Damien arthur et clément

Chenal du port des Sables-d’Olonne

Depuis le dernier Vendée Globe, Damien attendait impatiemment ce moment magique où il sortirait du chenal du port des Sables-d’Olonne. Sur les quais, plusieurs milliers de spectateurs admiratifs le regardaient déjà avec les autres concurrents, et de nombreux téléspectateurs campaient devant leur poste.

Damien avait emporté des photos de lui et de ses proches pour l'accompagner tout au long du voyage et lui donner la force nécessaire dans les moments difficiles qui l'attendaient. Mais Damien avait une autre source de motivation : l'association pour laquelle il courait, "Africa, famine, solidarité".

Cette association aidait principalement les populations africaines à creuser des puits dans leurs villages et leur apprenait les méthodes de culture dans les zones difficiles. La femme de Damien, Estelle, participait activement à l'association et aidait sur place des enfants à se scolariser. Cela faisait maintenant quelques années que Damien et Estelle essayaient de porter l'association et de la mettre en avant.

Cette année, les sponsors de Damien sur le Vendée Globe lui avaient permis de réaliser ce rêve en l'autorisant à afficher le nom de son association sur son bateau.

Déjà, tout au long du chenal, de nombreuses banderoles colorées s'étalaient avec le nom des skippers les plus connus et des mots d'encouragement. Mais, dissimulée dans toute cette agitation, Damien remarqua une petite banderole avec écrit " Damien on compte sur toi ! " qui lui réchauffa instantanément le cœur et lui redonna du courage pour entrer dans cette belle aventure. Mais il lui fallait à présent se reconcentrer dans la course. Le départ arrivait à grand pas...

Dernières minutes pour admirer les personnes venues pour ce grand événement... Premiers pics d'adrénaline pour tous les skippers prêts à s'engager pour le départ. Les bateaux s’engouffraient lentement dans le chenal. 3...2...1... GO ! La course était lancée ; la ligne virtuelle de départ venait d'être franchie par 29 skippers sous les acclamations d'une foule en délire.

Damien se retrouva seul avec la mer ; il la connaît bien. Profitant du bon vent, il s'étonna de se faire dépasser par plein de skippers. Décidant alors de vérifier son bateau, il découvrit avec stupeur que la drisse s'était coincée dans une autre. Préparé à ce type d'avarie, il ne mit pas longtemps à tout remettre en ordre. Content de pouvoir repartir à la bonne vitesse. Il put rattraper quelques skippers au large des côtes espagnoles.

description d'un Imoca

Arrivé au large du Sahara, Damien finissait son déjeuner quand une bourrasque de vent propulsa violemment son bateau ; la voile se gonfla et Damien tomba en se cognant la tête. Il se releva avec un mal de crâne désagréable. Il entra dans son cockpit à la recherche d'un cachet d'aspirine et vit avec stupeur qu’il venait de dépasser les 40 nœuds !!! Les voiles n'allaient jamais tenir !

Il sortit rapidement de son cockpit et constata qu’une de ses voiles avait effectivement été endommagée. Pour limiter les risques, Damien décida de réduire l'allure, en baissant les voiles. Son bateau commença à ralentir jusqu’à se laisser guider par le courant des eaux.

Ne pouvant plus avancer, Damien décida de longer la côte Africaine, se préparant au pire. Plus au calme, il put examiner les dégâts. A son grand soulagement, la voile n’avait pas grand-chose, même si cela suffisait à ne plus le faire avancer et à le ralentir dans sa course. Il la recousu sans problème; il avait déjà eu à recoudre une voile lors du dernier Vendée Globe, ce qui lui avait coûté la seconde place.

Aujourd'hui, c'était son anniversaire. Avant le départ, ses proches lui avaient donné des cadeaux qu'il se dépêcha d'ouvrir. Son fils Mattéo lui avait écrit un mot et sa femme Estelle lui avait offert un MP3 de son groupe de musique préféré. Il était très touché de ces marques d'affection venant de sa famille et plus encore appréciées dans ce moment solitaire. Avant de sortir de son cockpit, il vit qu'il approchait du cap de Bonne Espérance. Cette journée commençait très bien...

