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Travailleurs sociaux Les visages de la solidarité

Travailleur social est un terme générique qui recouvre un ensemble de métiers œuvrant dans le domaine de l’action sociale. Derrière ce terme, se trouvent des femmes et des hommes positionnés en première ligne pour comprendre, aider et répondre aux besoins de publics fragilisés. En cette période hivernale, lumière sur les visages des travailleurs sociaux mobilisés pour les sans-abri.

RÉZA -Samu social

Réza a 34 ans et travaille au 115 du Samu social de Paris depuis plus d’un an et demi. Une exception au sein de cette plateforme d’appels d’urgence.

Même si je veux aider les autres, j'utilise le téléphone comme barrière de protection. Les histoires sont lourdes à entendre, sans parler du rythme de travail. Les personnes qui sont au contact de ce public pour la première fois ne restent que trois à six mois », confie l’écoutant.

Si en période hivernale les effectifs sont renforcés, le reste de l’année les travailleurs sont moins d’une dizaine pour 25 000 appels par jour en moyenne.

Être à l'écoute.

Le 115 est ouvert 24H/24 et 7J/7

La plateforme est construite sous forme de pôles :

  • l’accueil du 115, dit « front » où sont traités les appels courts
  • le « back », pour les premiers appels ou les appels compliqués
Quand on est en "front", on arrive à prendre une centaine d’appels par jour et par personne. Côté "back", on tourne plus autour d’une cinquantaine, en majorité des familles. »
Statistiques des appels à la mi-journée.
Il faut prendre le temps. Les personnes qui appellent sont en situation de détresse ou d’extrême urgence. Ce qui compte, c’est que la personne se sente mieux en raccrochant qu’au moment où elle passe l’appel. »
Orienter au mieux.

Pour les orientations, la référence des écoutants du Samu social de Paris c’est Soliguide, un annuaire de services pour les personnes en difficulté.

Pour l'hébergement, les places sont rares.

Tous les matins, le centre collectif La Boulangerie nous donne une centaine de places pour des hommes isolés. Le centre Romain-Rolland, qui est mixte, nous propose en général dix places pour les hommes et dix pour les femmes.

Quand les places sont épuisées, les personnes sont orientées vers le Chapsa, un bus qui emmène les personnes dans un centre d’hébergement à Nanterre et les ramène à La Villette le lendemain matin.

La seule priorité, c’est la vulnérabilité. »
Le quotidien des écoutants c’est vraiment écouter au mieux, orienter au mieux, rassurer au mieux et mettre à l’abri si possible », conclut Réza.

François-Xavier - Armée du salut

Des personnes sortant de centres d’hébergement d’urgence, du milieu carcéral, des personnes sur le point d’être expulsées ou qui subissent des violences intrafamiliales... tous ces publics se retrouvent potentiellement en même temps au sein d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale, le CHRS.

En chemin vers l'autonomie.
Il y a un point commun entre toutes les personnes accueillies dans un CHRS, une rupture de logement dans leur parcours », introduit François-Xavier, éducateur spécialisé.

À Louviers, le CHRS se présente sous deux formes :

  • CHRS collectif : 70 places, en majorité des chambres individuelles,
  • CHRS diffus : 40 appartements extérieurs pour des ménages.
Réinsertion à la clé.
On est au complet ! »

Chaque entrée comprend une semaine d’adaptation au sein de la résidence, puis une procédure d’accompagnement personnalisée par axes : santé, famille, justice…

Les résidents saisissent leurs objectifs à long terme pour chaque axe, puis ils décident des actions concrètes qui les mèneront à cet objectif : prendre un rendez-vous chez le médecin, participer aux groupes de paroles sur les addictions… »
Un toit pour un nouveau départ.

Financé par l’État, le CHRS a des comptes à rendre sur ses résidents. L’enjeu : le renouvellement de l’hébergement.

On ne veut pas mettre des pansements, mais travailler dans la profondeur pour ne pas que l'individu revienne chez nous une fois son logement trouvé. Si la personne accepte de venir ici, elle accepte les démarches qui vont avec. »

Durée moyenne d’hébergement : un an et demi.

Pour tendre le plus possible vers l'autonomisation des résidents, le CHRS de Louviers autorise l’alcool.

Quand l’alcool était interdit, les résidents finissaient leurs bouteilles à l’entrée et on observait des pics de violence. Aujourd’hui, on tolère l’alcool, mais on accompagne les malades. »

Le centre propose des espaces de parole, une conciergerie où déposer sa consommation ou encore des séjours de rupture.

