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Notre Une est consacrée à Narbo Via, récemment labellisé "Musée de France". Retrouvez notre Cahier Spécial en déroulant ci-dessous. (Photo : © Arnaud Späni - Narbo Via)

|| Edito ||

Si l’on en juge par le nombre de commerces ouverts à ce jour, force est de reconnaître, pour ceux qui en douteraient encore, que la culture n’est pas une marchandise puisque l’ouverture des théâtres, cinémas et musées prévue début janvier a de nouveau été reportée.

On attendra donc, avec Vladimir et Estragon.

Dans ce contexte difficile, l’équipe de l’Art-vues a décidé de faire paraître ce numéro uniquement en ligne, pariant sur une reprise prochaine des activités qui constituent la matière première de notre magazine et sa raison d’être. Un pari sur la vitalité d’un secteur culturel qui, tel le phénix, saura se relever pour renaître de ces cendres.

C’est ce que nous souhaitons à l’ensemble des professions du spectacle, à tous ceux qui font la culture dans notre région et dont la contribution à notre qualité de vie est plus essentielle que jamais.

Luis Armengol, rédacteur en chef

|| Sommaire à dérouler ||

|| Les événements à ne pas manquer en 2021 ||

Malgré une année 2020 bouleversée et un début d'année compliqué de grands rendez-vous culturels sont programmés pour 2021 en Occitanie. Expos, concerts, célébration d'anniversaire, mais aussi théâtre ou cinéma, les lieux de la région proposeront de nombreux événements pour animer votre année. Voici quelques dates et événements, par ordre chronologique, à noter dans vos agendas !

Sète : l'exposition Manitas au nouveau Conservatoire

À l'occasion de son ouverture au public, le nouveau conservatoire de Sète rend hommage à celui qui lui donne son nom : l’artiste Manitas de Plata. Réalisé avec Gilles Favier, directeur artistique du festival ImageSingulières, l’exposition est conçue en trois parties. Elle présente la vie de Manitas à Sète, sa musique et ses tournées dans le monde. 75 photographies originales seront mises en avant, le plus souvent des petits formats. Une exposition à laquelle participe également Bernard Lonjon, écrivain, il est aussi exécuteur testamentaire d’André Bernard, l’agent de Manitas de Plata pendant plus de 20 ans, également grand collectionneur. Sa notoriété, Manitas la doit à Lucien Clergue, le créateur des rencontres photographiques d’Arles. Dans les années 50, il a photographié les gitans des Saintes-Maries et s’est enthousiasmé pour le talent de Manitas. Un de ses amis a fait un enregistrement à des fins ethnographiques. Deux ans plus tard, les photos de Clergue ont été exposées au Moma de New-York et un producteur s’est rapproché de lui, disant qu’il avait entendu cet enregistrement et qu’il souhaitait faire un disque avec ce guitariste. Manitas avait déjà plus de 30 ans. L’année d’après, il jouait au Carnegie-Hall. Il a enregistré 80 disques. Il en a vendu plus de 100 millions.

A partir du début février jusqu'à juillet (sous réserve de réouverture à cette date).

Montpellier : les collections du musée Fabre s'exposent

Fermé au public en raison de la pandémie, le musée Fabre prépare sa grande exposition de printemps en attendant sa réouverture au public. À partir du 13 février et jusqu’au 6 juin les salles de la collection permanente mettront à l’honneur quinze années d’acquisitions d’oeuvres. Des collections italiennes à l’univers singulier de Jean Hugo, du Grand Siècle français autour de la figure de Sébastien Bourdon aux paysages méridionaux, cet événement mettra également à l’honneur les artistes mécènes du musée, de son fondateur François-Xavier Fabre, jusqu’aux artistes contemporains, auxquels sera dédiée la dernière salle du parcours. Ainsi, une centaine d’oeuvres seront proposées de Pierre Soulages à André-Pierre Arnal, en passant Pierrette Bloch ou Stéphane Bordarier.

Du 13 février au 6 juin (sous réserve de réouverture à cette date).

museefabre.montpellier3m.fr

Alès : « L’Amour vainqueur » du metteur en scène Olivier Py à voir au Cratère

Pour cette histoire inspirée des contes des frères Grimm, Olivier Py remporta un grand succès lors du Festival d’Avignon 2019. Le talentueux metteur en scène y mêle la comédie, le chant, le théâtre pour créer un petit opéra où la performance des comédiens est servie par un ingénieux décor. En proposant cette opérette en alexandrins, le metteur en scène Olivier Py confirme, encore une fois, son art de ré-enchanter le monde.

Les 5 et 6 mars au Cratère, Scène Nationale d’Alès (30).

lecratere.fr

Photo : © Christophe Raynaud de Lage

De nouveaux lieux culturels dans toute l'Occitanie

Si l’ouverture prochaine du nouveau musée Narbo Via à Narbonne sera l’un des événements marquants de l’actualité des musées en 2021, de nombreux autres lieux devraient ouvrir ou réouvrir leurs portes après plusieurs mois de travaux. Du musée Henri-Martin de Cahors, au musée des Augustins à Toulouse en passant par la Villa Laurens d'Agde, les portes s'ouvriront sur de nouveaux espaces, réaménagés, modernisés ou encore rénovés pour vous permettre de (re)découvrir leurs trésors.

On vous en dit plus dans notre dossier sur les chantiers culturels. Rendez-vous un peu plus bas...

Photo : © Nigel Young

Blagnac : les « Plaidoiries » de Richard Berry à voir à Odyssud à Blagnac

Six grandes affaires judiciaires qui ont marqué l’histoire, six plaidoiries et six grands moments de vérités. C’est ainsi que se découpe « Plaidoiries » dans lesquelles Richard Berry incarne tour à tour les grandes figures du barreau. L’avortement défendu par Gisèle Halimi en 1972, la peine de mort attaquée par Paul Lombard en 1976, l’acte d’infanticide de Véronique Courjault en 2006, le procès de Maurice Papon en 1997, la défense de l’épouse et des enfants du préfet Claude Erignac par Philippe Lemaire en 2009 : autant de moment marquant de l’histoire judiciaire retracée dans ce seul en scène. Des plaidoiries reconstituées grâce au travail du journaliste Matthieu Aron et interprétées remarquablement par Richard Berry qui leur redonnent vie.

Les 16 et 17 mars 2021, à Odyssud à Blagnac (31).

odyssud.com

Photo : © Celine Nieszawer

Montpellier à l’honneur au cinéma

Depuis plusieurs années, Montpellier sert de décor à de nombreux films. Deux longs-métrages tournés dans les rues de la ville devraient faire parler d’eux lors de leur sortie en salle en 2021.

Le premier, Deux de Filippo Meneghetti, a été sélectionné pour l’édition 2021 des Oscars dans la catégorie du long métrage international. Sa date de sortie en salle est, pour l'instant, encore inconnue.

Le second est l’adaptation de la BD Zaï zaï zaï zaï du dessinateur et auteur montpelliérain Fabcaro. Présenté en avant-première lors du Cinemed 2020, le film éponyme, tourné également à Montpellier, devrait emporter un large succès lors de sa sortie prévue le 28 avril 2021.

© Film Deux

Sète : les 20 ans du MIAM

Fondé en novembre 2000, le Musée International des Arts Modestes par les artistes Hervé Di Rosa et Bernard Belluc fêtera en 2021 ses 20 ans d’existence. Depuis, 43 expositions ont été proposées par le lieu rassemblant les oeuvres de 700 artistes français et internationaux de toutes générations, origines ou pratiques.

Les expositions du MIAM ont souvent été à l’avant-garde dans la divulgation de mouvements artistiques marginaux ou novateurs. 20 ans après sa création, le MIAM a gagné une réputation au plan international et continue de questionner les frontières de l’art contemporain.

Pour accompagner cet anniversaire, le MIAM a récemment annoncé qu'il devrait bientôt déménager dans un chai et multiplier par cinq sa surface d'expositions qui s'étalera alors à 5300 m2. Dans le cadre de ses 20 ans, le MIAM proposera également une publication en deux tomes consacrées à Bernard Belluc et à l’évolution du concert des arts modestes. Une exposition est aussi prévue.

miam.org

Photo : © Office de tourisme de Sète

Perpignan : Jacques Weber dans « Le Roi Lear » au Théâtre de l’Archipel

Au théâtre aussi l’actualité 2021 sera grande ! Parmi les pièces à ne pas manquer, la mise en scène du « Roi Lear » de Shakespeare par Georges Lavaudant.

Pour cette version, c’est l’acteur Jacques Weber et son imposante stature, qui endosse le rôle du roi. Il y interprète le vieux monarque aux apparences d’ogre emporté et aveuglé par sa puissance déchue.

Les 6 et 7 mai au Théâtre de l’Archipel, Scène Nationale de Perpignan (66).

theatredelarchipel.org

Photo : © Kim Weber

Nîmes : Sting et les autres de retour aux arènes

Dans le cadre de l’édition 2021 du Festival de Nîmes, les fans de Sting ont rendez-vous avec le chanteur le 4 juillet 2021. Un concert événement qui devait avoir lieu en 2020 et a du être repoussé en 2021 à cause de la pandémie. Le chanteur anglais n’est cependant pas la seule tête d’affiche du festival de musique actuelle qui a déjà annoncé de nombreuses dates.

Autres concerts à ne pas manquer

Les fans de rock pourront profiter de deux soirées autour des Foo Fighters (14 et 15 juin), ou encore assister au concert du mythique groupe Kiss le 6 juillet. La jeune génération n’est pas oubliée avec le retour sur le devant de la scène du groupe Sexion d’Assaut (23 juillet) mais également le concert d’Angèle le 24 juillet.

Suite de la programmation : festivaldenimes.com

Sète : célébration du centenaire de la naissance de Georges Brassens

En 2021, la ville de Sète mettra en avant l’une de ses figures les plus célèbres : Georges Brassens. À l’occasion du centenaire de sa naissance à Sète, de nombreuses festivités ont été programmées autour d’un thème cher au poète : la liberté individuelle. Expositions, conférences, spectacles et concerts, rythmeront l’année.

De expositions rassemblants écrits de l’artiste, photos, dessins de presse, un concert de Brassens dans toutes les langues, un parcours de sculptures immergées ainsi qu’une installation sonore dans la ville sont déjà prévus.

La majorité des événements se concentreront à partir de la deuxième partie de l’année avec en point d’orgue la date anniversaire du 22 octobre 2021 où une carte blanche a été donnée à François Morel (chanteur, acteur et chroniqueur) pour organiser un spectacle en collaboration avec le Théâtre Molière, Scène Nationale de Sète.

sete.fr

Montpellier : les 35 ans du Rockstore

Devenue l’une des salles de concerts les plus connues de Montpellier, le Rockstore fêtera à l’automne 2021 ses 35 ans d’existence. Si le lieu est fermé depuis le mois de mars 2020 à cause de la crise sanitaire, les deux gérants Antoine Winling et Stéphane Al Mallak espèrent bien fêter cet événement.

