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Les réseaux sociaux de la bienveillance Les Réseaux Sociaux peuvent-ils avoir une effet bénéfique sur la Santé Mentale ?

Par Victoire GROUSSET

Les réseaux sociaux, comme Instagram, Twitter, Facebook ou encore YouTube, sont souvent considérés comme nuisibles pour la santé mentale. Ils provoquent anxiété, dépression, insomnie, complexes d’images et bien d’autres symptômes. Pourtant de plus en plus de comptes abordent des thématiques tournant autour de la santé. Mais qui sont les personnes qui se cachent derrière ces comptes ?

En 2015, un membre de la famille de Lysa Marie Hontoy s’est enlevé la vie. « Alors après ça, lire des gens qui m’expliquent que mon compte les a empêchés de se suicider, c’est toujours bouleversant », raconte-t-elle. Au bout du fil, il y a une pointe de tristesse dans la voix de la jeune Montréalaise. Voilà bientôt 2 ans que cette étudiante en psychologie anime sur Instagram et Facebook le compte « Humain avant tout ». Le principe : lutter contre les préjugés sur les maladies mentales et faire tomber les tabous sur le sujet.

«Je voulais créer un projet social sur les réseaux sociaux pour briser l’isolement des personnes qui souffrent en silence et réduire le sentiment de honte autour » explique-t-elle.

Comme elle, d’autres se sont faits les « psychologues » des réseaux sociaux. Animant des comptes dédiés à l’écoute et à la bienveillance sur des thématiques de santé mentale, sur des réseaux souvent accusés d’avoir des effets nocifs en la matière. L’étude #Statusofmind de la Royal Society for Public Health démontre ce phénomène. Afin d’établir un classement des différentes plateformes, du plus positif au plus négatif pour la santé mentale de leurs utilisateurs, l’enquête a demandé aux jeunes de les noter selon 14 critères - la solitude, l’anxiété, les complexes d’image, le FoMO - fear of missing out ou en français la peur de rater quelque chose. Selon ce classement, Youtube est le réseau le plus « positif » et Instagram, le plus « négatif ».

« La difficulté avec un réseau comme Instagram c’est qu’on est dans une culture du narcissisme et donc dans la comparaison sociale. » expose Chloé Chahbenderian, psychologue à la clinique SOS Anor.

Pourtant, de nombreux comptes offrent la possibilité aux internautes de parler de leurs problèmes personnels souvent de manière anonyme sur Instagram, Youtube ou Facebook. Les réseaux sociaux deviennent une façon de libérer sa parole, un exutoire qui permet d’obtenir des conseils. Ils permettent à une personne de pouvoir s’exprimer devant parfois des milliers de personnes sans jugement frontal.

@Humainavanttout, un projet qui redonne de l’espoir

@Humainavanttout s’inspire du photo-journalisme pour ses posts et notamment de « Humains in New York ». Le concept est de publier une photo de la personne qui veut témoigner avec un résumé de son histoire. « Je rencontre les personnes qui nous envoient des messages, je prends leurs photos, puis je discute avec eux pour qu’ils me partagent leurs histoires, puis je synthétise pour pouvoir partager sur les réseaux » explique Lysa-Marie.

« Dans le cadre de mon doctorat en psychologie, j’ai suivi des patients qui me racontaient tous la même chose, qu’ils se sentaient honteux d’avoir une maladie mentale ou tous simplement de vivre des émotions désagréables . Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose pour remédier à ça. » raconte-t-elle.

Post de @humainavanttout ; Lysa-Marie Hontoy a elle aussi participer à son projet en racontant ses conflits avec ses crises de panique.

En 2018, le projet est lancé d’abord sur Facebook puis sur Instagram, afin de toucher des tranches d’âge différentes, car Instagram touche plus de jeune comparativement à Facebook. « Le but de ce compte c’est de faire comprendre aux gens qui nous suivent qu’on n’est pas seule. Que la souffrance psychologique est universelle. Mais aussi de montrer qu’il y a de l’espoir, qu’il est possible de s’en relever » éclaircit-elle. Tenir un compte comme celui de @Humainavanttout demande énormément de temps et d’énergie à sa créatrice « c’est plus de 25 à 30 h par semaine que je mets dans ce projet de manière bénévole ». Les questions de Santé Mentale touchent personnellement Lysa-Marie « au début de l’âge adulte, j’ai moi-même été confrontée à des problèmes de santé mentale, je faisais des crises d’angoisse qui me paralysaient. » C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a décidé de faire des études de psychologue.

Parler de choses personnelles sur les réseaux sociaux

Photo de @simplement.debora

D’autres ont choisi de parler eux-mêmes de ce qu’il leur est arrivé, devant leur caméra sur Youtube. C’est ce qu’a fait Debora Campallia, une jeune femme de 21 ans au sourire contagieux. Sur sa chaîne simplement.debora, elle raconte ses expériences passées comme la relation toxique avec sa mère, sa dépression ou encore les violences sexuelles qu’elle a subies. Dans la dernière, seule, face caméra, dans son appartement, Debora explique ce qui s’est passé dans sa tête après les viols dont elle a été victime. Avant de finir par pardonner ses violeurs. Cette vidéo a fait 980 mille vues.

