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L'Entre-Deux le village des gourmets

La commune de l’Entre-Deux recèle bien des trésors. Vous n’aurez pas assez d’un week-end pour les explorer tous, surtout si vous êtes adepte de randonnées, et de bonnes tables. Voici quatre adresses incontournables, où aller en priorité.

La boutique chinois a l'entrée du village, en face de la mairie

Le Régal des Hauts n’usurpe pas son nom

La pizzeria s’est fait connaître voici deux ans, son gérant, Jean-Max Técher, devenant champion de La Réunion de pizza 2017. Le midi, Le Régal des Hauts nourrit autochtones et touristes avec quatre ou cinq caris, qui changent tous les jours, et deux constantes : le rougail morue le vendredi. Evidemment. Et la patte cochon le samedi. Aujourd’hui cette dernière a pour voisins de bacs un civet zourite, un poulet frit et un shop-suey bœuf. Nous disons sus à l’octopus, avec un peu de cari la patte s’il vous plaît. L’assiette est remplie illico. Go.

Le civet zourite doit avoir deux qualités : être correctement cuit, pour ne pas donner l’impression de manger des semelles de savate, et avoir du goût bien sûr. Celui qui est dans notre assiette a le bon goût d’être cuit, mais coupé en morceaux un peu trop petits pour présenter aux molaires une mâche tangible. Heureusement le goût est là, avec une sauce épaisse qui renifle bon le vin cuit, et des soupirs de poivre et de girofle, tout dans la nuance, et sans agressivité. Le riz baigne dedans avec bonheur, et le rougail zoignon, (encore lui, oui) porte tout cela avec vigueur, ajoutant son humeur pimentée à la finale acidulée des bouchées pourpres.

Pas de dressage ici, c'est envoyé comme c'est pesé, à la traditionnelle !

Le cari la patte a la bienséance de se présenter bronzé comme il se doit, résultat d’une bonne attache de marmite, avec de belles remontées d’épices croûtées, ail et thym en tête, sur les abords collants et gluants des tours d’os. La peau résiste à peine, avant d’envoyer au nez la sueur délicate d’une cuisson aboutie, attestée par quelques morceaux de chair un peu frits. Pour autant, nous aurions souhaité plus de punch aux entournures, niveau sensations gustatives. Un flambage pourrait donner à la patte ce supplément de caractère, ou, à défaut, deux feuilles de ravensare frais. Un chipotage de palais qui ne retire certes pas au cari ses qualités, la preuve : notre assiette est nettoyée.

Le riz est bon. Enfin du riz qui ne ressemble pas à du basmati aux grains détachés. Celui-là joue bien son rôle de donner des bouchées gourmandes et homogènes. Les grains blancs sont assez crémeux et accompagnent mieux le cochon que le zourite. Une fois encore, il devient très lassant de se retrouver devant un rougail zognons, fut-il très bon. Il y a tellement d’autres rougails à faire avec nos produits locaux selon les saisons... graton (la boucherie est juste à côté), bringelles, tomates-cerises, tomates-arbust-es, zévis, « pistaches » (et pas Dakatine), concombre, ou simplement un piment vert écrasé avec du sel, que le zourite aurait apprécié.

Le repas, boisson et café compris, est facturé 17 euros. Le rapport qualité-prix est bon.

Linda (à droite) et Alexia, la serveuse en formation

Voici une bonne adresse pour déjeuner créole le midi à l’Entre-Deux, sachant que les pizzas servies de soir se sont déjà taillées une petite réputation. L’accueil est souriant, le service est impeccable. On nous a même proposé une carafe d’eau, c’est un détail mais hélas assez rare dans ce genre de restaurant pour mériter d’être souligné. Nul besoin de note ni de fourchette pour attester de la qualité des plats, le défilé des clients qui viennent chercher les barquettes est assez parlant. De quoi mériter quand même une fourchette en argent avec recommandation.

Balade...