Rendez-vous le 6 octobre 2021 pour une soirée qui devrait être mémorable.

rockstore.fr

© Ville de Montpellier

|| Cahier Région Occitanie ||

Narbo Via et les métiers d'art en région

|| Point sur les chantiers culturels en Occitanie ||

Alors que les sites culturels resteront fermés jusqu'en février, l'année 2021 devrait voir de nombreux lieux ouvrir ou réouvrir leurs portes après de grands travaux. Les chantiers culturels en Occitanie se sont multipliés et l'année qui s'annonce sera celle de leur révélation au public. Au premier rang des ouvertures attendues dès le premier trimestre, le musée Narbo Via à Narbonne, récemment labellisé Musée de France. Il ne sera pas le seul à proposer de nouveaux espaces d'exposition ou de culture dans la région. En déroulant ci-dessous, découvrez toute l'actualité de ces lieux culturels : de ceux qui ont récemment ouvert leurs portes à ceux qui se révèleront au public en 2021, en passant par les musées qui se sont récemment lancés dans les travaux. Bonne visite !

Montauban : le musée Ingres-Bourdelle

Après trois ans de travaux, le musée Ingres Bourdelle a rouvert ses portes au public en décembre 2019. Il a cependant dû les refermer rapidement en mars 2020 en raison du confinement. Situé au coeur de Montauban, le lieu a été entièrement rénové par l’agence d’architecture Bach Nguyen. Réorganisation des espaces, nouvelle muséographie, un nouvel espace d’accueil et une augmentation des surfaces accessibles au public de 700 m2, autant de changements qui en font désormais un musée modernisé.

Ces transformations ont également permis une meilleure mise en valeur des collections. Désormais, les 4500 dessins, 44 peintures et le violon qui composent le patrimoine du musée sont répartis dans les étages et le sous-sol du musée. Au rez-de-chaussée, le public peut profiter des espaces d’exposition temporaires ainsi que de la librairie et de la boutique du musée. Seul musée au monde consacré à l’oeuvre du maître Ingres, le lieu propose également la plus importante collection d’oeuvres de Bourdelle de la région. 70 sculptures et une centaine de pièces graphiques permettent de parcourir toute l’oeuvre de l’artiste.

museeingresbourdelle.com

Photo : © Musée Ingres-Bourdelle

Toulouse : le Castelet, centre de mémoire

Le 29 octobre 2020, Toulouse inaugurait un nouveau musée : le Castelet. Installé au coeur de la prison Saint-Michel, le Castelet se veut donc un lieu de mémoire chargé de laisser une trace de l’histoire de cette prison de sa construction à nos jours à travers un parcours d’évocation et d’interprétation. Construite au milieu du XIXème siècle par l’architecte Jean-jacquet Esquie, elle est un témoin monumental et remarquable des réalisations humanistes nées de la réforme de la pénalité.

Pour donner une nouvelle vie à la prise, cinq espaces ont été pensés pour rendre compte de la meilleure façon de la riche histoire des lieux. Lors de la visite, le public pourra ainsi découvrir les différents métiers liés à la prison, témoins de premier plan de l’évolution du lieu. Autre témoignage essentiel pour comprendre l’histoire de Saint-Michel : celui des anciens détenus qui devaient trouver des moyens d’expression pour raconter l’enfermement. Graffitis, posters, cartes postales et panneaux d’affichage sont autant de supports utilisés pour exprimer le quotidien en prison. Le Castelet présente également une salle dédiée à l’architecture des lieux ainsi qu’un espace pour découvrir le rôle joué par la prison sous l’Occupation. Enfin, une dernière salle est dédiée aux destins singuliers de ceux qui sont passés par la prison Saint-Michel.

Inauguré le 29 octobre 2020.

facebook.com/LeCasteletToulouse

Photo : © Le Castelet

Narbonne : le musée Narbo Via

Dédié à l’histoire romaine de Narbonne, le musée Narbo Via devrait ouvrir ses portes dans le courant du premier trimestre 2021. Piloté par la Région Occitanie, le bâtiment offrira au public une plongée dans trois temporalités, trois lieux et trois histoires : le musée Narbo Via, les galeries souterraines de l’Horreum et le site-musée archéologique d’Amphoralis.

Au coeur du musée, 1000 oeuvres et objets seront offerts à la découverte des visiteurs. Au-delà du parcours permanent de nombreuses autres activités seront proposées : expositions temporaires mais également des ateliers, projections de films, nocturnes festives, découvertes des coulisses et des réserves du musée, visite des chantiers de fouilles sur le territoire. Également pôle de recherches archéologiques, le musée dispose d’un atelier de restauration et d’une salle d’étude pour les collections ainsi que pour le mobilier archéologique.

Autre lieu à découvrir : l’Horreum. Il s’agit de galeries souterraines construites au Ie siècle avant notre ère et situées à 5 mètres au-dessous du sol moderne. Les galeries de l’Horreum ont traversé les siècles moyennant divers remaniements et leur réutilisation partielle comme caves particulières. Avec les vestiges archéologiques du Clos de la Lombarde, l’Horreum est l’un des seuls monuments romains visibles et visitables au centre de Narbonne.

Enfin, situé à quelques kilomètres de Narbonne, Amphoralis est un ancien atelier de production d’amphores gauloises. Un musée sur le site permet de découvrir la vie quotidienne et l’activité des potiers qui y travaillaient.

Ouverture prévue ce premier trimestre 2021.

narbovia.fr

Photo : © Arnaud Späni - Narbo Via

Sète : le Conservatoire à Rayonnement Intercommunal Manitas de Plata

Confié à l’architecte Rudy Riccioti, grand prix national de l’architecture, qui a notamment réalisé le Mucem de Marseille et le Mémorial de Rivesaltes, le chantier du Conservatoire de Sète est désormais terminé ! Installé à l’entrée de la ville, le lieu offre un bâtiment de 6273 m2 répartis en trois espaces distincts : le pôle administratif, le conservatoire et l’auditorium. Trois espaces accessibles depuis l’atrium, qui, comme dans la conception antique, est le lieu de toutes les entrées.

L’auditorium, installé dans la continuité de la façade Nord du bâtiment, sera dédié à l’écoute d’oeuvres musicales, de l’interprète soliste à la formation chorale ou orchestrale et de certaines musiques amplifiées, assistées ou non par ordinateur. La salle d’un volume de 4000 m3 devrait atteindre un temps de réverbération de 2 secondes après correction acoustique et devrait accueillir certains événements tels que les auditions théâtrales et des projections. De l’autre côté de l’auditorium se dresse le Conservatoire. La lumière y joue une place centrale d’abord grâce aux façades vitrées, mais également grâce à deux patios de forme carrée de 105m2 chacun. Outre les salles servant aux cours, le Conservatoire dispose également d’une salle d’exposition. Dès l’ouverture du lieu, elle accueillera un premier accrochage de photographies dédiées à Manitas de Plata qui donne son nom au Conservatoire.

Ouverture prévue ce premier trimestre 2021.

agglopole.fr

Photo : © DR

Béziers : la Scène de Bayssan

Créé en janvier 2017 à l’initiative du Conseil Départemental de l’Hérault, Hérault Culture met en oeuvre de nombreux projets culturels. La Scène de Bayssan, à Béziers, est le lieu de diffusion principal des spectacles accueillis dans le cadre d’Hérault Culture.

Pour développer encore l’offre culturelle, la Scène de Bayssan accueillera en 2021 de nouveaux espaces de diffusion. Le lieu s’agrandira grâce à l’aménagement de trois nouveaux lieux : le théâtre Michel Galabru, l’amphithéâtre Claude Nougaro et enfin un chapiteau restaurant. Trois nouveaux espaces qui soutiendront un nouveau contenu culturel construit autour de l’identité méditerranéenne. Ainsi, une programmation variée sera proposée pour donner à voir la diversité de l’art. Du spectacle vivant à la musique à la danse, en passant également par le patrimoine ou encore les arts plastiques, tous les domaines artistiques seront représentés.

Ouverture prévue ce premier trimestre 2021.

scene-de-bayssan.herault.fr

© Département de l'Hérault

Cahors : le musée Henri-Martin

Fermé depuis 2016 pour une grande rénovation, le musée Henri-Martin de Cahors devrait réouvrir ses portes au public cette année. Lors de son inauguration, le public pourra s’attendre à découvrir un musée complètement transformé et tourné vers la mise en valeur de ses pièces les plus reconnues. Dédiées pour une grande part au peintre et décorateur Henri-Martin, les salles du musée ont été entièrement repensées pour mettre en valeur ses oeuvres comme le souligne Rachel Amalric, directrice du musée : « Aujourd’hui on multiplie par dix les surfaces d’exposition par rapport à l’ancien musée. On va pouvoir mieux mettre en avant les collections Henri Martin, notamment les grands décors. »

Parmi celles-ci, La Fenaison, une toile de 4 mètres par 7 mètres. Pour exposer cette immense oeuvre, les architectes Laurent et Emmanuelle Beaudoin, ont dû repenser l’aile Nord du bâtiment pour permettre un rehaussement des plafonds et offrir un espace suffisamment grand. Parmi les autres salles remarquables du musée, celle consacrée à Léon Gambetta mais aussi un espace pour mettre en valeur la statue du dieu Rongo, l’un des éléments inévitables de la collection du musée. Enfin, le musée proposera également deux salles dédiées aux futures expositions temporaires.

Ouverture prévue en 2021 (date en cours de décision).

cahorsagglo.fr

Photo : © Musée Henri-Martin Cahors

Céret : le musée d'art moderne

Inauguré en 1993, le musée d’art moderne de Céret devrait, lui aussi, rouvrir ses portes au cours de cette nouvelle année. Conçu par l’architecte barcelonais Jaume Freixa, à qui l’on doit la Fondation Miró de Barcelone et la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, le bâtiment bénéficie d’une architecture sobre et articulée autour de deux patios. Si la lumière et les espaces permettaient déjà une belle mise en valeur de la collection mais ils n’offraient pas un espace clairement dédié aux expositions temporaires.

Grâce au projet d’agrandissement qui devrait être finalisé courant 2021, 600 m2 d’espace pour la présentation des expositions temporaires devraient être créés ainsi que 500 m2 de réserves, d’ateliers, un espace dédié à l’accueil des scolaires et un belvédère offrant une vue sur la ville. Cet agrandissement conduira également à la réorganisation des espaces de l’actuel musée et au redéploiement de la collection permanente, dans un parcours muséographique didactique mettant en relief la place de Céret dans l'histoire de l'art.

