Macron, l'enfant d'Amiens Sa maison est au Touquet mais ses racines sont bien amiénoises. Retour sur les jeunes années du président Macron.

Par Fabrice Julien

  • Emmanuel Macron est né à Amiens le 21 décembre 1977.
  • Diplômé de l’ENA en 2004, il devient inspecteur des finances puis banquier d’affaires chez Rothschild en 2008.
  • Nommé secrétaire général adjoint au cabinet du président de la République en 2012, puis ministre de l’Économie en 2014.
  • Élu président de la République le 7 mai 2017.

Août 2014, cour de l’Élysée. En cette fin d’été maussade, nous assistons à l’installation du gouvernement Valls II, sans se douter que nous vivons, déjà, un moment historique. Notre attention se porte alors sur les ministres picards qui ont une attache avec la région. Najat Vallaud-Belkacem (rue de Grenelle), remplacée par la députée PS de la Somme Pascale Boistard (Droit des femmes), mais aussi les Isariens Laurence Rossignol (Famille) et Bernard Cazeneuve (Intérieur).

Et puis enfin le «petit» dernier, la surprise du chef. Emmanuel Macron, nouveau ministre de l’Économie. Vu d’Amiens, on ne sait alors pas grand-chose de lui, sinon son passé de conseiller de François Hollande, et surtout de banquier chez Rotschild. Pour les journalistes de la presse parisienne, le jeune ministre est au contraire au cœur de toutes les attentions. «Ahhhh, le voilà!», s’écrie une journaliste de TF1, au moment où l’«inconnu» sort tout sourire d’une berline noire, accompagné par Michel Sapin. Emmanuel Macron suscite déjà une certaine fascination. Mais qui pouvait alors parier qu’il deviendrait président de la République, moins de trois ans plus tard? Peut-être lui. Sûrement lui. Et peut-être, aussi, ceux qui ont croisé la route d’un gamin «hors-norme».

«Il était à la fois brillant, curieux, cultivé, mais avait aussi cette facilité d’aller vers les autres» Gérard Banc, ancien professeur d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron est né à Amiens le 21 décembre 1977. Ses parents, aujourd’hui divorcés, sont médecins. Lui professeur au CHU, il vit encore à Amiens, elle à la Sécurité sociale. Il grandit dans le quartier «bourgeois» d’Henriville, fait du piano, joue au tennis sur les terres battues de l’AAC. Il se passionne surtout de littérature, dévore les livres, sous l’influence d’une grand-mère maternelle, Germaine, dit «Manette», avec qui il ne cessera jamais d’entretenir des liens exclusifs. Pendant que ses camarades de classe jouent au foot, trafiquent leur mobylette ou fument leur première cigarette, Emmanuel Macron passe des heures chez cette grand-mère adorée, dans son appartement de la résidence Delpech, à deux pas du domicile familial.

Emmanuel Macron a grandi dans le quartier Henriville, à deux pas du centre-ville.

L’ancienne directrice de collège lui transmet le goût des mots, de la littérature ou de la musique classique. Il travaille avec elle la grammaire, l’histoire, la géographie. Dans son livre, Emmanuel Macron raconte ces heures passées «à lire à voix haute auprès d’elle. Molière et Racine, Georges Duhamel, auteur un peu oublié qu’elle aimait, Mauriac et Giono.» De quoi vous construire une tête de premier de la classe enfermé dans le savoir et peu porté à la camaraderie.

À la Providence, la cité scolaire des Jésuites où il fait ses études secondaires, il n’en est pourtant rien. Élève brillant, il ne rechigne jamais à donner un coup de main à ses camarades de classe. Mais le charme et la fascination opèrent surtout chez ses professeurs, avec qui il aime prolonger les discussions, bien au-delà des heures de cours. Aujourd’hui retraité, Gérard Banc, son ancien professeur de SVT et animateur de l’atelier photo du lycée, n’a rien oublié de l’élève Macron.

Emmanuel Macron, en classe de seconde au lycée La Providence.

La presse mondiale en pélerinage à Amiens

Samedi soir, des journalistes japonais faisaient encore le pied de grue devant le lycée de la Providence. Avant eux, des Canadiens, Américains, Suisses, Hollandais et bien d’autres reporters étrangers ont fait le pèlerinage à Amiens, sur les traces d’Emmanuel Macron. «Mais c’est assez frustrant, confie Adam Sage, journaliste du Times, rencontré vendredi sur la place Gambetta à Amiens, un sac du chocolatier Trogneux à la main. Personne ici ne semble vraiment le connaître ou se souvenir de lui, on ressent même une certaine indifférence».

Brigitte, une enseignante «hors pair»

Brigitte Macron, à Amiens en 2016 (Photo Fred DOUCHET)

«Dans une carrière, il y a toujours des élèves qui vous marquent, mais lui, c’est encore autre chose. Il était à la fois brillant, curieux, cultivé, mais avait aussi cette facilité d’aller vers les autres, se souvient l’enseignant. Il était dans l’esprit d’un établissement de Jésuites, avec cette recherche perpétuelle de l’excellence. Quand je l’observe aujourd’hui, je retrouve cette aisance à communiquer, à poser des questions, à ne pas avoir peur de parler devant les autres.» Gérard Banc a revu Emmanuel Macron, il y a dix ans, lorsqu’il faisait ses premiers pas chez Rotschild. Mais il a surtout entretenu des liens avec Brigitte, son ancienne collègue, qui deviendra la femme d’Emmanuel Macron.

