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Le Tour de France à Saint-Etienne : Quand l'étape se gagne à la force des cuisses (2/3) Bien qu'entouré de reliefs, Saint-Étienne a vu plusieurs fois, et de plus en plus, des rouleurs ou des sprinteurs gagner sur le cours Fauriel ou du côté du Technopole, lieu d'arrivée désormais. A défaut d'incertitudes pour le classement général, il y règne alors un certain goût de classiques flandriennes.

11 juillet 1959

16e étape Clermont-Ferrand-Saint-Etienne (210 km)

Dino Bruni sort de l'ennui

Curieuse étape que celle-là... Il ne s'est presque rien passé, il faut bien l'avouer. Les coureurs sont éreintés à l'amorce de la dernière semaine et ont besoin de souffler. Et il fait si chaud, si lourd. Bref, le peloton a lézardé avec près d'une heure de retard à travers le Forez, les monts d'abord et la plaine ensuite. Ce n'est qu'à 15 kilomètres de l'arrivée que les esprits se sont échauffés sous l'impulsion d'Eddy Pauwels.

Pauwels, c'est marrant, n'avait aucune raison de bouger étant l'équipier du maillot jaune Jos Hoevenaers. Mais Eddy Pauwels était son dauphin pour une poignée de secondes... alors... il est parti deux fois et a fini avec Rolf Graf et Dino Bruni sur le cours Fauriel. L'Italien l'emporte comme il l'avait fait déjà à Rouen et le Belge chipe la première place au classement général à son compatriote.

Le vainqueur Dino Bruni après l'arrivée de l'étape en 1959. Photo archives municipales Saint-Etienne
Dino Bruni est félicité après sa victoire. Photo archives municipales Saint-Etienne

Voilà à peu près tout pour cette journée. Pourtant, le Tour ne manque pas d'intérêt. La preuve avec cette foule si nombreuse et si enthousiaste à encourager les coureurs ! Car pour le général, rien n'est joué.

Les Belges sont devant certes, mais ils ne comptent pas vraiment. Alors qui ? C'est en fait un match à quatre avec l'Espagnol Federico Bahamontes, le mieux classé et le meilleur grimpeur de tous contre les Français Jean Anglade, Jacques Anquetil et Roger Rivière dans l'ordre du classement.

L'Espagnol grimpe mieux que tout le monde, c'est clair, et il a impressionné les suiveurs comme ses concurrents dans la montée du Puy-de-Dôme.

Jean Anglade, lui, surprend, car même si pas grand monde ne l'attendait sur le podium, il dégage une réelle autorité quand la bagarre fait rage. Pour les Français, il s'agit de limiter les écarts sur « l'aigle de Tolède » dans les cols et de recoller en descente et sur le plat. Bref, de ne pas perdre plus de temps et de tout miser sur le contre-la-montre de 70 kilomètres la veille de l'arrivée. Mais Federico Bahamontes a tellement d'avance...

Et puis, l'autre intérêt du jour se nomme Roger Rivière qui arrive chez lui comme le régional de l’étape. Certes il a bien essayé de bouger dans les monts du Forez mais c'était convenu, tout le monde l'attendait et personne ne l'a laissé partir.

Le public le fête à l'arrivée et Roger peut ainsi passer la journée de repos du lendemain dans sa villa de Veauche. Il reçoit pour l'occasion ses proches et la presse. C'est encore le temps heureux et insouciant de la jeunesse, un an avant sa terrible chute du col du Perjuret...

Le public place de l'Hôtel-de-Ville pendant le spectacle Musicorama au soir de l'étape en 1959. Photo archives municipales de Saint-Etienne

24 juillet 2008

18e étape Bourg d'Oisans-Saint-Etienne (196,5 km)

Le plus costaud, c'est Burghardt

Le Tour de France s'est joué la veille mais personne ne le sait encore même si beaucoup s'en doutent. Carlos Sastre a gagné en solitaire à l'Alpe d'Huez et les Cadel Evans, Franck et Andy Schleck et compagnie n'ont pas pu le suivre et ne pourront plus le rejoindre d'ici Paris.

En attendant, l'espoir fait vivre mais sur la route de Saint-Étienne, les gros ne vont pas bouger, sauf en toute fin d'étape pour grappiller des peccadilles.

L'entrée dans le département n'a pas fait trembler les jambes sur la route de la Croix de Montvieux : en 2008, il y a bien longtemps qu'un col de 2e catégorie ne fait plus peur à grand monde. Thomas Voekler constitue l'exception qui confirme la règle puisque le chouchou du public français est passé bon dernier au sommet. Qu'importe, il attendra trois ans de plus pour mettre le feu au Tour, en 2011.