Ouverture prévue en 2021 (date en cours de décision).

musee-ceret-expo.com

Photo : © Agence Faloci

Toulouse : le musée des Augustins

Depuis juin 2019, le musée des Augustins, ou musée des Beaux-Arts de Toulouse, a fermé ses portes pour travaux. Des opérations d’aménagement et de réfection étaient devenues nécessaires pour une meilleure accessibilité aux collections et l’entretien du bâtiment classé Monument Historique. Premier but des travaux engagés, une meilleure accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. La création d’un ascenseur, et l’installation de rampes dans l’église et dans l’une des salles gothiques permettra à tous de découvrir le patrimoine et les collections.

Second objectif de cette année de chantier : la rénovation des verrières datant du XIXe siècle. Ces dernières couvrent les salons de peinture et le centre de documentation du musée. Construites d’après les plans de l’architecte Viollet-le-Duc, elles souffraient d’un manque d’étanchéité à l’eau comme à l’air. Leur restauration était donc devenue indispensable, tant pour la sécurité des personnes que celle des oeuvres et afin de garantir la pérennité du patrimoine. Par ailleurs, certains salons du musée étaient déjà fermés au public depuis 2017 et 2018. La fin des travaux permettra donc leur réouverture et révèlera aux visiteurs toute la splendeur des chefs-d’oeuvre exposés au Musée des Augustins.

Réouverture prévue en 2021 (date en cours de décision).

augustins.org

Photo : © Musée des Augustins DM

Agde : la Villa Laurens

Véritable joyau architectural du début du XXème siècle, la Villa Laurens à Agde est en rénovation depuis 2015. Le résultat du travail mené sur différentes parties de la villa devrait être dévoilé dans le courant de l’année 2021. Edifice étroitement lié à son propriétaire, l’agathois Emmanuel Laurens, la villa est la somme des goûts de ce grand voyageur. La décoration des différentes pièces met en avant son goût pour les avant-gardes artistiques tels que le peintre Eugène Dufour, le décorateur Léon Cauvy ou encore l’artiste Eugène Simas.

Laissé à l’abandon pendant de nombreuses années, la villa Laurens est acquise par la ville d’Agde en 1994 puis classée aux monuments historiques deux ans plus tard. En 2003, c'est l’agglomération Hérault Méditerranée qui entreprend des campagnes de restauration d’envergure. Déjà en juillet 2015, la restauration du salon de musique avait été dévoilée, marquant le début de l’important chantier qui a suivi. Echelonnée en quatre phases, les travaux qui s’achèveront en 2021 ont concerné l’ensemble de la villa : de l’aile nord, où étaient situées autrefois les écuries, jusqu’au bâtiment central et les petits appartements d’Emmanuel Laurens qui abritent l’une des plus belles pièces de la villa : la salle de bain. Une rénovation quasi totale qui a permis de remettre à jour la beauté et la singularité de cet édifice véritable témoin d’une époque.

Réouverture prévue en 2021 (date en cours de décision).

agglo-heraultmediterranee.net

Photo : © Bertrand Ducourau

L’Hôtel Richer de Belleval à Montpellier

Erigé au coeur du quartier de l’Ecusson dans le centre-ville de Montpellier, l’Hôtel Richer de Belleval a été acquis en 2017 par des investisseurs privés et est rénové depuis par l’Atelier d’Architecture Phillipe Prost. À terme, le bâtiment accueillera un hôtel cinq étoiles de 20 chambres, membre du groupe Relais & Châteaux, le nouveau restaurant gastronomique Jardin des sens des chefs étoilés Jacques et Laurent Pourcel, ainsi qu’une fondation d’art contemporain : la Fondation GGL Helenis.

Créée par la société GGL et sa filiale HELENIS, cette Fondation d’entreprise a pour objet d’encourager la création contemporaine et de valoriser le dialogue entre art et patrimoine en investissant l’hôtel particulier par des interventions artistiques monumentales et pérennes et en proposant régulièrement des expositions temporaires et des événements culturels, au cœur du centre historique montpelliérain. Dirigée par Numa Hambursin, ancien directeur artistique du Carré Saint-Anne de Montpellier, la fondation a fait appel à plusieurs artistes pour imaginer des oeuvres qui font corps avec l’architecture du bâtiment. Dans le hall, l’artiste américain Jim Dine a ainsi pensé une fresque-mosaïque éclatante de couleurs. Sous la voûte de l’escalier, la plasticienne Marlène Mocquet déploie son univers peuplé de créatures joyeuses en céramique. De son côté, Jan Fabre propose, au plafond de l’ancienne salle des mariages, l’histoire du bâtiment et de la ville avec une série de blasons en élytres de scarabées. Enfin, les salles voutées ouvertes sur la place de la Canourgue afficheront des décors peints redécouverts pendant les travaux et restaurés par l’Atelier de Ricou. Ils sont complétés par une fresque à l’encre de chine évoquant l’Alchimie d’Abdelkader Benchamma.

Ouverture prévue en 2021 (date en cours de décision).

fondationggl-helenis.com

La Fondation Bemberg à Toulouse

Depuis le 1er décembre 2020, la Fondation Bemberg abritée dans l’hôtel d’Assézat à Toulouse, a fermé ses portes pour de grands travaux de restauration d’une durée de 12 à 14 mois. Le musée prévoit ainsi d’accueillir à nouveaux les visiteurs à partir du mois de février 2022. Ces travaux concerneront à la fois l’accueil du public et la muséographie.

Ainsi, la Fondation Bemberg prévoit de renforcer l’accessibilité des handicapés, de revoir l’ensemble de son système de climatisation nécessaire à la préservation des oeuvres d’art, la sécurité et l’installation technique du bâtiment doivent elles aussi être revues pendant le chantier. Enfin, le lieu a également annoncé la modernisation de son parcours pour le rendre plus attractif.

Réouverture prévue en février 2022.

fondation-bemberg.fr

Le Centre d’art Le Lait à Albi

Actuellement installé à l’Hôtel Rochegude à Albi, le centre d’art Le Lait (Laboratoire Artistique International du Tarn) fermera bientôt ses portes pour les rouvrir dans un nouvel lieu à l’horizon 2023. Ce sont les locaux de l’ancienne école Camille Claudel (photo ci-contre) qui accueilleront, à terme, la grande partie des activités du centre d’art. Créé en 1982, le centre d’art Le Lait permet à la fois le soutien à la création et la transmission de l’art contemporain sur le territoire albigeois. Des missions qu’il déploie à travers des actions de médiation dans les milieux scolaires, pénitentiaires, hospitaliers.

Le Lait organise également de nombreuses expositions tout au long de l’année. Des activités multiples qui trouveront leur place dans les futurs locaux puisque des espaces spécifiques seront pensés pour accueillir diverses manifestations. Ils devraient notamment permettre l’organisation d’expositions et événements tels que des conférences, concerts, lectures ou encore des projections. Autant de propositions qui devraient faire du Lait un centre d’art dynamique et largement ouvert au public.

Ouverture prévue en 2023.

centredartlelait.com

Photo : © Centre d'art Le Lait

|| Dossier - Coup de projecteur sur la société sétoise Art & Patrimoine ||

|| Notre sélection de rendez-vous en ligne ||

Montpellier : le musée Fabre dans votre canapé !

« Fabre dans mon canapé » est un site pensé par l’équipe du musée pour permettre à tous de découvrir certaines expositions temporaires depuis chez soi. Une version numérique du musée Fabre qui permet de visiter numériquement les collections permanentes mais également les expositions comme « Le Canada et l’impressionnisme », événement-phare de l’automne. Les visiteurs y trouveront également des récits, des documentaires, des supports pédagogiques ou encore des jeux et activités pour les plus jeunes.

Pour accéder aux expositions virtuelles : fabre.montpellier3m.fr

Photo : Clarence Gagnon, Le train en hiver (détail), v. 1913-1914, huile sur toile, 56x71. Collection Donald R. Sobey, photo MBAC.

« One shot » du chorégraphe Ousmane Sy diffusé sur Culturebox

Disparu soudainement le 28 décembre, le chorégraphe Ousmane Sy devait présenter les 12 et 13 janvier le spectacle Queen Blood au Théâtre Jean Vilar avec Montpellier Danse. Pour lui rendre hommage, la plateforme Culturebox propose la diffusion de sa dernière création : One shot. Un spectacle créé à l’occasion du festival Suresnes cités danse.

Pour visionner le spectacle : france.tv

Photo : Quenn Blood ©Timothée Lejolivet

Les concerts de Radio France diffusés à la radio et en ligne

Si Radio France ne peut plus accueillir le public, les enregistrements des concerts prévus continuent. Dans ce cadre, les antennes de Radio France diffuseront jusqu’au 15 janvier plusieurs concerts. Parmi les rendez-vous proposés, « La Truite » de Scxubert par David Fray (12 janvier), Quintette de Brahms par Quatuor Diotima (12 janvier), « Le songe d’une nuit d’été » de Mendelssohn (13 janvier), la musique chorale des Pionnières (14 janvier), le concert de musique de chambre de Philar’intime (14 janvier) ou encore « Babi Yar » par Matthias Goerne (15 janvier).

Rendez-vous sur les antennes de France Musique pour les écouter mais également sur francemusique.fr et Arte concert pour les voir !

Photo : © Radio France

Arles : l’exposition « Ma cartographie. La collection Erling Kagge » à la Fondation Van Gogh en vidéo

Alors qu’elle devait ouvrir ses portes au public le 3 janvier, la nouvelle exposition de la Fondation Van Gogh, « Ma cartographie. La collection Erling Lagge » est disponible pour tous en vidéo. On y découvre les oeuvres collectionnées par l’explorateur, écrivain et éditeur norvégien Erling Kagge. Une trentaine d’artistes sont ainsi présentés parmi lesquels Vincent Van Gogh et le tableau « Square Saint-pierre au coucher du soleil ».

Pour découvrir l’exposition en vidéo : vimeo.com

Photo : My Cartography : the Erling Kagge Collection, Fondation Vincent Van Gogh, Arles, 2020. © Fondation Vincent Van Gogh Arles. Photo: François De Laderrière

Les concerts en ligne de l’Opéra Orchestre National de Montpellier

Pour continuer à offrir au public de grands moments de musique, l’Opéra Orchestre National de Montpellier propose chaque semaine des rendez-vous inédits en ligne. Concerts en replay ou à voir exclusivement en ligne, podcasts : les propositions sont nombreuses ! Disponibles sur la chaine YouTube de l’Opéra Orchestre ou sur sa page Facebook, les contenus mêlent tous les genres, de l’opéra au concert symphonique en passant par la musique de chambre.