Il s’agit d’apprendre à gérer sa maladie pour espérer pouvoir avoir une routine avec un boulot. »
Un aller sans retour.

FlorencE - aurore

La villa Cœur de femmes, comme son nom l’indique, accueille des femmes, qui plus est en grande difficulté. Bien plus qu’un toit, ce centre d’hébergement et de stabilisation (CHS) permet aux résidentes de retrouver un équilibre et d’être accompagnées vers l’emploi et le logement de façon durable.

Les femmes de la villa ont été victimes de violences, sont en rupture familiale ou ont des parcours d’exil. On leur propose un endroit où se reconstruire », précise Florence, animatrice socio-éducative à Cœur de femmes depuis 2014.
Redonner l'envie.

Capacité d’accueil : 32 femmes isolées et 4 couples.

Si chaque résidente participe au fonctionnement du lieu, de nombreuses activités sont proposées pour vivre en collectif : atelier de couture, théâtre, cours de français, sport ou encore intervention d’une esthéticienne.
On accompagne ces femmes dans leur confiance en soi, l’estime de soi, la recherche d’un emploi ou encore d’un logement. Il est donc important pour nous d’impulser un rythme de vie, des tâches à faire et des prises de rendez-vous. »
L'heure de l'atelier théâtre a sonné.

Aujourd’hui, c’est atelier théâtre. Florence, qui anime ce rendez-vous hebdomadaire, sonne le début de l’atelier via une cloche pour être entendue à tous les étages. Cinq femmes se rassemblent dans le salon. L’occasion de laisser libre cours à son imagination ou d'exprimer ses émotions.

Improvisation du jour : rendez-vous chez le dentiste.
L’année dernière, une première pièce avait vu le jour grâce aux témoignages des femmes de la villa, et ce malgré parfois la barrière de la langue. En tout, on a pu faire quatre représentations. On espère pouvoir faire aussi bien cette année.»

Un moment d’expression, mais aussi un bel exemple d’écoute et de vivre ensemble.

Édouard - Groupe SOS

Édouard est un travailleur social au sein du groupe SOS. Son rôle est d’accompagner les personnes ayant obtenu une protection subsidiaire ou internationale dans leurs parcours de réinsertion, que ce soit par l’emploi, le logement ou les démarches administratives.

Au sein du dispositif cohabitation solidaire, en partenariat avec l'association SINGA, nous apportons un soutien aux personnes qui ont obtenu un titre de séjour sur le territoire français et qui ont donc des droits », renseigne Édouard, dont le bureau est au sein des locaux du CHRS Buzenval.

Les personnes reçues par le travailleur social s’inscrivent dans le programme CALM, Comme à la maison, de l’association SINGA. Le programme met en relation des réfugiés avec des particuliers qui acceptent de leur ouvrir les portes de leur domicile pour une durée de trois mois à un an.

Entretien avec un bénéficiaire du programme CALM.
Une fois que ces personnes sont accueillies, je peux intervenir et les accompagner dans leurs démarches le temps d’une année. »

Pour Édouard, ce dispositif a une limite : « Moins il y a de personnes qui accueillent, moins je peux aider les personnes dans le besoin ╗.

En 2019, 30 personnes sont suiviEs sur une capacité de 50.

Selon leurs besoins, je reçois les personnes une fois par semaine ou une fois par mois. Mon action c’est d’informer et de former les personnes à être autonomes dans leurs démarches. Je suis un outil, une ressource. »
Un dessin vaut mille mots.

Pour se faire comprendre, Édouard dessine sur des feuilles, mais utilise également l'environnement des applications et du téléphone pour mobiliser la mémoire visuelle et tactile de son interlocuteur.

Illustration d'une demande de logement.
Les procédures selon les pays ne sont pas du tout les mêmes qu’en France. Bien souvent, le dessin est plus rapide et facile que des mots.»

judith - EMMAÜS

Un espace solidarité insertion (ESI) familles n’est autre qu’un accueil de jour pour les familles à la rue.

C’est avant tout une mise à l’abri physique et psychique », indique Judith, animatrice de l’espace parents-enfants de l’ESI famille d’Emmaüs du 15e arrondissement de Paris.
Le terme famille s’entend ici comme tout parent qui a un enfant mineur à naître ou présent sur le territoire français.
Famille monoparentale, homoparentale… l’ESI est ouvert à tous à partir du moment où il y a un enfant mineur », précise l’éducatrice.
Dénouer et reconstruire.

