Le donjon de Crupet va retrouver de sa superbe

A.Deb. & B.DS.

Les propriétaires néerlandais et la Wallonie injectent 3,8 millions € dans une profonde restauration du donjon de Crupet, des dépendances et des abords.

À l’extérieur, une tour d’échafaudages. À l’intérieur, une forêt d’étançons. Le donjon de Crupet s’est engagé en septembre dernier dans un énorme chantier de restauration prévu pour une durée de deux ans. Objectif : se rapprocher au mieux de l’état originel du donjon, tel qu’il a été conçu au XIIIe et complété au XVIe par la tourelle d’escalier et l’étage de brique et colombage en encorbellement.

Certaines baies tardives seront refermées. D’autres, disparues, seront repercées. La maçonnerie sera légèrement sablée et rejointoyée à la chaux. La couverture en ardoises sera renouvelée. Voilà pour l’enveloppe. Mais c’est à l’intérieur que les interventions seront les plus spectaculaires.

Rendre les volumes d’époque

En 1925, un puissant mur de refend avait été monté à travers les étages afin de stabiliser la poutraison, déjà très fragilisée à l’époque. « La charpente n’avait pas été très bien conçue à l’origine, précise Jean-Louis Javaux, ancien archéologue du Service public de Wallonie. Toute la charge était reportée sur deux poutres, qui au fil des ans ont montré des signes de faiblesse. » Ce mur porteur de 1925 a été démonté, dans l’objectif de retrouver les volumes initiaux des pièces (environ 78 m2). Une structure portante en acier sera installée dans l’étage en encorbellement, qui soutiendra les poutres de chêne dont certaines, pourries, seront renforcées ou remplacées.

Les murs et plafonds ont été entièrement décapés, révélant quelques bonnes surprises, comme ces fantômes de signes héraldiques peints sur les poutres en chêne : on y devine encore des fleurs de lys, des lions, un blason… Autre découverte : plusieurs fenêtres à banquettes que les aménagements avaient dissimulées.

Les planchers et châssis de fenêtre, eux aussi de 1925, seront démontés. « On installera des châssis contemporains, de simples cadres de teinte sombres les plus discrets possible », commente Jean-Louis Javaux. Les murs seront couverts d’une fine couche d’enduit à la chaux de teinte blanchâtre.

Le chantier concerne également les dépendances : ce qui reste de la ferme seigneuriale en U du XVIe siècle et le porche d’entrée. Le logis, les étables et la grange seront transformés en deux logements. Là aussi, tout est à faire : alimentation en eau et électricité, chauffage, sanitaires, égouttage, plafonnage et toiture.

Les plantes retrouveront leur muret

Le donjon a les pieds dans l’eau depuis sept siècles, mais il ne souffre pas de l’humidité. Le plan d’eau, étonnamment peu profond, a été vidé pour les besoins du chantier. On en profitera pour hydrofuger les parties immergées du donjon et de son pont d’accès.

Les murets de ce petit pont, en pierres sèches, ne tiennent plus. Ils seront démontés puis maçonnés. Détail amusant : les plantes qui les couvrent seront délicatement prélevées, mis en jachère puis repositionnées sur le muret, où l’attendra un substrat spécifique.

L’aménagement des abords du donjon se fera au plus naturel, avec les conseils du Département de la nature et des forêts : prés fleuris et végétation locale arbustive ne demanderont que peu d’entretien.

Le fond des douves pour se chauffer

« Les nouveaux propriétaires ont marché à fond dans le principe de cette restauration visant à se rapprocher de l’état initial du bien, se réjouit Jean-Louis Javaux, spécialiste du donjon de Crupet. Ils souhaitent également que le site garde son ancrage local, qu’il reste inséré dans le village et conserve son attrait touristique. Ils ne viennent pas en pays conquis, mais ont été conquis par le pays ! »

Les travaux achevés, la famille De Bever utilisera les trois logements aménagés sur le site à des fins privées, comme lieu de villégiature. Il n’est pas question d’en faire des gîtes ou chambre d’hôtes accessibles au public.

Aménagements réversibles

Dans le donjon, le rez-de-chaussée sera, comme au Moyen Âge, la pièce de vie. Le premier étage accueillera deux chambres et deux salles de bains, en cloisons légères. L’étage en encorbellement ne sera quant à lui pas occupé. Tous les aménagements seront aisément réversibles, sans préjudice de la structure de l’édifice.

Le décapage des murs a révélé des fenêtres à banquette.

Pour le chauffage du donjon, un système d’échange thermique ira chercher la chaleur au fond des douves. « De quoi assurer une température constante d’une douzaine de degrés, indique Jean-Louis Javaux. Les cheminées au bois pourront fournir quatre ou cinq degrés supplémentaires. » Pas de quoi se promener en petite tenue, mais sans doute suffisant pour une demeure de vacances occupée occasionnellement.

Pour le promeneur, le coup d’œil sur le site ne changera guère avec l’arrivée des nouveaux occupants. Seule concession à l’intimité familiale de ces derniers : une partie de la cour sera abritée des regards indiscrets.

Rare encorbellement

Le donjon de Crupet est classé comme monument et site depuis 1973. Il est inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie depuis 2009. « On parle du donjon de Crupet, mais il s’agit plutôt d’une maison forte, demeure typique de la petite noblesse qui éprouvait une méfiance envers ses voisins, expose Jean-Louis Javaux. Ce bien est exceptionnel car il est très précisément daté et car c’est le seul en Wallonie possédant toujours son étage en encorbellement d’origine.. »

Érigé en dix ans

La dendrochronologie a permis d’établir que le bois utilisé pour la poutraison du donjon date d’une période comprise entre 1286 et 1297. La construction du donjon a duré une dizaine d’années, s’élevant d’un mètre par an. La chaux de maçonnerie mettait un minimum de six mois pour sécher et prendre, dans ces murs de 120 à 170 cm d’épaisseur.

De Crupet à De Bever

Établie à la fin du XIIIe siècle, la maison forte est restée entre les mains de la famille de Crupet (avec un passage chez les Corioule) jusqu’en 1540. Elle a ensuite appartenu aux Carondelet, puis aux Mérode dès le XVIIIe siècle. Achetée en 1925 par l’architecte bruxellois Adrien Blomme, elle est restée dans la lignée jusqu’à la vente, fin 2009, à la famille De Bever, de Bois-le-Duc, Pays-Bas.

Bénévole et passionné

Jean-Louis Javaux était archéologue au Service public de Wallonie, attaché à la Direction de la restauration du patrimoine. Aujourd’hui à la retraire, il poursuit à titre bénévole l’étude du donjon de Crupet, qu’il connaît comme personne. « Je profite des échaffaudages pour réaliser un relevé précis des façades en encorbellement », nous expliquait-il mercredi, lorsque nous l’avons retrouvé sur le site.

396 jours ouvrables

L’auteur de projet est le bureau Herfurth + Ghellinck Architects, de Bruxelles. L’entreprise adjudicataire est la société momentanée Ronveaux-Golinvaux, basée à Ciney. Le chantier est prévu pour 396 jours ouvrables, sous la supervision du Service public de Wallonie.

Les travaux ont été entamés en septembre dernier et sont prévus pour deux ans. Temps nécessaire pour redorer le blason de ce magnifique témoin du Moyen Âge en Belgique!

Credits:

EdA

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