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Il y a 75 ans... la libération de Dijon Dijon mutilée, mais Dijon libérée. Le 11 septembre 1944, cinquante mois d'occupation allemande prenaient fin. Récit

"On se précipite dans la rue. De groupe en groupe, sur les trottoirs, la nouvelle circule. Dans les rues, la foule grossit à vue d’œil..."

Le Bien public, le 12 septembre 1944

Dijon libérée : la liesse dans les rues

"Dijon est libéré !", proclame la une du Bien public du 12 septembre 1944. La veille, les troupes françaises du général Touzet du Vigier et les Forces françaises de l'intérieur entraient dans la ville. Les Dijonnais, fous de joie, se précipitent dans les rues pour accueillir les militaires. Les cloches des églises carillonnent. Le reporter de l’époque, Roger Thiblo, assure que "ce qui s’est passé à Dijon a dépassé de beaucoup l’attente des plus optimistes". "Nous sommes libres !", répète à la une la rédaction du Bien public.

Le 13 septembre, une foule immense acclame le défilé

Photos archives LBP et Ville de Dijon, collection S. Boizot

Le 13 septembre 1944, les soldats défilent dans Dijon libérée, rue de la Liberté, de la place Darcy à l’hôtel de ville. Pour tous les Dijonnais, c'est la fin de cinquante et un mois sous le joug des Allemands.

Occupée dès juin 1940...

Quatre ans auparavant, en juin 1940, l’armée française perd la bataille de l’Aisne et se replie. La Wehrmacht arrive en Côte-d’Or. Dijon est occupée dès le 17 juin 1940 et devient, en raison de sa position géographique stratégique, "siège de plusieurs états-majors et services de l’administration militaire allemande", relate Pierre Gounand, docteur d’État en histoire contemporaine. D’un côté, les Allemands s’installent, de l’autre, les Français partent : plus de 11 000 Côte-d’Oriens sont contraints de travailler en Allemagne dans le cadre du service de travail obligatoire. Forcés de laisser femmes et enfants, confrontés au manque dans tous les domaines : nourriture, vêtements, transport, chauffage...

La ville devient le cœur de la répression

La Ville abrite plusieurs milliers d'occupants allemands pendant le conflit. "Les Allemands vont installer à Dijon des troupes d’élite, non seulement une kommandantur comme on peut en trouver partout, non seulement sa Wehrmacht, mais ce qu’on appelle l’Abwehr, c’est le service de renseignement allemand. En fait, tout leur service de renseignements pour la France était basé à Dijon", raconte le professeur d’histoire contemporaine Jean Vigreux.

La Sipo SD, qui est la police politique des nazis et qu’on appelle vulgairement la Gestapo, était aussi présente à Dijon, avec des locaux rue Docteur-Chaussier. "Dijon était un gros nœud pour l’occupation, le renseignement, la répression." C'est de Dijon que partiront les troupes responsables du massacre de Dun-les-Places, village du Nivernais-Morvan, dans la Nièvre, qui a connu trois journées d’horreur, du 26 au 28 juin 1944.

Les juifs pourchassés

La répression touchera durement les juifs. Les 376 "Israélites" recensés à Dijon en juillet 1941 seront pourchassés pendant toute la durée de la guerre. La Dijonnaise Pauline Lévy, seule survivante du convoi de 88 juifs partis de Dijon en mars 1944 vers Drancy, puis à Auschwitz-Birkenau en Pologne, pouvait en témoigner. Ce n’est qu’au soir de sa vie qu’elle l'a fait, dans un enregistrement audiophonique réalisé pour le Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon. Il ne sera diffusé qu'après son décès.

