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Il y a 100 ans... la Loire dans la Grande Guerre

Il y a cent ans, le 11 novembre 1918, la Grande Guerre prenait fin, après quatre ans et trois mois d'affrontements. Une guerre souvent qualifiée de totale et d'une intensité inédite. Soixante millions de soldats y ont pris part, et dix millions de civils et militaires y ont péri... sans compter les blessés. Loin du front, la Loire n'a pourtant pas échappé au conflit, avec presque 140 000 soldats ligériens mobilisés.

18 500 Ligériens morts au combat

On dénombre aujourd’hui 1,350 million de soldats morts pour la France. Dont environ 18500 Ligériens. Retrouver qui fut le premier soldat mort au combat de chaque département revient un peu à rechercher une aiguille dans une botte de foin.

Néanmoins, après recherches, on peut aujourd’hui avancer que Maurice Bessat, né à Saint-Étienne le 16 août 1893, brigadier au 18e Régiment de Dragons, est le premier soldat de la Loire à avoir trépassé. Les cavaliers français surveillaient la frontière, franchie le 7 août 1914, foulant le sol d’une Alsace retrouvée. Mais, en arrivant au sud d’Altkirsh, l’escadron tombait sous le feu de l’artillerie ennemie, une rafale d’obus faisant trois blessés et cinq morts.

Le capitaine Maurice Ogier est, lui, le premier officier de la Loire à avoir été tué. Né à La Talaudière le 10 mai 1873, il est tombé sous les balles allemandes, le 9 août 1914, à Pfastatt-Lutterbach (en Alsace).

Ces ligériens célèbres tombés pour la france

Parmi les quelque 140 000 soldats mobilisés dans la Loire, certaines personnalités sont aussi tombées au champ d’honneur.

Joseph Déchelette

On le considère comme le fondateur de l’archéologie moderne. Joseph Déchelette, né à Roanne en 1862, a été conservateur du musée archéologique de Roanne. Il a rédigé un manuel d’archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine, devenu un ouvrage de référence nationale.

En 1914, le Roannais demande, malgré son âge (il a alors 52 ans), une affectation sur le front, pour combler les vides laissés par la bataille de la Marne. Capitaine au 298e Régiment d’Infanterie, il tombe, mortellement touché par un éclat d’obus, lors d’une attaque menée le 4 octobre 1914 dans le secteur de Vingré (Aisne).

Emile Reymond

Homme politique, chirurgien, chef de clinique et passionné d’aviation, le Montbrisonnais Emile Reymond a lui aussi payé le tribut du sang alors qu'il aurait pu éviter les risques du front, au bénéfice de son âge.

Emile Reymond a été conseiller général (1880-1889) et sénateur de la Loire (1905-1914). Au début de la guerre, il est affecté comme médecin-major au service de santé. Il rejoint un corps d’aviateurs dans une escadrille de l’armée de l’Est. Il utilise également son avion pour repérer les blessés sur le champ de bataille et faciliter leur évacuation.

Le 21 octobre 1914, au retour d’une mission d’observation des lignes ennemies, une panne de moteur contraint son avion à atterrir. L’équipage subit un tir violent des mitrailleuses allemandes. Emile Reymond est touché et s'éteint le lendemain, juste après avoir reçu la croix de la Légion d’honneur sur son lit de mort.

«137 000 hommes ont été recrutés à Saint-Etienne, Roanne et Montbrison»

Professeur d'histoire-géographie né à Saint-Etienne, Pascal Chambon raconte la Grande Guerre par le prisme de la Loire.

« Cinq casernes étaient présentes dans les grandes villes du département. Deux unités se trouvaient à Saint-Etienne (38e régiment d’infanterie) : une caserne d’infanterie, qui a été remplacée par la faculté de lettres en 1970, et une caserne de cavalerie, qui se trouvait près de la piscine de Grouchy. Il y avait également deux casernes à Roanne (98e régiment d’infanterie). Enfin, à Montbrison (16e régiment d’infanterie), se trouvait une autre caserne, dont il reste le portail en pierre en face de la gare. »

Les soldats ligériens étaient donc davantage regroupés dans des régiments d’infanterie?

