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Sécurité au Groupama Stadium: le défi de l'OL A la veille du match OL-Hoffenheim, le point sur le dispositif de sécurité dans l'antre de l'Olympique lyonnais. (Jean-Philippe Cavaillez)

Mercredi soir, l'Olympique lyonnais reçoit Hoffenheim au Groupama Stadium. Un match qui n'est a priori pas "à risque" mais qui inaugurera la pose de filets de sécurité. Ils seront installés mercredi.

Début octobre, le stade était vide pour la réception du Chakhtior Donetsk. Après les incidents qui ont émaillé ces derniers mois les rencontres face à Besiktas, Moscou ou Marseille, l’Olympique lyonnais se sait scruté. Le point.

"Aujourd'hui, c'est tolérance zéro"

Nous avions interrogé l'OL il y a quelques semaines. « Nous savons que nous sommes sous surveillance. On le sent, on le sait. Aujourd’hui, c’est tolérance zéro. Nous demandons une prise de conscience de nos supporters », attaquait Xavier Pierrot, le stadium manager de l’Olympique lyonnais. Après les débordements face à Besiktas en 2017, face à Moscou en mars 2018, le Groupama Stadium a connu une nouvelle soirée mouvementée face à Marseille. Malgré un arrêté préfectoral interdisant leur présence, des fans sudistes se sont retrouvés noyés au milieu des supporters lyonnais. Et lors de l’égalisation marseillaise, certains, démonstratifs, parfois insultants, se sont fait chasser manu militari par des ultras locaux.

Photo d'archives Stéphane Guiochon

La présence d’un parcage aurait-il empêché les débordements ? « Franchement, pas forcément, répond Xavier Pierrot. Quand les gens, individuellement, ne respectent pas un arrêté, quand il y a des provocations, cela peut donner ça. On a refusé l’entrée à plusieurs dizaines de fans marseillais, quand ils avaient une écharpe ou un maillot. Quand il n’y a aucun signe… » Si l’on ajoute des jets de projectile et un tract anti-marseillais diffusé par les Bad Gones, principal groupe de supporters de l’OL, l’enceinte lyonnaise est dans l’œil du cyclone. En France et en Europe.

Ainsi, Xavier Pierrot nous a confirmé que d’immenses filets seraient installés devant les virages pour les matchs de Ligue de Champions. La rencontre contre le Chakhtior étant à huis clos (1) , ils seront inaugurés contre Hoffenheim le 7 novembre. « On se doit d’être irréprochables. Beaucoup de comportements ont été condamnés, soit par le club, soit par la justice. Là, c’est une sanction un peu collective, dure, mais il faut que tout le monde comprenne. On ne souhaite pas les mettre en championnat, mais si ça se passe comme contre Marseille… »

L’OL est décidé à sévir et attend la même chose de la part de la justice, afin que le Groupama Stadium ne se bâtisse pas une image de stade où règne l’insécurité. Surtout que l’outil est là. Quelques jours seulement après avoir encaissé la sanction de l’UEFA, l’OL accueillait dans son enceinte fin août une délégation de policiers européens… pour parler sécurité. « Ce stade, nous apprenons toujours à nous en servir », admettait alors Anthony Jaffre, guide conférencier du Groupama Stadium. « Le risque zéro n’existe pas. Mais pour prendre l’exemple du Besiktas, le stade moderne nous a aidés en permettant aux gens d’aller sur la pelouse. »

En anglais et dans la bonne humeur, il a mené la petite troupe dans les entrailles de l’enceinte, en commençant par le PC sécurité, où sont centralisées les images des 320 caméras du Groupama Stadium. « Nous avions 250 caméras à l’ouverture. Nous avions des zones noires donc nous avons ajouté 70 caméras supplémentaires. La vidéosurveillance pour l’identification, l’interpellation et la judiciarisation est déterminante dans les stades modernes ». Chaque spectateur ici est filmé durant tout son chemin vers le stade. Puis à l’intérieur de l’enceinte par trois caméras sous trois angles différents.

« Intervenir en tribunes, c’est réservé aux cas extrêmes »

Ces caméras 4K directionnelles peuvent filmer, prendre en photo, zoomer. Un outil indispensable pour sanctionner les comportements délictueux. « 99,99 % du temps, ce sont les stewards qui viennent chercher la personne pour éviter de provoquer des réactions avec une intervention policière, précise Anthony Jaffre. Intervenir en tribunes, c’est réservé aux cas extrêmes ».