Le matin, et ce depuis le mois de juin, le lieu est réservé aux familles en situation de rue.

Il y a tellement de monde qu’on est obligé de donner la priorité aux familles à la rue, par rapport aux familles hébergées », confie Judith, avant d’ajouter « même si une famille ne peut pas entrer, on va prendre le temps de discuter avec elle. On peut accueillir dehors, tout en ne pouvant accueillir dedans. »

L’après-midi est, quant à lui, consacré aux entretiens avec les travailleurs sociaux. « Il s’agit de connaître la personne et d'enclencher les démarches telles que la scolarisation, la domiciliation, l’accès à un logement… » Un ostéopathe, un pédiatre et un dentiste bénévoles sont également présents occasionnellement au sein de l’accueil de jour.

Ouverture du lundi au vendredi de 10 h à 17 h.

La structure met un point d’honneur à renforcer le concept de « maison dans la rue ». Il s’agit de donner des repères visuels au sein de l’accueil de jour avec une salle de repos, une cuisine, des douches, une salle informatique, une salle de jeux ou encore un vestiaire.

Il ne faut pas oublier que la famille reste une famille, même si elle est à la rue. Il ne faut pas faire en sorte que la situation remplace la personne. »

En septembre 2019, plus de 2300 familles ont POUSSÉ la porte de l’ESI Famille du 15e arrondissement.

SLIM - France Horizon

France horizon est une association qui se développe autour de l’accompagnement du parcours migrant. Rencontre avec Slim, coordinateur de l’hébergement d’urgence pour demandeur d’asile (HUDA) et du centre provisoire d’hébergement (CPH) de Villiers-le-Bel où sont accueillis des hommes isolés.

Pour les personnes en HUDA, c’est l’enregistrement au guichet unique de l’OFPRA en tant que demandeur d’asile qui déclenche l’orientation vers l’hébergement », précise Slim, avant de compléter, « le CPH accueille quant à lui les personnes bénéficiaires de la protection internationale (BPI). »

HUDA : 100 places

CPH : 60 places

C’est l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et la préfecture qui centralisent toutes les demandes.
Quand une personne arrive en tant que demandeur d’asile, on ouvre tous ses droits, on fait un pari sur l’obtention de son statut pour gagner du temps. »
Slim, un homme aux multiples casquettes.

Les personnes qui n’obtiennent pas de protection internationale peuvent rester un mois à l'HUDA. L’OFII informe le centre que la personne est déboutée du droit d’asile, entraînant une fin de prise en charge de l’hébergement à une date précise.

On accompagne les personnes vers cette sortie dès leur entrée au centre, que ce soit une sortie positive ou négative quant à leur statut. »

Les bénéficiaires de la protection internationale ont la possibilité de rester au centre trois mois, renouvelables une fois. Dans ce laps de temps, les éducateurs entreprennent le maximum de démarches : formations, logement…

Accompagnement éducatif.
Villiers-le-Bel c’est une ville stratégique au sens où nous ne sommes pas loin d’une gare, de Roissy, de Paris avec le RER D… », souligne Slim, le “chef”, comme on l’appelle ici.
Comment gérer un budget ?

L’accompagnement des demandeurs d’asile ou des personnes bénéficiaires de la protection internationale passe aussi par l'apprentissage de la gestion d'un budget (loyer, consommation d’eau, d’électricité…).

On doit aussi intervenir pour faire de l’éducation autour des tâches ménagères. Je sais que voir le responsable prendre le balai, ça les fait réfléchir », s’amuse Slim.

Gilles - Le CArillon

Quand on demande à Gilles de se présenter, voici sa réponse :

Je m'appelle Gilles, j’ai la cinquantaine et je suis simple à vivre. Et je suis surtout ambassadeur au Carillon ».

Un ambassadeur, c’est l’équivalent d’un travailleur pair : une personne sans-abri au service des sans-abri.

Au sein du Carillon, un programme de l’association La Cloche dont l’ambition est d’informer et former les citoyens dans la lutte contre l’exclusion en reliant commerçants et personnes sans-abri, Gilles pousse les portes.