Bourg d'Oisans-Saint-Étienne est l'exemple type des étapes de transition dédiées aux baroudeurs – et cela a été le cas – où, en attendant que le peloton laisse partir, l'allure décourage toute tentative.

Exemple ce jour-là puisqu'au deuxième kilomètre, une poignée d'hommes s'en vont dont Filippo Pozzatto, Freddy Bichot ou Markus Burghardt, déjà. Mais avec 56 kilomètres parcourus dans la première heure, il est impossible de prendre la tangente.

Le bon moment survient au 68e kilomètre, où l'allure s'étant calmée, Carlos Barredo et... Markus Burghardt prennent la poudre d'escampette. Ils vont jusqu'au bout pour se disputer la victoire non pas en haut du cours Fauriel, devenu trop exigu pour la gigantesque organisation du Tour (caravane, infrastructures), mais devant le stade Geoffroy-Guichard.

Markus Burghardt, trop puissant l'emporte pour la 31e victoire de la saison de son équipe Columbia, déjà riche de quatre victoires de Mark Cavendish sur la route du Tour.

Les régionaux de l'étape se classent 6e et 7e et se nomment Samuel Dumoulin et Cyril Dessel avec l'explication du premier : « Dans la dernière côte de Sorbiers, j'ai été voir Cyril et je lui ai dit que ça serait bien qu'on tente quelque chose. Il y avait tous ses supporters et je trouvais ça super de tenter le coup comme ça ». Un coup pour rien mais tant pis pour ces deux hommes déjà vainqueurs d'étape cette année-là.

Rien de neuf pour le classement général, enfin, presque rien : Andy Schleck a profité de l'attaque de Samuel Dumoulin et Cyril Dessel pour les accompagner et a grappillé quelques secondes. Le maillot jaune de Carlos Sastre n'en a même pas tremblé.

Les spectateurs étaient venus en nombre observer les coureurs. Photo archives Progrès

17 juillet 2014

12e étape Bourg-en-Bresse-Saint-Étienne (185,5 km)

Kristoff sur des routes taillées pour les sprinteurs

Alexander Kristoff a gagné comme il sait le faire : au sprint, devant un autre sprinteur, Peter Sagan. Ce dernier, malgré sa tunique verte de leader du classement par point, n'a pu vaincre aux abords du stade Geoffroy-Guichard.

Kristoff a gagné et ce n'est que logique tant le parcours n'a pas été épouvantable pour les grosses cuisses avec la « terrifiante » côte de Fontanès, escaladée à 35 à l'heure sur le gros plateau et qui ne fait même pas peur aux cyclos du dimanche, nombreux à la grimper en début de saison. Mais il en faut pour tout le monde, les sprinteurs comme les autres.

C'est juste que trouver des parcours un peu accidentés pour un minimum de spectacle dans le coin est largement faisable et que les spectateurs auraient évité de voir 60 coursiers lancés à fond les ballons se disputer la victoire.

Seul événement, et encore, de la journée, Tony Gallopin s'est fait décrocher dans le final. Explication : sa bonne place au classement général l'empêchait d'obtenir un bon de sortie. En sabordant ses chances au classement général, il s'ouvre de nouvelles perspectives pour chasser les étapes, un truc qu'il sait bien faire. Étonnant mais pas bête.

Il faut dire que l'étape stéphanoise se situe à la veille de la première étape alpestre et l'arrivée au sommet de Chamrousse.

Vincenzo Nibali est en jaune, Christopher Froome n'est plus là après sa chute de la première semaine et les Français sont bien, plus que bien : Thibault Pinot, Romain Bardet et Jean-Christophe Péraud sont dans le top dix et l'hypothèse de voir un Français sur le podium est imaginable, 17 ans après Richard Virenque en 1997.

Alexander Kristoff a gagné, on l'a dit et il le mérite. Sans équipier et face à Peter Sagan ou John Degenkolb, des sacrés clients, il a fait parler le métier. « J'ai pris la roue de Matteo Trentin. C'était la bonne option. J'avais les jambes pour démarrer exactement là où je le voulais ».

C'est ainsi que Saint-Étienne a parlé norvégien un après-midi de juillet 2014.

L'étape stéphanoise se situe à la veille de la première étape alpestre et l'arrivée au sommet de Chamrousse. Vincenzo Nibali était en jaune, Alexander Kristoff a remporté l'étape. Photo archives Progrès

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