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Démanteler l'industrie antivax Traduction d'un article de Imran Ahmed, dans Nature Medicine

L'article est visible ici.

Les enquêtes montrent que ceux qui diffusent des informations erronées pour saper le déploiement des vaccins contre le COVID-19 sont bien financés, déterminés et disciplinés. Pour contrer leurs activités, nous devons les envisager comme une industrie travaillant activement à semer le doute sur le caractère mortel du COVID-19, les vaccins et l'intégrité des professionnels de la santé.

Le terme « antivax » peut évoquer des images d'un théoricien du complot dans un sous-sol sale, ou une figure échevelée au milieu de cartons contre les « micropuces » et les « complots mondiaux ». En réalité, les principaux protagonistes de « l'industrie antivax » sont un groupe cohérent de propagandistes professionnels. Ce sont des personnes qui dirigent des organisations de plusieurs millions de dollars, constituées principalement aux États-Unis, comptant jusqu'à 60 employés chacune (1). Ils produisent des manuels de formation pour les militants, adaptent leurs messages aux différents publics et organisent des réunions semblables à des conférences annuelles, comme n'importe quelle autre industrie (2).

Au mois d'octobre 2020, des chercheurs du Center for Countering Digital Hate [CCDH : une société à but non lucratif qui lutte contre la haine en ligne dont le fondateur est Imran Ahmed] ont assisté et enregistré une réunion privée de trois jours des antivax les plus en vue dans le monde (3). Notre équipe a obtenu un aperçu sans précédent de l'opposition organisée au déploiement du vaccin contre le COVID-19. Malgré la banalité des propos et la vacuité des présentations, il y avait, néanmoins, un niveau d'organisation et d'intention effrayant.

Ce qui est apparu clairement, c'est la sophistication des moyens qu'ils emploient sur les réseaux sociaux. Ils ont été en mesure de développer ces tactiques, uniquement parce que les entreprises de médias sociaux sont ravies que les principaux acteurs de cette industrie antivax utilisent leurs services pour recruter de nouveaux abonnés et, plus que jamais, diffuser leurs mensonges. En conséquence, il existe une infrastructure en ligne de sites Web anti-vaccins, de groupes Facebook, de chaînes YouTube, de pages Instagram et de comptes Twitter avec une audience totale de 59 millions de personnes (3). Rien qu'au Royaume-Uni, il y a 5,35 millions d'adeptes antivax sur les réseaux sociaux.

Les antivax s'entraînent les uns les autres à identifier des cibles potentielles en ligne. Ils discutent de leurs tactiques pour approfondir les peurs des gens, semer le doute quant à savoir si les gens devraient se faire vacciner, approfondir l'hésitation vaccinale et convertir quelques cibles pour en faire des antivax convaincus (qui propageront ensuite les mensonges). Les antivax se diffusent sur les réseaux sociaux, trouvant des moyens nouveaux et variés d'injecter de la désinformation dans les fils d'actualité des utilisateurs. En ce sens, ils sont bien mieux équipés pour atteindre les gens que le National Health Service au Royaume-Uni et l'Organisation Mondiale de la Santé, qui s'appuient sur des communications numériques centralisées via des comptes à faible engagement et peu de « personnalité » ou « d'authenticité ».

Tout cela était vrai déjà avant que la pandémie ne frappe. Les antivax voient le COVID-19 comme une occasion de créer rapidement une hésitation généralisée envers le vaccin contre le COVID-19 et, finalement, pour tous les vaccins (4).

Plusieurs facteurs militent en leur faveur. Les médias sociaux ont insufflé une nouvelle vie à plusieurs formes d'extrémisme. De leur côté, des extrémistes de différentes tendances ont réalisé le potentiel de ces médias pour conduire le changement social. La désinformation, que les médias traditionnels filtrent à travers leurs normes éditoriales, a soudainement eu un accès non filtré à la majorité de la population mondiale.

Souvenez-vous que le Royaume-Uni a perdu son statut de pays exempt de rougeole en 2019, bien avant le COVID-19, en raison de la baisse des taux de vaccination, tandis que des flambées de rougeole sont apparues dans certaines parties des États-Unis.

Il y a des mesures que nous pouvons tous prendre pour contrer cette industrie de la désinformation, qui menace notre santé, celle de nos proches et notre société.

