont arrivés, en septembre 1943, l’ambiance a totalement changé. Tout le monde avait peur ». Liliane Vielly se remémore un jour où, rue de Bonne, alors qu’elle rentre du lycée avec une amie, elle entend des coups de feu. « Des officiers allemands étaient visés mais ma camarade a reçu une balle dans le bras. On s’est réfugiés dans la pharmacie toute proche. C’est un sale souvenir ».

Puis, c’est la Saint-Barthélemy grenobloise, et, en décembre 1943, l’explosion de la caserne de Bonne. « Nous vivions chez ma grand-mère, au 7, rue Marceau. L’explosion de la caserne a tout soufflé, brisé toutes les vitres. Nous avons été hébergés une nuit chez des amis puis nous avons regagné notre appartement. Avec l’interdiction de chauffer, il y avait des risques d’explosion avec les fuites de gaz. Nous avons passé l’hiver sans chauffage, avec des papiers punaisés aux fenêtres ». L’enfant de 1943 se souvient aussi de la voisine de palier, Madame Ockly.

«Il ne parlait pas vraiment mais avait toujours un mot gentil »

« Une très bonne voisine, note-t-elle. Un jour, elle nous a dit, “j’ai pris un locataire”. Nous n’avons pas posé de questions. On a su après que c’était Paul Vallier. Je le rencontrais dans l’ascenseur. Il ne parlait pas vraiment mais avait toujours un mot gentil. Sachant après ce qu’il avait fait, c’est assez émouvant ».

Avec fierté, elle se souvient aussi « du spectacle monté, avec quelques copines, dans l’atelier d’un papa pour récolter un peu d’argent pour les prisonniers de guerre ». Une joyeuse petite parenthèse qui provoque aujourd’hui un grand sourire mais fait, aussi, rougir les yeux de Liliane Vielly. Il y a aussi dans sa mémoire la peur après le bombardement de la gare de triage de Saint-Martin-le-Vinoux, les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki. « Nous étions atterrés. Vraiment. C’est une punition qui dépasse les normes de l’Humanité ». Il y a évidemment l’horreur des camps. « On savait que les juifs étaient persécutés, mais nous n’imaginions pas l’horreur des camps de la mort. »

Jean-Paul Blanc, président de l’ADIF-FNDIR 38. Photo Le DL/Matthieu ESTRANGIN

« Certains témoins n’avaient jamais raconté leur histoire »

Jean-Paul Blanc, le président de l’association des Déportés et Internés Résistants de l’Isère, n’en revient toujours pas. En lançant un appel dans nos colonnes il y a quelques mois, il ne s’attendait pas à avoir tant de retours. Il ne s’attendait surtout pas aux histoires qu’il a entendues et filmées.

« Pour ce 75e anniversaire de la libération de Grenoble, j’ai proposé au Département et à la Ville de réaliser un film réunissant des témoignages de Grenoblois qui étaient dans la ville le 22 août 1944. L’idée a été validée et l’appel à témoins a été lancé dans Le Dauphiné Libéré ». Une trentaine de personnes s’est manifestée. « On a dû faire une petite sélection ».

« La richesse des témoignages, des documents dévoilés, je n’y crois toujours pas »

Avec un journaliste, Jean-Paul Blanc s’est rendu chez une dizaine de personnes. Certains avaient 3 ans en 1944, d’autres à peine plus de 10, certains étaient presque majeurs. Dans la grande majorité, ils témoignent pour la première fois. « Et certains des faits qu’ils racontent étaient inconnus jusque-là. Ainsi, un Grenoblois qui avait 17 ans en août 1944 n’avait jamais raconté comment il avait négocié la reddition d’une vingtaine d’Allemands alors que les forces du Maquis de Chartreuse allaient rentrer dans Grenoble. La richesse des témoignages, des documents dévoilés, je n’y crois toujours pas. Et les détails ! En échangeant, on constate que même à 3 ou 4 ans, cette journée a été marquante, est gravée à jamais dans les mémoires. Les témoins de cette journée n’ont rien oublié, c’est frappant. Certains n’avaient jamais raconté leur histoire, ils ont lu quelques lignes dans le journal et tout est revenu, comme si c’était hier. Ces témoignages sont des petites histoires de la grande histoire, c’est passionnant ».

Le film inédit de Jean-Paul Blanc a été présenté le 22 août à la mairie de Grenoble. Et le “réalisateur” ne compte pas s’arrêter là. « Ce film est le premier d’une trilogie. Je suis aujourd’hui à la recherche de témoignages de Grenoblois qui étaient là lorsque le général de Gaulle a fait de Grenoble une commune Compagnon de la Libération d’une part, de témoins du retour des déportés d’autre part, pour faire deux autres films ».

troisième étape : bourgoin-jallieu

Une journée de guérilla pour que Bourgoin et Jallieu soient libres, grâce à leurs enfants

Après Grenoble, le 22 août 1944, Jallieu et Bourgoin se sont à leur tour libérées de l’occupation allemande grâce aux résistants du secteur 7 Rhône-Isère, avec le bataillon Rémy en première ligne.

