Les Bains Pompéiens de Deauville UN PATRIMOINE MYTHIQUE OÙ POURSUIVRE UNE BELLE HISTOIRE de CRÉATION

1924. Deauville inaugure les Bains pompéiens, imaginés par l'architecte parisien Charles Adda.

Retour sur la genèse d'un projet architectural novateur, représentant le décor le plus connu et le plus identifiable de Deauville.

Front de mer - 1920

Après la première guerre mondiale, le nouveau maire, Eugène Colas, décide de modifier les Bains de mer. Il s’agit de construire en dur.

Jacques Henri Lartigue, 1920 © Lipnitzki-Viollet

Un concours d’architecte est lancé fin 1921. Le choix se porte sur le projet de Charles Adda (1873-1938).

Natif d’Alger, Charles Adda adorait la mer. Né dans un milieu modeste, il était fasciné par la société qui fréquentait Deauville. Sa rencontre décisive avec le duc de Quincey l’amène à travailler pour une clientèle aux noms illustres : Boni de Castellane, le duc de Gramont, la comtesse de Greffulhe, le marchand d’art Georges Bernheim, la couturière Jeanne Paquin, habituée de Deauville… pour lesquels il construit de luxueux hôtels particuliers.

Après la Grande Guerre, alors que débutent les années folles, Charles Adda devient en 1919 l’architecte attitré de la Société d’encouragement et des sociétés hippiques de Paris. Il conçoit alors la grande tribune en béton armé de l’hippodrome de Longchamp, puis celle de Chantilly et de plusieurs autres hippodromes en région parisienne.

Un architecte qui aime et comprend le monde du cheval et celui des courses ne pouvait qu'aller à la rencontre de Deauville.

C’est justement par Deauville que Charles Adda passera à la postérité, en concevant ce qui reste son œuvre majeure : l’établissement des bains de mer, surnommé Les Bains pompéiens.

Inspiré de l’Antiquité gréco-romaine, le projet de Charles Adda est jugé très moderne pour l’époque car il mêle à la fois l’esprit balnéaire avec des cabines au bord des planches et une partie consacrée à la balnéothérapie à l’intérieur du bâtiment.

Outre sa conception architecturale, ce projet de bains pompéiens a séduit par la gamme de services modernes qu’il fédère : des boutiques, un café-bar, un salon de coiffure, des bains de vapeur, des salles de massage et de repos, une laverie et 250 cabines dont une cinquantaine luxueuses, alimentées par un double service d’eau douce et d’eau de mer, chaude et froide.

L’établissement garantit "toutes les conditions d’hygiène, de confort et d’élégance réclamées par les baigneurs".

À l’intérieur de la cour des bains, ces cabines se répartissent en plusieurs catégories : du rince pied… à la baignoire de grand luxe. Elles sont regroupées en îlots que délimite un réseau de galeries à portiques.

L’ensemble de la construction, d’un seul niveau, reste délibérément bas afin de libérer l’horizon depuis la terrasse du casino qui fait face à la mer.
Un médecin est employé pour conseiller les baigneurs qui peuvent utiliser de l’eau douce et de mer.

5 juillet 1924 : les Bains pompéiens de Deauville sont inaugurés en présence de nombreuses personnalités.

Juillet 1924 : réception aux Bains pompéiens.

Dans le même temps, les Planches sont installées.

L’autre grande idée de Charles Adda, en marge des bains pompéiens, est d’avoir conçu, côté plage, une allée de planches, large de 7 mètres et longue de 444 mètres (des travaux d'agrandissement porteront leur longueur à 643 mètres dès les années 1970). À son inauguration, cette allée de planches en bois d’Azobé devient "Les Planches", la plus célèbre promenade de Deauville.

Le traitement architectural est résolument opposé au régionalisme normand en vogue à l’époque.

L’ensemble est dépouillé, avec des formes pures de béton, mises en relief et surtout en lumière par la polychromie de superbes mosaïques, où domine le bleu.

L’originalité du programme réside également dans l’association au sein d’un même édifice de cabines dévolues aux bains thérapeutiques et de cabines ouvertes sur le rivage.

Les premières cabines s’organisent autour de neuf cours intérieures traversées par une allée centrale ponctuée d’abris. Les secondes, bordées par la promenade des Planches, se substituent aux traditionnelles cabines individuelles.

Pour ce projet, Charles Adda choisit avec soin ses prestataires :

Marcel Bergue, ferronnier d’art,

Alphonse Gentil & Eugène Bourdet, qui réalisent les mosaïques polychromes.

Charles Adda a tour à tour été inspiré par le néo-classicisme, le style haussmannien, l’Art déco et le Mouvement moderne.