Après le PC sécurité, le contingent a visité les quatre cellules du stade, juste à côté des bureaux des OPJ (officiers de police judiciaire). « Nous avons la capacité de garder à vue, de mettre à disposition des OPJ, des avocats, des médecins, les locaux dont ils ont besoin », explique le guide. Puis la délégation a terminé au niveau de la pelouse, portant un regard sur les barrières amovibles permettant d’empêcher les envahissements de terrain, et un autre sur le parcage visiteurs (5 % des places leur sont alloués, soit 3 000 maximum), situé en hauteur, derrière des barrières vitrées et des filets. « Les visiteurs ont leur propre accès pour leurs bus, leurs escaliers, buvettes, billetteries », note l’OL. Pour finir, la délégation devait plancher sur des vidéos de cas pratiques. Moscou et Besiktas étaient au programme et l’OL aimerait que cela s’arrête là.

(1) Après les débordements en marge du 8e de finale retour de Ligue Europa face au CSKA Moscou, l’OL a écopé d’un match à huis-clos.

Les incidents

  • OL-Besiktas
Photo d'archives Richard Mouillaud

Le 13 avril 2017, l’OL reçoit Besiktas en quart de finale aller de l’Europa League. Problème : plus de 20 000 supporters turcs sont parvenus à se procurer des places. Ils ne sont donc pas cantonnés au parcage visiteurs et se retrouvent au milieu des Lyonnais. L’avant match est houleux avec des ultras stambouliotes s’en prenant à la boutique du club. Dans le stade, c’est le chaos. Des Turcs jettent des engins sur des supporters lyonnais, qui s’échappent sur la pelouse. Des ultras répliquent avec violence. Le match débutera avec 45 minutes de retard. Les deux clubs sont sanctionnés par l’UEFA : exclusion de toute compétition européenne avec « une période probatoire de deux ans » et 100 000 € d’amende.

  • OL - CSKA Moscou
Photo d'archives Stéphane Guiochon

15 mars 2018, l’OL retrouve le CSKA Moscou pour un 8e de finale retour de Ligue Europa. Alors qu’une rumeur se répand (on craint la présence de supporters de plusieurs clubs moscovites venus en découdre à Décines), des affrontements éclatent en dehors du stade, mais ne concernent nullement les Russes. 100 à 150 personnes, vêtues de noir et capuchées, s’en prennent à des policiers de la brigade anticriminalité. Plusieurs interpellations et condamnations ont eu lieu. À l’intérieur du stade, l’UEFA lance une enquête pour plusieurs incidents dont le « lancement d’objets et le déclenchement de feux d’artifice, des troubles dans le stade, des escaliers bloqués et un comportement raciste ». Le club est condamné fin août à deux matches à huis clos, dont un avec sursis.

  • OL - Marseille
Photo d'archives Stéphane Guiochon

23 septembre 2018, l’OL reçoit Marseille dans un choc toujours explosif. Le déplacement de supporters marseillais est interdit et le parcage est vide… au contraire des latérales où l’on retrouve des Sudistes. Lors de l’égalisation de Florian Thauvin, certains, trop démonstratifs, sont poursuivis par des Lyonnais.

Les hooligans « aiment jouer au chat et à la souris »

Photo d'archives Philippe Vacher

Selon Anthony Jaffre, les hooligans « aiment jouer au chat et à la souris. Ils ont toute une stratégie pour ne pas se faire remarquer. Quand ils lancent des fumigènes, ils se cachent souvent dessous les banderoles. Ce qui évite d’être repéré ». Comment les reconnaître ? « Contrairement aux autres supporters, ils ne portent pas de signes distinctifs comme des tee-shirts à l’effigie de leurs clubs. Ils sont vêtus de jean ou blouson en jean qui leur permet de résister en cas de chute. Ils sont munis de casquettes, sans insignes également. Ils ont aussi des foulards qui leur servent à dissimuler leur visage », explique un représentant des forces de l’ordre.

Avec les supporters, place au dialogue

L’OL doit composer avec deux kops, le Kop virage Nord avec les Bad Gones (6 000 à 7 000 membres, le plus grand groupe de supporters en France) et le Kop Sud (1 000 personnes environ pour le groupe Lyon 1950).

Un Supporter liaison officer

Pour fluidifier ses relations avec ses ultras, pour échanger, pour résoudre les problèmes et aplanir les mésententes, mais aussi pour limiter certains comportements délictueux et… coûteux, comme l’usage de fumigènes, l’Olympique lyonnais a été l’un des premiers clubs à mettre en place un SLO (Supporter Liaison Officer, responsable des relations supporters).

L’actuel, Hugues Esteban, joue son rôle pendant et avant les matchs. « Je suis un maximum sur les matches pour être présent dans l’instant de la manifestation. Pour que ça se passe bien, il faut un travail en amont afin d’avoir le moins de surprise possible le jour J, que ce soit sur la billetterie, la logistique du déplacement pour les matches européens, ou encore de l’animation en tribunes », nous expliquait le principal intéressé il y a quelques mois.

« On a une maxime pour définir le rôle d’Hugues : il est un supporter en face du club, et il représente le club en face des supporters », assurait pour sa part Xavier Pierrot.

