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bruce springsteen crooner cow-boy Qui mieux que Springsteen pour s'atteler aux grands mythes qui ont forgé l'Amérique ? Le "Boss" livre aujourd'hui "Western stars", 19ème album sombre et puissant. Belkacem Bahlouli, auteur de "Bruce Springsteen" (éd. Place des Victoires), nous sert de guide.

Il y a presque 35 ans jour pour jour, un Américain, débardeur blanc et biceps saillants, bandeau sur le front, débarque sur MTV et les grandes ondes françaises. Son "Born in the USA" est propulsé hymne officiel de l'Amérique, ce pays dirigé en 1984 par un acteur devenu président, Ronald Reagan, et biberonné à la Rambomania. Bruce Springsteen devient populaire sur ce malentendu, sur ce titre qui ne glorifie pas les Etats-Unis et leur toute puissance, mais narre le retour, difficile, au pays, d'un vétéran du Vietnam. Comme Rambo.

14 juin 2019 : le "Boss" (1) reprend la route, porte un manteau doublé sur une veste en jean. Les tempes de cheveux grises. Calme olympien à côté de son pick-up, le regard apaisé du presque septuagénaire. La rage rock se met entre parenthèses pour "Western stars" (Columbia/Sony), dix-neuvième album d'un des artistes devenu en quatre décennies l'un des plus populaires au monde (2).

Entre mélancolie et introspection, sur des cordes (parfois trop) flamboyantes, Bruce Springsteen brosse une galerie de personnages typiquement américains : l'autostoppeur, l'acteur de second plan, le cascadeur, le cow-boy évidemment. Point de contestation sociale en 2019, ni revendications, ni tirs à boulets rouges sur Donald Trump (3) avec lequel il partage sans doute un paquet d'électeurs, mais un road-trip qui le mène vers les grands espaces. En mode "Easy Rider" sur "une pop californienne des années 60 et 70", comme Springsteen a lui-même présenté la ligne artistique de ce projet d'album né il y a deux ans. Ce n'est pourtant pas le soleil de Californie, où il a un temps vécu avec ses parents, qui l'accompagne, ni les garçons de la plage, mais bien la rudesse du Far West, la dépression en bandoulière.

Belkacem Bahlouli : "Ce n'est pas un chanteur contestataire,c’est un chanteur qui constate"

Libre artistiquement de sortir l'album qu'il souhaite, ce sont aussi des hommes libres, chacun à leur manière, qui hantent ce nouvel album. "Western Stars" offre au natif du New Jersey un nouvel horizon musical, écartelé entre une certaine sophistication musicale et des paroles uppercut. Les ombres de Burt Bacharach, Glenn Campbell ou Harris Nilsson rôdent sur cet album, le "Boss" ne s'en cache pas. Il se mue parfois ici en Sinatra du Grand Canyon, en crooner de la Death valley.

Sur ce nouvel album très produit, les cordes, quand elles ne servent pas à pendre les outlaws, s'en donnent à coeur joie. Springsteen s'offre en cinémascope. Ses treize ballades n'ont pas toute la même saveur ("Tucson train", "Western stars", ou "Sundown" sortent du lot), cependant le voyage reste enivrant, ensorcelant, même s'il n'atteint pas ici les sommets les sommets de "Nebraska" (1982) ou de "The ghost of Tom Joad" (1994).

Belkacem Bahlouli : "Ses textes sont universels, springsteen a un côté chaman sur cet album"
Belkacem bahlouli : "C'est une machine à rock'n'roll comme on n'en a jamais vue"

Sur "Western Stars", Bruce Springsteen n'a exceptionnellement pas fait appel à son groupe mythique du E Street Band. Comme si, sur sa lancée de shows à Broadway -2 ans non-stop- , le "Boss" se plaisait à être l'entertainer en chef du rock actuel, seul aux manettes.

Belkacem bahlouli : "Il a rappelé aux américains que c’était eux qui avaient inventé le rock"

Aucune tournée n'est à ce jour programmée, mais, d'après sa maison de disques françaises, "tout peut bouger du jour au lendemain avec Springsteen". Les millions de fans du "Boss" à travers le monde croisent les doigts.

(1) Il est surnommé "The Boss", car il avait pour habitude, lors de ses débuts dans les bars du New Jersey, sa région natale, de collecter lui-même l'argent là où il se produisait avec ses musiciens. Comme il s'occupait aussi de la répartition, ils le surnommaient The Boss (soit "le Patron" en anglais). Il n'apprécie pas ce surnom.

(2) Il est l'un des artistes ayant vendu le plus d'albums aux États-Unis avec plus de 64 millions d'albums écoulés. Il en a aussi vendu plus de 130 millions à travers le monde.

(3) En 2016, Bruce Springsteen, qui soutenait Hillary Clinton après Barack Obama, avait ainsi parlé de Donald Trump : "C'est un abruti qui fait honte à l'Amérique, un escroc". Depuis, il se fait plus discret sur la politique dans les rares interviews qu'il a données.

La pochette de ce dix neuvième album (Columbia/Sony)
Par Xavier FRERE et Nino SUBIAZ

Credits:

Created with images by pjmbarlickoz - "untitled image" • magpa - "Bruce Springsteen - Milano, San Siro 25-06-08" • kyonokyonokyono - ""New Orleans loves Clarence"" • Jose Antonio Gallego Vázquez - "untitled image"

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