« C’est exact. Seuls les hommes de grande taille et qui savaient monter à cheval partaient dans les régiments de cavalerie. La particularité de la Loire est qu’elle est une région de montagnes, avec des hommes de petite taille. Ils partaient également dans les régiments de chasseurs alpins ou à pied. »

« Certains, travaillant dans l'industrie, ne se sont pas rendus au front. Cela a suscité des jalousies dans les campagnes »

Combien de soldats ligériens étaient mobilisés durant cette guerre ?

« 137 000 hommes ont été recrutés à Saint-Etienne, Roanne et Montbrison, selon une estimation de 1923. À Saint-Etienne, certains ont échappé au service militaire et ne se sont donc pas rendus au front, car ils travaillaient dans l’industrie. Cela a suscité des jalousies dans les campagnes de la Loire. »

Dans quelles batailles y a-t-il eu le plus de pertes de soldats ligériens ?

« L’été 1914 a été terriblement meurtrier en Lorraine, notamment pour les soldats du régiment de Saint-Etienne. A Soissons (Picardie), beaucoup d’hommes des régiments régionaux se sont également battus. Là-bas, nombreux sont les Ligériens enterrés dans les cimetières militaires. »

Des réfugiés par milliers dans le département

Charles Lallemand (1868-1941), préfet de la Loire d’octobre 1911 à décembre 1917, a eu la lourde charge d’assurer l’accueil et l’hébergement des nombreux réfugiés des régions envahies. Beaucoup de communes vont jouer la carte de la solidarité pour nourrir et loger ces familles.

« Je me souviens très bien de l’arrivée de ces familles du Nord et de Belgique à Villars, tombant de fatigue », a témoigné Jean-Marie Somet (1906-2003), le fondateur du musée de Villars. « Ils étaient dans une grande détresse. »

La mine, principal employeur

Le bassin houiller stéphanois, qui a perdu nombre de ses mineurs partis se battre au front, va employer cette main-d'œuvre abondante. Nombreux sont ainsi les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais à venir prendre le relais des soldats ligériens qui combattent l’ennemi.

l’exécution des martyrs de Vingré

En décembre 1914, six soldats innocents du 298e régiment d’infanterie de Roanne sont abattus à Vingré, petite bourgade de l’Aisne.

Le 27 novembre, la 19e compagnie subit deux heures d’un intense bombardement. Les soldats évacuent le secteur, laissant seulement sur place une poignée de guetteurs. Les Allemands en profitent pour investir les lieux par surprise et surprennent deux demi-sections en train de partager la soupe. Ces derniers cèdent à la panique et se replient.

L’État-major veut faire de cet incident un exemple. Six soldats seront fusillés, dont deux Ligériens (Jean Blanchard et Francisque Durantet), pour "abandon de poste devant l’ennemi".

Des permissionnaires meurent dans un accident de train

Le 19 octobre 1915, le préfet de la Loire envoie un télégramme officiel, informant qu'un train rempli de presque 1000 soldats en permission a déraillé à Saint-Cyr-de-Favières.

Il n'est pas encore 6 heures quand le convoi fait une halte dans un secteur vallonné. Mais au moment de repartir, le redémarrage en côte sollicite la mécanique au-delà de sa résistance. Un attelage est rompu, les six wagons de queue et un fourgon partent à la dérive. Les freins de sécurité ne fonctionnent pas et le convoi fou dévale les 4 km de pente, à reculons.

Nombreux sont les militaires à sauter du train en marche. Ils réveillent d’urgence ceux qui somnolent encore. Mais les wagons pulvérisent le butoir et plongent dans un ravin, s'encastrant les uns dans les autres. Bilan : dix-sept morts, dont quatre Ligériens, et une cinquantaine de blessés.

Long-format réalisé par Mathilde Delacroix à partir de textes de Pierre Thiolière et d'images d'archives.

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