Parler de choses aussi personnelles sur les réseaux sociaux pourrait faire peur. Mais pas pour elle « j’estime que ce serait avoir peur d’être moi-même. Par contre, j’ai plus peur que mes proches soient au courant à travers mes vidéos et pas par une discussion avec moi » explique-t-elle.

C’est Enjoy Pheonix, une Youtubeuse beauté, qui lui a donné envie d’ouvrir sa propre chaîne. « J’ai eu un peu la même histoire qu’elle, au lycée je me suis fait harceler et je n’avais pas d’amis. J’avais besoin d’un espace où je pouvais m’exprimer sur les sujets qui me touchaient et où je pouvais rencontrer des gens. » raconte Debora.

Les vidéos de Debora permettent à ses followers de voir qu’ils ne sont pas bizarres ou différents. Ils sont comme tout le monde. Ils ont simplement vécu des choses difficiles. Et de voir Debora en parler leur permet de déculpabiliser. Le message qu’elle veut faire passer sur sa chaîne : il faut s’autoriser à vivre réellement et pas à survivre.

« Ce que j’aime bien avec YouTube, c’est que ce réseau est aussi là pour éduquer sur plein de questions, et apprendre à aimer s’éduquer soi-même. On peut se donner l’opportunité d’évoluer » commente Debora.

Une chaîne YouTube qui permet de trouver des réponses

Julie-Suzanne Mirena sur son Instagram @mirena.n.proud

Julie - Suzanne Mirena, une guyanaise de 27 ans, a commencé à suivre la chaîne de Debora il y a 3 ans en cherchant des témoignages sur Internet. À cette époque elle était dans une phase compliquée de sa vie « J’avais subi des violences sexuelles et mon comportement était toxique pour moi-même, je me faisais du mal. Je cherchais des réponses parce que je ne me comprenais pas moi-même » raconte-t-elle.

Un jour, elle est tombée sur la vidéo où Debora se confie sur ses viols, Julie - Suzanne s’est reconnue dans les propos tenus par Debora, dans ses comportements et ses réactions. « Ça m’a fait du bien de voir quelqu’un qui en parle et surtout qui s’en est sorti, c’était le plus important parce que moi je pensais que j’étais perdue. Que je pouvais vivre avec, m’en sortir, en faire une force. C’était tout ce que j’avais besoin d’entendre. » explique-t-elle.

Elle n’a pas osé contacter Debora via son site de coaching ou en commentaire de ses vidéos. C’est la lecture d’une newsletter de Debora qui l’a enfin poussée à demander de l’aide « Ça s’est fait sur un coup de tête, j’étais vraiment pas bien et toute seule je n’arrivais pas à m’en sortir. » confie-t-elle. Aujourd’hui, elle a appris à apprivoiser ses démons du passé grâce au coaching de Debora.

Un compte qui permet de « vider son sac » anonymement

Angelo Foley sur son Instagram
« Il y a un grand principe de survie chez l'être humain, qui est de maintenir le lien aux autres, quitte à cacher une partie de nous pour plaire à l’autre. Mais globalement on est tous un peu « tarés » on est tous un peu névrosés et c'est ça qui fait l'équilibre. » explique Angelo Foley, avec un léger sourire s’étirant sur ses lèvres.

Il a décidé de créer un espace de discussions anonyme sur Instagram – qu’il ne trouvait pas ailleurs – sur la thématique de la peur. « J’ai créé @Balancetapeur, de manière purement égoïste, j’avais besoin de voir où j’en étais dans mes peurs, donc de les exprimer publiquement. Pas pour chercher l’approbation des autres mais pour montrer qu’on peut être vulnérable et montrer ses facettes sombres sur les réseaux » explique-t-il.

Depuis la création de son compte, il y a un peu plus d’un an, il reçoit de nombreux témoignages en « DM » (des message privé sur les réseaux) de personnes qui lui racontent leur peur de l’isolement, de l’abandon, du deuil, de l’échec, des relations toxiques, des relations amoureuses … Il publie ensuite une capture d’écran de ses « DM » de façon anonyme. Sur fond noir, il écrit quelques phrases pour relativiser le problème. Il n’y a pas de photos ou vidéos, ce n’est que du texte.

Ce concept permet d’abord aux gens qui témoignent d’enfin « vider leur sac » sans avoir une personne physique en face d’eux pour les juger. Ensuite, cela permet aux abonnés du compte de prendre conscience qu’ils ne sont pas seuls à être terrifiés par certaines crainte.

« On vit dans une société qui prône le parfait, notamment sur les réseaux sociaux. Donc ça fait du bien de prendre conscience, grâce à ce compte, qu’on est juste humains et on est tous blindés de peur » témoigne Manon Labonde, une artiste de 23 ans, qui suit @balancetapeur. Il ne cherche pas à débarrasser les gens de leurs peurs, mais à leur faire comprendre leurs peurs pour pouvoir mieux se connaître et vivre avec différemment.

