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- L'Antiquité - L'Occitanie, histoire & patrimoine

L'Antiquité en Occitanie

La région Occitanie est plus qu'un territoire, c'est un témoignage de l'histoire. Si nous vivons sur le vieux continent, notre région en est une preuve. Ce territoire était déjà au cœur des projets politiques et économiques durant l'époque antique. Au centre de ces enjeux ? La mer Méditerranée. Faisant le lien entre l'Afrique et l'Europe, entre la péninsule Ibérique et la péninsule Italique, notre région était un territoire stratégique pour les grandes puissances de l'époque : la Grèce et Rome.

Au sommaire :

  1. Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées : une histoire partagée
  2. Au temps des premiers hommes
  3. L'Occitanie durant la période antique, une page de l'Histoire
  4. Gaule Narbonnaise et Septimanie
  5. Narbonne, grand port de la Méditerranée
  6. Le miracle nîmois
  7. Entretien avec l’historien Éric Teyssier
  8. La chute de Rome et la fin de la période Antique

1. Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées : une histoire partagée

Entre la Garonne et le Rhône se déploie un large espace, bordé au nord par les contreforts du Massif Central, au sud par les Pyrénées et la Méditerranée. En 27 siècles d’histoire, cet espace sud européen, fait de multiples et subtiles complémentarités, a vu se côtoyer et s’entremêler des peuples aux cultures et spiritualités différentes. Les régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ont de tout temps tissé des liens et multiplié les échanges. La preuve par l’Histoire…

Séparées depuis les années 1960 par une frontière administrative, les territoires qui forment les régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ont eu à plusieurs reprises, au cours de l’histoire, des destins liés. C’est la conquête romaine qui, au IIe siècle avant J.-C, donne au futur Languedoc sa première forme organisée. Premier foyer de la romanité gauloise, Narbonne devient le centre d’une province, la Narbonnaise, qui s’étend de l’ouest de Toulouse à la Provence.

Durant le Bas-Empire, Toulouse supplante Narbonne et devient, au début du Ve siècle, la capitale du royaume Wisigoth qui couvre le sud-ouest de la Gaule. Un siècle plus tard, les Wisigoths, défaits par les Francs, se replient en Espagne et ne conservent en Gaule que la Septimanie, un territoire qui correspond au Languedoc-Roussillon actuel sans la Lozère.

Sous les Carolingiens, le comté de Toulouse couvre un territoire qui s’étend jusqu’au Rhône. Ce Languedoc, encore morcelé, connaît un essor important au XIe siècle. Des villes surgissent, comme Montpellier. Une langue littéraire se forme, l’occitan, dans laquelle s’épanouit la poésie des troubadours.

Les États du Languedoc

Paradoxalement, c’est le rattachement à la couronne de France en 1271 qui permettra au Languedoc d’affirmer son unité. « Au lieu d’une série de principautés indépendantes, on peut désormais parler d’un Languedoc royal unifié », écrit l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie. La province est placée sous l’autorité d’un gouverneur, mais les notables locaux sont représentés par une assemblée délibérative, les États du Languedoc. En 1444, le Languedoc est doté d’une cour de justice, le Parlement de Toulouse. « États et Parlement demeureront pendant plus de trois siècles les deux institutions fondamentales de la province », souligne Emmanuel Le Roy Ladurie.

La Révolution marque la fin du Languedoc comme entité administrative. Son territoire est alors découpé en huit départements : Haute-Loire, Ardèche, Lozère, Gard, Hérault, Aude, Tarn et Haute-Garonne. Le haut Languedoc et le bas Languedoc retrouveront une unité dans les années 1960, mais séparément, sous la forme des régions administratives.

2. Au temps des premiers hommes

Bien avant l’arrivée des Grecs puis des Romains sur les terres de la future Occitanie, des peuples sédentaires s’installèrent dans cette région et sont à l’origine de ce qui va constituer la première base d’un peuple appelé à croître et évoluer au fil de nombreux siècles.

