Dénoncer les travers de la société

Entrée par les images : un couple infernal : l'automobiliste et le citadin ?

Présentez les images ( nature ? message ? ...)Comment répondent-elles à la question du début ?

entrée par les textes

Automobile immobile

Châtelet-Hôtel de Ville

Pas la peine de changer d'file

Et si j'avance, je pile.

Atmosphère hydrocarbure

Tout coincé dans ma voiture

Et me voilà qui stationne

Dans un super-bouchonne.

Y'a plus d'une heure qu'elle m'attend

Qu'est-ce que je vais faire

En attendant.

Alors je déclique le bouton magique d'ia radio

Et j'sélectionne les stations en FM stéréo.

J'aime pas celles qui parlent bas

Mais j'aime celles qui chantent haut.

Haut-parleurs, en chaleur.

Dans l'bocal à musique, J'suis comme un poisson dans l'eau.

Et j'avale la musique par le bas, Par le haut.

Ce texte n'est pas seulement une poésie, c'est aussi une chanson que l'on entendait sur les ondes entre 1989 et 1990. Si nous l'avons choisie parmi tant d'autres, c'est qu'elle illustre parfaitement l'état de la circulation automobile et urbaine de cette époque.

Remontons plus avant. Tout d'abord, dans son véhicule, le conducteur coincé dans sa "boîte de métal" se retrouvait enfermé, seul, avec trois monstres : Impatience, Colère et Résignation. Cet affrontement quotidien alimentait en énergie négative les accumulateurs de son angoisse. Comprimée par la terrible frustration de l'immobilisme inactif, elle se traduisait en maux de tête, en urticaire, voire en diverses lésions physiques et mentales plus graves encore.

L'autoradio fut un grand progrès. Il permit de détourner les énergies du stress, tantôt vers le pôle de l'attention équilibrante, tantôt vers celui de la distraction décontractante. Très vite, chaque conduite intérieure devint un salon de musique, une voix, un chant, une présence.

Cette ouverture sur l'aménagement intérieur des véhicules fut suivie d'une foule d'inventions. L'une d'elles fut rapidement abandonnée car immédiatement interdite par les autorités. Ce fut la trop fameuse télévision de bord. Nombre d'automobilistes ne pouvant avoir l'œil "au four et au moulin" choisirent de préférence le petit écran cathodique ouvert sur le monde au pare-brise panoramique ouvert sur l'obstruction.

Cela eut, bien sûr, une conséquence immédiate, celle de paralyser tout à fait les voies urbaines.

Vint ensuite l'ordinateur de bord conçu pour visualiser sur un écran la situation du véhicule et lui proposer le meilleur itinéraire en rapport temps/distance. Il permit très vite de faire sauter les fameux bouchons et ainsi d'aider au libre écoulement du flot automobile. Cette invention merveilleuse sonna le glas des cartes routières, boussoles et autres accessoires indicateurs de directions. Désormais, l'âge du véhicule intelligent allait recouvrir d'une chape asphaltée et définitive la dernière couche sédimentaire du libre parcours et du droit à l'erreur, vouée à la fossilisation progressive. Bien sûr, un terminal n'est qu'un terminal, et la tentation était irrésistible d'y voir apparaître des menus plus distrayants. Ce fut réalisé par l'adjonction de multiples périphériques qui transformèrent l'appareil en compagnon de jeux ou en messagerie rose. On vit immédiatement les bouchons se reformer et le taux des accidents regrimper au plus haut de sa parabole.

Il fallait trouver mieux, bien sûr, plus fiable, plus intelligent. La solution s'appelait une fois de plus robotique. Enfin la voiture allait devenir vraiment adulte. Elle allait se diriger elle-même, éviter les obstacles, analyser tous les paramètres de la route, ne perdant jamais de vue ni le temps de parcours, ni le but à atteindre, prévenant du moindre problème mécanique, émettant des suggestions et même des appréciations sur l'état de circulation et sur l'itinéraire le plus approprié. Enfin, le conducteur-passager put, dans son fauteuil, lire son news favori, téléphoner ou visiophoner à ses amis ou regarder un vidéolaser et ce, sans le moindre risque : un chauffeur infaillible était aux commandes.

L'homme libéré du volant et du stress eut enfin les membres et l'esprit libres. Il put consacrer ce temps de transport à d'autres transports : la philosophie, la gastronomie et l'amour.

Tant de politiciens cherchaient depuis des années - et vainement - un moyen pour réduire la baisse de la natalité et voilà que la voiture robotisée répondait aux vœux de la nation et ce, bien au-delà de leurs espérances.

