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De quoi Jésus-Christ est-il le nom ? Luc 24, 1-12

LECTURE BIBLIQUE : Luc 24, 1-12

Le dimanche matin, très tôt, les femmes vont vers la tombe. Elles apportent l'huile et les parfums qu'elles ont préparés. Elles voient qu'on a roulé la pierre qui fermait la tombe. Elles entrent, mais elles ne trouvent pas le corps du Seigneur Jésus. Elles ne savent pas ce qu'il faut penser.

Tout à coup, deux hommes se présentent devant elles, ils portent des vêtements très brillants. Les femmes ont peur et baissent la tête. Les deux hommes leur disent : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n'est pas ici, mais il s'est réveillé de la mort. En effet, rappelez-vous ce qu'il vous a dit quand il était encore en Galilée : “Le Fils de l'homme doit être livré au pouvoir des pécheurs. Ils vont le clouer sur une croix, et le troisième jour, il se relèvera de la mort.” »

Alors les femmes se souviennent des paroles de Jésus. Elles quittent la tombe et elles vont raconter tout cela aux onze disciples et à tous les autres. Ces femmes, ce sont Marie-Madeleine, Jeanne, Marie la mère de Jacques, et d'autres femmes encore. Elles racontent tout cela aux apôtres, mais les apôtres pensent qu'elles disent n'importe quoi, et ils ne les croient pas. Pourtant, Pierre se lève et court vers la tombe. Il se penche et voit seulement les linges qui ont entouré le corps. Il rentre chez lui, très étonné de ce qui est arrivé.

PRÉDICATION DU PASTEUR RUDI POPP - Dimanche de Pâques - 12 avril 2020

Chers amis,

Stupeur et sidération ! Devant la puissance du virus, non seulement nous avons dû prendre conscience de notre fragilité humaine, mais encore étions-nous, sommes-nous encore, sidérés, stupéfaits. Qu’un tel désastre soit possible, contre toute logique dans le mouvement de ce monde qui semblait aller vers la maîtrise totale de tous les facteurs à risque !

Stupeur et sidération ! Devant la tombe ouverte, non seulement Marie-Madeleine, Jeanne, Marie la mère de Jacques, et d’autres femmes encore ont dû prendre conscience de la violence qui a frappé le prédicateur des Béatitudes, mais encore étaient-elles sidérées, stupéfaites. Qu’un tel désastre soit possible, contre toute logique dans ce mouvement de Jésus de Nazareth qui semblait aller vers la réconciliation de la Loi et de la grâce !

Aujourd’hui, notre société semble pouvoir, malgré les impairs, déployer un des trésors de notre humanité : notre capacité à être solidaire.

Devant le tombeau de Jésus, les femmes déploient simplement les soins funéraires qui étaient une tâche féminine.

Or si nous, nous pouvons déjà formuler le vœu que la tragédie du covid-19 puisse nous inspirer pour changer notre manière d’habiter ce monde, les femmes devant le tombeau n’en sont pas là. Et leur stupeur et leur sidération ne sont certainement pas qu’un détail de l’histoire du Christ : je crois même que toute joie de Pâques doit nécessairement se déployer de cette sidération. L’enjeu est crucial, pour oser un jeu de mots peu subtil : en nous associant à la stupeur des femmes, il s’agit pour nous de ne pas séparer Pâques du Vendredi saint, de ne jamais penser la résurrection sans la croix.

Car nous pouvons le constater encore cette année, et ce n’est pas la faute au covid : ce chemin du Vendredi saint au matin de Pâques nous fait douter de la lisibilité du message évangélique dans un monde qui semble ne plus avoir les mots pour dire ce qu’il craint ou ce qu’il espère. De quoi, en fait, nous parle l’Évangile de Pâques ? Au fond, la grande question du Nouveau Testament est toujours restée entière : De quoi Jésus-Christ est-il le nom ?

