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Pas même le bruit d'un fleuve d'Hélène Dorion, lu par son auteure

Remontant le fil du Saint-Laurent et celui de l’Histoire, l’héroïne de Pas même le bruit d’un fleuve, Hanna, suit les traces qui la mèneront vers sa mère Simone, femme silencieuse et absente de sa propre vie. Cette quête ponctuée de révélations, de miracles et de mystères baigne, sous sa forme audio, dans une atmosphère vibrante. La narration somptueuse de son auteure, Hélène Dorion, se conjugue aux compositions ensorcelantes de la violoncelliste canadienne Julia Kent pour former un univers sonore travaillé dans ses moindres détails.

Hélène Dorion, artiste multidisciplinaire, habituée des lectures et de la scène, qu’elle a notamment partagée avec Les Violons du Roy, a sauté à pieds joints dans l’aventure du livre audio. Sa voix donne vie à l’histoire d’Hanna pendant les trois heures de l’expérience d’écoute. Elle connaît bien le travail de préparation à la narration : «Cela me demande de trouver le ton juste, la voix qui s’accorde à la fois à l’écriture et à la lecture, comme un point de rencontre entre l’intérieur et l’extérieur. Ma préparation est donc davantage de l’ordre de la concentration, pour qu’au moment d’enregistrer en studio, il n’y ait devant moi que les personnages, l’histoire que je raconte, et que ma lecture puisse aussi faire entendre le rythme même de l’écriture. Lors de l’enregistrement, je laisse le fil de la lecture se dérouler de manière fluide et spontanée, c’est comme si j’écoutais le texte en retrouvant aussi le mouvement qui m’a fait l’écrire.»

En réalité, explique-t-elle, «le travail le plus exigeant est celui de la réalisation du livre audio qui m’a demandé de choisir d’abord la musique qui accompagnera ma lecture, et par la suite les passages du roman où l’intégrer. Parfois l’extrait musical viendra comme une transition entre certains chapitres, mais parfois aussi, il sera superposé à ma voix. Il s’agit donc de créer un équilibre qui laisse le texte en avant, bien sûr, mais qui fait de la musique un élément qui va éclairer certains moments, souligner une émotion, soutenir une scène.»

Julia Kent est une compositrice et violoncelliste canadienne de renommée internationale, habituée des collaborations avec le théâtre, la danse et le cinéma. Sa musique a été choisie pour sa résonance avec l’univers de l’auteure. «[Sa musique] est très inventive, elle est riche de sonorités acoustiques et électroniques et de motifs qu’elle superpose de manière à ce qu’ils s’interpellent et se répondent, explique Hélène Dorion. […] Elle puise comme moi son inspiration dans la nature et dans les aspects relationnels de la vie. Sa musique est plutôt introspective, même méditative. Elle explore des espaces émotionnels et met en tension des éléments percussifs avec de longues phrases dont l’inflexion mélodique varie.»

Ces affinités se retrouvent même au plan formel, presque musical : «Julia Kent aime créer des sortes de boucles avec des motifs récurrents, et mon écriture fonctionne un peu de cette manière, avec des retours qui s’apparentent à des répétitions, mais n’en sont pas. Ils évoluent plutôt à la manière d’une phrase musicale, ajoutant et soustrayant des éléments, alors que se développe la mélodie qui, dans la narration, correspondrait à l’évolution de l’histoire et de la vie des personnages.» Il en résulte donc une expérience d’une grande harmonie, où se révèle de façon lumineuse toute la musique des mots d’Hélène Dorion.

«[Pas même le bruit d’un fleuve] parvient à relier la grande et la petite histoire avec une noble révérence pour tout ce qui, entre deux êtres, aura longtemps appartenu au silence.»

- Dominic Tardif, Le Devoir

À propos de l'auteure

La réputation d’Hélène Dorion n’est plus à faire. Depuis la parution de son premier livre en 1983 jusqu’à l’obtention du prestigieux prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre en 2019, l’auteure, née à Québec, a fait paraître plus de trente ouvrages. Poésie, romans, récits, essais, albums jeunesse, ses livres sont publiés dans une quinzaine de pays et lui ont valu plusieurs distinctions, dont le Prix littéraire du Gouverneur général, le prix Anne-Hébert, le prix Senghor, le prix Mallarmé et, tout récemment, le Prix du CALQ – Artiste de l’année en Estrie. En plus de trente-cinq ans, Hélène Dorion a construit une œuvre qui sonde l’intime de l’être et invite à méditer sur la splendeur du monde.

Credits:

Rachael Talibart