Profitant du beau temps, il vit plein de petits poissons avec des couleurs splendides. Il n'y avait toujours aucune terre à l'horizon mais il admirait les poissons qui venaient frotter leurs nageoires contre la coque de l'Imoca.

L'arrivée dans les mers du Sud avait été assez calme pour Damien. Il regrettait à présent le soleil des côtes africaines qui l'avait bien réchauffé auparavant. Il commença à sentir le vent de plus en plus fort. Les premiers icebergs allaient sans doute commencer à apparaître. Damien redoutait ce passage qui effrayait tant de skippers. Son entrainement indispensable allait lui être bien utile face à toutes les épreuves qui l'attendaient.

Il se dirigea vers son cockpit pour vérifier ses instruments. La force du vent continuait à augmenter. C'était une tempête qui l'attendait ; il en était sûr. Il était préparé pour ça. Il fit une rapide inspection de son bateau et se prépara à affronter cette tempête.

Le vent hurlait, les vagues se fracassaient entre elles et faisaient tanguer la coque. C'était un décor apocalyptique, à la fois envoûtant et redoutable. Damien jeta un œil inquiet à son mât qui tremblait anormalement. Les icebergs ne devaient plus être très loin et il devait absolument redoubler de vigilance. Il retourna à son cockpit et vit qu'il venait de passer la cap Leeuwin.

Soudain son radar émit de drôles de bruits et s'arrêta brusquement de fonctionner. Non ! Ce n'était vraiment pas le moment ! Il se retrouvait à présent seul, sans instrument, dans cette terrible épreuve. Il devait sortir au plus vite de cette situation et trouver une solution.

Au bout de trois heures d'un combat terrible avec les éléments, à éviter de chavirer et de rencontrer des obstacles, Damien vit se dessiner un paysage plus clément. Les vents s'étaient radoucis et il put enfin essayer d'analyser la panne de son radar. Il récupéra sa boîte de secours où se trouvaient ses fils de connexion et sa mallette électrique. Il lui fallut peu de temps pour identifier la source de ses problèmes : une partie du système électrique avait disjoncté. Damien, qui était électricien, retrouva ses habitudes et réussi rapidement à réparer le circuit et à retrouver son radar. Cette première tempête lui avait rappelé ce qu'étaient les mers du Sud.

Damien en prit l'habitude car elles devenaient de plus en plus fréquentes. Durant l'une d'elles, particulièrement violente, il aperçut au loin un signal de détresse. Il ne pouvait pas rester là sans rien faire ! Il prévint son équipe qu'il allait devoir se dérouter. Il se rapprocha péniblement du signal lumineux et découvrit que c'était Julien Lefort, l'un des premiers de la course, mais surtout son pire ennemi... De nombreuses fois, ce skippeur n'avait pas hésité à se moquer de lui et à lui voler la vedette. Mais dans cette situation, il n'y avait pas de place pour la rancœur. Damien devait faire son possible pour essayer de le sauver ; c'était la règle d'or en pleine mer.

Le bateau de Julien avait une avarie à la coque et avait sans doute dû percuter un iceberg durant la tempête. Julien était cramponné à son mât et son Imoca menaçait de couler. Damien lui jeta sa corde mais les vents violents projetèrent Julien contre la coque de l'Imoca de Damien. Il perdit alors connaissance mais Damien eu le temps de le remonter à bord de son bateau.

Une fois les secours arrivés, Julien, rempli d'une immense tristesse de n'être pas allé au bout de l'aventure et d'échouer si près du but, rejoignit l'équipage du bateau des secours pour revenir sur les côtes. Il ne manqua pas de remercier chaleureusement Damien qui avait pris tant de risque pour le secourir et s'excusa de son comportement qui les avait séparé auparavant.

bateau de secours

Après cet événement, Damien repartit en tête de course vers le cap Horn. Les tempêtes étaient moins fréquentes ; il put récupérer de ses épreuves et prendre le temps de se reposer de plus en plus. Damien se rapprochait du cap Horn à une vitesse folle. Tout excité à l'idée de le franchir, il ne regardait plus que son GPS et raccourcissait ses temps de pause. Le lendemain matin, il posta une vidéo de lui en train de franchir ce fameux cap ! Il sortit une bouteille de champagne et, par respect de la tradition, il en baptisa son bateau. Son association devait sans aucun doute être fière de ses exploits et devait lui apporter cette chance qui lui avait manqué dans les saisons précédentes.

