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Il y a de la joie ! Jean 2, 1-11

Chers amis, laissons-nous projeter au milieu de la noce à Cana, et nous entendrons la bonne nouvelle : les invités, c’est nous !

Or, il y a aussi une mauvaise nouvelle : il n’y a plus de vin.

Vous aurez compris : le vin, c’est la joie. Parmi les convives, elle commence à manquer. La joie qui commence à manquer : c’est une expérience que nous ne connaissons que trop bien.

La vie chrétienne, dans notre société - très franchement - n’est pas vraiment associé à la joie – tout au contraire, par vie chrétienne, nos contemporains – et nous avec eux — comprenons une vie sans liesse, moralement propre et bien chaste, sans excès et rappelant quotidiennement les peines de l’existence, le poids du péché et l’espoir sévère d’un meilleur monde futur.

La vie chrétienne serait tout le contraire de la joie, de la jouissance, du bien-être, des délices et de la volupté — de tout ce qui est le bien suprême de notre époque. Car la divinité des athées, c’est la joie.

Et quels efforts notre époque — comme toutes les époques — est-elle prête à consentir pour être joyeuse ! Le spectacle, le divertissement domine notre temps par ses produits, ses lieux, ses célébrités, ses empires économiques, ses médias et métiers. Le suprême, et parfois le seul, moment de joie d’une semaine difficile du Strasbourgeois moyen, c’est un but du Racing, le samedi. Pourtant l’industrie du divertissement ne recule devant aucun sacrifice pour nous vendre la joie — par rapport aux excès du show-business, le facteur de l’alcool que cite déjà notre lecture biblique est presque la technique de la joie facile la moins offensive.

Car par tous les temps humains, la joie vient facilement à manquer. Alors l’humain s’organise, pour se pourvoir d’une joie commode, pas trop chère, inratable — prenez les humoristes, ces évangélistes de notre temps : ils ont parfaitement compris que pour faire rire, il ne faut pas trop cogiter, mais que parler de toutes sortes d’inepties et de sexe à longueur de spectacle suffit largement.

Face à ces joies faciles, éphémères, fugitives et finalement assez chèrement payées, les chrétiens ont souvent eu un réflexe de rejet et de refus : la joie véritable en Christ ne saurait s’appuyer sur des moyens aussi élémentaires, aussi grossiers que le divertissement.

Ainsi, la fête et la joie ont quitté et déserté l’Église, en ne laissant que les vocables de l’allégresse, creux et vides. Ce n’est manifestement pas un phénomène moderne et récent. Déjà l’Évangile de Jean a dû se placer en opposition frontale à ceux qui montrent la joie du doigt, qui exhortent au sérieux, à la retenue, à la morale, à l’ordre bien calibré. L’Évangile de Jean affirme bien que le premier signe, le signe qui précède tous les autres, de la vie du Christ et de la vie en Christ, c’est une joie en abondance, comparable à un festin où le bon vin coule. Même si la surabondance de vin est le symbole du monde à venir, du temps messianique, il reste un goût de débauche dans cette histoire…

On comprend que Jean n’a pas dû écrire ce texte pour une Église débordant d’enthousiasme. Déjà les toutes premières communautés étaient prises dans cette tentation du rejet du monde, dans la félicité très cérébrale du mysticisme : « étant donné notre supériorité morale, surtout ne partageons aucune des passions humaines » !

Vous imaginez aisément que Jean, malgré l’autorité de sa proclamation de l’Évangile, ne s’est pas fait que des amis avec cette vision d’Église, vision doublement contre-culturelle, et quelque peu anarchique.

Car à toutes les époques, dans toutes les Églises, on a essayé de relativiser l’importance de la joie.

L’exégèse bien-pensante de l’histoire de la noce de Cana a expliqué qu’il ne pouvait s’agir que d’une importation clairement païenne, une référence au culte du Dieu grec Dionysos, Dieu du vin, qu’il fallait finalement comprendre le texte comme une critique de l’immoralité païenne.