Si l’on ne connaît pas tout de ces premiers habitants, on peut essayer de comprendre ce qui les amena à privilégier les terres occitanes. Située dans une zone géographique particulièrement intéressante, l’Occitanie est à la fois proche de la Méditerranée mais aussi de l’Atlantique. Une route utilisée très tôt qui en rejoindra une autre : la future Via Domitia.

Autre point fort du territoire : ses montagnes. À la fois lieu de refuge ou lieu de migration pour les bêtes, on imagine aisément le bénéfice d’un tel territoire pour le développement de la vie humaine. Et c’est d’ailleurs avec le développement de l’agriculture que les premiers hommes s’installèrent en Occitanie.

Le plus ancien d’entre eux foula d’ailleurs le territoire de Tautavel il y a près de 450 000 ans. Il est aussi le plus vieil homme retrouvé sur le sol français. Son histoire et celle de ses congénères est à découvrir au musée de Tautavel (Pyrénées-Orientales) à travers 22 salles où l’on retrouve une importante collection archéologique et des reconstitutions fidèles.

Le Musée de Tautavel (Pyrénées-Orientales)

3. L'Occitanie durant la période antique, une page de l'Histoire

De l'arrivée des Grecs à Rome

Vers 600 avant J.-C., des Grecs de Phocée (cité grecque située en Asie mineure) fuient les Perses et posent leur ancre en Provence. Ils s'allient avec les autochtones, les Ligures, et créent la première cité gallo-grecque : Massalia (Marseille). L'arrivée des Grecs est fructueuse pour les populations locales qui découvrent la culture de l'olivier et des vignobles. Au fur et à mesure des années, les Grecs s'étendent sur le territoire et fondent de nombreuses cités comme Nikaia (Nice), Antipolis (Antibes), Cytharista (La Ciotat), Agathé (Agde) et Olbia (Hyères). Le commerce se développe par la Méditerranée et le Rhône.

Un autre peuple eut une importance capitale pour notre région durant l'époque antique : Rome. Cette cité du Sud de l'Italie est d'abord gouvernée par des rois Etrusques, avant de devenir une République ambitieuse au fil des années. Rome conquiert, la péninsule italique, puis un territoire allant de l'actuelle Espagne jusqu'au royaume de Pergame (Turquie). En 58 avant J.-C., Jules César débute la guerre des Gaules jusqu'en -50. Plusieurs cités gallo-romaines s'érigent dans la région comme Arelate (Arles), Aginnum (Agen), Carcaso (Carcassonne), Nemausus (Nîmes), ou encore la capitale Narbo Martius (Narbonne) qui donnera son nom à la province de l'époque, la Narbonnaise. Ces cités ont le point commun d'être placées sur la Voie Domitienne, voie romaine qui traverse la Gaule de l'Espagne à l'Italie. On y développe les modes de vie romains, le commerce... la Narbonnaise est un exemple de la puissance de Rome.

Agde, «la bonne fortune»

Durant l'Antiquité, Agde est une des cités qui témoigne de la présence des deux grandes puissances de l'époque : les Grecs et les Romains.

Lorsque le Grecs de Phocée arrivent sur notre côte méditerranéenne, ils s'établissent à Massalia (Marseille), avant de construire d'autres cités. Parmi elles, Agathé Tyché (qui signifie « la Bonne fortune »). La colonie massaliote prend alors le contact avec les autochtones, comme les Celtes, et établit des échanges avec eux. Ils se procurent des céréales, de la laine et du basalte, produisent de l'huile d'olive, plantent des vignes et profitent de la côte pour récolter le sel. Dès lors, la cité devient l'un des principaux ports de commerce en Méditerranée.

Lorsque les Romains arrivent dans la région, Agde reste une colonie massaliote. En effet, Massalia avait établi une alliance avec Rome lorsque les voisins Gaulois commençaient à devenir menaçants. Ainsi, les Romains et les Grecs vivent dans la même région de manière pacifique jusqu'en -49 avant J.-C. Massalia refuse de soutenir César dans sa guerre civile contre Pompée, et la ville est prise par César. Ainsi, Massalia et ses colonies sont rattachées à la Narbonnaise, Province de Rome du Sud de la Gaule.