Le sentier du Côteau Sec, qui grimpe un peu, mais assez facilement, offre un point de vue imprenable sur le village et sur le Tampon au loin. Un parking permet de laisser la voiture. Les chokas et les baies roses y prolifèrent, avec quelques manguiers.

O’Libané, le retour d’une table d’exception

Le restaurant est juxtaposé au domicile des gérants

«Fatayer», «Kikakat», «Kafta»... ça ne vous dit rien ? «Taboulé» et «Houmous» vous parlent peut-être davantage. Des noms très exotiques pour des Réunionnais, puisqu’ils évoquent des plats méditérrannéens ou plus précisément libanais. «Ô libané, c’est la rencontre entre la meilleure des traditions libanaises et la modernité gastronomique française» peut-on lire sur le site de l’établissement. «Chef Roula expérimente depuis bientôt trois ans les mélanges subtils et savoureux entre ses deux amours, la France et le Liban.»

Roula et David
Des plats tous aussi succulents les uns que les autres

Après une abscence de quelques mois, le couple Roula & David, (on dirait le titre d’un film non ?) est revenu depuis mai dernier dans ses pénates de l’Entre-Deux pour continuer à régaler sa clientèle avec une cuisine libanaise ensoleillée qui va vous faire vibrer de plaisir. Vous apprécierez ainsi le Samké, filet de bar de méditerrannée, accompagné de Fatayer, chausson aux épinars, pignons de pin et citron, sommité de brocolis et chou-fleur, tomates cerises rôties, caviar d’aubergine, jus aux herbes fraîches... que vous ferez suivre de l’Atayef bil achta, des crêpes linanaises à la crème de lait cuite, croquant aux amandes, fraises, raisins, sirop à l’eau de rose et fleur d’oranger. Avec une bonne bouteille de vin recommandée par David. Puis vous irez prendre un bon bol d’air frais parce que votre digestion le vaut bien. La carte est renouvelée toutes les cinq semaines environ.

O’Libané vous accueille du mercredi au samedi de 19h30 à 23h00 ainsi que les midis des 1er et 3e dimanches du mois, au creux de leur confortable nid de paix, où la convivialité est de mise.

Le Saint-Hilaire : l’esprit de famille

Didier et Frédéric

Pour éviter toute déconvenue préjudiciable au bon déroulement de votre séjour, ne débarquez pas au Saint-Hilaire sans prévenir. La réservation est obligatoire, et le restaurant n’accepte qu’un nombre limité de convives, une vingtaine au maximum. La politique de la maison est en effet axée sur le bien-être des clients, le partage, et l’esprit de détente et de joie qu’on retrouve autour des tables familliales réunionnaises. Le Saint-Hilaire s’est taillé une solide réputation à Saint-Pierre, avant de déménager à l’Entre-Deux, où bon nombre de ses clients l’ont suivi.

Le Chef Didier Técher est du genre discret, modeste, presque timide. «Je fais une cuisine simple, qui met à l’honneur les produits de la Réunion.» et de saison dans la mesure du possible. Avec un circuit court pour les légumes: le fournisseur est du coin. «La terrine de foie gras est très demandée, mais les clients viennent surtout pour découvrir les plats revisités» indique Frédéric Técher, le co-gérant, préposé à l’accueil et au service. «J’ai commencé à travailler à 14 ans, aux premières années de l’école hôtelière. Je suis maintenant à un âge où j’ai envie d’exercer mon métier par plaisir d’abord, et pour gagner en qualité de vie» renchérit Didier, tout en admettant qu’il faut bien «payer les factures».

«Nous renouvelons notre carte tous les deux mois», indique Frédéric. Pour l’heure, celle-ci, affichée à 45 euros, mentionne deux entrées, trois plats et deux desserts au choix, dont une terrine de foie gras de canard et son cake à la papaye confite, une cassolette de Saint-Jacques et camarons aux épices thaï, une joue de boeuf bourguignone, un cabillaud aux saveurs d’Italie, huile de noisette vierge et une tartifraise au mascarpone, entre autre. L’adresse est à deux pas du départ du sentier du fond de la rivière. Quand vous aurez fait l’aller-retour et que vous aurez les muscles chauds et l’estomac à la misère, à la dégustation de ses petits plats, vous prendrez Didier pour votre mère !

