MUR AMER LE MUR DE BÉTON QUI DIVISE CALAIS

Octobre 2016. Le démantèlement de la « jungle » de Calais s'achève, et un mur anti-migrants sort du sol. L'État français a bien tenté de justifier son existence et d'apaiser les controverses. Mais le mur est plus que jamais jugé insensé. Avant tout par les Calaisiens, qui eux l'auront sous les yeux.

La « Jungle » brûle. Au quatrième jour du démantèlement du camp, ses derniers occupants partent vers les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO) partout en France. La police les presse de rassembler quelques effets personnels : un sac ou même un baluchon. Dès 9 heures du matin, la zone du camp devient inaccessible. Les CRS condamnent tous les accès, les allées sont quasiment désertes. Seuls s’y aventurent les photographes de presse et quelques mineurs encore regroupés dans le camp. Les camions des Sapeurs-Pompiers s’empressent d’éteindre les départs de feu qui prennent çà et là entre les baraquements. Cette quarantaine en place, le ballet des pelleteuses commence. Tentes et masures sont réduites en cendre. En quelques heures, la « jungle » s'efface et fait place à des tas de gravats.

A moins de cent mètres, ce sont d'autres bulldozers qui s’activent. Pendant que des toits volent, le mur se construit. « La Grande Muraille de Calais », comme l'a nommée la presse anglaise, ou « le mur de la honte ». Il est le nouveau-né des accords du Touquet, signés en 2003 entre la France et le Royaume-Uni pour endiguer l’immigration illégale entre les deux rivages de la Manche. D’un coût de 2,7 millions d’Euros, versés par le Royaume-Uni, les travaux vont bon-train. La construction devrait s'achever avant la fin de l’année. Les premières palissades encadrent déjà la rocade menant au port. Pour le justifier, la protection du trafic routier a été avancée, en particulier celle des camions commerciaux. Ceux-ci transitent par l’Eurotunnel ou les ferries, et étaient jusqu’au démantèlement la cible d’abordages. Le bidonville aujourd'hui détruit, la préfecture du Pas-de-Calais explique la construction du mur comme une "dissuasion pour d’éventuels prochains flux migratoires". Et ainsi éviter l'apparition d’un nouveau camp sur la même zone.

"On détruit un embarras pour en construire un autre, ça n’a aucun sens. Calais devient une forteresse" - une Calaisienne

Sur les dunes enveloppant le camp, plusieurs badauds observent la destruction. Ces Calaisiens et Calaisiennes ne regretteront pas la « jungle ». Une bouffée d’air pour certains, qui ne supportaient plus les projecteurs braqués sur leur ville. Souvenez-vous, au premier matin du démantèlement, des 700 journalistes accrédités. Mais lorsqu’ils tournent la tête vers le mur, leur avis est tout aussi tranché. « On détruit un embarras pour en construire un autre, ça n’a aucun sens ! Calais devient une forteresse » s’indigne une Calaisienne dépitée. Deux hommes arguent en regardant les pelleteuses « Ces gens, ils veulent aller en Angleterre, ce n’est pas une palissade de quelques mètres qui va les en empêcher. – Ils ont traversé l’Europe pour ça ! »

Une question revient invariablement à son propos : pourquoi continuer à édifier un mur si les migrants ont été dispersés aux quatre coins de la France ?

Des exilés soudanais se dirigent vers les bus qui les emmènent dans les Centres d'Accueil et d'Orientation (Photo A. Develay - Calais, 27/10/16)
(De g. à d., de h. en b.) - Des CRS empêchent l'accès aux tentes pendant que les grues déblaient le camp - Il n'aura fallu que trois jours pour raser la "Jungle" de ses habitations - Plusieurs feux se sont déclarés pendant le démantèlement - Alors que le camp de la Lande est détruit, des ouvriers s'affairent sur le mur anti-migrants en construction. (Photos A. Develay - Calais, 27/10/16)

Un mur qui ne passe pas dans l'opinion publique

Pro ou anti-migrants, les Calaisiens semblent se positionner en grande majorité contre le mur. Certains y voient une façon d’isoler des êtres humains, un symbole navrant pour l’image déjà dégradée de la ville. D’autres considèrent ce mur comme une diversion, une manière pour l’État de dissimuler derrière du béton son impuissance face aux flux migratoires.

