Festival en Othe, jour 1 La tête d'affiche du jour : Trust. Une foule compacte était présente pour accueillir les derniers représentants du hard rock à la française.

Il est 18h30 quand les locaux de Pain Tedd montent sur la petite scène du parc des Fontaines. Une demi-heure avant, j’avais eu le droit au regard effrayé de la chargée de communication de l'événement : elle n'avait pas été prévenue que le journal local pour lequel je bosse, L'Est-Éclair, envoyait un photographe. Passons. Le brief, je le connais, pas plus de trois morceaux derrière les crash barrières pour les têtes d'affiche, notamment Trust.

Pain Tedd aura eu l'insigne honneur d'ouvrir les hostilités qui ont duré trois jours à Aix-en-Othe. ©Lucas HUEBER

Si le guitariste lead de Pain Tedd a des allures de Dimebag Darrell qui aurait piqué les dreadlocks de Bob Marley et le chapeau de Lemmy, la musique se rapproche plus d'un punk-rock un peu bourrin avec une batterie à la Phil Taylor. Le mélange n’est pas dégueu pour une entrée en matière. Rock, précis, avec des paroles compréhensibles. Ça reste de bonne facture. Pour un groupe du coin qui n’est pas rodé à ce type d’expérience.

Seul point faible de cette édition : des artistes qui jouent les mêmes partitions. Pendant trois jours, nous avons eu droit à des paroles proches de ce que propose Saez, calé avec une voix à la Bertrand Cantat. Encore une fois, c'est propre, mais ce n’est pas fou, on ne va pas se mentir.

Les gens qui me connaissent peuvent certifier d'un truc : j'ai tendance à beaucoup - voir trop - jurer par et pour le metal, rien que pour le metal, seulement pour le metal. Sauf que généralement, ils oublient que ma mère écoute beaucoup de musique classique et que mon père beaucoup de chanson à texte, du genre Bashung.

Donc désolé de vous décevoir, mais quand Marcus Gad est monté sur scène, j'y ai été avec l'état d'esprit suivant : ça a beau être des reggaemen, ça peut être bien.

Un reggae aux limites de la transe, telle est la formule proposée par le Calédonien Marcus Gad. ©Lucas HUEBER

Alors oui, si j'ai été principalement attiré par les lumières du set comme un moustique est attiré par ta lampe de bureau, j'ai bien aimé la musique de Marcus et de son groupe. Même si ça reste du reggae, il y a un truc en plus. Je dirais que c'est la voix du bonhomme, mais je ne suis pas sûr.

Mais bon Dieu, ce jeu de lumière, mêlé au soleil couchant derrière la grande scène, ça reste l'une des expériences les plus fofolles de ma vie de photographe.

Le combo "soleil couchant + jeu de lumières propre + smoke machine" donne un résultat assez incroyable. Je trouve. ©Lucas HUEBER

On a continué dans la musique un peu perchée, avec le trio marseillais Isaya. Je dois vous avouer qu'après une semaine ou presque, j'ai oublié comment ça sonnait. En allant écouter, je me dis que ça ne devait pas être mal, en fait.

Mais dans ce genre de cas, c'est mon cerveau reptilien qui prend le dessus et qui mitraille tout seul avec l'appareil photo. En plus, on m'a prêté un 70-200 qui a une ouverture à f/2.8. Autant vous dire que je passe plus de temps à mitrailler qu'à écouter.

A 190mm, personne ne vous verra shooter. ©Lucas HUEBER

Bon, après, je vous cache pas que c'est un peu compliqué d'être parfaitement stable à 190mm et de pas avoir de photos complètement floues. Mais c'est comme tout, on s'adapte et on apprend à gérer sur le tas.

Des fois, les Marseillais n'ont pas le sens de la démesure et savent faire bien avec peu. ©Lucas HUEBER

C'est à ce moment-là qu'a choisi de débarquer l'OVNI Raoul Petite. Du rock visuel s'il en est, du fourre-tout musical au sens le plus positif du terme, de ces groupes qui ne s'encombrent pas avec des "on joue du popunkawaïphop". Faire feu de tout bois, c'est le moto de Raoul et son orchestre, venus envahir Aix-en-Othe à 10.

Pour vous planter le décor, le chanteur Carton, est arrivé sur un trône, porté par le public, sous des vivas de confettis. J'ai, bien évidemment, raté ce moment, trop occupé à voir à quelle ouverture je pouvais descendre pour prendre le guitariste au milieu de la fumée et des lumières. (Spoiler : j'ai pu descendre à f/18).

