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« Je suis prêtre, j’aime les fêtes populaires et les matches de foot » Loin des scandales qui secouent quotidiennement l’Église catholique, des prêtres effectuent quotidiennement une multitude de tâches au contact de la population. Exemple avec Jean-Claude Morel, homme de foi au parcours atypique qui exerce à Tence.

« Il est primordial que l’Église n’abandonne pas les villages ».

Depuis son arrivée en Haute-Loire en 2015, Luc Crepy, l’évêque du Puy-en-Velay, n’a de cesse de répéter l’importance du maillage des paroisses en zone rurale. « Dans certains endroits les cafés ferment, comme les restaurants et les services publics. Les populations peuvent avoir le sentiment d’être abandonnées. Les églises sont parfois les seuls liens avec les habitants. Elles doivent restées ouvertes », explique-t-il.

Un parcours semé de doutes

Jean-Claude Morel a été ordonné prêtre en 2000. Depuis cinq ans, il exerce sa fonction au sein de la paroisse de Tence. « S’il fallait me définir, je dirais que je suis prêtre de Jésus-Christ. Pendant longtemps, dans les villages, les gens disaient “C’est le Roger de la Thérèse, ou la Marie du Pierre” ; ils se définissaient par rapport au conjoint ou à la conjointe. Pour moi c’est pareil », explique celui ne cache rien du long parcours qui l’a conduit vers Dieu.

Photo Rémy Perrin
Photo Rémy Perrin

Pour ce prêtre humaniste, s’impliquer dans la vie de la cité est une nécessité. « La communauté catholique est très active dans la commune, c’est une chance. Il a de nombreux bénévoles qui travaillent dans l’ombre. Être prêtre, c’est accompagner les familles dans les moments de joie, comme les baptêmes ; ou de peine, comme les enterrements. Il y a le catéchisme, les mariages, les visites aux malades, les préparations en famille, et puis bien sûr il y a la messe, que je donne quotidiennement, et même deux fois le dimanche. Mais être prêtre, c’est aussi entretenir des liens avec les autres communautés chrétiennes, notamment protestantes.

Un prêtre impliqué dans la cité

Homme d’église, Jean-Claude Morel s’adonne aussi à ses loisirs. « J’assiste aux matches de foot et aux fêtes populaires. Je participe dès que je peux. J’aime être au contact de la population et puis je fais du vélo, du cross », raconte celui qui endosse également la tenue de sapeur-pompier volontaire. « Je le suis depuis vingt-quatre ans, parce que j’aime ça. Je le fais comme certains joueraient de la musique, pour le plaisir. J’ai besoin d’être impliqué. »

Photo Rémy Perrin

Pour ce prêtre de 54 ans issu d’une famille catholique de Fay-sur-Lignon, la vocation est venue très tôt, même si elle a parfois laissé la place au doute. Après la terminale, Jean-Claude Morel entre au séminaire du Puy-en-Velay et entame des études de théologie. Pour le stage imposé, il ne choisira pas l’aumônerie, mais l’armée, « comme simple soldat, pendant un an, à Lure, près de Belfort ». Désireux de travailler « avec les pauvres », il part ensuite dans l’Allier, toujours dans le cadre de sa formation, pour effectuer un stage auprès du Secours catholique, durant un an. « J’ai découvert une Église qui vient en aide aux autres. Mais j’ai aussi découvert aussi la pauvreté relationnelle, car je logeais dans un foyer de jeunes travailleurs dont certains n’avaient pas de famille. Dans ce foyer, il y avait aussi une belle jeune femme. J’ai vécu l’amitié, des petites fêtes et des activités en groupe. J’ai eu le temps de la jeunesse, dans le bon sens du terme ».

Sept ans hors de l'église

Après ce stage, l’homme estime qu’il lui manque quelque chose. Entre autres questions, celle du célibat. « À ce moment-là, je n’étais pas prêt à m’engager. Je le comprenais intellectuellement, mais je n’étais pas prêt à le vivre. » Courageusement, Jean-Claude Morel met alors ses études entre parenthèses. Passionné de journalisme, il deviendra pigiste pour plusieurs journaux de Haute-Loire, dont La Tribune-Le Progrès. « J’ai aussi passé une formation d’aide-soignant. Ce qui me plaisait, c’était les relations humaines. J’ai connu une période de chômage, puis j’ai été surveillant ». Durant sept ans, Jean-Claude Morel vivra selon ses désirs et ses passions, sans pour autant trouver l’épanouissement.

Au fil du temps, le futur prêtre retrouvera le chemin de l’Eglise. « J’entendais les gens parler d’une Église lointaine et moralisatrice. Ça a été le révélateur de ce Dieu que j’avais découvert depuis des années, tranquillement. Un Dieu simple, plein de bonté et de tendresse. Je compare ça à quelqu’un qui tombe amoureux ». Finalement, le Christ aura pris la place de la jeune fille dans le cœur de l’homme qui reprend alors sa formation. Elle le conduira à Rome, puis à Lyon avant l’ordination, en 2000. « J’ai débuté à Craponne-sur-Arzon, durant sept ans, puis Monistrol-sur-Loire, sept ans également ; avant d’arriver à Tence. »

Pédophilie : « Si on brise la confiance, c’est terrible»

Interrogé au sujet des récentes affaires qui secouent l’église catholique, le prêtre affiche une position ferme. « Ce qui se passe n’est pas normal. On a des responsabilités auprès des gens. Si on brise la confiance, c’est terrible. Aujourd’hui, j’ai une crainte par rapport au regard des gens. Ici, c’est un petit village, les gens me connaissent. De manière concrète, je fais attention. Un exemple : récemment, on a eu un temps de préparation à la première communion avec des enfants de CM1, à Saint-Jeures, dans une maison paroissiale. Le soir, ses parents ne sont pas venus le chercher. Comme je rentrais à Tence où il vit, on m’a demandé de le reconduire chez lui. J’ai eu peur de la réaction des parents. Finalement, une autre personne est venue avec moi. Cela m’a soulagé. C’est triste et douloureux. Je suis moins spontané. J’aime bien aller à l’école dans le cadre des activités liées au catéchisme. Aujourd’hui, je mesure tous mes gestes… Quand on en parle entre confrères, nous sommes affectés. Cela nous a changés, ça a cassé la spontanéité. Mais nous ne sommes pas hors du monde, on fait partie d’un pays avec une justice, il est donc normal qu’elle soit saisie, nous ne sommes pas hors des lois. »

" Je ne suis pas pauvre "

Aujourd’hui le prêtre vit dans la cure. Il est rémunéré par le diocèse et touche un salaire légèrement supérieur au SMIC, soit 1 200 euros. Jean-Claude Morel estime « ne pas être pauvre. Notre salaire vient de ce que donnent les gens, le denier du culte. Les sommes demandées servent à la vie du prêtre et du diocèse, à la vie des paroisses, pour payer le chauffage, les travaux et les frais de fonctionnement. C’est important d’avoir une vie simple. L’argent vient des gens et je suis attentif à ne pas le gaspiller. Le diocèse nous demande simplement une contribution aux frais quotidiens. Je trouve que c’est un luxe. »

En 2018, la Haute-Loire compte 98 prêtres.

Textes et photos par Rémy Perrin.

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