Retrouvez les vidéos sur YouTube ou Facebook.

Montpellier : les expositions de l’espace Saint-Ravy en ligne

S’il est toujours impossible de profiter des expositions de l’espace Saint-Ravy, ce dernier propose de découvrir ou redécouvrir ses expositions en ligne. Pour cela, rendez-vous sur sa page Facebook où vous découvrirez en réalité virtuelle les dernières expos qui s’y sont tenues. Parmi les artistes proposés : Kate Wyrembelska (voir notre article sur son exposition), Dimitri Cohen-Tanugi ou encore Camille Adra.

Pour découvrir les expositions en ligne : facebook.com/Espace-Saint-Ravy

Photo : © Espace Saint-Ravy, Kate Wyrembelska

Les concerts en ligne de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse

Depuis la fermeture des lieux culturels au public, l’Orchestre National du Capitole de Toulouse se mobilise pour proposer à son public des concerts en ligne. La formation propose régulièrement sur sa page Facebook et sur chaine Youtube des concerts inédits ou bien la rediffusion de spectacles enregistrés. Le chef d’orchestre Tugan Sokhiev ne manque pas d’imagination et propose des concerts originaux comme celui consacré aux musiques de films et diffusés en intégralité sur les réseaux sociaux.

Retrouvez les vidéos sur YouTube ou Facebook.

Photo : © Orchestre National du Capitole de Toulouse

|| Arts plastiques ||

par BTN

« Villa Villa » à la Collection Lambert à Avignon

Sous réserve de réouverture prochaine.

Pour la deuxième fois, et de façon prolongée, la Collection Lambert accueille le festival des résidences d’artistes proposées par ces trois institutions de réputation mondiale que sont la Casa de Velázquez, l’Académie de France à Rome, plus connue sous le nom de Villa Médicis et la Villa Kujoyama de Kyoto. 51 artistes seront donc présents, provenant des trois pays qui les auront accueillis, qu’il s’agisse de peintres ou de compositeurs, de spécialistes des arts visuels, d’écrivains, historiens de l’art, d’architectes ou graveurs, spécialistes des métiers d’art, photographes, graphistes, danseurs... bref une vingtaine de disciplines, toutes associées sous la thématique imaginée par Cécile Debray : les vies minuscules, d’après le livre à succès de Pierre Michon. L’exposition sera accompagnée de lectures et performances, et de projections diverses avec en particulier les paysages étranges conçus par Hugo Deverchère, les voix des rescapés du suicide de Blaise Perrin ou l’étude de la langue sifflée découverte aux Canaries par Marine de Courtes. La plupart des créateurs rendent hommage à la culture du lieu qui les a reçues. Luis Moreno et Anaïs Silvestro, spécialistes de l’art culinaire, étaient censées rendre hommage à l’or vert d’une île japonaise, Louise Sartor restitue cent vues de la villa Médicis ; Leticia Martinez Perez s’inspire des costumes et de l’art traditionnel espa- gnol afin de confectionner sa série de Contemporains Ridicules. La littérature n’est pas en reste : Nathalie Azoulai situe son roman familial intergénérationnel dans le Japon contemporain. Le compositeur Jona- than Bell s’inspire des Bosch, visibles au Prado. Les sujets brûlants de l’actualité sont évidemment omniprésents : les photos de Samuel Gratacap suivent les mésaventures d’Amadou, migrant en Italie. Alexandre Westphal travaille sur des archives mêlées à de la fiction revisitant les migrations franco-italiennes de l’après grande guerre. L’écrivain Sébastien Thiery prend pour thème les bidonvilles de Calais et les lois de l’hospitalité en général. Le musicien Etienne Haan prend en compte les incontournables lanceurs d’alerte. Anne Le Troter traite du thème des excuses publiques, qui seraient si bienvenues dans le contexte actuel. Le post colonialisme hante les esprits : Sammy Baloji plonge sa caméra hypnotique dans une usine de cuivre congolaise. L’écologique est présent dans les « proto-habitat » de Frédéric Barchelard et Flavien Menu. La dimension socioculturelle se retrouve chez Pauline Curnier Jardin, et son approche des travailleuses de la Nuit romaine. Et bien sûr la pandémie, comme le prouve la quarantaine vestimentaire, conçue par Jeanne Vicérial.

Au demeurant, les sujets ne sont pas exclusivement polémiques : l’historienne de l’art Sara Vitacca se penche sur la représentation du corps viril dans l’art italien. On tente des rapprochements audacieux : Native Maqari et Simon Rouby découvrent des similitudes entre la tradition guerrière des samouraïs et les codes d’honneur ancestraux du nord Nigéria. Flore Falcinelli essaie de conjuguer les techniques occidentales et extrême orientales des laques et vernis. Keke Vilabelda établit un trait d’union entre les sels d’Au- triche et ceux des mers ibériques. Le peintre Hugo Capron se passionne pour le japonisme. Isabelle Le minh pour son prédécesseur au Japon, James Lee Bryars. Les artistes tentent de renouveler leur acti- vité : Daniel Pescio s’ingénie à nous apprendre à écouter les parfums ; Emilie Rigaud tente de trans- former la calligraphie en typographie ; l’architecte Sara Kamalvand recherche les origines aquatiques de la ville ; le peintre Guillaume Valenti tire toutes les conséquences de la mise en abyme qu’il admire chez Velázquez. Les peintres et plasticiens sont d’ailleurs les plus nombreux : notre alésienne Mimosa Echard (Crac) et ses formes organiques ou végétales, fruits d’une étrange alchimie. Pierre Bellot produit une figuration tout à fait originale en s’appropriant les images du réel. Benjamin Mouly interroge les espaces des images. Le voyageur Thomas Andrea Barbey s’adonne à une intéressante expérience sur la lumière aveuglante de midi dans le sud. De même Justin Weiler à l’art de dissimuler tout en révélant, en l’occurrence le Palacio cristal et ses immortels aloe vera. Le graveur Clément Fourment nous plonge dans un monde enchanté à force de marionnettes et de pou- pées. Enfin, Katarzyna Wiesiolek dessine dans un es- prit plus intimiste. Terminons par la BD en 3D avec l’œuvre narrative de François Olislaeger... Une expo très riche, très variée dont on a hâte de découvrir la scénographie, éclectique, dont on mesurera la cohé- rence en ce début d’automne.

BTN

Jusqu’au 14 mars.

vivavilla.info

Photo : © Benjamin Mouly Collection Lambert

Bianca Bondi et Laurent Grasso au Parvis à Tarbes

Sous réserve de réouverture prochaine.

Ces deux expos, celle qui a lieu actuellement, et celle qui démarrera en mars, ont la particularité de s’appuyer sur des faits scientifiques : l’une en manipulant la matière chimique, l’autre en cherchant plutôt à faire parler l’invisible, les fréquences, les ondes et à leur donner en quelque sorte forme que je qualifierai de physique. Bianca Bondi occupe les lieux, par le truchement d’une œuvre que l’on peut dire immersive : sur le sol de l’espace d’exposition, l’artiste a disposé plusieurs cercles de pâte à sel dans lequel baigne de l’eau salée de Lourdes (ville religieuse, très proche, que l’on sait) et les ingrédients les plus hétéroclites qui peuvent à aller de simples végétaux ou minéraux à des éléments domestiques, à des solutions chimiques ou à du pigment, du cuivre, latex… L’ensemble forme comme un paysage singulier, fruit de l’alchimie des matériaux et de leur capacité de métamorphose sous l’effet de la dilution ou de l’érosion liée au sel. Cette réalisation s’est faite sur le mode empirique, les matériaux dictant la direction à prendre et à la capacité de l’artiste à les conjuguer, à la lumière du sel, dans sa dualité Protectrice/Corrosive. Certaines pièces sont suspendues. L’élaboration d’une telle œuvre, avec les surprises qu’elle crée, témoigne d’une volonté d’organiser une sorte de cérémonie chimique dont on nous offre le résultat, lui-même en perpétuelle transformation. La pâte à sel joue le rôle de cadre à l’intérieur duquel s’opère le travail de la matière, orchestré par l’artiste.

Laurent Grasso préfère s’exprimer par l’image, la sculpture, la peinture. L’image en mouvement aussi dans ses films, quand des sphères de son invention nous font pénétrer des lieux sacrés, inoccupés, dont il espère bien extraire scientifiquement le mystère (en captant leur ondes par ex). Nous sommes plongés dans un univers intemporel, hanté par la présence extra terrestre de ces sphères mobiles comme des drones. Les sculptures de Grasso s’inspirent souvent de machines fabriquées par des savants pour émettre des fréquences, dont on peut toujours se demander si elles ont ou pas un certain pouvoir sur le corps et l’esprit du visiteur. N’a-t-on pas dernièrement cherché à étudier le cerveau en activité des moines en lévitation ? Des sculptures murales sollicitent des animaux aux vertus magiques telle la chouette ou la raie, productrice de vibrations électriques. On sait aussi combien Laurent Grasso s’est plongé dans la peinture passée, renaissante, afin d’y introduire des signaux du présent, à l’instar de ses sphères justement. On a pu le voir également s’intéresser au néon pour sa transparence et sa capacité à exhiber la circulation des gaz. Il faut se souvenir de toutes ses données pour aborder toutes ces pièces auxquelles il nous confronte et qui sont rassemblées par une unité de pensée, dont on doit dire qu’elle s’avère fascinante dans sa partie filmique, intrigante dans ses composantes picturales et sculpturales. Elles ne sauraient laisser indifférent.

BTN

Jusqu’au 13 février pour l’expo Bondi, jusqu'au 10 avril pour Grasso.

parvis.net

Photo : ©DR

Danielle Riede au Centre Walter Benjamin à Perpignan

Sous réserve de réouverture prochaine.