Quand nous voyons de la désinformation antivax sur les réseaux sociaux, nous devons faire attention à ne pas tomber dans le piège de nous engager dans la discussion, aussi tentant soit-il de signaler des failles et des mensonges évidents. Engager la discussion contre la désinformation en ligne la propage encore plus : si nous grattons la démangeaison, nous propageons la maladie.

Il est beaucoup plus utile et plus efficace de partager à la place de bonnes informations sur les vaccins provenant de sources fiables. Et lorsque cela sera notre tour de nous faire vacciner, nous devons le dire à nos amis et à nos « followers ». Les photos et les clips publiés sur les réseaux sociaux des premiers bénéficiaires des vaccins nous encouragent tous et montrent qu'il n'y a rien à craindre.

Pour les organisations de santé publique impliquées dans le développement et le déploiement du vaccin, il est essentiel qu'elles étudient le plan des antivax pour les contrer. Chaque message antivax peut se résumer à un récit principal en trois parties : « la COVID-19 n'est pas dangereuse ; les vaccins sont dangereux ; vous ne pouvez pas faire confiance aux médecins ou aux scientifiques. » Au lieu d'essayer de réfuter toute théorie du complot stupide, les praticiens devraient vacciner contre ces trois affirmations centrales. Et ils doivent le faire dans tous les coins d'Internet, rencontrer les gens là où ils se trouvent. Par exemple, les médecins et les scientifiques devraient rejoindre le groupe Facebook de leur communauté locale et proposer de répondre à toutes les questions de leurs voisins sur le vaccin contre le COVID-19.

La solution la plus simple pour cela est que les entreprises de médias sociaux suppriment les super-diffuseurs de désinformation antivax : les propagandistes professionnels qui vivent de l'industrie antivax, de leurs plates-formes, comme détaillé dans notre rapport de juillet 2020 (4). Il n'y a aucune justification morale à tirer profit de mensonges nuisibles, et il n'y a pas d'obstacle juridique non plus à ce que les entreprises de médias sociaux les retirent pour violation de leurs conditions de service. En fait, aux États-Unis, les décisions de modération sont explicitement protégées par la loi (5). Le problème n'a jamais été la capacité d’agir mais plutôt la volonté. Les entreprises de technologie n'ont pas réagi, parce que leur modèle commercial repose sur le fait que les utilisateurs restent sur leurs plates-formes, pour faire défiler le contenu entrecoupé de publicité, quel que soit l'impact de ce contenu sur la société. Leur incapacité à agir devrait être sanctionnée par une réglementation gouvernementale stricte.

Nous avons tous fait notre part en 2020 et 2021 pour contenir la pandémie de COVID-19. Pensez aux amis et à la famille que vous n'avez pas vus. Pensez aux médecins qui risquent leur vie et perdent des patients à cause de ce virus cruel. Pensez aux efforts herculéens déployés par les scientifiques pour développer un vaccin en un temps record. L'industrie antivax et les entreprises technologiques, cependant, pour leurs propres raisons solipsistes, menacent de faire dérailler tous ces progrès. C'est à nous tous de les empêcher de le faire.

Références

  1. Dwoskin, E. & Gregg, A. Washington Post https://www.washingtonpost.com/business/2021/01/18/ppp-loans-anti-vaccine/ (18 January 2021).
  2. Williams, R. inews https://inews.co.uk/news/technology/antivaxers-facebook-covid-19-coronavirus-vaccine-misinformation-803099 (accessed 22 December 2020).
  3. Center for Countering Digital Hate. https://www.counterhate.com/playbook (2020).
  4. Center for Countering Digital Hate. https://www.counterhate.com/antivax-industry (2020).
  5. 47 US Code § 230.

Informations à propos de l'auteur

Affiliations

Center for Countering Digital Hate, Washington, DC, USA

Imran Ahmed

Déclarations éthiques

Conflits d'intérêts : L'auteur ne déclare aucun conflit d'intérêt.

Pour citer cet article :

Ahmed, I. Dismantling the anti-vaxx industry Nat Med 27, 366 (2021). https://doi.org/10.1038/s41591-021-01260-6

Publication15 mars 2021

DOI : https://doi.org/10.1038/s41591-021-01260-6