Dans le centre de la ville, les Calaisiens étaient habitués à voir déambuler de petits groupes d’occupants du camp. « Ils venaient deux ou trois fois par semaine pour prendre un verre ou un café, des clients comme les autres, on les appréciait », se remémore ce patron de bar, qui recevait souvent quelques Ethiopiens dans son établissement. « Ce mur ce n'est pas ce dont Calais a besoin, pas après tout ça. Calais va encore être la cible des médias, à cause d’un mur, c’est insupportable » se désole-t-il. Ce sentiment, Marielle le partage aussi. Elle avait l’habitude de demander à certains jeunes Afghans de l’aider contre rémunération, lorsqu’elle avait besoin de bras ou pour entretenir son jardin. Elle regrettera des gens adorables et remplis d’abnégation. « Ces jeunes étaient toujours de bonne humeur malgré leurs épreuves, déplore-t-elle. Ils n’avaient qu’une envie c’était partir d’ici. Pourtant ils acceptaient leur sort d’une manière assez saisissante. »

Pour beaucoup, les Calaisiens avaient malgré eux pris l’habitude de vivre avec la présence des migrants. Au début réticents à leur présence, un semblant de « vivre-ensemble » avait germé dans l’esprit de certains d’entre eux. « Au bout d’un moment ça ne servait plus à rien de condamner qui que ce soit. Nous on a subi notre emplacement géographique, et eux ils n’avaient d’une certaine façon pas le choix que d’être là. », explique sciemment Marielle.

Son emplacement géographique, Catherine le subit aussi. Elle vit à moins de cinquante mètres du futur emplacement du mur. Et ce qui la préoccupe maintenant, ce n’est pas le retour des migrants. Ce n’est pas non plus l'image d’avoir un mur migratoire dans sa ville. Ce qui la tracasse, c’est la dégradation de son environnement de vie. Pour construire le mur, les ouvriers ont abattu des talus et des arbres qui séparait visuellement sa propriété de la rocade. « Avant j’avais de la verdure en ouvrant ma véranda, maintenant je vais avoir quoi, une plaque de béton ? » déplore Catherine. Pollution visuelle, mais aussi sonore. Tous les matins à 8h les engins de chantier se mettent en marche sous ses fenêtres. Et le brouhaha dure toute la journée, jusqu’à 19h. « Ils nous avaient pourtant dit que le mur serait anti-bruit » plaisante-t-elle. Et puis il y a les effets à moyen terme. Avec ce mur à quelques mètres de sa porte, Catherine craint pour la valeur foncière de sa propriété. « Ma maison va perdre de sa valeur, c’est sûr. Imaginez, vous auriez envie de vivre à côté d’un mur de quatre mètres ? La maison était déjà à côté d’une rocade, et maintenant le voisin le plus direct sera un mur ». Elle qui n’a jamais eu de problème avec la proximité des migrants craint désormais qu’une ombre soit littéralement jetée sur son jardin.

"Davantage bloqués, les clandestins deviendront encore plus violents" Kévin Reche, fondateur du collectif "Sauvons Calais"
Les Calaisiens qui vivaient dans la zone du mur avait vue sur les grillages érigés en 2015. Ce sera désormais sur un mur de béton. (photo A. Develay - Calais, 27/10/16)

Cette proximité entre la ville et les occupants du camp, tous les Calaisiens ne s'en étaient pas accommodés. Certains y voyaient une façon de renoncer, et d’accepter la « jungle » à leurs portes. C’est le cas de Kévin Reche, militant d’extrême-droite de 22 ans et fondateur de "Sauvons Calais". Le collectif a organisé plusieurs marches pour protester contre la présence des migrants à Calais. Contacté via Facebook, il décrit son mouvement comme un «collectif citoyen qui lutte contre l’immigration et les politiques affiliées ». « Calaisien de naissance », comme il se présente, il est sceptique quant aux arguments avancés par les défenseurs du mur. Selon lui « bâti pour rassurer les gens », il déplore une série de mesures inefficaces. « Calais finira par ressembler à une prison géante avec ce mur ! » s'exaspère Kévin Reche. Favorable à toute mesure anti-migrants, il n'est pas pour autant favorable à la construction du mur. « On entend partout que ce mur va nous protéger et empêcher les attaques des migrants, explique-t-il. Or c’est tout l’inverse qui va se passer ! Encore plus bloqués, les clandestins seront encore plus violents ». Les violences, c’était l’un des arguments avancés pour justifier l’existence du mur. Construire un mur pour assurer davantage leur sécurité, les riverains du mur restent dubitatifs face à l'argument. Aucun n’a eu de problème particulier avec les migrants de la « jungle ». Quelques poubelles volées pendant la nuit, tout au plus, retrouvées détruites le lendemain.

Les poubelles volées servaient à constituer des barrages sur la rocade portuaire. Les chauffeurs de poids-lourds en étaient les premières victimes. Ces barrages faits de ballots de paille, de troncs et de toute sorte de mobilier urbain, étaient érigés pour forcer les camions à s’arrêter. Les migrants se ruaient alors dans les containers, et espéraient ainsi passer en Angleterre.

Une situation que ne pouvaient plus assumer les autorités publiques. Le 9 septembre 2016, la préfecture d’Arras annonce le début de l’édification du mur anti-intrusion. Le communiqué de presse précise alors que le mur « a fait l’objet d’une concertation étroite avec l’ensemble des parties prenantes ».