À Deauville, sur le front de mer, en tournant le dos au style anglo-normand et au régionalisme qui dominaient à l’époque l’esthétique des bâtiments publics, Charles Adda a donné aux bains de mer et au Bar du Soleil un style art déco unique, mâtiné d’orientalisme, bien en phase avec l’univers visuel des années folles.

DEAUVILLE LUI DOIT CETTE IDENTITÉ FORTE

Cet ensemble architectural est complété, cinq ans plus tard, en 1929 par la construction de nouvelles cabines, de boutiques et du célèbre Bar du Soleil. Suivra un solarium en 1932.

Le bâtiment est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Les Miss 1930

MYTHIQUES

Ce décor connaît un grand succès dans les années 1920, repris largement sur les devantures des cafés et des boutiques parisiennes.

C’est depuis sa construction un lieu propice aux mondanités : on se montre, on échange les avis sur les dernières attractions.

Le boxeur Georges Carpentier, Deauville ©BnF
15 août 1931 - Georges Simenon dédicace ses livres au Bar du Soleil. Tiggy, sa première épouse, est derrière lui © Fonds Simenon, Université de Liège.
Les stars américaines du cinéma muet Gloria Swanson (1899-1983) et Conrad Nagel (1897-1970) à Deauville.

Les estivants sont à la fois spectateurs et comédiens : théâtre de la société qui passe et qui s’étudie.

Les planches, bains et boutiques deviennent alors le lieu d’une vie sociale intense.

M. et Mme Buster Keaton, Deauville © BnF

Les frères Séeberger, photographes de l'élégance et de la société de Deauville

Les plus belles créations de la haute couture française de l'entre-deux-guerre sont photographiées par les Séeberger, qui découvrent au fur et à mesure de leur production et avec un regard tranquille, cette micro-société. Une des séries de photographies réalisée à cette époque concerne notamment la Boutique de Coco Chanel à Biarritz.

Deauville inspire Gabrielle Chanel

Coco Chanel pose ici devant la porte de sa boutique de Deauville, rue Gontaut-Biron, entre Boy Capel et Etienne Balsan.

Située au coeur du triangle d'or du Deauville de la Belle Époque, la boutique de Chanel est la deuxième de la jeune styliste, après celle de la rue Cambon, à Paris.

Inspirée par Deauville, elle puise dans la couleur sable mouillé de la station balnéaire son intemporel "beige Chanel" et, dans les rayures des tentes sur la plage, sa célèbre marinière.

C’est l’anglais Arthur Capel, surnommé « Boy » qui attire à Deauville Coco Chanel. Riche homme d’affaires qui a fait fortune dans les frets charbonniers, il possède une écurie de polo. Devenue la compagne de Boy Capel, Coco Chanel développe ses activités avec l’aide de ce dernier. En 1910, il lui prête les fonds nécessaires pour l'ouverture d'un salon de modiste au 21, rue Cambon à Paris, sous le nom de « CHANEL MODES ». À l’été 1913, alors que le couple séjourne à Deauville, Boy Capel loue une boutique entre le casino et l’Hôtel Normandy. L’enseigne mentionne son nom complet : « GABRIELLE CHANEL » ; la boutique ne désemplit pas.
En 1916, elle utilise la belle et élégante Adrienne comme mannequin à Deauville.

Coco Chanel promène à Deauville sa silhouette androgyne, et teste ses nouvelles tenues contrastant, avec leur extrême simplicité et leur confort, avec celles d'aristocrates européennes encore très couvertes d'apparat et maintenues dans des corsets rigides.

Robe Chanel, Deauville, le jour du Grand Prix, 26 août 1928 @ Frères Séeberger

La pénurie de tissus due à la Première Guerre mondiale, ainsi que la pénurie relative de main-d'œuvre domestique ont créé de nouveaux besoins pour les femmes. Chanel, femme libre et active, perçoit ces besoins. Elle achète à Rodier des pièces entières d'un jersey utilisé à l'époque uniquement pour les sous-vêtements masculins. Elle impose dès lors des lignes de vêtements décontractés, pratiques, esthétiques : des jupes plissées courtes, pantalons ou pyjamas à porter sur la plage, polos, jodhpurs, jerseys, marinières ; une mode androgyne qui trouve son inspiration sur les champs de course, au golf, au tennis, à la plage et sur les yachts.

Mistinguett

Celle qui a détruit la mode des corsets, des habits de parade, des dessous et des rembourrages a créé une nouvelle silhouette : la femme du XXe siècle.

« J’ai rendu au corps des femmes sa liberté », dira Coco Chanel

Une vie dédiée à la création, née à Deauville...

... et mise en scène en 2009 par la réalisatrice Anne Fontaine :

Une légende de la mode, une grande histoire de création et de liberté auxquelles Deauville a rendu hommage en 2013

Septembre 2013 : inauguration d'une plaque commémorative dessinée par Karl Lagerfeld, devant l'ancienne boutique de Gabrielle Chanel, située dans les murs de l’Hô­tel Normandy.