L’Arbre à Palabres, vous n’aurez pas fini d’en parler...

Vous n’aurez aucun mal à trouver l’Arbre à palabres : il se trouve pile au bout de la rue qui passe entre l’office du tourisme et le jardin public. L’établissement est logé dans une de ces cases créoles dont l’Entre-Deux regorge. Passé la porte, une vaste pièce chaleureuse, avec petit salon, vous accueille. Au fond, la terrasse donne sur le jardin où trône le fameux pied d’bois éponyme, un vénérable Letchi multi-centenaire. L’accueil est souriant et détendu. On nous place tout près de l’arbre et l’on s’enquiert de notre soif. Un punch coco crémeux plus tard, nous avons choisi parmi les trois entrées, cinq plats et cinq desserts proposés aujourd’hui.

Tartare de thon Big-eyes, basilic thaï, tomates cerises et parmesan, coulis de blettes à la passion

Nous commencerons par un « tartare de thon Big-eyes, basilic thaï, tomates cerises et parmesan, coulis de blettes à la passion », que suivra un « magret de canard du Sud-ouest snacké sauce foie gras » demandé rosé, préféré finalement au « pavé d’espadon à 65° mariné, pistou à la roquette. » Après une attente raisonnable l’entrée arrive. Magnifique dressage, très coloré, qui donne le ton, en même temps que le thon. Le tartare est une farandole éclatante d’expressions printanières autour des reflux iodés de la chair gourmande du poisson, dont la souple texture est complétée par le croquant des petites crudités. Un délice qui vous affole les papilles et leur laisse un goût de pas assez, mais patience, la suite ne tarde pas.

Un punch coco crémeux à souhait !

Le magret de canard est généreusement servi. La viande est tendre comme une jouvencelle à ses premiers émois, et distribue sans avarice sa saveur un peu sauvage, un peu musquée, de canard bien élevé. La sauce foie gras est parfumée, avec des abords doux qui rappellent le butternut, et en pointillé comme des notes de géranium. Les petits légumes juste snackés sont un cocktail de parfums champêtres, acides et sucrés, où le terreux champignon joue les chefs d’orchestre, pour sublimer la viande et laisser en bouche de belles longueurs.

Le temps du dessert arrive, mais il nous est absolument impossible d’absorber quoi que ce soit de plus, tant le repas fut riche et généreux. Nous aurions pu choisir le « panier gourmand de fraise fraîches du Tampon, sirop de menthe et citronnelle et glace vanille » ou le « crumble d’ananas et bibasses sautés et flambés au vieux rhum, mousse façon cheese cake », avant de rouler dehors, bouton de chemise à deux doigts d’être catapulté. Ce repas sans dessert nous est facturé 45 euros, avec un verre de vin. Le rapport qualité-prix est satisfaisant.

L’Arbre à Palabres est une adresse incontournable de l’Entre-Deux pour déjeuner en famille ou en amoureux. Un lieu où l’on palabre quand on n’a pas la bouche pleine. Mathieu et Pascal, les patrons, vous y accueillent du mercredi au vendredi midi, les vendredis et samedis soir et les dimanches midi.

Balade

Pas très loin du Saint-Hilaire vous trouverez le départ du sentier du fond de la rivière. Une belle balade avant d'aller manger. Attention, certains passages sont à prendre avec précaution avec les enfants.

Le sentier du fond de la Rivière est très agréable, si l'on passe sur les quelques détritus et "toilettes en plein air"...

Textes et photos : Alexandre Bègue - sept. 2019

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Alexandre Bègue
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Alexandre Bègue