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Ces animaux qui disparaissent près de chez nous Plus de 60 % des animaux sauvages ont disparu de la surface de la Terre depuis les années 1970. Un déclin qui affecte toutes les espèces, y compris celles qui vivent sous nos fenêtres, dans nos parcs ou nos jardins. État des lieux autour de six espèces emblématiques du Rhône.

Deux tiers des hérissons ont déjà disparu autour de Lyon

L’usage massif de pesticides, les produits anti-limaces et l’urbanisation galopante déciment depuis des années la paisible famille des hérissons. Chaque année, environ 600 000 d’entre eux disparaissent de nos campagnes.

Dans le Rhône (sensiblement les mêmes chiffres qu'en France), deux tiers d’entre eux ont disparu en moins de vingt ans. Cyrille Frey, chargé d’études pour la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Auvergne Rhône-Alpes, est formel :

"Ils pourraient avoir totalement disparu en 2050"

Des structures leur viennent en aide comme le centre de soins pour les oiseaux sauvages du Lyonnais à Saint-Forgeux, près de Tarare, où on soigne des hérissons après un accident.

« La nature sauvage a perdu beaucoup de terrain dans le Rhône » (Cyrille Frey, LPO Auvergne Rhône-Alpes)

Le crapaud décimé par la route

Encore une espèce commune qui disparait à toute vitesse. Chaque année, le crapaud se fait massacrer sur nos routes départementales.

Avec l'arrivée des beaux jours, il quitte son lieu d’hibernation et se dirige vers les mares pour se reproduire. La probabilité qu’il meure écrasé sous les roues d’un d’automobiliste est très grande. Sur certaines routes du Rhône, trois crapauds sur quatre disparaissent de cette manière. Une catastrophe silencieuse et discrète.

Des solutions existent pour endiguer ce fléau. Il y a quelques jours, par exemple, le Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes (CEN-RA) a installé une barrière de filets pour sauver 1000 crapauds dans le sud lyonnais, au lieu-dit Vendessieux, à Saint-Didier-sous-Riverie (RD63). Ce secteur abrite l’une des plus grosses populations de l’espèce du département.

A Vaugneray, Tarare ou dans les monts du Lyonnais, des bonnes volontés se mobilisent, chaque année, pour sauver les amphibiens en mettant en place des crapauducs, système de tunnel plus ou moins élaboré pour permettre aux animaux de traverser en sécurité.

La route, bête noire de la faune

De très nombreuses espèces trouvent la mort, chaque jour, sur les routes du Rhône, dont le réseau (plus de 11000 km de routes) est l’un des plus denses de France.

Une hécatombe qui touche particulièrement les grenouilles, les hérissons, les rapaces nocturnes ou les lièvres.

L’hirondelle de fenêtre disparaît de Lyon

Cet oiseau emblématique au ventre blanc peuple depuis toujours la capitale des Gaules, nichant sur les façades des immeubles et des bâtiments célèbres comme l’hôtel de ville, le stade de Gerland ou la basilique de Fourvière.

Il faisait partie du décor et du paysage sonore dans les années 1990, "mais il totalement disparu de certains quartiers, comme Gerland", observe un spécialiste.

Pourquoi ? "Parce que l’hirondelle ne trouve plus beaucoup d’insecte et de moins en moins de matière, comme de la boue, pour construire son nid. Il y a de moins en moins de terrains vagues et de friches, ses besoins vitaux ne peuvent donc plus être satisfaits."

Un "tout béton" qui n’est pas fatal uniquement à l’hirondelle de fenêtre : on estime que population des oiseaux des champs s'est réduite d'un tiers en… 15 ans.

Dans le Rhône, la LPO se bat pour réintroduire l'hirondelle à la ville comme à la campagne. Notamment en lui offrant des surfaces propices à la construction de son nid et en favorisant son accès à l'intérieur des granges, remises, garages, etc.

"C'est une réalité, ce n'est pas du catastrophisme: les écosystèmes sont bouleversés et d’innombrables espèces vivantes sont menacées."

La couleuvre verte et jaune chassée des Monts d’Or

Les "anciens" peuvent en témoigner : c’est une espèce qu’on observait encore très régulièrement dans nos campagnes dans les années 1990.

En 2015, une équipe de naturalistes s’est rendue dans les Monts d’Or, au nord-ouest de Lyon, pour y inventorier les reptiles.

A sa grande surprise, elle n’a trouvé aucune trace de la couleuvre verte et jaune : le maillage urbain, qui a peu à peu entouré le massif, a probablement eu raison de sa présence dans cette bande d’une dizaine de kilomètres.

La chouette effraie délogée des clochers

Les clochers et les combles des églises lui ont assuré refuge et tranquillité pendant des siècles mais ce temps est révolu.

L’installation massive de grillages anti-pigeons, la raréfaction des musaraignes, l’agriculture intensive et (surtout) l’hécatombe routière causent un tort phénoménal à l’effraie, dont on ne compte plus qu’une dizaine de couples dans le Rhône.

Il y en avait "de partout au XXe siècle" témoigne un spécialiste, particulièrement dans le Beaujolais ou les monts du Lyonnais.

"Le déclin des oiseaux en milieu agricole s'accélère et atteint un niveau proche de la catastrophe écologique"

L'orvet aussi disparaît

Vous vous souvenez de l’orvet, ce lézard sans pattes que l'on confond souvent, à tort, avec un serpent ?

Cet animal totalement inoffensif, très précieux pour les jardiniers, est lui aussi en train de se raréfier à vitesse grand V.

Il souffre des mêmes maux que le hérisson : habitat fragmenté (routes, grillages, etc.), pollution des milieux, application de produits de traitement des cultures.

L’orvet est d’autant plus "à part" qu’on la trouve encore en plein Lyon et dans l’est lyonnais, alors qu’il a tendance à fuir les Pierres Dorées et les plateaux agricoles (pays mornantais, Chamousset, etc.) pour monter plus en altitude.

En région Rhône-Alpes, 50 à 55% des espèces ont un statut défavorable.

Cyrille Frey (LPO): "Il ne faut pas négliger la dimension éthique : le monde n’est pas notre propriété"

« Le Rhône souffre incontestablement de l’effet Métropole de Lyon, à forte densité urbaine. Même dans les secteurs les plus préservés, on constate qu’il y a moins d’oiseaux que dans l’Ain ou la Saône-et-Loire, où la nature est pourtant la même. Mécaniquement, plus on se rapproche d’une grande ville, plus la biodiversité s’appauvrit. Il suffit de se promener en forêt pour le constater. Pas besoin d’être un expert de la nature, aujourd’hui, pour constater qu’il y a moins d’animaux. »

Cyrille Frey, chargé d’études pour la LPO Auvergne Rhône-Alpes

(c) Le Progrès & LPO

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