4. Gaule Narbonnaise et Septimanie

En 118 avant J.C., une première colonie romaine s'implante sur la côte méditerranéenne. C’est l’époque de la Gaule Narbonnaise, laquelle désigne pour les historiens une province de l'Empire romain fondée à partir de la première colonie créée sur le territoire méridional de l'actuelle France, entre Alpes et Pyrénées.

La Narbonnaise fut rapidement intégrée. L'empereur Auguste, en 22 av. J.-C, lui donne le statut de « province sénatoriale » pour souligner sa « romanité ». Elle a aussi été appelée la Provincia (mot qui a donné « Provence »). La Narbonnaise, placée sous le contrôle de la grande cité de Narbonne naît au même moment que la Belgique, la Lyonnaise et l'Aquitaine.

La Narbonnaise a été créée à la même époque que d'autres provinces romaines : la Lugdunaise, l'Aquitaine et la Belgique

Cette région coloniale obtient un statut de Provincia romana vers - 70. Elle était aussi appelée Braccata, ce nom faisant allusion aux braies (braccx) portées par les habitants, en opposition à la Gaule Cisalpine (conquise par Rome vers l'an -200), où le port de la tunique romaine s'était déjà imposée à la population, du moins dans les cités.

Rome occupe la région en quelques campagnes entre -125 et -121, notamment celles de Gnaeus Domitius Ahenobarbus et Fabius Maximus Allobrogicus. La zone occupée s'étend jusqu'à Tolosa (Toulouse) et jusqu'au Léman, créant une liaison terrestre entre ses territoires en Espagne et la Gaule cisalpine. La colonie grecque de Massalia (Marseille) et son arrière-pays forment une enclave libre au sein de la Narbonnaise. La province ne reçut cependant peut-être son statut officiel (lex provinciae) qu'après le passage de Pompée dans les années 70 avant notre ère.

Base arrière de Jules César

Jules César, proconsul de la Narbonnaise de -58 à -49, en fit sa base arrière pour la conquête des Gaules, et termina en -49 la conquête de la Narbonnaise en annexant Massalia et son territoire, qui avait pris le parti de Pompée. Avec l'Empire, à partir de 27 av. J.-C., avec le principat d'Octave devenu Auguste, Narbonne va prendre de l'importance.

L'empereur Auguste vient à Narbonne et y séjourne pour recenser les Gaulois et organiser leur territoire. En 22 av. J.-C., il réorganisa l'administration de la « Province » de Gaule transalpine en Province sénatoriale sous l'autorité du Sénat romain. Ayant fixé la capitale à Narbonne, celle-ci prit le nom de « Province de Gaule narbonnaise ». Ce territoire fut divisé en 22 cités environ. Les cités ou civitates étaient de tailles très inégales. Les plus grandes reprirent assez souvent, à peu de chose près, les limites des anciens peuples : il en fut ainsi pour la cité des Allobroges (Vienne), Nemausus (Nîmes) pour la cité des Volques dits Arécomiques, la cité des Cavares avec Avignon, Cavaillon et la colonie d'Arausio (Orange), ou encore la cité fédérée des Voconces, avec Vasio et Lucus Augusti comme capitales (Vaison-la-Romaine et Luc-en-Diois).

5. Narbonne, grand port de la Méditerranée

Après la conquête romaine en 125 avant J.-C., Narbonne devient la première colonie romaine en Gaule. Ce qui fait la richesse de Narbo Martius c'est sa position géographique. Placée sur la côte Méditerranéenne, entre l'Espagne et l'Italie, son emplacement en fait une place stratégique, notamment pour le commerce. A l'époque, son port est considéré comme le deuxième plus important après Ostie (celui de Rome). Au carrefour des deux grandes routes romaines, la Via Domitia d'Italie à l’Espagne par la Gaule Narbonnaise, construite en -118 et la via Aquitania partant de Narbonne vers Toulouse et Bordeaux. Les campagnes alentours sont partagées en grands domaines agricoles, on y cultive le blé, l’olivier et la vigne qui produit des vins réputés.