D’autres lecteurs non moins soucieux de tempérance et de sobriété ont affirmé qu’il y a, à n’en pas douter, deux miracles dans le texte : le premier raconte la transformation de l’eau en vin ; un deuxième aurait eu lieu quand ce vin avec « appellation d’origine contrôlée Jésus » est tellement supérieur qu’il ne contient pas d’alcool, et n’aurait donc jamais rendu ivre quiconque !

Il est vrai : l’image de la joie comme ivresse dérange. Pour tout vous dire, elle a surtout fait peur aux protestants, dont la marque de fabrique devait être la parfaite sobriété. Ni jeux, ni danses, ni alcool : à Strasbourg aussi, la Réforme protestante a interdit tout moyen qui pouvait procurer une joie trop facile, trop éphémère. Même s’il est certain qu’il y a bien une forme de joie et de jouissance qui n’est que dépendance aux plaisirs, et qui empêche la « félicité » en Christ, nous pouvons reconnaître que le christianisme a trop souvent produit une méfiance malsaine envers la joie, au point que ses différentes expressions ont été parfois de véritables étouffe-chrétiens.

Or, dans cette hésitation à trouver la vraie joie, l’Évangile devient ce matin une nouvelle radicale, et nous annonce : à rebours de tous les tristes moralistes, dans l’Église, dans le peuple du Christ, il y a de la joie !

La première atmosphère dans l’Église ressemble, dit Jean, à ce que Charles Trenet chantait déjà en 1936 : Y’a d’la joie - bonjour, bonjour les hirondelles / Y’a d’la joie dans le ciel par-dessus les toits / Y’a d’la joie partout, y’a d’la joie…

Sans doute en pensant au prophète Esaïe, dont nous avons entendu la vision, l’Évangile de Jean rappelle qu’on ne dira plus de l’Église : « Délaissée ! Désolation ! », mais qu’elle sera appelée « Ma Préférence, L’Épousée » que le Seigneur a préférée. L’Église est « l’Épouse » du Christ : comme la jeune mariée fait la joie de son mari, elle sera la joie de Dieu.

L’Église vit de cette imprenable joie : là où est l’Église, y’a de la joie ! Voici ce que Jean veut nous dire, au fond : quand vous pensez au Christ, souriez ! Ce n’est pas une surprise que les églises qui grandissent, où jeunes et vieux se retrouvent, soient des Églises joyeuses, où le chant est joyeux, ou les gens sont heureux de se retrouver.

S’il y aura toujours des chrétiens très sérieux qui vont expliquer que ça ne tiendra pas, que théologiquement ce n’est pas bien pensé, que ça manque de profondeur ; que dans l’Église, on ne devrait ni rire ni rigoler, et que surtout la participation aux offices, sans le moindre soupçon d’un sourire, serait justement une preuve de la bonne attitude chrétienne, souvenez-vous de Jean :

Pensez au Christ, et souriez !

La joie, et même l’humour véritable, sont des expressions de la foi en Dieu — savoir rire (en particulier de soi-même) est un vrai signe de bonne santé spirituelle. Amen !

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Et je terminerai notre méditation, dans la meilleure tradition de l’Église ancienne, par une invitation au « rire pascal », à travers une petite histoire (plutôt protestante) que voici :

Une jeune fille présente son fiancé à ses parents. Après le dîner, son père invite le jeune homme à bavarder avec lui dans son bureau.

– Alors, ça se passe bien avec notre fille ?

– Nous menons une vie sainte devant le Seigneur, dans le respect et la fidélité de ses commandements.

– Ah bon, tant mieux ! Et professionnellement, quels sont vos projets ?

– Je suis étudiant en théologie.

– Parfait, parfait. Et qu’avez-vous l’intention de faire pour offrir à ma fille un foyer accueillant ?

– Bien évidemment, j’étudierai les Saintes Écritures, et je suis déjà certain que Dieu pourvoira à tous nos besoins.

– Et comment allez-vous élever vos enfants ?

– J’ai confiance que Dieu, dans sa grande miséricorde, va y pourvoir.

Un peu plus tard, la mère de la jeune fille demande à son mari :

– Alors, comment tu le trouves, notre futur gendre ?

– Eh ben, il n’a ni boulot ni argent, et de surcroit, je crains bien qu’il me prenne pour Dieu.

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Rüdiger Popp
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