Les derniers mois émaillés de tragédies

Les semaines et jours qui ont précédé la libération de la Côte-d'Or ont été ponctués de tragédies, à l'image du massacre du maquis de Lantilly, au printemps 1944. Jugeant leur cache peu sûre, les maquisards décident de déplacer leur campement. Un déménagement à l’issue terrible. Le 25 mai, les jeune résistants sont réveillés par l’attaque d’un millier de soldats allemands qui encerclent le maquis Henri-Bourgogne. Vingt-trois maquisards, âgés de 18 à 34 ans, sont torturés puis massacrés : d’un sadisme inouï, les Allemands tailladent le visage de leurs victimes et les dépouillent. Max Raucker, sinistre criminel de guerre, se fera même photographier à côté de ses victimes avant leur exécution.

Photo archives Jean-Marc TRIMBALET

À Comblanchien,dans la nuit du 21 au 22 août 1944, cinquante-deux maisons sont brûlées par les nazis. Bilan : huit fusillés, neuf déportés. Puis, dans la nuit du 26 au 27 août 1944, des habitants de Grosbois-en-Montagne et Uncey sont capturés par l’occupant. Sept seront fusillés.

La délivrance dans la douleur

A 9h15, le 11 septembre 1944, Dijon est libérée grâce aux troupes françaises du général Touzet du Vigier, aux Forces françaises de l'intérieur et aux résistants. Une victoire qui n'a pas été sans souffrance...

Âpres combats dans la côte de Nuits et à Talant

La libération de la Côte-d'Or a connu son lot de combats. Marcel Myin en témoignait dans nos colonnes, en septembre 2014. Il a fait partie du 2e régiment de spahis algériens, affecté à la première armée du général de Lattre de Tassigny, débarquée à Cavalaire, en Provence, en août 1944. Un régiment qui a participé à la libération de Dijon.

En septembre 1944, les villes de Bourgogne sont libérées les unes après les autres : Mâcon le 4, Chalon-sur-Saône le 5, Beaune et Auxonne le 8, ainsi qu'Autun, le 10, après deux jours de combats.

Marcel Myin. Photo Anne-François BAILLY

Marcel Myin raconte les jours qui ont précédé la libération de Dijon : "Jusqu’à Beaune, il n’y a pas eu un coup de fusil. C’est dans les environs qu’on a eu les premières échauffourées. À Nuits-Saint-Georges, ça a été la grosse résistance. Les Allemands ne voulaient pas lâcher Dijon facilement… Le 9 septembre 1944, on a ouvert le feu sur une colonne ennemie infiltrée à Vosne-Romanée. Et puis, il y a eu un regroupement à Urcy avec les ­commandos… Plombières a été libérée à trois heures, et puis on a essayé d’attaquer sur Talant, mais les Allemands ont résisté. Il y a eu une dizaine de commandos tués, et un seul spahi. On a été obligés de se retirer… Le lendemain, on est rentrés dans Dijon sans un seul coup de feu".

Menacé de toutes parts par un adversaire supérieur en nombre, l’ennemi avait renoncé à défendre la ville. Dans la nuit du 10 au 11 septembre, les Allemands quittèrent Dijon pour Fontaine-Française et Gray, non sans faire sauter la gare de Dijon-Ville, les postes d’aiguillage entre Dijon et Perrigny, le pont Eiffel et les ouvrages d’art de la ligne de Paris.

La libération de Cheuge, de Mirebeau-sur-Bèze et de Pontailler-sur-Saône, le 11 septembre 1944. Photos DR collection Gérard PERU

Le 11 septembre, à 9 h 15, Dijon était libérée. De même que Châtillon-sur-Seine (par les FFI), Is-sur-Tille, Mirebeau-sur-Bèze et le val de Saône. Le 12 septembre, à Nod-sur-Seine, près de Châtillon-sur-Seine, des éléments de la Première Armée française et de la 2e division blindée du général Leclerc, venant de Normandie, faisaient la jonction, coupant la route de l’occupant en retraite. Tout le département était libéré, et Le Bien public, qui s'était sabordé, paraissait à nouveau, après 50 mois de silence...

N. P. avec les archives du Bien public. Photos : archives LBP, archives municipales de Dijon, collection S. Boizot, fonds Gounand, collection Gérard Peru

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