Les problèmes que posent les réseaux sociaux

Plusieurs problèmes se posent pourtant aux animateurs de ces comptes. Tout d’abord le risque de créer chez leurs utilisateurs une dépendance, donc une nouvelle source d’angoisse « les réseaux sont addictifs, j’ai peur que les gens qui suivent mon compte deviennent accro. C’est pour ça que je limite mes posts à un par jour » indique Angelo. En effet, l’addiction est un vrai problème sur Instagram, Manon confie passer plusieurs heures à relire les posts de @Balancetapeur.

Une autre question se pose : Faut-il parler surtout des sujets qui nous tiennent à coeur ou de ceux qui font plus de like que les autres ? Angelo a eu ce problème concernant les posts liées à l’amour. Ces derniers ont plus de succès que d’autres sujets « à ce moment là je me suis posé la question - est-ce que je fais un post pour avoir des likes en parlant d'amour ou est-ce que je fais un post parce que le sujet me parle. Je suis resté sur la deuxième au final. » raconte Angelo.

La conflictualité propre aux réseaux sociaux, enfin, ne les épargne pas toujours. Vendredi 29 novembre, Angelo a été accusé de plagier un texte d’un autre compte @doramoutot. A tort, assure-t-il. Mais le mal est fait, et l’animateur de @Balancetapeur se voit pris à partie par plusieurs internautes.

Post de fermeture temporaire de @Balancetapeur

Suite à cette histoire, Angelo s’est exprimé sur son compte personnel @Angelo_Foley « J’ai décidé de fermer temporairement le compte @Balancetapeurcar j’y ai rencontré trop de violence gratuite. Les réseaux sociaux peuvent être de fabuleux outils de compréhension du monde, autant que des armes de destruction massive. ». Il a décidé de prendre du recul sur son compte et les réseaux pour se retrouver.

@Seinbiose-photographie, un compte pour décomplexer les femmes

« Un des problème sur Instagram, c’est que si tu suis des Influenceurs comme Emma CupCake ou des mannequins comme Gigi Hadid, l’algorithme va te proposer dans ton flux que des filles qui sont parfaites physiquement. Quand tu poses ton téléphone et que tu te regardes dans le miroir tout ce que tu va voir c’est tes défauts. » explique Lily Jaillard, une jeune femme de 20 ans toujours souriante, participe au mouvement #BodyPositive sur les réseaux avec son compte @Seinbiose-photographie.

La créatrice du compte a elle-même eu des problèmes pour accepter des parties de son corps, comme ses poils - dont on s’est moqué depuis son enfance - ou encore ses cuisses qu’elle juge « énormes ». Mais Lily veut accepter son corps, l’aimer comme il est, afin d’être en confiance dans sa vie de tous les jours. « Aimer son corps, c’est la première étape pour faire des choses extraordinaires dans la vie. » conclut-elle.

Seinbiose, au début, c‘était photographier les seins des femmes pour montrer toute la diversité qu’il peut y avoir : des seins gros, petits, sans téton, avec des cicatrices. Aujourd’hui, Lily, seule à gérer le compte, a décidé de changer un peu de concept. « Il y a plein d’autres parties du corps à exploiter, pas que les seins. Je développe le concept en photographiant des cuisses avec des vergetures, je vais aussi faire une série sur les poils » explique-t-elle. Le projet s’est donc étendu à toutes les parties du corps de la femme.

Un projet qui fait du bien aux femmes

« Parler du corps et de la femme quand elle le veut et qu’elle se montre à nu sur les réseaux sociaux ça fait un peu flipper mais ça fait du bien aux femmes qui sont devant l’objectif mais aussi à celles qui suivent le compte » précise Lily. Le message derrière ce compte : se sentir plus belle et s’accepter comme on est. En clair, décomplexer les femmes.

Post de @Seinbiose-photographie, Seintille Partie II

Elisa Culeddu - une petite blondinette de 20 ans - après quelques mois de réflexion, a décidé de poser pour Seinbiose afin de mieux accepté son corps « J’ai toujours eu du mal avec certaines parties de mon corps comme mes seins. Poser m’a fait beaucoup de bien au moral, je me suis rendu compte que n’avais aucune raison d’avoir peur ou honte de montrer mes seins. » Aujourd’hui Elisa se sent mieux dans son corps « j’ai encore du chemin à faire pour l’accepter totalement. Non seulement j’ai compris qu’il fallait s’aimer mais également qu’il fallait choisir d’ignorer ses défauts de temps en temps ».

Encore une fois, le fait de montrer sur les réseaux sociaux, qu’on est tous un peu pareil, ça fait du bien au moral. « Je le vois dans mes projets, quand je suis bien dans mon corps, je suis bien dans mon esprit et donc je me sens beaucoup plus forte. C’est ce que j’ai envie de faire comprendre aux filles qui suivent le compte » conclut Lily Jaillard.

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Victoire Grousset
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