Les habitués de Mrac ont sans doute remarqué, parmi les Collections permanentes, une œuvre picturale qui tranche par sa singularité. Elle est formée de résidus et croutes de couleurs, récupérées dans des ateliers du monde entier, collées au mur de telle sorte que celui-ci joue à plein son rôle de support et se déployant en lignes incurvées, non sans reliefs et forcément avec couleurs. On peut y voir un dépassement et un rabattement du geste duchampien vers la peinture, puisque la récupération de ces gouttes plus ou moins épaisses peut être considérée comme du ready-made mais d’une qualité particulière car émanant de travaux picturaux d’artistes - et non d’un simple détournement d’objet manufacturé. Cette œuvre était signée par l’américaine Danielle Riade et c’est cette même artiste dont on pourra voir un ensemble d’œuvres au Centre Walter Benjamin, de Perpignan. La torsion ou le mouvement de rotation que Danielle Riede fait subir à ces sortes de bas reliefs hauts en couleur se retrouve dans ses toiles, pour lesquelles le corps joue un grand rôle. En fait, il semble que cette artiste a retenu la leçon de son pays d’origine, où naquit jadis l’action painting des années 50 et 60, sans doute aussi des peintres du all over et du color-field. Son originalité tient d’une part à ce qu’elle a carrément singularisé et remodelé leur pratique à la lumière de son activité de danseuse, la deuxième que sa façon particulière de reconduire indéfiniment les limites du tableau peut rappeler la pratique minimale du premier Franck Stella mais assouplie, démultipliée, baroque et sans le rejet de la couleur. Duchamp, l’action painting, Franck Stella… on voit combien la peinture de Danielle Reade prend l’histoire à bras le corps avant de la faire sienne. On peut aller plus loin : si ses peintures, qui accumulent des strates colorées, juxtaposées, peuvent rappeler les merveilles de l’univers minéral pour peu que l’on s’évertue à le regarder par la tranche, ou même les divers âges d’un tronc d’arbre débité, elles peuvent tout aussi bien renvoyer à la vie trépidante de grandes villes mais qui en seraient plus soumises au diktat de l’angle droit. L’aboutissement de ses stratifications dégage d’ailleurs une forme ultime, vers le centre du tableau et qui ne serait pas dénuée d’allusions sexuelles. Le langage pictural de Danielle Riede évolue donc quelque part entre allusion figurative, symbolisme abstrait et abstraction pure, confirmant les intuitions que Michel Butor avait formulées à propos des rapports des derniers tableaux de Mondrian avec la ville de New York ou ceux de Rothko avec le besoin de recueillement et de silence dans cette même ville, incarnation de la ville en mouvement. Toujours est-il que dans sa recherche d’un langage commun, l’art de Riede dépasse les frontières et se veut universel, citoyenne du monde et non d’une seule nation, d’une seule communauté, arc-boutée sur ses valeurs égoïstes et trop souvent expansionnistes ou impérialistes. Les artistes ont la bougeotte. C’est là leur moindre défaut. Mais ils ont aussi souvent la préscience de notre avenir. Chez Danielle Riede il commence dans l’atelier des autres et sur la toile…

BTN

Jusqu’au 28 février.

mairie-perpignan.fr

Photo : © Danielle Riede

Frédéric Léglise et invitées au Centre d'art contemporain ACMCDM à Perpignan

Sous réserve de réouverture prochaine.

Les japonais ont Nobuyushi ou encore Akari, nous avons Léglise, un artiste qui ne cache pas son attirance pour le corps au féminin, notamment juvénile et d’un exotisme asiatique». Ses Nus actuels nous offrent le plus souvent des jeunes femmes dans les postures alanguies que l’on prête en général à la peinture qui ne renie pas l’érotisme sous prétexte de morale ou de supposée provocation. L’artiste part de photos et cherche à restituer la réalité de manière fidèle sauf que s’y ajoute la matière, un autre type de sensualité, et l’image prend tout de suite une autre dimension, une autre épaisseur, un autre sens. Les modèles semblent jouer le jeu et s’abandonner à la recherche scrupuleuse de l’instant où l’expression faciale et corporelle produira autant qu’un clic un déclic. Peu nous importe le contexte réel : Léglise efface sur la toile, en quelque sorte, il dé-peint, tout ce qui détournerait la focalisation sur son modèle si bien que le fond semble neutre ou carrément abstrait. Ne demeurent, pour étoffer ou habiller les corps, que certains accessoires : les sous-vêtements ou chaussures, dont il accentue le caractère décoratif, ou autres objets que l’on croit pervers tels que la ligature, matière à fantasme s’il en est. Privées de supports, les créatures semblent flotter, l’ambiguïté entre la pose debout frontale et allongée sur un support, en contreplongée absolue étant explorée ici avec bonheur. La tonalité dominante est le rose, bien en harmonie avec le thème de la chair que je déclarerai fraîche, sans y attendre malice. Car Léglise choisit délibérément la vie, ses plaisirs charnels et pourquoi pas picturaux. Le corps est un motif inépuisable de surprise et de singularités. L’érotisme c’est l’approbation de la vie jusque dans la mort, a dit un écrivain. Léglise a pris si l’on peut dire conscience du problème, si je puis m’exprimer ainsi. Dans un contexte bougon et pessimiste, sa production tranche avec les stériles soubresauts d’un esprit critique qui aurait dans l’aventure égaré tout esprit. Il sait aussi cultiver la part la plus sombre de sa personnalité en pratiquant l’autoportrait sans concession, où il part en quête de ses propres monstruosités et où il recourt aux mots et aux images.

Pour cette expo, il a invité plusieurs artistes originaires de Chine, du Japon ou de la Corée, pour la plupart installé en France où elles firent leurs études. Ainsi ont-elles pu expérimenter le métissage des cultures. Elles sont huit, qui s’adonnent un peu à tous les styles : Chon Sujin peint son corps de manière très réaliste, sans concession, en recourant à des produits de maquillage, si prisés dans sa Corée natale où la chirurgie esthétique a de beaux jours devant elle. A l’inverse, Kanaria invente un univers flottant, à base de mythes, célébrant les merveilles animales ou florales dans des tons pâles, oniriques. Liu Mengpei demeure fidèle à une représentation énergique du paysage, apaisé ou tourmenté, dans un esprit expressionniste tandis que Lee Dahye semble évoluer dans une abstraction, minérale ou végétale, qui ne renie ni la couleur ni les jeux de transparence ou de lumière. Si chaque artiste développe un art singulier, on ne peut évidemment s’empêcher d’établir certains rapports avec l’œuvre du maître, qu’il s’agisse de la fascination pour le corps ou pour le choix de la palette colorée voire pour l’esprit vitaliste qui préside à cette exaltation délibérée des sens. Wang Jojo semble elle aussi pratiquer le portrait, quelque peu idéalisé, jusqu’au rêve ou au fantasme, alors que Inhee Ma traite du corps dans toute l’étendue de sa matérialité et des possibilités offertes par la peau notamment. Stella Sujin fait confiance à la légèreté de l’aquarelle et à la tradition de la céramique pour traiter de la vulnérabilité humaine, de la sexualité, ou du sort des animaux. Agako David-Kawauchi, passionnée par le thème de la petite fille, recourt au fusain et à la pierre noire sur toile pour concevoir une fresque quelque peu primitive sur la vie, l’amour, la mort, donnant sans doute un peu de gravité à cette sélection. Léglise a bien compris que le XXIème siècle serait sans doute asiatique… C’est ce qu’il nomme, avec humour, l’Asian connection…

BTN

Jusqu'au 28 mars.

acentmetresducentredumonde.com

Photo : © Frédéric Léglise

« La distance ardente » / « La vie dans l'espace » au MRAC à Sérignan

Sous réserve de réouverture prochaine.

Ces deux expos hivernales sont reliées d’une part par le dialogue, avec un continent pour la première, avec les œuvres du musée de l’autre. L’une parle de distance, sans doute à réduire, entre deux continents, l’autre d’espace, à travers une scénographie qui choisit, associe et classe en compartiments spécifiques.

La première sollicite surtout le Maroc, sans doute plus à la pointe que les autres, de par sa proximité, de son passé et son avancée culturelle de notre pays mais aussi l’Egypte et l’Afrique noire. Cinq thèmes, à l’instar d’une main de fatma, structurent l’espace : l’oralité augmentée, Economie et fabulation, Archivage d’histoires imaginaires, Fiction et mouvements non autorisés, Système de désobéissance enfin. A y regarder de plus près, on s’aperçoit que trois fils conducteurs traversent les œuvres de ces artistes : le corps, les migrations, la mixité possible malgré l’identité. Le corps des ouvriers pour Mustapha Akrim, celui des militaires pour Mohamed Aredjal, celui des anciens soldats de la mémoire coloniale pour Diadji Diop. Zainab Andalibe reproduit au fil de laiton le parcours des migrants, alors que Hassan Bourkia réserve tout un espace à sa représentation du camp de Rivesaltes, à quelques encablures de Sérignan. Fatiha Zemmouri célèbre les vertus du désert, miniaturisé, et ce qu’il nous apprend sur la condition humaine et esthétique quand Khalil Nemmaoui réfléchit sur la notion ancestrale de transhumance. Enfin, Mariam Abouzid Souala recourt à la grande peinture, très réaliste, afin de dédramatiser le supposé choc des civilisations, au nom d’un destin commun, tandis que Moataz Nasr se veut observateur des transformations du monde tout en conservant des références traditionnelles. De ce point de vue, Simohammed Fettaka se réapproprie les objets et symboles de la culture marocaine, Hicham Ayouch se lançant dans une quête de son passé marqué par une identité.

La deuxième enrichit notre perception du fond muséal par sa mise en perspective liée au thème spatial., d’une part, de la confrontation des œuvres face à un vis-à-vis inédit de l’autre. On peut dès lors parler de recréation, opérée par la commissaire, Jill Gasparina. L’expo consiste en une série de compartiments évolutifs : de la gravité zéro avec des œuvres en apesanteur (Nicolas Chardon, Marion Barush)… à l’Exoplanète (tapissée de mots muraux d’Huz et Bosshard, servant d’acrin à un monolithe de Didier Marcel ou au géant en alu peint de Sarah Tritz) en passant par le lab (le cabinet d’art graphique transformé en labo et ses Mac Callum, Flexner, Fontcuberta, Susplugas, Dietman, Holler etc.) ou la Cabine de l’astronaute et ses dizaines d’images souvenirs, (d’El Hanani à Pencréac’h, Di Rosa, Messagier…). A chaque visiteur de chercher le rapport au thème, qu’il s’agisse de la solitude du Rover sur Mars ((extraordinaire installation de Jessica Stockholder) ou du Souvenir de la bonne terre, (et la bonne vieille mer bleue, monochrome, signée des Gâchons, entourée de avec ses images du cru de Depardon ou Claire Tenu). Comment par ex peuvent cohabiter, lors d’une Sortie Extra véhiculaire (EVA), les œuvres antagonistes de Vera Molnar, évolutives et simples, les petits monochromes d’Aurelie Nemours et la figuration narrative, très habitée, de Fromanger. Ou un volume de Mosset voire un tableau de Spescha, très minimalistes et radicaux, à proximité d’un tableau pneumatique de Stampfli, relatives à l’architecture interne du vaisseau spatial. La Cabine de l’astronaute, un véritable cabinet d’amateurs, permet de jouxter de nombreuses pièces dont certaines avaient été peu montrées : on est un peu dans l’hétéroclite mais après tout il faut de tout pour faire un monde, a fortiori un microcosme. Ainsi Crumb et Topor voisinent-ils avec Messagier et même avec notre Frédéric Khodja, jusqu’à présent peu montré. Au bout du compte, on revisite ainsi bien des artistes ayant eu l’honneur d’occuper temporairement les lieux (Isabelle Cornaro, Tatiana Trouvé, Erro…) tels qu’ils sont aujourd’hui ou tels qu’ils étaient hier (Erik Dietman) et tels qu’ils demeureront pour longtemps (Bruno Peinado sur la façade) ou dans notre souvenir (Dado, Piet Moget). Il serait fastidieux de répertorier tous les artistes dés-inhumés et prêts pour ce voyage dans une seconde vie (de Carsten Holler et ses oiseaux manipulés, aux chats figurés par Séchas en passant par des figures internationales – Turell, Morellet, Fischli et Weiss – ou plus nationales voire régionales – Dezeuze , Di Rosa, Viallat - mais aussi la très prometteuse Mimosa Echard, ou la médicamenteuse Jeanne Susplugas (cf. article dans ce numéro). Un voyage donc dans l’espace mai aussi dans le temps passé, les œuvres conservées et retrouvant leur vie dans l’espace du lieu remodelé.