Narbonne connaît une période de splendeur aux deux premiers siècles de l'ère chrétienne, lorsque les ressources du terroir ainsi que les carrefours routiers et maritimes furent exploités intensivement.

Un texte de Pline l'Ancien décrit la Gaule Narbonnaise, et nous donne des indications précieuses sur la manière dont elle était perçue à Rome au Ier siècle : « On appelle Province Narbonnaise, la partie des Gaules sur le littoral de la Mer Intérieure. Autrefois nommée Bracata, elle est séparée de l'Italie par le fleuve « Var » et par les hauteurs des Alpes, rempart naturel le plus sûr pour l'empire romain. Mais au nord, elle est séparée du reste de la Gaule par les montagnes des Cévennes et du Jura ; la province Narbonnaise ne doit pas être considérée comme la dernière des provinces en raison de la qualité de ses cultures, de la respectabilité de ses habitants et de leurs traditions, et de l'abondance de ses ressources. Bref, la Narbonnaise ressemble plus à l'Italie qu'à une simple province ».

Le patrimoine historique de la cité de Narbo Martius

Narbonne était certainement la cité la plus importante en Gaule du Sud sous l'ère romaine. Si son patrimoine historique n'est plus visible aujourd'hui, elle était malgré tout un axe stratégique pour les Romains et plusieurs sites prouvent son importance au début de notre ère. Des fouilles ont confirmé que de grandes infrastructures portuaires ont été mises en place pour assurer le rayonnement historique de la région et au-delà. Son port permettait des échanges avec des cités importantes comme Rome, Carthage ou Tarragone. Malheureusement, il ne reste aujourd'hui que peu de monuments antiques à Narbonne.

Malgré tout, certains lieux atypiques restent un témoignage de rayonnement de la cité, comme l'horreum romain. Ce sont des galeries situées à cinq mètres en dessous du sol ont été construites au Ier siècle avant J.-C. Ce lieu, encore méconnu, devait certainement servir d'entrepôt. Il est possible de visiter l'horreum depuis près de cinquante ans.

Autres témoins de l'histoire antique Narbonnaise, les vestiges archéologiques du Clos de la Lombarde placés non loin de la gare. Ce site est l'illustration de la vie à Narbo Martius à l'époque antique. Les fouilles ont apporté un éclaircissement sur l'artisanat et la décoration de l'époque à travers des mosaïques et des peintures murales, en faisant l'un des plus importants sites urbains gallo romains. Les vestiges du Clos de la Lombarde ont acquis le titre des monuments historiques en 2007.

Le Clos de la Lombarde, à Narbonne

Memento

En 2020 : ouverture de Narbo Via, musée de la Narbonne antique

En 2020, Narbonne aura son propre musée antique : le musée Narbo Via. Ce lieu aura pour but de faire revivre l'ancienne cité de Narbo Martius à travers des objets antiques actuellement dispersés dans trois musées différents ainsi que dans des dépôts archéologiques. La collection lapidaire composée de 800 blocs de pierre sera présentée sous la forme d'un grand mur, renvoyant directement aux remparts de la cité. L'exposition de ces témoignages de l'histoire permettra aux visiteurs de mieux comprendre la vie et les activités de Narbonne de l'Age de Fer jusqu'au Haut Moyen Age. Le musée Narbo Via disposera également d'un auditorium de 200 places et d'une restitution du port antique et des anciens monuments en trois dimensions.

En parallèle des expositions, le musée aura aussi vocation au travail de recherche historique avec notamment un atelier de restauration.

📌 Plus d'informations : musees-occitanie.fr

6. Le miracle nîmois

C’est en 400 avant J.-C. qu’un peuple d’Europe centrale s’installe aux alentours de Nîmes. Une fois installés, ils deviennent les Gaulois pour les Romains, les Celtes pour les Grecs. C’est un endroit propice à l’installation humaine, notamment grâce à la source qui coule aux pieds d’une colline. Les Gaulois adoptent ce lieu et embrassent la source comme divinité en lui donnant le nom de Namas. Ce dieu est encore présent aujourd’hui. En effet, son nom donna Nemausus, qui donna lui-même Nîmes.