Je suis à f/18, il y a de la retouche derrière et Carton est apparu en même temps. ©Lucas HUEBER

Au sein de Raoul Petite, ils ont tous fait du théâtre ou presque, c'est ce qu'explique Carton à ma collègue après son set de fou furieux. Cette expérience commune influe sur la perception qu'ils ont de la musique et la composition, à savoir vouloir faire de chaque morceau une histoire à part entière, avec une mise en scène, des costumes et tout l'artifice.

Le vieux monsieur, c'est Carton. Y'a ses choristes, aussi. La dernière photo, c'est le guitariste qui verse un mousseux immonde au public. J'ai d'ailleurs failli me faire arroser par l'ouverture de la première bouteille. ©Lucas HUEBER

Après la folie Raoul, il y a eu La Belle Bleue. C'est là que l'on retape dans l'écueil "on fait de la musique française engagée avec une voix un peu éraillée parce que ça rappelle les 90's". Encore une fois, ce n’est pas que je n'aime pas, c'est juste que c'est surfait. Comme un film tourné en caméra amateur. Le premier était intéressant parce que novateur. Après, vous tirez le fil jusqu'à l'user. Au mieux, ça n'est pas forcément original, au pire, c'est de la pâle copie d'un single qu'on connaît par cœur. Et au pire du pire, on frôle le plagiat.

Des fois, les lumières sont compliquées. A d'autres moments, elles rendent vraiment bien. ©Lucas HUEBER

En passant, je tiens à dire aux personnes qui font les lightshows que les aplats de couleur uni, on laisse ça à Klein. Ce n’est pas que ça ne rend pas bien, mais visuellement, comment tu veux retoucher une photo intégralement bleue ? Ça a beau être La Belle Bleue, je t'assure que la retouche photo, elle, n’est pas belle.

ANTISOCIAL ! ANTISOCIAL ! ANTISOCIAL !

Comment ça, ça ne suffit pas pour parler de Trust ? Non, vraiment, pour moi, ça l'est. Déjà, les types se pointent avec 1/2h de retard sur scène. Après, Bernie passe la plus grande partie de la presta à chanter soit de côté, soit dos au public. Je me demandais à quoi servaient les retours derrière le micro lead, j'ai vite compris.

Au nom de la rage, avec un bob et des lunettes de soleil. ©Lucas HUEBER

En parlant de micro lead, je crois que j'ai vu la scène la plus absurde de toute l'histoire des roadies. C'est l'histoire d'un mec qui se rend compte que le micro de Bernie n’est pas parfaitement à l'horizontale et va le remettre bien. Voilà. Je ne comprends pas encore pourquoi.

Sinon, moi, ce concert, je ne l'ai pas trouvé mauvais. Ils ont fait le boulot, quoi. D'après ma collègue, Trust, c'était mieux avant et Bernie bougeait plus et le public aussi. D'après le public aussi d'ailleurs, Trust c'était mieux avant et on pouvait leur faire confiance.

Deux membres d'origine, un décor kitsch et des vieux morceaux, la ligne éditoriale semble cohérente. En surface. ©Lucas HUEBER

Enfin bref, c'est con parce que ça aurait pu être vraiment bien, mais quand tu t'enfermes dans une tour d'ivoire parce que t'es le roi des rockeurs français, je doute que la scène soit encore l’endroit où tu dois être. Mais ça ne reste que mon avis de spectateur, après tout. Peut-être qu'ils sont sincères et que leur démarche est vraiment tournée vers le public. Peut-être. Mais quand on se pointe avec trente minutes de retard, permettez-moi un peu d'en douter.

À un certain stade, la logique voudrait qu'un groupe comme Trust clôture la soirée. On est d'accord là-dessus. Sauf qu'en fait, il reste un groupe. Je te dis pas "SURPRISE" parce qu'au fond tu t'en fous (et moi aussi). Mais j'ai quand même pris quelques photos de La P'tite Fumée, qui, comme trois des groupes de la soirée, a claqué de la musique un peu pétée, un trip-hop tribal avec une guitare flamenco et une sorte de corne alpine. Voilà

La P'tite Fumée... enfumée. ©Lucas HUEBER

La totalité des photos de cette première journée est à retrouver ici.

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.