BTN

Jusqu’au 9 mai pour Distance ardente et jusqu’au 13 juin pour La vie dans l'espace.

mrac.laregion.fr

Photo : ©DR

Gaëlle Choisne à Lattara Musée Henri Prades à Lattes

Sous réserve de réouverture prochaine.

Le musée archéologique de Lattes s’offre chaque année un temps de modernité et de créativité avec l’invitation d’artistes venus s’insérer ou se confronter au cœur des collections. Normande mais d’origine haïtienne Gaëlle Choise, s’avère tout à fait dans son élément en cette édition 2020 : elle incarne, par sa personne et par ses réalisations, cette notion d’hybridité qui caractérise une telle cohabitation, que l’on espère symbiotique, entre le passé lointain, ici antique, et une actualité qui elle-même ne peut se distinguer radicalement des origines, de l’histoire et d’une culture duelle. Non seulement Gaëlle Choisne a fait entrer un peu de la luxuriance exotique dans les objets sous vitrines, sagement alignés, mais elle a maculé toutes les parties vitrées de jaculations siliconées, reliques de mégots coloniaux et de pièces de monnaie qui sont comme des façons de oindre lesdits lieux, temporairement, d’une présence envoutante. Cette exposition, Défixion, se place en effet sous le signe de l’envoutement, pas de celui que l’on prête à des gourous réduisant leurs victimes en esclavage, plutôt une incitation à retrouver le respect de la nature et l’acceptation du métissage comme une donnée naturelle, imprescriptible.

Le parcours que nous offre l’artiste est ainsi empreint de maintes surprises : il suffit de lever la tête pour passer sous une espèce de végétation, ou encore de filet en caoutchouc, qui pourrait vite nous capturer/captiver en situation réelle (heureusement l’art favorise la donnée fictionnelle, ainsi que le suggère le titre par homophonie) ; de baisser les yeux vers le sol pour reconnaître des huitres géantes, reconstituées en bronze blanc, desquelles surgit une perle d’espoir, de celle dont les humains font leur parure, sans savoir qu’elles rejoindront un musée de type archéologique (l’huitre est, en sus de son caractère accueillant, sans doute un symbole féminin très ritualisé); ou encore des fruits exotiques en bronze devenus symboles de l’écologie dé-coloniale ; de regarder du côté d’une baie vitrée pour apercevoir une sculpture vaguement anthropomorphique, incarnant manifestement la fécondité mamellaire, laquelle désigne l’extérieur cad justement le site antique et le port qu’il recouvre à présent; de jeter un œil du côté des murs pour y repérer un quadrilatère en ciment posé verticalement au sol et sur lequel des photographies de ruines anciennes ont été imprimées, grâce à une étrange alchimie saline. Pourtant, ce sont les suspensions à force de chaines renvoyant sans doute à l’esclavage et la colonisation, voire la dictature, qui frappent l’attention. Ils entourent des éléments naturels tels des bois récupérés ou des coquillages reconvertis, des artefacts donc, souvent assortis d’un verrou à clé et font penser à des ex-votos censés nous ramener au droit chemin de l’équilibre et du respect des choses et des êtres, des cultures et des mélanges bénéfiques. Une sculpture tranchée, multipliant les clous, exhibe sa partie concave et sa partie convexe, le clou renvoyant au supplice ou à la coercition évoquée par le titre. Bien des objets jouxtent, dans les vitrines, les anciens : cette main aux ongles bleutées et qui signifie le don. En fait Gaëlle Choisne a multiplié les interventions, de grand, de moyenne mais surtout de modestes dimensions, et même les gestes minimaux (les jaculations) de telle sorte que l’hybridité ne soit point vain artifice mais que la symbiose demeure évidente entre les Collections et ses interventions objectales, qu’elle qualifie elle-même d’archéologie du futur. L’occasion de surcroît de découvrir une artiste que nous avions déjà repérée pour 100 artistes dans la ville et lors de la dernière biennale de Lyon. Terminons par cette bouteille de rhum, cassée et reconstituée comme on se constitue une identité nouvelle des débris du passé. Manière aussi de montrer que malgré les distances, spatiale et temporelle, les chemins du rhum peuvent faire escale à Rome et apparenté…

BTN

Jusqu’au 5 avril 2021.

museearcheo.montpellier3m.fr

Photo : ©DR

Jean Hugo au musée Médard à Lunel

Sous réserve de réouverture prochaine.

Ce petit musée voué au livre et à la bibliophilie a choisi en cette période de Noël où nous avons bien besoin de réconfort, un enfant adopté non du pays mais adopté par sa ville d’adoption, aux portes de la Camargue qu’il aura tant aimé illustrer. Jean Hugo en effet, malgré ses farouches admirateurs et partisans, demeure trop méconnu du grand public alors que son œuvre est entièrement tournée vers l’optimisme, la foi en une vie spirituelle qui nous consolerait des travers d’ici-bas, vers une regard émerveillé, tel celui d’un enfant sur le richesses que contient celui-ci, pour peu que l’on se donne la peine de les regarder. Son œuvre, qu’elle s’exprime par la gouache, la tempera ou les divers multiples (gravure, sérigraphie, litho) frappe par son apparente naîveté. En fait, la simplicité cache et révèle ses surprises. Dans ses paysages, les maisons ont le caractère cubique des expériences de Braque et Picasso, la silhouette des arbres n’est pas si éloignée des motifs de Matisse, la forme des zones de verdure pourrait se révéler abstraite. Jean Hugo était plus moderne que l’on ne pourrait le croire. Exilé au Mas de Fourques comme pour fuir la vie parisienne, il n’en entretenait pas moins des relations avec des personnalités mondaines telles que le grand poète du début du XXème, Max Jacob, dont il a illustré Le cornet à dés ; de même qu’il a œuvré de concert avec Louise de Vilmorin pour un Alphabet des aveux, dont on réalisera après coup le caractère précurseur (notamment des expériences de L’Oulipo) ou le plus mondain des mondains Jean Cocteau. Le musée Médard a sérié un certain nombre de thèmes ( La paix verte, Complicités, Le goût du livre, Création et Foi…) permettant de se familiariser avec cette personnalité attachante qui, plusieurs décennies avant notre actuel confinement, traçait sept cercles autour de Lunel et en parcourait un par jour, y puisant tout ce qu’il faut au peintre pour se sentir habité, qu’il s’agisse des carrières de Junas ou des métiers de la vigne, a fortiori des chevaux blancs et de leurs gardians camarguais. En bon lecteur, et c’est une autre raison de retrouver Jean Hugo dans ce paradis bibliophilique, et en lecteur classique, Jean Hugo peuplait ses tableaux et dessins de créatures mythologiques, masculines ou féminines, centaures et licornes, nymphes et faunes. Le rêve, l’imagination était donc la suite naturelle de ses représentations enfantines de l’environnement. Même si Jean Hugo eût pu se prévaloir aussi de collaborations avec René Char ou de ses illustrations de Maurice Scève, de Racine, il serait dommage de passer sous silence sa complicité avec l’alésien et éditeur de livres d’artistes, Pierre-André Benoit, avec qui il a réalisé une cinquantaine d’ouvrages dont les Actes présumés de St Alban de Nant, dont on pourra découvrir les planches gravées et qui mériteraient à elles seules une étude approfondie. On pourra ainsi découvrir tous ses ouvrages bibliophiliques, et les Fables de la Fontaine réalisées par sa fille Marie Hugo, alors que son père était dans l’incapacité de mener à bien son projet. Bien d’autres découvertes encore de cet arrière petit-fils du grand Victor dont il a hérité la passion des livres, l’immense culture, la foi obstinée et la relation fusionnelle avec la nature. Un univers dans la main, titre de l’exposition. Plus modestement, Vincent Dezeuze, l’inébranlable animateur de la maison de la gravure à Castelnau, proposera ses nymphéas réalisé à partir de papier journal collé, à partir d’un herbier emprunté à l’institut botanique régional.

BTN

Jusqu’au 14 avril.

museemedard.fr

Photo : ©DR

Jeanne Susplugas à l'hôtel Sabatier d'Espeyran à Montpellier

Sous réserve de réouverture prochaine.