Les chapeaux, pulls rayés et tenues de plages inno­vantes, souples, confortables et décon­trac­tées de Gabrielle Chanel ont forgé la légende, en rupture totale avec les conventions, gaines et corsets de l'époque.

"Once upon a time in Deauville" : Karl Lagerfeld retourne aux origines de Chanel et filme la Coco des premières heures

Nous sommes en 1913 et Coco Chanel vient d'ouvrir sa première boutique dans la station de la côte normande. Gabrielle Chanel imaginée par Karl Lagerfeld et incarnée en 2013 par une Keira Knightley toute en beauté.

Deauville, ses bains, ses planches & ses nombreux artistes

Le Deauville de FOUJITA

Inconnu à Paris en 1913, lorsqu’il débarque du Japon, le peintre TSUGOUHARU FOUJITA (1886-1968) devient vite une figure du Montparnasse et rencontre le succès dès 1921 avec des nus féminins qui deviennent le motif central de son œuvre. Dandy et séducteur, il est avec Van Dongen et Raoul Dufy, l’un des peintres adoré par le Deauville des années folles qu’il découvre en 1925 (et fréquentera l’été jusqu’en 1928). Il y est invité le avec sa femme Youki :

"J’ai été invité à Deauville avec Mistinguett à l’hôtel Normandy. On m’a proposé d’y rester aussi longtemps que je voulais et de me faire servir les déjeuners et les diners les plus fins. La raison en était que ma présence rassemblerait plus de gens sur la plage".

Foujita y apparait aux côtés de personnalités à la mode : Mistinguett l’emmène avec elle sur les champs de courses, Kiki de Montparnasse pose pour lui, il fend les vagues aux cotés de Suzy Solidor… Sur la plage et sur les Planches, les photographes le sollicitent.

Kees van Dongen & son fils Jean-Marie à Deauville sur les Planches - 1952 © Georges Dambier
"Deauville m’allait comme un gant. J’y retrouvais ma clientèle et ça ressemblait à la Hollande. A cause de la lumière".

Kees Van Dongen - Entretien avec Henri Perruchot, Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 7 août 1958.

Né en Hollande, Kees Van Dongen s’établit à Paris en 1900. Vers 1910, une commande de portrait, d’un armateur du Havre va attirer le célèbre peintre des années folles sur les côtes normandes.

Lors de l’été 1913, Van Dongen et sa famille passent leur premier été à Deauville. Lors des années folles, Van Dongen adopte Deauville. On le croise aux courses, à la plage et au Bar du Soleil. Sa longue silhouette, sa barbe blanche et sa pipe le rendent vite reconnaissable parmi les célébrités qui font l’image et l’animation de Deauville.

Van Dongen profite de ces séjours à Deauville pour concevoir en 1920, avec le couturier Paul Poiret, un livre sobrement intitulé Deauville. Paul Poiret écrit les textes, tandis que Van Dongen illustre avec un ensemble d’aquarelles représentant le casino, La Potinière, les courses, la plage et ses élégantes. Une première série de ses aquarelles est à Paris en novembre 1920. Deauville, livre très recherché aujourd’hui par les bibliophiles, paraîtra en 1931, enrichi d’une seconde série d’aquarelles réalisée en 1929. En mars 1921, Van Dongen témoigne une nouvelle fois de son regard sur Deauville en exposant à la galerie Bernheim-Jeune, vingt quatre toiles.

Kees Van Dongen à Deauville, par André Lemaître

Après la guerre, en 1947, il retrouve Deauville où il redevient le "Roi des Planches". On le retrouve, régulièrement photographié dans les magazines grand public. En 1955, il réalise une affiche pour Le gala blanc puis une affiche touristique pour promouvoir Deauville. Au début des années 1960, à plus de 80 ans, Van Dongen revient chaque été à Deauville en prenant pension à l’Hôtel Normandy, où son nom figure sur les registres jusqu’en 1963.

ANDRÉ HAMBOURG - Auteur d’une production considérable estimée à environ 12.000 œuvres, le peintre de la marine, lithographe, dessinateur et correspondant de guerre a développé un art figuratif qui a trouvé de nombreuses sources d’inspiration le long de la Côte Fleurie. Dès 1982, Hambourg loua la cabine 181 sur les planches de Deauville, dans laquelle il est venu observer et peindre le Deauville populaire « à l’écart de l’agitation mondaine, dans un endroit tranquille ». En effet, depuis son premier séjour en 1949, le peintre aimait s’installer sur le sable ou sur la digue pour capter la lumière de Deauville.

En 1965, il organisa une exposition particulière Deauville à la galerie Wally Findlay à New York. En 2011, son épouse, Nicole Hambourg, a fait donation à la Ville de Deauville de 531 œuvres de son mari.