La remontée de l'Atlantique s'annonçait plus tranquille que la descente. Les vents étaient bien orientés, Damien avait l'impression d'être presque en vacances, même s'il restait vigilant face aux pièges que peuvent cacher les océans... Les premiers dauphins apparurent bientôt, nageant à coté de l'Imoca. Cela redonnait le sourire à Damien qui se sentait d'un coup moins seul, avec le sentiment d'être escorté, tel les grands vainqueurs.

Effectivement, au fil du temps, Damien n'avait cessé de remonter, un à un, les autres concurrents qui, comme lui, avaient connu quelques mésaventures. A présent, il poursuivait son parcours en tête de course. Damien remontait les côtes africaines avec un vent favorable. Il resta cependant bloqué un jour dans le pot-au-noir, au beau milieu de l'océan sans vents. Il en profita pour vérifier son bateau et se reposer, soulagé de ne pas voir revenir un autre skipper dans ses traces.

Les quais des Sables-d’Olonne arrivaient à grands pas, Damien s’imaginait déjà la foule amassée et en délire, l'acclamant d'avoir remporté ce beau combat mais surtout d'avoir réussi à finir cette course dans un temps incroyable. Il était fier de représenter son association qui allait bénéficier d'une belle publicité et qui pourrait sans doute permettre de sauver ou d'aider la vie de milliers de personnes supplémentaires. Il pensait à Estelle et Mattéo qui devaient être très fiers de lui et impatients de le retrouver.

Damien aperçut un hélicoptère de l'armée française qui était là pour s'assurer que tout allait bien. Ils purent échanger quelques mots ; ce qui fit plaisir à Damien qui avait vécu quasiment deux mois et demi coupé du monde. Les vents l'obligèrent à monter très haut vers l'Angleterre pour enfin redescendre et être propulsé par les vents.

Le lendemain, le port des Sables-d’Olonne était pratiquement visible. On entendait le brouhaha de la foule, déjà présente pour acclamer et accueillir cette première arrivée. La ligne virtuelle approchait et Damien était de plus en plus excité à l'idée de finir cette course et surtout d'en être le vainqueur.

Plusieurs bateaux l'attendaient. Les caméras étaient braquées sur lui et une foule de journalistes n'allait pas tarder à l'assaillir de questions. C'était fini ! Damien venait enfin de franchir la ligne virtuelle à 17h42 après 73 jours, 5 heures et 15 minutes ! Damien prépara le "bâton de détresse" pour valider cet exploit qu'il venait de réaliser et qui lui tenait tant à cœur. Sur un bateau pneumatique, il vit sa femme Estelle, son fils Mattéo et un autre enfant qui venait sans doute d'être sauvé grâce à son association.

Son équipe monta sur le bateau pour prendre les commandes de l'appareil et laisser Damien profiter pleinement de l'exploit qu'il venait d'accomplir. Ils mirent environ 1h30 avant de pouvoir rentrer dans le chenal des Sables-d’Olonne. La nuit commençait à tomber et il partagea une nouvelle bouteille de champagne que lui avait apportée son équipe. La foule était en délire. Damien lâcha une larme, touché par l'émotion et laissant échapper toute la pression de ces deux mois de navigation. Après la traversée du chenal, Damien attendit que le bateau s’immobilise pour en descendre et aller embrasser ses proches. Il n'échappa à la nuée de journalistes qui voulait partager avec lui ses premières impressions. Ils furent finalement compréhensifs et le laissèrent s'échapper pour profiter de la terre ferme.

Tous ces amis étaient là, venus acclamer le champion et fêter sa réussite. Ils avaient organisé un fabuleux et gigantesque banquet qu'ils purent ainsi partager tous ensemble, profitant des nombreuses anecdotes que Damien avait accumulées durant sa traversée. Sa mère était fière de lui et le prit dans ses bras. Pour elle, c'était lui, sa réussite !

La nuit fut longue, bien longue... mais Damien était déjà près pour la prochaine édition du Vendée Globe !

Created By
Clément Artur
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