Nous avons entendu par les évangiles du Nouveau Testament que Jésus, une sorte de libéral avant l’heure, prêchait la grâce de Dieu pour tous, que ceux qui sont humbles de cœur seront heureux, car le royaume des cieux est à eux ; que ceux qui pleurent sont heureux, car ils seront consolés ; que ceux qui sont doux sont heureux car ils recevront la terre en héritage ! Nous avons volontiers suivi le messie à travers ses paraboles, nous nous sommes reconnus dans le fils prodigue, ne méritant pas l’accueil de Dieu sans condition. C’était une belle histoire, nous avions envie de croire cet homme qui parlait d’amour et de royaume, qui guérissait les malades et qui relevait les courbés, qui donnait de l’espérance aux pauvres et aux opprimés… mais tout de même, nous n’avons pas le sentiment que tout cela devait se terminer à la croix, puis devant cette tombe ouverte !

D’un coup, la belle histoire est finie ? Ces questions se bousculent encore dans notre esprit : pourquoi ? Pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas délivré de la main des méchants ? La réconciliation de l’homme et de Dieu ne pouvait-elle pas faire l’économie de ce massacre ?

On se le demande bien, chers amis : avec quoi au juste le Christ devait-il nous réconcilier ? Car la réconciliation n’a de sens que si vous savez ce dont vous êtes séparés ! Beaucoup de contemporains se font en effet de la vie chrétienne une idée si vague qu’ils prennent ce vague pour l’idée même de la vie chrétienne… jusqu’à ce qu’elle frise l’insignifiance.

Or les idées jolies, chers amis, que l’on se fait de Pâques dans notre christianisme bien plié et pourtant réputé tordu, elle est à juste titre insignifiante ! Je parle non seulement de la version laïque et commerciale avec la chasse aux œufs hauts en couleur, le gentil lapin en chocolat et l’obligatoire symposium de famille, mais surtout d’une certaine idée aplatie de la résurrection. La résurrection est certes déjà un peu plus sympathique que la crucifixion, mais ce dont elle parle reste tout de même assez compliqué. L’esprit du temps essaye alors de la traduire en langage courant, pour ne pas dire en bien-pensance affadie : certains vont ainsi prendre la résurrection comme un moyen pour mieux nier la réalité de la mort, en la rapprochant avec toutes sortes d’idées d’immortalité, voire de réincarnation. Comme souvent dans l’histoire humaine, la religion devient intéressante quand elle propose de contourner d’abord le problème de la mort, puis la mort elle-même…

On peut ainsi développer une certaine sympathie pour la résurrection à l’eau de rose ; mais ce qui continue de déranger, c’est cette horrible croix. L’histoire de Jésus avait-elle vraiment besoin de la crucifixion ? Est-ce qu’il n’aurait pas suffi qu’il meure de sagesse et ressuscite ensuite ?

De telles idées pascalement enjolivées, frères et sœurs, nous font passer sans détour à côté du Nouveau Testament et du Christ vivant.

Car Pâques ne se résume pas au miracle du tombeau vide ni à la présence du Christ en esprit, ni ne saurait se confondre avec une croyance ésotérique en la vie après la mort ou à immortalité de l’âme. La résurrection n’a rien à voir avec une négation de la mort ni avec les croyances orientales de réincarnation ou de migration des esprits.

C’est pourquoi cette stupeur des femmes est cruciale pour nous permettre d’entrer à l’écoute dans et de sortir limpides du tombeau : il faut éviter toute normalisation de la résurrection à la manière d’une équation certes complexe, mais soluble. Si nous voulons ne pas séparer Pâques du Vendredi saint, et ne jamais penser la résurrection sans la croix, nous devrons garder un brin d’humilité pour la dimension cosmique d’un récit théologique qui fait appel à toute la Bible pour annoncer le salut en Dieu, pour penser ensemble sa justice et sa grâce.

Dans la lecture d’Évangile que nous avons entendu ce matin, ce rappel de l’enracinement de la résurrection du Christ dans l’histoire biblique est figuré par « deux hommes en vêtements très brillants ». Si vous préférez éviter d’y voir des anges — nul n’y est obligé —, vous pourrez tout simplement les considérer comme les porte-parole de la foi intégrale consignée dans la Bible :

« Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n’est pas ici, mais il s’est réveillé de la mort. En effet, rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée : “Le Fils de l’homme doit être livré au pouvoir des pécheurs. Ils vont le clouer sur une croix, et le troisième jour, il se relèvera de la mort.” »

La Pâque, telle que le Nouveau Testament l’annonce contre tous nos essais de la rendre religieusement acceptable ou philosophiquement justifiable, est toute entière comprise dans ces quelques phrases.

