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Midsommar 2019 - États-Unis. Réalisation : Ari Aster. Scénario : Ari Aster. Avec : Florence Pugh, Jack Reynor, Vilhelm Blomgren, Gunnel Fred, William Jackson Harper

This high my fire, but no higher, no hotter !

Les derniers mois ont été durs, pour Dani. Elle vit coincée dans une relation qui ne satisfait ni elle, ni son partenaire. Celui-ci envisage de la quitter, mais n'en trouve pas le courage. Et lorsque Dani doit affronter un deuil, il renonce à briser leurs liens. Il invite même Dani à venir avec lui en Suède. Lui et ses amis se rendent dans le village d'origine de l'un d'eux. Un lieu isolé où vit une communauté païenne. Ils préparent un festival qui n'a lieu que tous les 90 ans. Des festivités auxquelles Dani et ses amis vont participer de façon bien plus active qu'ils ne l'auraient pensé.

Après avoir vu Midsommar, il est facile de comprendre pourquoi il a déchaîné les passions sur la toile, depuis sa sortie.

Très attendu, au vu de la qualité d'Hérédité, premier film d'Ari Aster sorti l'année dernière, Midsommar a été qualifié aussi bien de chef-d'oeuvre que de navet par les spectateurs les plus extrêmes. Il s'agit là, en effet, d'une oeuvre assez difficile à analyser, vouée à diviser tant son appréciation dépendra de la sensibilité de chacun à l'ambiance qui y est proposée.

D'un point de vue strictement technique, il n'y a quasiment rien à reprocher à Ari Aster. Le réalisateur confirme le talent pour la mise en scène dont il avait fait preuve dans Hérédité : plans et travellings en plongée sont particulièrement efficaces, ainsi que les techniques d'ellipse temporelle, sublimées par le montage. Les décors (que ce soient les paysages naturels de Hongrie, où le film a été tourné, ou les bâtiments créés exprès), sont beaux, très riches de détails. Il faudra enfin noter l'excellent travail fait sur la bande-son, atout maître de l'ambiance du film, qui accompagne particulièrement bien l'action, notamment par quelques ruptures de ton. L'aspect sonore frappe même, parfois, par l'absence de musique, conférant à telle ou telle scène une aura particulière.

Le problème de Midsommar ne réside ainsi pas tellement dans la forme, mais dans le fond. Déjà, dans ses ressemblances troublantes avec Le Dieu d'osier, sorti en 1973. Si le film anglais est bien cité parmi les influences ayant mené à la création de Midsommar, les points communs sont parfois tellement évidents qu'on pourrait presque y voir une relecture. La principale différence étant la façon de nous présenter la communauté : dans Le Dieu d'osier, elle est véritablement menaçante. Ici, elle a tout pour sembler pacifique et accueillante, mais on ne peut s'empêcher de ressentir un malaise sourd devant les sourires des hôtes et leurs traditions.

Un malaise qui prend de l'ampleur jusqu'à sembler forcé

Ce côté déstabilisant est d'ailleurs l'un des bons points du film, qui arrive, rapidement et avec beaucoup de facilité, à nous mettre mal à l'aise. Un malaise qui durera un certain temps, mais qui finira tellement poussé, trop forcé, pour nous mener sans encombres jusqu'à la fin du film. Notamment à cause d'une histoire qui semble simpliste.

En soi, l'histoire de Midsommar repose sur des bases très riches : les thèmes abordés vont du deuil aux problèmes mentaux, en passant par le jugement des autres, le respect des traditions etc. Le tout tournant autour d'une thématique centrale : une relation amoureuse difficile, son évolution et la manière de s'en libérer. Aux dialogues, finalement assez peu nombreux, Ari Aster préfère le non-dit, le symbolisme, le sous-texte. Une idée qui n'est pas mauvaise, parce qu'elle permet à chacun d'interpréter à sa manière les motivations et la psychologie des personnages. Mais qui ne fonctionne pas complètement à cause du plus gros défaut du film : sa longueur.

Midsommar dure près de deux heures et demie. C'est long. Surtout que, comme dit plus haut, on ne pourra pas compter sur des échanges verbaux forts ou intenses pour relancer l'intérêt. Tout repose ainsi sur l'ambiance du film. Mais maintenir une atmosphère tendue aussi longtemps est un exercice difficile, et Ari Aster n'y parvient pas complètement.

Ça marche au début. On se laisse prendre au mystère de cette communauté, de ses airs médiévaux. Le réalisateur s'inspire notamment des contes pour monter son ambiance, on retrouvera par exemple un clin d'oeil au Joueur de flûte de Hamelin. La curiosité prend et on se laisse embarquer dans le crescendo de bizarrerie auquel vont être confrontés les personnages. Mais au bout d'une heure et demie, le soufflé retombe. Les véritables avancées dans l'histoire se font plus rares, Aster étire ses scènes en longueur, privilégiant leurs qualités esthétiques, leur étrangeté, à leur intérêt global pour l'évolution du scénario.

Ça aurait pu fonctionner si on s'était vraiment attaché aux différents personnages et que l'on se souciait de leur avenir. Mais ce n'est pas le cas. On aime bien Dani. La jeune femme a vécu des événements tragiques et tente de s'en remettre. Mais on éprouve plus de compassion que de sympathie pour elle. Christian, son petit-ami, est un être assez détestable. Quant aux autres visiteurs, leur impact émotionnel est anecdotique. L'un d'eux même, agace, à savoir Mark, le comic relief de notre histoire, irrespectueux et inconséquent.

Alors, certes, il y a des passages marquants. Une scène de sexe particulièrement étrange notamment, le passage dansé, le châtiment viking... Mais on en sort tout de même avec l'impression que ces scènes ne sont si longues que pour ça justement : pour alimenter l'aura d'étrangeté du village. Pendant quelques temps, ça marche, mais pendant deux heures et demie, on perd patience. D'autant qu'on ne peut pas dire que l'histoire soit particulièrement imprévisible. On pressent assez rapidement ce qui va se passer (pas dans le détail, évidemment, mais en gros). On a donc bien peu d'éléments assez forts pour nous emmener jusqu'à la finale. Reste l'ambiance, qui demeure une affaire de sensibilité et qui en laissera certains sur le bord de la route.

L'anecdote

Le film contient de la nudité frontale féminine comme masculine. Pour l'une des scènes concernant un personnage masculin, celui-ci devait normalement être vêtu. C'est l'acteur qui l'interprète qui a demandé à jouer la scène nu, arguant que, dans le genre, la nudité féminine était très fréquente. Les femmes se trouvaient ainsi humiliées et vulnérables. Il a estimé qu'il était temps que les hommes aussi soient traités de cette façon.

Les qualités cinématographiques de Midsommar sont indéniables. Le film est beau. Il est maîtrisé. Il est riche. Mais est-il pour autant intéressant ? Raccourci, peut-être. Là, on en ressort avec une impression un brin cotonneuse d'avoir vécu une expérience, certes esthétique, certes bizarre, mais pas pour autant très convaincante.

2,5/5

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