Le 23 août 1944 est une date majeure dans l’histoire des Berjalliens et des Nord-Isérois.

La veille, Grenoble a été libérée. Souffle alors, vers le Nord-Isère, un fort parfum de liberté. Mais pour y goûter, il faut payer le prix de périlleux combats.

Joseph Fracassetty, alias capitaine Rémy, chef du bataillon éponyme. Photo Comité Bataillon Rémy

À cet emplacement géographique stratégique, qui fait la jonction entre Lyon et Grenoble, c’est le secteur 7 “Rhône-Isère” qui opère, sous le commandement des Forces françaises de l’intérieur (FFI). La partie militaire de ce secteur est alors dirigée par le capitaine Joseph Fracassetty, alias Rémy.

Depuis le mois de juillet, le bataillon portant son nom harcèle les forces allemandes autour de Bourgoin et de Jallieu, les deux communes voisines mais pas encore réunies. Le 22 août, des renseignements annoncent la venue prochaine de troupes américaines remontant de Grenoble vers Lyon. Sous la direction des FFI du Rhône, le bataillon Rémy se mobilise alors pour libérer, avant l’arrivée des Alliés, Bourgoin et Jallieu. Les deux villes sont défendues par 200 à 300 militaires allemands de la Wehrmacht, de la Kriegsmarine et un détachement de la Feldgendarmerie. Des Allemands lourdement armés.

Le 23 août, de rudes combats dès 11 h 30

Au matin du 23 août, les forces du capitaine Rémy se positionnent dans la forêt de Flosailles. La première incursion est lancée vers 11 h 30. Un petit contingent va au contact des soldats ennemis, retranchés dans la clinique de Jallieu. Les combats sont rudes. Rapidement, le bataillon Rémy progresse. C’est maintenant au tour de la Feldgendarmerie, stationnée à l’hôtel Chenavas à Bourgoin, d’être attaquée. Elle se rend après deux heures de combat.

En début d’après-midi, les résistants prennent d’assaut les silos, le collège et la place du Champ-de-Mars. Par deux fois, les Allemands sont encerclés. « Ils ont hissé le drapeau blanc, mais lorsque nous nous sommes présentés, ils nous ont tirés dessus », raconte Ménie Fracassetty alias Yvette, femme du capitaine et membre active du secteur 7, dans son ouvrage “Ni haine, ni oubli”.

Des Feldgendarmes sont faits prisonniers par les résistants à Bourgoin, le 23 août 1944. Photo Comité Bataillon Rémy

Après des combats de rue intenses comparables à une guérilla, soumis à un harcèlement incessant, le gros des forces allemandes se retranche aux silos de la Grive. C’est là que sont entreposés les vivres destinés à la marine allemande. À l’intérieur, 150 soldats résistent encore, mais sont finalement encerclés par les groupes du bataillon Rémy. La lutte est âpre, plusieurs résistants trouvent la mort.

18 résistants du secteur 7 tombés au combat

En début de soirée, des pourparlers sont engagés. Les Allemands acceptent de se rendre à 22 h 30. « Il était temps, car les résistants n’avaient presque plus de munitions », confie Patrick Barruel-Brussin, président et co-fondateur de l’association Comité Bataillon Rémy. Des propos confirmés par Ménie Fracassetty : « Après discussion, les Allemands ont demandé à détruire leurs armes et les vivres. Nous avons accepté pour les armes bien que nous en avions très peu, mais il fallait bluffer. Nous avons refusé pour les vivres, pour nourrir la population. »

En une journée, les deux villes voisines, d’abord Jallieu puis Bourgoin, ont été libérées par leurs propres enfants. Ce seront les deux seules dans ce cas en Isère.

Défilé de la victoire dans les rues de Bourgoin du bataillon Rémy, avec son capitaine en tête. Photo Comité Bataillon Rémy

Néanmoins, le bilan est lourd : 180 soldats Allemands ont été faits prisonniers et 35 ont trouvé la mort lors des combats. Le secteur 7, lui, déplore 18 morts et de nombreux blessés.

Les troupes américaines n’arrivent à Bourgoin et Jallieu que quatre jours plus tard, le 27 août 1944. De son côté, le secteur 7 et le bataillon Rémy font route vers le nord, direction Lyon. Ils seront parmi les premiers groupes de FFI à investir la ville, dans la nuit du 2 au 3 septembre 1944.

Ce compte rendu de la journée du 23 août 1944 est tiré de plusieurs témoignages et des ouvrages de Julien Guillon transmis par Patrick Barruel-Brussin, président et co-fondateur de l’association “Comité Bataillon Rémy” avec Ménie Fracassetty.

À suivre...

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a copyright violation, please follow the DMCA section in the Terms of Use.