James Rassiat (1909-1998) - "Deauville, scène de plage" (1970)
1965 : Claude Lelouch en tournage à Deauville pour le film Un homme et une femme

L’histoire de Deauville et de Claude Lelouch commence en 1965. Il s’échappe de Paris et arrive sur la plage de Deauville. Il voit alors une femme et son enfant se promenant tôt le matin sur la plage. Déclic. Claude Lelouch a son histoire, une histoire d’amour entre deux jeunes parents divorcés. Pour la première fois, un film est conçu avec un scénario écrit parallèlement à la musique.

Le film sort en 1966, très vite distingué : Palme d’or à Cannes, deux Oscars (meilleur film étranger et meilleur scénario original) et 47 récompenses internationales.

Claude Lelouch fait alors partie des réalisateurs français incontournables et Deauville devient l’éternel rendez-vous des amoureux et du romantisme.

En 2006, la Place Claude Lelouch est inaugurée sur le front de mer en présence du réalisateur et des acteurs du film. Cette place est l’endroit exact où s’arrête la Mustang conduite par Jean-Louis Trintignant lorsqu’il aperçoit Anouk Aimée sur la plage.

Janvier 1972.

"En ce Deauville d'octobre, abandonné et brûlant, je regardais la mer vide, les mouettes affolées qui rasaient les planches, le soleil blanc et, à contre-jour, quelques personnages qu'on eût dits tirés de Mort à Venise de Visconti. (...) Rendue à la solitude, à l'adolescence rêveuse, à ce qu'on ne devrait jamais quitter, mais que les autres - l'enfer, le paradis - vous obligent dans cesse à déserter. Mais là, les autres ne pouvaient rien contre moi et ce triomphant automne."

LES PLANCHES : UN SIÈCLE DE COMPLICITÉ AVEC LES PHOTOGRAPHES

En 1860, Eugène Villette, venu de Paris, ouvre le premier studio photographique de Deauville.

Dès 1906, Jacques-Henri Lartigue photographie les événements et la vie mondaine de Deauville : scènes de plage, courses automobiles, parties de tennis, courses de chevaux, concours d’élégance et séjours de personnalités....

A partir de 1919, les frères Séeberger, « photographes de l’élégance », se rendent régulièrement à Deauville, en août, à la demande des couturiers pour immortaliser en un haut lieu de l’élégance, les femmes habillées par Chanel, Paul Poiret, Jean Patou ou Madeleine Vionnet...

En 1934, Roger Schall photographie Deauville pour le magazine VU.

En 1949, Willy Rizzo est invité à photographier le Deauville estival restauré, après 5 années d’occupation, lors de la première grande saison de l’après guerre.

En 1951, Robert Capa immortalise les courses, le Bar du Soleil et les folles nuits Deauvillaises, lors d’un reportage pour le magazine américain Holiday.

Robert Doisneau réalisera en 1963 une campagne publicitaire pour Kodak et en profitera pour photographier les courses.

Les photographes de l’agence Magnum viendront à plusieurs reprises, Leonard Freed en 1964, Bruno Barbey en 1966, Sarah Moon en 1970 et Henri Cartier-Bresson et Martine Franck en 1973.

C’est en 1980 que John Batho réalise sur la plage de Deauville, sa célèbre série de parasols, en formats carrés, sur papier Fresson.

C’est également en 1980 que Peter Lindbergh réalise, pour Stern, son premier reportage à Deauville.

En 1991, Elliott Erwitt se livre sur les Planches de Deauville à sa souriante traque de chiens facétieux.

Chaque année, les planches de Deauville, terrain de jeu des stars de cinéma américain...

Quelques-unes de personnalités à qui la Ville de Deauville a rendu hommage en leur attribuant une cabine le long des planches, dans le cadre du festival du cinéma américain de Deauville :

Cate Blanchett
Orlando Bloom (2014)
Salma Hayek (2012)
Pierce Brosnan par Tono Mejuto
Daniel Radcliffe (2016)

... des joggeurs, skippers de la Solitaire et triathlètes...

Triathlon International de Deauville

... ainsi que des estivants :

Chaque été, l'art investi les planches :

Dans le prolongement de l'exposition-événement présentée au Point de vue durant tout l'été, des reproductions d'oeuvres issues des collections du (futur) musée des Franciscaines de Deauville prennent place sur certaines des cabines de bains.

Portraits de femmes peintres impressionnistes aux Bains pompéiens - Exposition de Simonne L'Hermitte (2016)

Les Bains pompéiens.

Un lieu patrimonial idéal pour prolonger et enrichir l'histoire débutée en 1913 entre Chanel et Deauville.

Credits:

Sandrine Boyer - Naïade Plante - Ville de Deauville

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