L'État contre le territoire

Les institutions publiques s’affrontent. Au début du projet pourtant, Préfecture du Pas-de-Calais, syndicats routiers et mairie de Calais s’affichent soudées autour de la problématique des migrants. Une nouvelle crée cependant la zizanie courant septembre : Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, annonce le démantèlement rapide du camp de Calais.

La préfecture du Pas-de-Calais présente un premier projet de mur anti-intrusion en juillet 2016

S’il y a une organisation qui demandait le démantèlement depuis longtemps, c’est bien la Fédération nationale des transporteurs routiers (FNTR) du Nord-Pas-de-Calais. Son secrétaire général, M. Sébastien Rivera, admet que la fin de la « jungle » a eu l’effet d’une bouffée d’oxygène. « La pression a diminué, mais on reste très attentifs aux mesures qui seront prises pour empêcher toute reconstitution d’un camp ». La position des routiers sur le mur est partagée. « Si le mur permet d’améliorer la sécurité, alors il faut le faire ».

"Le mur c’est une démarche qui va dans le bon sens mais qui n’est pas suffisante". Sébastien Rivera, secrétaire général de la FNTR du Nord-Pas-De-Calais

Mais M. Rivera concède qu’il est paradoxal de commencer la construction de ce mur un mois avant le démantèlement définitif du bidonville. « Nous n’avons pas voulu entrer publiquement dans la polémique. On sait pertinemment que les migrants ne sont pas définitivement partis ». Sa crainte : qu'un mur d’un kilomètre ne dissuade pas les migrants de revenir et de reconstituer un camp.

Un camion roumain attaqué de nuit par des migrants sur la route du port (photo FNTR 07/10/16)

Le processus de décision du mur ne s’est pas fait dans l’unité, explique Sébastien Rivera : « au début du projet, la mairie de Calais y était plutôt favorable. Puis après l’annonce du démantèlement elle a changé d’avis ». Les pouvoirs publics eux-mêmes s’affrontent au sujet du mur. Entre la mairie et la préfecture, l’entente n’est plus cordiale.

Malgré le début de polémique sur la symbolique d’un mur migratoire en France, la maire de Calais Natacha Bouchart (LR) soutient dans un premier temps le projet. Mais à l’annonce du démantèlement prochain, la mairie change de cap. Mme Bouchart devient la figure publique d’opposition au mur. Ce revirement, elle l’explique simplement : « si le camp n’existe plus, le mur n’a plus lieu d’être » avait-elle alors déclaré en septembre.

La préfète du Pas-de-Calais Mme Fabienne Buccio, en première ligne depuis sa nomination en février 2015, ne fléchit pas. Faire machine arrière serait un échec. Inacceptable. Les travaux ont vocation à se poursuivre et "se déroulent dans le strict respect de la légalité ", précise la préfète dans un communiqué de presse du 23 septembre 2016.

"Cet édifice est dans l'esprit du mur de Berlin" - Maitre Balaÿ, avocat de la mairie de Calais

S’en suit dès lors une bataille rangée à coup de décisions administratives. La mairie prend d'abord un arrêté interruptif des travaux. Quelques jours après, la préfecture passe outre et assure la poursuite des travaux. La zone de construction n’est en outre pas dans la juridiction de Calais. Natacha Bouchart réplique alors en saisissant la justice. « La construction de ce mur est anachronique. Depuis le démantèlement, nous n’avons eu écho d’aucun désordre sur la rocade » insiste Maitre Paul-Guillaume Balaÿ, avocat de la ville, lors de l’audience du 16 novembre. Il va jusqu’à dénoncer un édifice « dans l’esprit du mur de Berlin ». Pour la mairie, il s’agit d’un mur « stigmatisantabsolument déplorable pour l’image du territoire », une construction qui va « défigurer une partie des paysages calaisiens ».

Une semaine plus tard, le tribunal administratif de Lille rend son verdict: le mur est validé, le recours de la mairie rejeté. Mme Bouchart annonce le jour même qu'elle ne fera pas appel. Dans un courrier adressé à François Hollande, elle demande toutefois officiellement « que l'on démonte le mur, parce qu’on n’en veut pas ».

Extrait de l'ordonnance délivrée par le tribunal administratif de Lille, rejetant la demande d'interruption des travaux et justifiant la construction du mur (capture d'écran, 22/11/16)

Les travaux touchent à leur fin. La France aura bien son mur migratoire. Entre bataille administrative, défiance des riverains et indignation citoyenne, le mur semble pourtant n'avoir aucun partisan.