Ce satellite du Musée Fabre, l’hôtel Sabatier d’Espeyran, est le temple du bon goût à l’ancienne avec ses pièces surchargées d’objets plus décoratifs que fonctionnels et de meubles comme l’on n’en fera sans doute jamais plus. Des céramiques, statues, éléments d’orfèvrerie, témoignent d’un art de vivre des 18 et 19ème siècles et que l’on appelait péjorativement bourgeois ou dit aristocratique. C’est pourtant de ce côté-là qu’il faut chercher ce qui demeure beau, l’art prolétarien n’ayant pas brillé par son sens de l’esthétique. Toujours est-il qu’à l’occasion des 800 ans de la création de notre prestigieuse faculté de médecine Jeanne Susplugas, d’origine montpelliéraine connue pour son exploration des ambigüités de la médecine, des dangers des addictions et des conditions d’une aliénation sournoise, a été invitée à se glisser dans les rares espaces laissés vacants par le pléthore d’objets. L’artiste a utilisé un peu tous les moyens qui lui sont habituels : l’installation et la confection d’objets en général, la photographie, la vidéo, le dessin essentiellement. Cela va des médicaments en céramique près des coupes de fruits (en référence à la nature morte) à une maison qui vole et déborde d’objets, soulignant l’aliénation à un modèle social ; d’un dessin au crayon d’arbre généalogique à une collection de flacons à étiquettes délivrant un message satirique ; d’une vidéo, dans une maisonnette en plastique, recélant des images d’un bain d’anxiolytiques dont l’héroïne a du mal à s’extraire, à un autoportrait photographique où la coiffure écartelée métamorphose le sujet… Le plus spectaculaire : la maison malade, comprenez une cabanette en plexi transparent, assez imposante et en contraste avec le caractère cossu des objets environnants, rivalisant de profusion et vomissant des boites en surnombre, chacune garante d’une histoire. Comme quoi la maison est bien le lieu de l’enfermement sur soi-même, des petits drames qui peuvent finir en tragédie, ou du moins en roman familial. Au sol, dans la dernière pièce, un bulldozer miniature écrase des gélules à taille normale. Chaque salon réserve ses surprises : une pilule en cristal, sectionnée en trois morceaux ; des portraits photographiques de tous âges et origines exhibant à pleine langue le comprimé calmant ; des ampoules plongées dans le liquide, une impression en accordéon, des dessins en référence au cerveau, des neurones concrets comme échappés de la boîte crânienne… Des photos, beaucoup de photos introduites discrètement là où on ne le attendait pas, confondues avec les choses, comme disait Pérec et accentuant leur prospérité repue. Jeanne Susplugas a manifestement joué la carte de la saturation, de la surdose, afin de mêler à ses interventions un contenu qui soit un peu son message. Nous sommes malades d’addictions de tous ordres qu’elles désignent les engouements, des passions futiles, des anxiétés nocives, des incapacités d’adaptation ou l’attachement excessif aux choses de ce monde – et peut-être même aux choses de l’art. L’enseigne au néon nous prévient dès l’entrée : l’artiste nous propose des « distorsions ». La visite à laquelle elle nous convie ne se veut pas apaisante. La réalité des intérieurs n’est pas toujours celle que présente un extérieur à la façade rassurante. L’intérieur est tout autre, déformé. Une paire de chaussures enveloppé de plastique nous prévient : laissez vos préjugez à l’entrée. La production de Jeanne Susplugas se veut un antidote, un avertissement, une révélation : ce sont de ces distorsions-là qu’elle nous entretient.

BTN

Jusqu’au 31 mars.

museefabre.montpellier3m.fr

Photo : ©DR

« Ressentir tous les jours » et «Technique de résistance » à Mécènes du Sud à Montpellier

Cette exposition dépend étroitement d’un atelier de réflexion mené par un collectif lié au milieu de l’art à l’instigation de Rachèle Borghi, universitaire et ctiviste bien connue de la scène post-porno. Cette performance, Corps vif de l’expo, aura abouti à la conception d’un écosystème mettant en évidence les notions de soin et d’interdépendance, tout en révélant de multiples formes d’émotion ou d’être, que les œuvres sont censées révéler. On pourra s’en assurer grâce à un dispositif, à l’attention des visteurs, dès le rez-de-chaussée. Le concept qui préside à l’exposition proprement dite semble complexe mais le public sera confronté à des œuvres, et libre à lui, à partir d’elles, de poursuivre la réflexion et d’approuver les partis pris de Rachele Borghi, artiste elle-même, créatrice de collages d’archives en forme de cœur, invitée de la curatrice Veronica Valentini, comme on dit aujourd’hui. Passons aux œuvres : Le documentaire fort dérangeant, Yes we fuck, sur la sexualité des personnes en situation de handicap, physique ou mental, sera l’un des points forts de ce projet actualisé. On voit se concrétiser les intentions des organisatrices avec l’œuvre d’Anne-Laure Fanchette, et qui se déclare ouvertement Prescription. On sait (CACN) qu’elle récupère des herbes souvent dites mauvaises, en milieu urbain pour les emprisonner dans des maisons de résine, comme pour les protéger et en préserver la vivacité roborative. La société de consommation semble l’une de ses cibles. Il en va de même de ces arbres morts auxquels elle apporte les plus grands soins sans négliger de les orner de verreries décoratives. La séance de dissection féminine, peinte sur tissu par Laure Charles, nous rappelle combien les pratiques de la science virile sont ou ont pu être violentes et peu respectueuses des identités et intimités. Laure Charles les féminise en remplaçant les personnages de chirurgiens, ou de « pharmaciste » savant, stylisés à l’extrême. Hélena Vinent effectue des captures d’écran toujours orientée sur la manière dont le corps est dominé, fût ce à son insu, par des mécanismes de pouvoir insidieux qu’il s’agisse de celui imposé par la technologie scientifique ou plus simplement par des activités innocentes comme le simple fait de danser en rythme. Malentendante, elle montre la difficulté de s’adapter à la nos moyens techniques sans l’aide d’appareils prothétiques et futuristes. Lizette Nin choisit le principe de l’herbier comme pour préserver les ces plantes que nous savons si bien exploiter, et qui parfois se défendent si bien de notre rapacité. En l’occurrence, elle plonge dans sa culture dominicaine afin de revisiter l’esprit de ses ancêtres, malmenés, en accord inédit avec la nature et en conservant la force de résistance. Jacopo Miliani évoque le désert en vidéo, en s’inspirant en particulier de Pasolini et de l’australien d’Elliot. Il mêle des images du film Théorème, et de Priscilla folle du désert, à des corps isolés, et les conjugue à la sémantique des gestes ou des signes. Le chilien Raoul Hott invite à suivre des expériences à but thérapeutique, cherchant à revigorer notre force vitale, à ressusciter nos capacités d’émotion, à éprouver les surprises de l’intimité des couplesi. Julia Gorostidi, enfin a conçu, en 3D, une étrange osmose entre la peau et des corps étrangers inspirés du langage et de ses multiples signes de ponctuation, en l’occurrence celui de l’affiche, lesquels font en général respirer le texte. L’image est imprimée sur des drapeaux qui s’ouvrent aussi vers l’extérieur et invitent à sentir/ressentir, ainsi que le propose le titre. Comme souvent à Mécènes, c’est l’art de demain qui est en jeu, aussi est-on quelque peu dérouté. Il faudra pourtant faire un effort et s’y habituer car ces expériences collectives, cet emprunt permanent de l’art à des domaines qui lui semblent extérieurs (science, écologie, politique, ethnologie, linguistique, théorie de la sexualité, stages et même SF, BD… autres arts etc.) relèvent de ces tendances vers l’hybridité vers lesquelles l’homme de l’art se destine. Et sans doute l’humanité entière, tous sexes confondus. Quant à lé résistance, les œuvres de ces artistes ne l’expriment que trop. On a toujours raison de résister. Cela prouve que l’on est libre.

BTN

Jusqu’au 21 mars.

mecenesdusud.fr

Photo : ©DR

Collection Cranford à l'Hôtel des collections / MO.CO. à Montpellier

Sous réserve de réouverture prochaine.

Cette collection anglaise, dont on attendait beaucoup, tient ses promesses, d’autant qu’elle se veut pédagogique en mettant l’accent sur la première décennie du nouveau millénaire et présente les oeuvres chosies par les commissaires selon une perspective historico-chronologique qui ne manque ni de pertinence ni d’intérêt. Le fameux grand public, dont on s’inquiète tant, et qui se plaint de ne pas toujours tout saisir des enjeux de ce qu’on lui donne à percevoir, en aura en tout cas pour ses neurones. Les œuvres diverses présentées lors de cette sélection, que l’on peut qualifier de mise en abyme, (des choix dans d’autres choix) se trouvent en effet confrontées aux événements marquants, innovations technologiques, découvertes scientifiques majeures ou faits culturels des années 2000-2010. Les artistes britanniques (Glenn Brown…) mais surtout les allemands (Kai Althoff, Rosemarie Trockel… ) et les américains du nord (Wade Guyton, Edward Ruscha) ou du centre (Gabriel Orozko) se taillent la part du lion. On déplore la quasi-absence des français (même si Thomas Hirschorn et Thomas Cruzvillegas vivent à Paris) mais on commence à se faire une raison. Toujours est-il que la Collection Cranford, résumée donc à des achats effectués durant les années 2000, comporte un certain nombre de pièces absolument capitales, qu’il s’agisse de la maison en acier et à claire-voie de l’éternelle Louise Bourgeois, des papillons sur toile unie de Damien Hirst (et que dire de ses poissons et arêtes mises en cage de verre vers le milieu du parcours ?) ou de la Ronde de nuit, effectuée par un renard dans la National Galery, du belge Francis Alys. On ne compte plus les grands noms : de John Baldessari et sa façon tranchante de manier la scie sur impression numérique à Rebacca Warren et ses bronzes aux attributs féminins exacerbés, en passant par Sigmar Polke (les quatre toiles, suggestives et nocturnes, dans un esprit que l’on pourrait qualifier de romantisme), en passant par Gerhard Richter, présent avec une peinture abstraite, rouge, bien dans sa manière frémissante, au racloir et au scan. La mise en espace est soignée, non pléthorique ce qui permet de respirer entre deux chefs d’œuvre. Des rapprochements judicieux sont effectués (Les photos urbaines archivées par Walid Raad et les sculptures de rapes familières, à taille humaine dans le triptyque de Mona Hatoum, ou encore la scène de viol domestique caricaturée par Sarah Lucas confrontées aux œuvres intimistes, familiales, de Louise Bourgeois/Tracey Emin). Ce qui ne peut que frapper un français, c’est la primauté accordée à la peinture et au dessin, lesquels furent si mal vus durant la même décennie du côté de nos enseignements et élites, ceci expliqnant sans doute cela (l’absence de la France sur le plan international) : D’où ces grands peintres, incontournables, de la scène mondiale (dont nous aurions sans doute les équivalents en cherchant bien dans notre hexagone frileux) : je pense aux grands tableaux, acrylique et huile, d’Albert Oehlen, dont un noir et blanc ; aux références multiples (Mary Shelley, la vierge, un ange..) dans les tableautins de Karen Kilimnick ou à la série dévolue à la chauve-souris, dans les modestes Spartacus Chetwynd. Sans parler de ceux qui renouvellent le traitement du support : Christopher Wool à l’encre de chine ou à l’émail ; les multiples Kelley Walker, en hommage, bricolé et iconique, à la coccinelle (la voiture) ; l’œuvre au noir de Glenn Ligon, à partir d’un texte imprimé de James Baldwin. J’en passe et peut-être des meilleurs (Josh Smith à la recherche de sa signature…). Quant au dessins, bon nombre de planches de Raymond Petitbon, se glissent parmi ses confrères, avec texte en prime ; 12 portraits à la pointe sèche de Thomas Schütte, sans masques, nous rappellent le pas si lointain bon vieux temps, où nous plaignions pour des vétilles, tout en souriant à la vie. La photographie est admirablent représentée par une grande scène, de genre et d’intérieur de Jeff Wall, lumineuse et encaissée, l’un des fleurons de la collection qui s’ouvre par ailleurs sur une installation estivale, et éclatée, de Wolgang Tillmans. Autres belles pièces : la pause clownesque de l’infatigable performeuse Cindy Sherman en petite fille joueuse et, dans, une perpective assez différente, les briques de Damian Ortega se reposant et recomposant autour de diverses maisons suburbaines. Enfin, on affaire aux sculptures et installations : un masque argenté d’Hugo Rondinone, une scatologie stylisée et grotesque de Mike Kelley, les volumes polysémiques en papier mâché de Franz West, une petite merveille de souplesse facétieuse dans les terres cuites peintes de Ken Price, deux coupes débordant de riz et d’esthétique relationnelle selon Rikrit Tiravanija, le roi des orang-outan consuméristes selon Isa Genzken, la stèle colorée, hybride et polémique de Rachel Harrisson… On ne peut tout citer mais il faut souligner l’œuvre lumineuse d’un maître du genre, le danois Olafur Eliasson, qui nous accueille sur le parvis tandis qu’un double film de Phil Collins, performant et musical, nous attend à la sortie. Une leçon de discernement, de saine passion et d’éclectisme bien senti que l’on attend à présent des collectionneurs français. Une plongée dans nos souvenirs communs, et dans ceux particuliers des nouveaux mécènes du milieu de l’art en général. On en redemande.