La Maison Carrée est le seul temple du monde antique entièrement conservé

Si Nîmes est merveilleuse, c’est en grande partie grâce à son patrimoine exceptionnel. Tous les ans, des milliers de touristes se déplacent de toute la planète pour voir les monuments romains les mieux conservés au monde. L’amphithéâtre, la Maison Carrée, les Jardins de la fontaine… Autant de lieux témoins de l’histoire dans un état exceptionnel.

Ces monuments sont surtout la preuve d’une alliance entre Gaulois et Romains. Depuis tout jeune, on nous apprend qu’Astérix se bat contre César, que Vercingétorix a été battu à Alésia… Certes… Et les Romains disposaient de l’armée la plus professionnelle de l’Antiquité. Mais ils n’ont pas acquis des territoires uniquement par le sang et les armes, bien au contraire ! L’arrivée dans Romains dans une cité était souvent synonyme d’enrichissement pour les deux peuples. Chacun embrassait la culture de l’autre, adoptait les dieux… Et les Gaulois profitaient du savoir-faire romain qui était capable de déplacer des montagnes…

📌 En savoir plus sur Nîmes pendant l'Antiquité : nîmes-tourisme.com

Les Jardins de la fontaine, à Nîmes

Memento

Le musée de la romanité, déjà deux ans

En juin 2011, la ville de Nîmes lance un concours d'architecture, et c'est le projet de Christian et Elizabeth Portzamparc qui est retenu. Le but de ce lieu était de le faire dialoguer avec les monuments romains, en particulier l'amphithéâtre qui s'est dressé il y a deux milles ans. Situé au cœur de la ville, le musée de la romanité a été inauguré le 2 juin 2018.

Le bâtiment moderne côtoie vingt-cinq siècles d'histoire. La visite est un voyage dans l'Antiquité à travers des dispositifs multimédias ainsi que de nombreux objets qui nous sont parvenus. Une véritable immersion dans le quotidien des habitants de la « Rome française ». L'incontournable de la visite ? La mosaïque de Penthée. Ce panneau qui date du IIe siècle est dans un état exceptionnel. Il représente Penthée, le roi de Thèbes. Cette mosaïque a été retrouvée lors de fouilles sur le boulevard Jean Jaurès de Nîmes.

La Mosaïque de Penthée est conservée au musée de la romanité

7. Entretien avec l’historien Éric Teyssier

« La particularité historique de Nîmes, c’est qu’elle est un exemple d’alliance entre les populations indigènes et Rome. »

Éric Teyssier est historien et maître de conférences à l’Université de Nîmes. D’abord intéressé par les débuts de l’époque contemporaine, notamment de l’histoire économique et sociale de la Révolution et de l’Empire, il explore l’histoire romaine à travers ses recherches, les spectacles vivants et l’archéologie expérimentale. Spécialiste de la gladiature, il fonde les Grands Jeux Romains qui passionnent les Nîmois depuis dix ans.

Qu'est-ce qui fait la particularité historique de la ville de Nîmes ?

D'un point de vue patrimoine, elle est exceptionnelle parce qu'elle a conservé beaucoup de monuments romains en très bon état. Ils sont exceptionnels car ils nous sont parvenus mais ils sont caractéristiques des monuments qui existaient un peu partout. Ce n'est pas une grande ville Nîmes, ce n'est pas une capitale de province comme Narbonne, ni une capitale économique comme Arles, mais elle a un intérêt important parce qu'elle est bien placée sur la voie Domitienne. C'était une colonie latine, c'est-à-dire une colonie alliée. C'était des Gaulois qui se sont alliés aux Romains, ils n'ont pas été conquis. Ils en ont tiré des avantages et des privilèges. Donc particularité historique de Nîmes, c'est qu'elle est un exemple d'alliance entre les populations indigènes et Rome.

Quels sont les lieux emblématiques de son histoire antique ?