Un mur pour préparer l'après-Calais

Pourquoi l'État tient-il à ce que le mur voit le jour ? Il faut, pour être précis, parler des deux États français et britannique. Le Royaume-Uni a en effet payé la totalité des 2,7 millions d'Euros de frais de construction. Et ce, dès le début du projet. C'est également le Royaume-Uni qui, entre 2015 et 2016, a versé plus de 15 millions d'Euros pour l'installation des grillages autour de la rocade. Depuis le traité du Touquet ratifié en 2003, des enclaves binationales ont été créées à Calais et à Douvres, où chaque pays applique sa propre législation. L'objectif de la Grande-Bretagne est bien sûr de contrôler sur le sol français les flux migratoires vers son territoire. Le traité du Touquet n'étant pas un accord européen mais bien entre deux pays seulement, le Brexit ne changerait aucunement ses clauses. L'État britannique a donc tout intérêt à voir le mur fini. Même en dépit des controverses également soulevées outre-Manche.

L'annonce du mur a aussi créé un début de polémique en Angleterre. Une du Daily Mail du 07/09/2016. "La Grande-Bretagne construit la Grande Muraille de Calais - Nous allons payer pour une barrière de quatre mètres de hauteur pour tenir les migrants à l'écart"

Quid de l'État français ? Dans son verdict, le juge administratif a estimé que « le flux de migrants depuis Calais n’allait pas à court terme se tarir » et que, dans ces conditions, le mur pouvait «prévenir les probables tentatives d’intrusions ». Serait-ce un aveu d'échec de la part de l'État ? Pour la mairie de Calais, la réponse est nette. « Ce mur est l’image même du naufrage de la politique migratoire du gouvernement », confie une source proche de Mme la maire. « Maintenant que la "jungle" n’est plus, les mauvais arguments sont employés pour tenter de justifier le mur. C'est une mesure très clairement populiste » ajoute cette personne.

Alors ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve remet la légion d'honneur à la préfète du Pas-de-Calais Fabienne Buccio pour "la réussite du démantèlement" (photo A. Develay - Calais, 07/11/16)

La décision de justice confirme ce qui semble à présent être la principale raison de la poursuite des travaux. Le mur de Calais a avant tout un caractère préventif et dissuasif. Le camp est détruit, mais les réfugiés qui l'occupaient sont encore - pour la grande majorité - sur le territoire français. Au lendemain de l'évacuation, on estime que 5 253 migrants ont été relogés dans les CAO. Mais environ 1 200 de plus se sont dispersés dans le Calaisi (région de Calais) avant l'arrivée des bus et n'avaient donc pas été évacués du Pas-de-Calais. L'État s'attend à voir ces migrants revenir dans les prochains mois. Mais pas seulement. Calais reste un carrefour migratoire incontournable sur la route du Royaume-Uni, et des nouveaux migrants y affluent déjà.

La ville va-t-elle devoir à nouveau accueillir un camp de réfugiés ? Ce n'est visiblement pas la volonté du gouvernement. En déplacement à Calais le 7 novembre pour signifier la fin du démantèlement, l'(ex) ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a été clair en évoquant l'après-Calais. « Mon intention est de maintenir à Calais les moyens adaptés pour éviter toute réinstallation de campements », a précisé le ministre.

Bernard Cazeneuve a ajouté qu’il fallait mettre en place « un dispositif qui permette de répondre aux situations humanitaires qui continueront bien entendu de se présenter ».

La séparation bétonnée entre migrants et Calais représente pour certains un nouveau "mur-frontière", érigé sur le territoire français. Le gouvernement de cette même France qui, en 2015, s'était dit choqué lorsque la Hongrie installait des barbelés à sa frontière pour contenir les réfugiés affluant d'Irak et de Syrie.

Qui veut donc de ce mur ? Manifestement pas les Calaisiens, pour qui il n'est qu'une chape jetée sur un problème plus profond. Ni les administrations locales, qui voient dans sa construction un aveu d'échec. La préfecture du Pas-de-Calais ? Pour les politologues, l'État français ne serait qu'un spectateur silencieux du projet. A qui donc profite le crime ? Au Royaume-Uni, sans doute, qui y voit une occasion de délocaliser sa politique migratoire sur le sol français.

« Pour les sans-droits, la calamité n’est pas d’être privés de vie, de liberté, de toute possibilité de bonheur, d’égalité devant la loi. Pour eux, le pire est de ne plus pouvoir appartenir à aucune communauté. » - Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme, 1951

Dans une tribune publiée dans Libération, le politologue Guillaume Le Blanc rappelait une citation de la philosophe américaine Wendy Brown. « Si le Mur est une affirmation de souveraineté, c’est aussi un monstrueux hommage aux Etats-nations souverains dont la viabilité est déclinante. » L'emmurement crée l'illusion d'une souveraineté nationale, qui pourtant est déjà étiolée.

@adriendevelay

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Adrien Develay
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