Lettre persane 24 ( 1721) (extrait) de Montesquieu ( 1689 1755 )

Nous sommes à Paris depuis un mois, et nous avons toujours été dans un mouvement continuel. Il faut bien des affaires avant qu'on soit logé, qu'on ait trouvé les gens à qui on est adressé, et qu'on se soit pourvu des choses nécessaires, qui manquent toutes à la fois.

Paris est aussi grand qu'Ispahan : les maisons y sont si hautes, qu'on jugerait qu'elles ne sont habitées que par des astrologues. Tu juges bien qu'une ville bâtie en l'air, qui a six ou sept maisons les unes sur les autres, est extrêmement peuplée; et que, quand tout le monde est descendu dans la rue, il s'y fait un bel embarras.

Tu ne le croirais pas peut-être, depuis un mois que je suis ici, je n'y ai encore vu marcher personne. Il n'y a pas de gens au monde qui tirent mieux partie de leur machine que les Français; ils courent, ils volent : les voitures lentes d'Asie, le pas réglé de nos chameaux, les feraient tomber en syncope. Pour moi, qui ne suis point fait à ce train, et qui vais souvent à pied sans changer d'allure, j'enrage quelquefois comme un chrétien : car encore passe qu'on m'éclabousse depuis les pieds jusqu'à la tête; mais je ne puis pardonner les coups de coude que je reçois régulièrement et périodiquement. Un homme qui vient après moi et qui me passe me fait faire un demi-tour; et un autre qui me croise de l'autre côté me remet soudain où le premier m'avait pris; et je n'ai pas fait cent pas, que je suis plus brisé que si j'avais fait dix lieues.

Ne crois pas que je puisse, quant à présent, te parler à fond des mœurs et des coutumes européennes : je n'en ai moi-même qu'une légère idée, et je n'ai eu à peine que le temps de m'étonner.

QUESTION n°1 / Alors que durant plus de 30 ans, les responsables politiques n'ont eu de cesse d'adapter la ville à la voiture, vous écrivez qu'il faut désormais "penser la voiture au lieu de la subir". Qu'entendez-vous pas là ?

La voiture s’est imposée dans l’imaginaire et dans notre quotidien comme le seul moyen de transport efficace et confortable. Elle a permis de faire de la mobilité une valeur, puisque, bien avant la « démocratisation » des transports en avion, elle a mis à la portée d’une majorité de bourses des déplacements longs, rapides et fréquents. Quand la voiture a commencé à s’imposer, en particulier dans les campagnes, elle servait à se rendre au marché, à la ville, elle avait une fonction utilitaire, une fois par semaine au mieux. Elle permettait de désenclaver les territoires en créant les conditions de leur appropriation. Mais cela se situait encore à l’échelle d’un pays ou d’un département. L’éventuel voyage de vacances n’avait lieu qu’une fois par an.

L’automobile contemporaine a prolongé cette dynamique, mais a considérablement transformé notre rapport à la géographie. Effectivement, la ville et plus généralement les espaces habités ont été adaptés à la voiture, et la mobilité l’a emporté sur les racines. On a créé et on continue de créer des autoroutes qui coûtent des milliards d’euros (comme des lignes de train à grande vitesse) pour favoriser cette mobilité et faire en sorte que plus de gens se déplacent davantage, plus souvent et plus loin.

On ne peut plus se passer de notre voiture, pour des raisons utilitaires (étalement urbain, séparation des zones d’habitation, de travail et de consommation) mais aussi imaginaires. Ne pas être mobile, c’est au même titre que ne pas être joignable, être victime d’un grave handicap réel et symbolique.

« Penser la voiture au lieu de la subir » signifie que, au moment où les conséquences du réchauffement climatiques apparaissent comme devant être catastrophiques, il convient de ne plus être naïf, en faisant comme s’il était possible que tout continue comme avant. La voiture a été au cœur de la société de consommation, on s’en est gavé jusqu’à accepter qu’il y ait 10 000 morts sur les routes par an, que notre environnement soit considérablement dégradé, de s’endetter pour en posséder une. Nous expérimentons aujourd’hui le « retour du refoulé », la gueule de bois, nous percevons que la voiture et les modes de vie qu’elle détermine ne sont pas innocents. Nous pouvons détourner le regard et subir la voiture ou nous pouvons préférer la pensée et prendre notre destin en mains. Des signes positifs existent qui vont dans ce sens, même si le Mondial de l’automobile nous rappelle chaque année qu’aucun changement ne se fera simplement.

Critique de la raison automobile de Florent Bussy 2014

Made with Adobe Slate

Make your words and images move.

Get Slate

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.