A l'époque je dirai les Jardins de la Fontaine. C'était une source gauloise, avec un Dieu Gaulois qui devait certainement s'appeler Namas si l'on en croit les monnaies à l'époque. Ce nom a probablement donné le nom de Nemausus pour les Romains et qui donnera Nîmes plus tard. Et les Romains n'ont pas balayé ce sanctuaire gaulois, au contraire ils l'ont magnifié, instrumentalisé et l'ont associé à l'empereur Auguste mais aussi aux autres Dieux, y compris ce Nemausus qui reste dans sa source. On y a retrouvé énormément de stèles qui honorent à la fois des Dieux Romains et Gaulois. C'est encore un témoignage de cette alliance entre les Nîmois de l'époque et les Romains. D'un point de vue personnel le monument qui me touche le plus n'est pas les arènes même si je les adore, mais plutôt la maison Carré. C'est un temple qui est resté intact, qui a traversé les siècles, qui a une élégance assez remarquable et qui avait un sens, c'était le temple du culte impérial. Les Provinciaux faisaient spontanément ce culte pour montrer leur allégeance à Rome et leur volonté d'être Romains.

Il y a eu des fouilles dernièrement aux Arènes, avec la découverte d'un amphithéâtre antérieur et un puits wisigoth ?

Il n'y a rien d'étonnant à cela, les fouilles démontrent ce qu'on pouvait imaginer. On savait depuis assez longtemps que l'amphithéâtre a été construit en 100 après JC, et en Gaule il y avait des combats de gladiateurs depuis au moins 100 à 150 ans. Il y a certainement eu avant un amphithéâtre en bois avant. Quand on regarde celui d'Arles, il est antérieur d'une dizaine d'années. En chronologie c'est 80 le Colisée, 90 l'amphithéâtre d'Arles et 100 celui de Nîmes. Ils sont très rapprochés et inspirés architecturalement les uns des autres. Les Nîmois ont vu que les Arlésiens avaient un bel amphithéâtre qui s'inspirait des dernières modes, c'est-à-dire du Colisée, et ils ont dû dire aux notables ; « amphithéâtre en bois il n’est pas beau, on veut comme les Arlésiens. » Donc ils ont mis le nouveau sur l'ancien, ce qui est assez logique. Pour ce qui est du puits Wisigoth on sait qu'à la fin de l'Empire Romain l'amphithéâtre a servi de quartier d'habitations. Ce qui prouve qu'à ce moment-là il n'était plus utilisé pour des spectacles.

Vous organisez les Grands Jeux Romains depuis 10 ans, le but c'était de faire revivre ces lieux ?

C'est toujours ce que j'ai voulu faire en faisant la reconstitution historique, en ayant déjà fait des spectacles au théâtre antique d'Orange. Ce que je ne voulais surtout pas c'était faire un sous Puy-du-Fou. Ce n’est pas que je critique le Puy-du-Fou, au contraire j'adore. Mais ce sont vraiment des spectacles historiques. Nous c'est une autre problématique : nous avons des monuments historiques qui sont là depuis 2000 ans, dont un qui est fait pour le spectacle. Le but donc n'était pas de faire un spectacle mais une reconstitution historique. C'est donc de partir d'un fait qui est avéré : l'empereur Hadrien qui est venu en 122 à Nîmes, et une visite d'empereur est un événement exceptionnel, et il offre des jeux. Donc nous reconstituons la venue d'Hadrien et ce qu'il a pu offrir, comme des combats de gladiateurs, mais aussi des reconstitutions comme faisaient les Romains. Ils racontaient leur histoire de leurs épopées, de leurs grandes heures et mettaient ça en scène. Donc nous avons changé de thème tous les ans. On a évoqué dans ces spectacles César, Auguste, Hannibal, Cléopâtre, Spartacus... Chaque année l'idée est de faire un spectacle didactique. J'écris le scénario sur des bases historiques, pour faire dire aux acteurs des phrases qui viennent de l'antiquité. Je l’écris d'un point de vue romain, on est vraiment en 122. On a un praeco, qui est interprété par Éric Dars, qui est le médiateur qui explique ce qui se passe, c'était le cas à l'époque. C'est lui qui va donner les clefs à un public sur ce que les Romains mettent en scène. Evidemment ça provoque un peu quand il y a des Gaulois parce que le public est pour les Gaulois et pas pour les Romains (rire). A la sortie c'est une leçon d'histoire qui est accessible pour tout le monde, y compris pour les enfants. Au final l'acteur principal c'est l'amphithéâtre, on le fait revivre, on lui redonne sa destination première qui est un lieu de grand spectacle fat par et pour les Romains. Et ça marche, chaque année c'est plein, on attend 36 000 spectateurs, des arènes pleines pour trois jours, 100 000 visiteurs pour les événements extérieurs, tous les commerçants jouent le jeu... C'est devenu un grand moment culturel nîmois.