Elles résument en trois éclairs bibliques ce à quoi renvoie le récit de la mort et de la résurrection du Christ.

– “Le Fils de l’homme doit être livré au pouvoir des pécheurs” : cela renvoie à Abraham, prêt à sacrifier son fils unique pour Dieu ; ils évoquent la pâque et l’agneau immolé, signe de l’exode et de la libération.

– “Ils vont le clouer sur une croix” : référence au psalmiste qui pousse vers Dieu le cri de l’homme persécuté, mais qui exprime aussi sa confiance qu’il ne sera pas abandonné au séjour des morts ; référence aussi d’Esaïe qui décrit le serviteur de Dieu comme rejeté et livré en sacrifice de culpabilité.

– “Le troisième jour, il se relèvera de la mort” : le modèle est celui de Jonas qui restait trois jours dans le ventre du poisson, au fond des abîmes.

C’est par ce travail de lecture et de relecture que la Pâque du Christ devient seulement audible, qu’elle se dit encore à nous qui apprendrons d’abord à laisser tomber nos petites idées, basées sur ce que nous arrivons tout juste à croire. Pâques, c’est toujours et encore ce message biblique fondamental : la foi de Dieu est plus grande que ce que je crois (ou ce que pense ne pas pouvoir croire, raisonnablement).

Avec les femmes au tombeau, nous apprenons que le récit de la résurrection du Christ ne doit pas être isolé de l’intégralité de la Bible hébraïque et du Nouveau Testament, comme une sorte d’histoire miraculeuse à prendre ou à laisser ; nous modernes apprenons spécialement qu’elle ne devient pas plus crédible par quelque lecture psychologisante.

Seulement s’il est reposé dans la vérité biblique que la foi de Dieu est plus grande que ce que je crois, le récit de la croix à la résurrection devient le tournant décisif de la révélation : par la croix et la résurrection du Christ, la loi et la grâce tiennent enfin ensemble : le Dieu d’Israël, Dieu de justice jusqu’à être justicier, s’identifie à la figure du fils de l’homme, crucifié injustement. Dans cette figure du serviteur souffrant, il reconnaît toute notre humanité ratée, toute notre incapacité à nous sauver par nous-mêmes. Or le Dieu d’Israël, garant de justice, qui a jusque là rigoureusement séparé le bien et le mal, afin que sa grâce ne soit jamais injuste, se reconnaît dans ce fils de l’homme. L’histoire de Dieu a pris un tournant, entre le Vendredi saint et le matin de Pâques : le Dieu qui est justice s’est identifié au Dieu qui est amour.

Au matin de Pâques — qui dure maintenant depuis 2000 ans — nous ne sommes pas, chers amis, en mesure de capter dans sa totalité ce qui arrive ici à l’humanité de Dieu. Comme les disciples, nous avons ce matin, et bien des matins encore à venir, tellement de choses à apprendre.

Aujourd’hui, nous pouvons simplement nous tenir dans les pas du Ressuscité : nous ne cultiverons la foi de Dieu ni au dépens de sa justice ni au dépens de son amour. Avec Martin Luther, nous apprenons que toute la vie chrétienne se déploie entre ces deux pôles que sont la Loi et l’Évangile, et en cherchant à les mettre en relation par notre pratique de vie. Nous savons grâce au Christ que nous n’avons rien à prouver ni à Dieu ni à l’homme ; et cette assurance est l’origine même de la vitalité chrétienne qui nous sort de la sidération.

Et si l’on nous demande : de quoi Jésus-Christ est-il le nom ? Nous pourrons dire : de la foi de Dieu qui est plus grande que ce que je crois, ou ne crois pas. Amen !

Created By
Rüdiger Popp
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Credits:

Inclut des images créées par Kate Macate - "https://creativemarket.com/KateMacate/shop/templates" • Aaron Burden - "untitled image" • Anton Darius - "untitled image" • Joshua Earle - "A collection of photos from two stunning mornings in Miami on the famous South Beach. Featuring some of the most beautiful sun beams I’ve ever seen. Explore more at www.morethanjust.photos/miami"