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Médiation nomade la parole plus forte que la violence

« Médiation nomade » est une association itinérante. Le soir, elle s’installe, avec sa camionnette, dans les quartiers prioritaires pour aller vers les jeunes en difficulté et créer des moments de convivialité nocturnes. Nous avons passé une soirée au quartier du Fossé L’Aumône, à Gennevilliers (92), le 7 septembre dernier, et y avons rencontré Yazid Kherfi, fondateur et directeur de l’association.

1. Dans quel contexte et avec quelles missions, en particulier, s’est créée l’association ?

J’ai grandi dans le quartier du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie (78) et étant petit, j’ai beaucoup galéré la nuit. Dans les quartiers, c’est la nuit qu’il y a des histoires de drogue, de violence, de problèmes avec la police, etc. Et rien n’est ouvert pour les jeunes… à part les commissariats. Alors j’ai commencé, à Clichy (92), en proposant à la mairie d’ouvrir un local le soir, mais ils avaient peur d’installer un lieu pour les « voyous », qu’il y ait du trafic,… Donc, avec son autorisation, j’ai installé des chaises et des tables dehors, dans un quartier, le soir. Puis, j’ai amené une camionnette. C’est comme ça qu’est née l’association, en 2012, afin de recréer des liens avec les jeunes en difficulté. On essaye aussi de faire changer les pratiques : les mairies, les associations de médiation ferment à 18 h, alors que leur public, c’est le soir qu’il faut aller à leur rencontre.

2. Quelles sont les principales actions conduites aujourd’hui?

Médiation nomade intervient le soir, à partir de 20 h, dans les quartiers. Nous apportons des jeux, de la musique et du thé à la menthe. La camionnette, c’est juste un outil pour reconquérir l’espace public, et le thé, c’est un prétexte pour aller vers les autres. Je prends mon thermos, je vais voir les jeunes qui traînent dans les halls d’immeuble ; je leur propose un verre, et je parle avec eux. Je créé des espaces de parole, parce que la parole est plus forte que la violence. Avec mon local à roulettes, j’interviens dans toute la France. J’organise quarante à cinquante soirées par an et jusqu’à quatre soirées par quartier, en lien avec les acteurs locaux.

« Yazid était mon prof de TD l’année dernière, à l’université. Avec trois amies, on l’a accompagné à plusieurs soirées de Médiation nomade, et nous avons décidé de nous lancer nous aussi. Avec notre association Passer’elles, on va prendre un camion et organiser des soirées à Nanterre pour faire du lien avec les jeunes. » Armelle, étudiante en Sciences de l’éducation à l’université de Nanterre

3. De quelle réussite êtes-vous le plus fier ?

Pour moi, le plus important, ce sont les rencontres : quand je discute avec des jeunes en rupture, qu’il y a un déclic, que ça les a fait réfléchir, qu’ils ont ouvert les yeux… Tout est dans les rencontres, les bonnes comme les mauvaises, donc il faut que des gens honnêtes et bienveillants aillent vers les jeunes et leur tendent les bras.

« On a demandé à Yazid d’intervenir dans ce quartier parce qu’il y a des conflits intergénérationnels entre les jeunes et les habitants. Médiation nomade, c’est une bonne initiative pour impulser un changement, mais ça ne suffit pas. À nous de nous inscrire dans une régularité, de pérenniser cette action pour occuper le quartier en soirées. » Sébastien Lesoeur, coordinateur de l’équipe de médiation à la mairie de Gennevilliers

4. Comment le travail de l’association s’inscrit-il, plus globalement, dans l’action locale ?

En général, ce sont les mairies qui m’appellent, parce qu’elles sont en difficulté. Elles ont entendu parler de l’association et me demandent d’intervenir. Nous préparons ma venue avec les élus, les éducateurs, les associations locales pour discuter des problèmes (souvent des histoires de jeunes qui traînent le soir, des incivilités, des rapports tendus avec la police…) et voir comment je peux intervenir. Il n’y a pas que les soirées de médiation autour du camion : je peux organiser des débats publics, entre les jeunes et la police par exemple. Désormais, j’organise toujours des formations avec les acteurs de la ville (Comment aller vers les jeunes ? Comment prévenir la délinquance ?) avant toute intervention. C’est une règle : je ne viens dans un quartier que si les éducateurs, les médiateurs sont présents, car il faut retisser des liens entre eux et les jeunes. Après mon départ, il faut que le travail de médiation puisse continuer.

5. Qu’évoquent pour vous les « territoires en action » ?

L’important, c’est que les quartiers bougent. Le pire, c’est quand c’est «trop» calme et qu’il ne se passe rien. En fait, ça veut dire que les choses se passent en sous-terrain, et c’est mauvais signe. Tant qu’il y a de l’action, il y a de l’espoir !

MÉDIATION NOMADE

En 6 ans, depuis sa création en 2012, l'association a réalisé 252 soirées dans 64 quartiers situés dans 47 villes.

www.mediationnomade.fr

Merci à Yazid Kherfi et aux équipes de médiation de la ville de Gennevilliers.
Created By
Communication CGET - septembre 2018
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Credits:

Anthony Voisin / CGET Reportage réalisé avec l'aide du Bureau de la participation, de la vie associative, de la jeunesse et des sports de la DVCU.

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