Les Grands Jeux Romains sont désormais un rendez-vous incontournable, chaque année, à Nîmes

📌 Découvrir les Grands Jeux romains : arenes-nimes.com

8. La chute de Rome et la fin de la période Antique

Wisigoths et invasions barbares

La période des invasions dites barbares, qui précipitera la chute de l’empire romain d’Occident, amène Rome à nouer des alliances avec certains de ses anciens ennemis. Ainsi les Wisigoths, originaires des rives de la mer baltique, qui pillent Rome en 410, se voient attribuer en 418 des terres au sud-ouest de la Gaule. Les Wisigoths édifient ainsi autour de Toulouse, leur capitale, le premier des royaumes dits barbares qui, à son apogée au VIe siècle, s’étendra de la Loire au Guadalquivir (Andalousie) avec Tolède comme capitale.

Lors de la bataille de Vouillé (Vienne) en 507, les Francs menés par Clovis battent les Wisigoths qui se replient au-delà des Pyrénées et ne conservent plus de ce côté des Pyrénées que le territoire correspondant au Languedoc-Roussillon actuel. Appelé Septimanie en référence aux sept cités qui le composent (Elne, Narbonne, Carcassonne, Béziers, Agde, Maguelone et Nîmes) ou Gothie, ce territoire restera aux mains des Wisigoths jusqu’à la conquête sarrazine.

La Septimanie

La Septimanie wisigothique est l’époque pendant laquelle la Septimanie a été gouvernée par des rois Wisigoths de 507 jusqu'à 720. Le mot Septimanie apparaît au Ve siècle dans une lettre de Sidoine Apollinaire pour désigner une partie du sud de la Gaule, correspondant plus ou moins aux sept provinces du diocèse de Vienne : Aquitaine première, Aquitaine seconde, Novempopulanie, Narbonnaise, Viennoise, Alpes-Maritimes, par opposition aux dix provinces.

Par la suite, après la conquête de l'Aquitaine par Clovis, le mot est utilisé, en particulier à l'époque carolingienne, pour désigner la partie de la Gaule restée jusqu'au début du VIIIe siècle aux mains des Wisigoths, occupée un moment par les Musulmans d'Al-Andalus avant d'être reconquise par les Francs vers 740. Elle correspond approximativement à la partie occidentale de l'ancienne province romaine de Gaule narbonnaise. Elle est alors aussi appelée "Gothie". ◼️

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Dossier réalisé par :

  • Journalistes : Luis Armengol, Eva Gosselin, Thibault Loucheux.
  • Sources : « Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées : une histoire partagée » : laregion.fr
  • Crédits photos : Arènes de Nîmes - ©Wolfgang Staudt / Agde -©Faigarolles / Clos de la Lombarde - ©Les amis du Clos de la Lombarde / Horreum Narbonne - ©Thierry de Villepin / Maison Carrée Nîmes - ©Krzysztof Golik / Jardin de la Fontaine Nîmes - ©Martin Kraft / Musée de la Romanité Nîmes - ©Graeme Churchard / Mosaïque de Penthée Nîmes - ©Finoskov / Portrait Eric Teyssier - ©Jacques Sierpinski.