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Quand un Jurassien découvre la pierre de Rosette Xavier Bouchard, Orgeletain, a exhumé la pierre de rosette Pour Champollion

Texte : Philippe Bétry. Photos : Philippe Bétry, Yves Salvat, Joël Philippon, Emilie Charrel, Philippe Juste, Pierre Augros. Montage : Laetitia Achilli

Pierre François Xavier Bouchard, un Orgelétain, découvreur de la pierre de Rosette

Petite Cité comtoise de caractère à une vingtaine de kilomètres au sud de Lons-le-Saunier, Orgelet s’enorgueillit d’être la cité natale de Cadet Roussel, dont la renommée a perduré grâce à une chanson populaire.

Pierre Bouchard n’eut pas cette chance, bien que contemporain du cadet de la famille Roussel, alors que ses mérites sont autrement plus intéressants que ceux de l’original qui défraya la chronique.

C’est lui en effet qui a découvert la fameuse pierre de Rosette, en pressentit l’importance avant qu’elle ne soit remise à Champollion qui la traduisit, ouvrant la porte à la compréhension des hiéroglyphes égyptiens que personne ne savait plus lire depuis quatorze siècles.

Qui est Pierre Bouchard ?

Pierre Bouchard est né à Orgelet le 29 avril 1771, dans une famille de sept enfants dont il est le benjamin. Son père est maître-menuisier puis négociant, marchand puis instituteur. Ses études se déroulent sans problèmes au collège d’Orgelet (notre photo, lieu de l'ancien collège d'Orgelet) puis à Besançon durant deux années où il suit des cours de philosophie et de mathématiques. Son bagage est suffisant pour devenir un bon ingénieur.

On le retrouve en 1793 comme sergent-major dans un bataillon des Grenadiers de Paris. « Soldat de l’An II », il combat en Champagne et en Belgique. Mais dès l’année suivante ses connaissances sont exploitées et il est envoyé à l’Ecole nationale d’aérostatique. Nommé lieutenant des Aérostiers, il enseigne les mathématiques en qualité de sous directeur de cette école.

Il est affecté au corps expéditionnaire de Napoléon en Egypte

Au cours d’une expérience menée sous la direction de Nicolas Conté (inventeur du crayon à mine artificielle Conté, bien connu) un matras de verre rempli de gaz hydrogène explose. Conté perd l’œil gauche, Bouchard est aussi touché et son œil droit considérablement affaibli.

Soutenu par Conté qui l’estime, Pierre Bouchard entre à Polytechnique perfectionne ses connaissances mathématiques et l’art des fortifications, mais son état militaire le rattrape. Le 20 avril 1798, il est affecté au corps expéditionnaire d’Egypte commandé par Napoléon Bonaparte.

Avant de s’embarquer sur le « Franklin », il épouse une jeune fille de Meudon, Marie Bergère dont il aura plus tard deux enfants. Dans cette expédition, il fait partie de l’équipe des savants qui après la prise d’Alexandrie débarque en Egypte.

Nommé à la Commission des sciences et des Arts, il est affecté au groupe des artistes mécaniciens et plus particulièrement chargé d’une enquête sur les techniques et métiers des Egyptiens.

Il effectue diverses missions, passe le concours de sortie de l’Ecole polytechnique et se trouve promu lieutenant de 2e classe du Génie. Il est alors versé dans l’armée et affecté semble-t-il à la ville de Rachid (Rosette en français) chargé de réparer l’ancienne fortification de Fort Julien aux côtés du capitaine Dhautpoul.

" Et l'officier Pierre Bouchard exhume alors la pierre de Rosette..."

Une découverte qui change l'histoire

Et c’est là qu’en juillet 1799, sur la rive gauche de la branche ouest du Nil va être dégagée la fameuse Pierre Noire, lors de travaux de terrassement. Bouchard fut d’emblée convaincu de l’importance de sa trouvaille : une pierre de granit noire, de forme rectangulaire dont la face bien polie offrait trois inscriptions en trois caractères différents, en hiéroglyphe, en écriture égyptienne cursive et en grec.

Le général Menou fit établir une traduction du texte grec et Bouchard chargé d’assurer le transport de la Pierre qui fut remise à la mi-août à l’Institut d’Egypte où furent relevées aussitôt les empreintes nécessaires à l’étude du document. L’annonce de la découverte avait été publiée dès le 15 septembre dans « Le Courrier de l’Egypte », organe de la presse de l’armée.

Si des copies des inscriptions furent diffusées dans toute l’Europe, le transport de la Pierre connut quelques aléas, puisque, saisie par les Anglais, ceux-ci la transférèrent au British Muséum.

La vie de Pierre Bouchard fut alors à l’image et au rythme de l’aventure napoléonienne. Il fut, durant la campagne d’Egypte, deux fois prisonnier des Turcs, alliés des Anglais.

Prisonnier à de multiples reprises

Revenu en France, il repart peu après avec l’expédition à destination de Saint-Domingue où le général noir Toussaint dit Louverture a pris le pouvoir. Il s’embarque avec son épouse. L’expédition est une catastrophe : aux combats s’ajoute la fièvre jaune. Pierre Bouchard est de nouveau prisonnier des Anglais qui faisaient le blocus de l’île. Il est libéré sur parole en 1804.

On le retrouve à La Roche-sur-Yon, chargée de travaux de constructions, puis à La Rochelle. Mais l’aventure le happe de nouveau en 1807 et durant sept ans ce seront les combats et la guerre qui l’occuperont, en Espagne et au Portugal. Il connaît les aléas de la campagne, parsemée de victoires et de retraites. Il est encore fait prisonnier, promu chef de bataillon, nommé Chevalier de la Légion d’Honneur.

De nouveau prisonnier, il se retrouve en détention en Angleterre et ne rentre en France qu’après le Traité de Paris en juillet 1814. La Restauration l’élève au grade d’Officier de la Légion d’Honneur et Chevalier de Saint Louis. Ce qui ne l’empêche pas de rallier Napoléon pendant les 100 jours, qui le charge de la défense de Laon.

Une mort avant le résultat des recherches de Champollion

Après Waterloo il est mis en demi-solde mais réintégré et affecté aux villes fortifiées du nord de la France. Proposé pour le garde de Lieutenant-Colonel, il est nommé au poste d’ingénieur en chef à Givet en 1822 où il décède d’une longue et douloureuse maladie, quelque temps après la mort de son fils âgé de 13 ans.

Il meurt alors que Champollion rédigeait la lettre à laquelle il allait communiquer à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres le résultat de ses longues années de travail. Il devait aussi lui rendre hommage le 10 mai 1831 dans son discours d’ouverture du cours d’archéologie au Collège de France.

En raison des services éminents, une pension correspondant au quart de celle à laquelle il aurait pu prétendre sera accordée à sa veuve.

Discret, brillant mais effacé et presque anonyme jusqu’au bout, on ne connaît pas de portrait de Pierre Bouchard.

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