Tout a été dit sur cette relation hors-norme, cette histoire d’amour «contre nature» qui aiguise l’appétit des médias étrangers et qu’il a fallu imposer, non sans mal. Il n’était qu’en classe de première, elle était mère de trois enfants, issue de la famille Trogneux, notables chocolatiers d’Amiens. La force de persuasion d’Emmanuel Macron a certainement permis à cette histoire d’éclore et de s’épanouir, au-delà des convenances. Mais à la Providence, on se souvient aussi de Brigitte, une enseignante «hors pair». «C’était une prof extra qui aimait son métier, elle y est sûrement pour beaucoup», raconte Yvan Langlet, professeur de sport qui se souvient avoir appris à skier à la future première dame. La «Pro» est certainement le lieu d’Amiens où Emmanuel Macron, parti poursuivre ses études à Paris à l’âge de 17 ans, a laissé le plus de traces. «S’il est élu, ce serait bien qu’il revienne nous saluer», envisage Gérard Banc. À suivre.

Ruffin et Delahousse, les condisciples

A gauche, Laurent Delahousse. A droite, François Ruffin. Ces deux futurs journalistes ont étudié à La Providence, comme le président de la République.

Le lycée de la Providence est une véritable fabrique à «champions». Hasard ou coïncidences, l’établissement de Jésuites fondé au XVe siècle a effectivement vu sortir de ses rangs des personnalités aux parcours bien différents. Outre Emmanuel Macron, qui y fit ses humanités jusqu’en classe de première, en 1992, la «Pro» a produit un certain Laurent Delahousse, star du JT de France 2, mais également François Ruffin, journaliste récemment césarisé pour son documentaire Merci patron!

«Il était très gentil, très réservé et même pas agressif du tout», se souvient l’un de ses anciens professeurs Gérard Banc. L’élève Ruffin, «gentil et très réservé», qui a recroisé la route d’Emmanuel Macron lors d’un débat télévisé dans L’émission politique, sur France 2, puis sur le site Whirlpool, avant d’écrire une tribune dans le Monde où il promet au futur président d’être le «plus haï» de l’histoire, a visiblement bien changé. Il est assez croustillant d’imaginer un jour un débat entre les deux opposants politiques animé par Laurent Delahousse, qui pourrait également consacrer l’une de ses émissions Un jour, un destin à l’ancien élève de la Providence devenu président de la République.

En remontant plus loin, l’établissement a également accueilli dans ses rangs une grande figure de l’Histoire, le maréchal Leclerc de Hauteclocque, héros de la Seconde Guerre mondiale.

Déjà un premier président venu de Picardie

Paul Doumer

Le 13e président de la République française (fonction surtout honorifique à l’époque) et dernier à porter la barbe, élu le 13 mai 1931 au suffrage universel indirect (par les députés et sénateurs en congrès à Versailles), venait de Picardie. Paul Doumer a aussi eu un destin tragique, assassiné le 7 mai 1932, par un «Russe blanc» nommé Gorguloff. S’il a été gouverneur en Indochine et ministre des Finances, considéré même comme l’initiateur de l’impôt sur le revenu, président de la Chambre des députés, puis du Sénat, Paul Doumer a aussi mené une carrière politique dans l’Aisne, où il fut maire adjoint à Laon, conseiller général, président du département et député. Le nomadisme politique lui a aussi permis à d’autres moments d’être député de l’Yonne et sénateur de Corse.

Infatigable travailleur

Symbole de promotion républicaine, le garçon, né en 1857 à Aurillac (Cantal), fils d’une femme de ménage, placé dès ses 12 ans comme coursier puis ouvrier graveur à Paris, a réalisé de brillantes études en cours du soir. Professeur de mathématiques et licencié en droit, il se marie à une Soissonnaise, Blanche Richel. Son beau-père lui fait connaître l’historien et sénateur de l’Aisne, Henri Martin, qui le pousse à devenir rédacteur en chef du journal le Courrier de l’Aisne, quand il quitte l’enseignement en 1883. Paul Doumer fonde ensuite la Tribune de l’Aisne. De tendance politique radicale et franc-maçon, Paul Doumer est réputé homme austère et infatigable travailleur. Après l’Indochine, c’est à Anizy-le-Château, dans l’Aisne, que la famille Doumer achète une maison qui sera détruite pendant la guerre 14-18. Le jour de son élection à la présidence, il lance cette phrase prémonitoire: «Je n’irai pas au bout de mon septennat. Je mourrai assassiné…» Il a été mortellement blessé à Paris lors d’un salon d’écrivains combattants. Lui, qui avait perdu quatre de ses cinq fils à cause de la Première Guerre mondiale. Quant à son assassin, il a été condamné et guillotiné le 14 septembre 1932.

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