Et en ce moment, le SLO a beaucoup de travail après l’affaire du salut nazi à Manchester ou du tract anti-marseillais (1). « En effet, on s’appuie beaucoup sur lui et sur les responsables de groupes de supporters. Tout le monde fait un gros travail et on ne lâchera pas l’affaire », promet Xavier Pierrot, déterminé à offrir un environnement sain aux spectateurs, le tout sans froisser les ultras qui se comportent bien. Gymnastique parfois difficile. S’il condamne les propos « inacceptables » de l’écrit anti-marseillais, Xavier Pierrot explique aussi « que cette chanson est reprise dans tous les stades de France, y compris à Marseille. On change juste le nom de l’adversaire ».

« Quand on met les gens dans des cages… »

« Certains utilisent beaucoup le dialogue avec les groupes de supporters. Ça fonctionne mieux », glissait Jan Danco, policier slovaque de Zilina, lors de sa visite au parc OL. Un peu plus loin, Yves Brantegem, de la police d’Anvers (Belgique) s’avouait surtout « intéressé par l’infrastructure. Les stades chez nous sont plus vieux. On améliore le système caméras mais c’est un chemin très long. Et puis ici, l’infrastructure est plus subtile que chez nous. Il n’y a pas de grilles. Parfois, quand on met les gens dans des cages, ils réagissent… comme des gens qu’on met dans des cages. ».

(1) Un écrit insultant et diffamatoire, signé des Bad Gones, a été diffusé lors de la rencontre OL-OM. La justice a été saisie.

Billetterie : la solution blockchain

Dans la gestion des flux de supporters, la billetterie a son rôle à jouer. Après les problèmes connus face à Besiktas (achat de places hors du parcage visiteurs par des supporters turcs, ce qui a joué un rôle dans les débordements), l’OL, qui vend la très grande majorité de ses sésames en ligne, avait mis en place d’autres barrières : les achats hors parcage sont autorisés uniquement depuis la France et il fallait être déjà venu au Parc OL pour s’enregistrer.

À l’initiative de l’UEFA, une autre nouveauté est apparue lors de la finale de Ligue Europa 2018 à Lyon entre l’Atletico Madrid et Marseille : le “blockchain ticketing” pour 50 % des places vendues. Utile pour lutter contre le marché noir et l’anonymisation des places. Lorsque vous achetez le billet en vous enregistrant sur une application mobile, seule une partie est donnée le jour de l’achat. Le billet se dévoile entièrement sur votre mobile à proximité du stade quelques heures avant la rencontre. Blockchain 1 - marché noir 0.

Des filets de sécurité seront installés pour mercredi

Le président Jean-Michel Aulas l'a confirmé le 5 novembre 2018 dans les colonnes du Progrès. "Des filets amovibles, qui ne gênent pas trop la visibilité seront installés devant les deux virages inférieurs mercredi, car cela nous est demandé par l’UEFA, qui exige aussi que toutes les places soient assises. Donc tous les escaliers et issues doivent être libérés. On y veillera car on a eu des sanctions, et on en a d’autres avec sursis. Nous avons tiré les conséquences des divers incidents. Les ventes de billets sont plus contrôlées depuis le match contre Besiktas, et les dispositions sont prises pour que ceux qui veulent créer le désordre, soient interdits à vie. On a pris la dimension de ce stade, on est prêt à en assurer la fiabilité et à réagir vite en cas de problème".

Photo Stéphane Guiochon

Des fans de l’ASSE à Décines avant le derby ?

Avant le derby du 23 novembre, l’information qu’une vingtaine de supporters de l’ASSE se sont joints à ceux de Bordeaux samedi au Groupama Stadium, a été confirmée par le président Aulas. Les groupes de supporters ont rédigé un communiqué commun pour préciser que « interdits ou non », ils se rendraient à Lyon pour le derby du 23 novembre.

Le directeur général de l’ASSE, Frédéric Paquet a estimé que le moment était venu d’obtenir l’autorisation d’un déplacement minimum de « 1500 à 2000 supporters selon la jauge de 5% » pour le derby.

Interrogé sur le sujet, Jean-Michel Aulas reste prudent. « Ce sera au Préfet et au ministère de prendre la décision. J’ai lu qu’il y avait certaines histoires liées aux banderoles… La Ligue et la FFF reprochent beaucoup de choses aux supporters stéphanois sur l’usage des fumigènes. Je ne prends pas parti. S’il y a la possibilité qu’ils viennent en étant très encadrés, je ne m’y opposerai pas sur un plan personnel, mais pour le moment ce ne sont pas les plus respectueux des règles ni des installations, et le handicap est double si en plus ils viennent perturber les groupes adverses, et notamment ceux de Lyon qui respectent ces règles. »

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