Provoquer les rencontres, c'est lutter contre l'exclusion.
Les personnes à la rue ont peur d’être rejetées. Mon rôle, c’est de les mettre en confiance pour qu’elles osent franchir la porte - des commerces partenaires - une première fois, et y retournent seules les fois suivantes. »
Recharger son téléphone, utiliser les toilettes, prendre un café, discuter… pas moins d’une trentaine de services sont proposés.

Concrètement, les commerçants partenaires sont identifiables grâce au logo du Carillon et des pictogrammes correspondant aux services proposés collés sur leur vitrine.

Un petit geste qui compte.
Le fait qu’un commerçant ouvre ses portes aux personnes à la rue, ne serait-ce que pour parler, ça lutte contre la désocialisation. Ça évite que les personnes seules finissent par parler à leurs mains », alerte Gilles.

Si le programme Le Carillon a été inauguré à Paris en décembre 2015, le concept a depuis essaimé dans les grandes villes de France : Nantes, Lyon, Toulouse, Lille, Bordeaux…

La toile du réseau est bien étendue puisqu’on dénombre au moins 1000 commerces partenaires.

Gabriel - Biocycle

Bio, cycle : deux mots qui ne forment plus qu’un quand on parle de lutte contre le gaspillage alimentaire.

Née sous la forme d’un collectif en 2014, puis d’une association en 2015, Biocycle est une réponse à un double constat : le gaspillage et la précarité alimentaire. Aussi, la structure organise des collectes d’invendus en triporteurs électriques pour les redistribuer à des associations et des centres d'hébergement.

Collecter, redistribuer et revaloriser.
On collecte tous types d’invendus : du frais via la restauration collective, du sec comme des erreurs d’emballage et des fruits et légumes dits “moches” donc impropre à la vente », explique Gabriel, responsable partenariats de l’association.
Saveurs d'automne.
On collecte, par semaine, entre 700 kg et 1 tonne de produits écartés de la vente, mais bons à la consommation, pour 600 bénéficiaires. »

En France, ce serait 10 millions de tonnes de fruits et légumes qui seraient gaspillés par an.

Au niveau de la redistribution, Biocycle travaille avec les structures largement connues sur le territoire national, mais également avec de plus petites associations : du centre d’hébergement aux épiceries solidaires.

« On fait la jonction donateurs - bénéficiaires à vélo, en triangulant une zone en triporteur. »

À noter que ce sont des travailleurs en insertion qui sont en charge des collectes d’invendus. « C’est important pour nous de faire travailler des personnes aux parcours cabossés en leur remettant le pied à l’étrier à coup de pédales. »

Le triporteur est adapté à un territoire local. Notre but est de dupliquer notre modèle via un système de micro-franchises. L'objectif est de passer de trois à quatre collectes par semaines à huit collectes par semaines. »

Merline - croix-rouge française

Aller à la rencontre des sans-abri pour répondre à leurs besoins, tel est le rôle de Merline lors des maraudes qu'elle effectue avec la Croix-Rouge française en tant que salariée. Sa particularité ? Elle est infirmière.

Je suis infirmière de nuit et j'ai un collègue qui lui travaille de jour. On échange quotidiennement pour assurer un suivi auprès des personnes qui ont besoin de soins. »
Soulager les maux.

Une maraude s'effectue à minima en binôme et se présente sous trois formes :

  • répondre aux signalements reçus au 115,
  • aller à la rencontre des personnes déjà identifiées (veille sociale),
  • aller à la découverte de nouveaux sites pour rencontrer de nouveaux bénéficiaires (la maraude).
Préparation d'une soupe pour les bénéficiaires.
Dans les Hauts-de-Seine, deux bénéficiaires reçoivent des soins infirmiers réguliers, sinon ce sont des soins ponctuels, comme des écorchures.»

Le rôle de l'infirmier c'est de prévenir les conduites à risques, orienter vers les structures médicalisées et procéder aux premiers soins. Le reste du temps, la maraude consiste en une distribution de repas, de couvertures ou une mise à l'abri.

Une fois par mois, nous effectuons une maraude avec un médecin bénévole de l'Ordre de Malte qui est en capacité de prescrire des médicaments. Pour ma part, je n'ai dans ma trousse que de quoi nettoyer une plaie ou prendre la tension. »
Trousse de premiers secours.
Quand une personne souffre, la première chose qu'elle veut c’est être soulagée, donc je suis toujours bien reçue. »
#solidarité

Credits:

[ Texte : Pauline Autin ] - [ Photos : Arnaud Bouissou / TERRA ]