BTN

Jusqu’au 4 avril.

moco.art

Photo : © Ora Genzken

Tarik Kiswanson à Carré d’art à Nîmes

Sous réserve de réouverture prochaine.

C’est à une exposition sobre, prospective et fascinante que nous convie l’artiste suédois, d’origine orientale, Tarik Kiswanson, dans les sept pièces qui composent l’espace temporaire Carré d’art. Dès la première, trois formes phalliques, paternelles, constituent des vestibules censés nous faire passer de l’extérieur vers un intérieur plus intime. Il s’agit de sculptures en miroir d’acier, aux multiples lanières méticuleusement polies par l’artiste, tournoyantes et sonores, et pouvant contenir des corps humains, notamment ceux de jeunes gens, sollicités lors de performances. La sortie de l’enfance est pleine de promesses, une période cruciale dans l’existence de chacun. Elles sont gigantesques pourtant et donc protectrices, proposant une vision fragmentaire de la réalité. Le titre de l’expo, Mirrorbody, semble dès lors justifié. La deuxième salle est vouée à la vidéo sur lesquelles nous découvrons les préadolescents confrontés aux dangers et vicissitudes de l’éducation qu’il s’agisse de l’apprentissage de l’oralité, de l’écriture calligraphique ou de la situation corporelle toujours non exempte de dégringolade. Le sentiment d’impuissance est renforcé par le recours au ralenti. La formation ne va pas sans risques… La troisième pièce est sans doute la plus fournie : des tableaux et un miroir d’acier aux murs, des pavés de résine translucide au sol, recueillant pieusement des objets, couverts ou bougie se consumant, et aussi une goutte du sang de l’artiste. Les tableaux sollicitent la technologie moderne puisqu’il s’agit de scanners de vêtements traditionnels d’un côté, le corps n’est jamais loin, de l’opacité du vide de l’autre, la question se faisant symbolique et civilisationnelle si l’on considère que l’opacité s’oppose à la lumière. Dans un recoin discret du musée, surélévée pour la circonstance, une forme oblongue couchée et miroitante, comme un nid ou un cocon, et quelques étagères de métal qui conservent leur part de mystère. On passe sur l’autre aile du musée pour une série de petits dessins au fusain, des silhouettes d’enfants un peu fantomatiques et tentant d’ouvrir une improbable fenêtre qui se confond avec la vitre protectrice. Ces simples images suffisent à occuper l’espace pourtant volumétrique. L’enfant veut sortir de son cocon, ce qui donne rétroactivement sa signification aux deux énigmes précédentes. L’avant dernière salle reprend les vêtements scannés, sur des supports beaucoup plus allongés et gigantesques, confrontés à une vision du monde en planisphère émondé et une très belle robe murale qui semble griffée, toujours en acier poli, réfléchissant la réalité de façon fragmentée. Enfin trois formes oblongues que l’on identifie à des nids géants, l’un sur le mur, un autre dans une encoignure, un dernier au-dessus d’un passage d’une pièce à l’autre, terminent cette exposition. La volonté semble à la fois de lévitation, de sublimation et de renaissance à partit de cette forme de cocon, concoctée dans un assemblage de matières, plus lourdes qu’elles n’y semblent. Elles sont blanches comme une page vierge à remplir de la suite à venir et forment au fond trois points ovales de suspension. Au bout du compte, une exposition qui pousse à la méditation et qu’il faut prendre le temps d’apprécier. Le temps en est d’ailleurs l’une des composantes thématiques mais aussi, on l’auta compris, l’apprentissage, ainsi que le prouvent toutes ces allusions à l’enfance. Les difficiles rapports entre l’occident et l’orient n’y sont pas oubliés, de même que la relation, réelle ou métaphorique, de la lumière et de l’opacité, de la tradition et de la modernité. N’oublions pas que l’artiste est lui-même l’incarnation d’une double culture. Enfin, tout ceci passe par le dénominateur du corps, et de ses reflets, ainsi que le prouve l’omni présence des miroirs plus ou moins déformants.

BTN

Jusqu’au 7 mars.

carreartmusee.com

Photo : © The Window, 2020, poudre de fusain sur papier, 42 x 29,7 cm. Courtesy de l’artiste

« Possédé(e)s » à la Panacée à Montpellier

Sous réserve de réouverture prochaine.

De l’avis de tous les spécialistes, Possédé(e)s est la meilleure expo ayant eu lieu dans la région ce denier semestre. La scénographie en est soignée, les effets de lumière sont bien adaptés au sujet, il n’y manque même pas le son insistant des dizaines de radios récupérées par les britanniques Iain Forsyth et Jane Pollard pour nous plonger dans l’ambiance. Censée illustrer les rapports de l’art contemporain à l’ésotérisme, en particulier par le truchement du corps, cette exposition n’est décidément pas comme les autres : on y vend son âme contre des objets, c’est le sens de l’installation bureautique de Nicolas Aguirre et de ce néon en forme de pièce assurant le passage dans le monde des morts ; des tables et chaises en métal piquées d’épis de blé de Nils Alix-Tabeling ; des mains surgissant du mur pour nous offrir des bougies symboles de brève vie, de Kelly Akashi. Nous évoluons dans l’étrange face aux papillons géants et vampires en verre soufflé de Jean-Marie Appriou, ; aux peaux de vaches flottantes telles des robes rituelles d’une quelconque Médée, de Nandipha Mntambo ; dans l’écosystème génétique et volontairement embrumé, aux couleurs surnaturelles, de notre Chloé Viton qui n’en finit pas de nous étonner… Le corps semble en transes et comme déchaîné : c’est évident dans la vidéo bacchanale de Pierre Huyghe (acteurs enfermés dans un musée), dans le fabuleux film de Pauline Curnier-Jardin sur la sexualité des vieilles femmes claustrées, dans les suspensions et effondrements en poudre de kaolin, renvoyant aux naufrages négriers, de Dominique White. Le corps est d’ailleurs omniprésent, qu’il s’agisse de son fantôme dans les peintures de Sedric Chisom, des photos ambiguës et travesties de l’ancêtre Pierre Molinier ou dans les poses agressives de la brésilienne Laura Learth Moreira, les danses convulsives de Joachim Koester. Tous les supports sont sollicités la plus impressionnante, et sans doute aussi la plus mystérieuse étant sans doute cette bâtisse en plomb et argenterie de Jean-Philippe Janisset qui hante l’espace de la pièce la plus vaste. Côté peinture, on relèvera des tableaux très métaphysiques de Lewis Hammond, la réinterprétation du Printemps de Botticelli à la lumière de l’évolution des identités sexuelles, selon Apolonia Sokol, déclinaison de « div » selon l’afghan Mahdi Hamed Hassanzada, sur fond de répression sexuelle – car il n’était pas question de dissocier la sexualité de l’ésotérisme, la magie, le chamanisme et consorts. La sculpture est représentée par les bustes humains sans visages d’Anna Hulacova. La photo par les mains épinglées, poudrées, tatouées de Myriam Mihindou. Le dessin, par les tarots imaginés par Jérémy Richer, toujours aussi inventif. Raphael Barontini expose des sortes de pavois hybrides en mêlant les techniques et cultures, comme si un art en phagocytait un autre. Et c’est bien l’impression que nous laisse cette exposition pas comme les autres : d’avoir visité un autre monde, non régi par la les règles de la science et de la logique usuelles et normatives. Et qui sait si, après les échecs de ce dernier, le premier, réinterprété, ne refera pas surface… Cette expo en aura été la préfiguration.

BTN

Jusqu’au 14 février.

moco.art

Photo : © Luara Learth Moreira

« Reverse universe » au CRAC à Sète

Sous réserve de réouverture prochaine.

Depuis quelques temps, au Crac de Sète, on s’est habitués à voir deux expositions pour le prix, gratuit, on ne le rappelle jamais assez, d’une. Assez contrastées au demeurant mais pouvant sans doute se rejoindre. Un britannique, un italien. Mme de Stael en eût extrait ces deux visions de la culture, romantique et latine sauf qu’ici la première, celle du britannique Than Hussein Clark (et de son ami le poète James Loop pour la dimension sonore, et sa petite musique de nuit façon cut-up) nous plonge dans le port marocain de Tanger, si prisé des poètes, artistes et de la communauté homosexuelle en général. Ainsi le parcours qu’il nous propose s’apparente à un voyage en résumé dont nous seraient rapportés les moments clés. L’arrivée aérienne de la milliardaire américaine Barbara Hutton sur le sol marocain, aujourd’hui rattrapée par la camarde, les décors intimes privilégiés par le couple Bergé/St Laurent, des tableaux de Delacroix réinterprétés à la lumière de motifs décoratifs de nature florale. Si l’installation initiale est spectaculaire, les 365 horloges, toutes plus exubérantes les unes que les autres, récupérées dans la ville, ne le sont pas moins, dont l’heure rappelle l’année de l’indépendance. Au fil des salles et couloirs on croise Renaud Camus, l’auteur de Buena Vista park et de Tricks, ou le film Casablanca, et surtout Jean Genet, dont plusieurs photos du compagnon de voyage sont prises devant la tombe, accompagnées de bidons de lait contenant des images de poètes. Than Hussen Clark a également fait tisser sur des tapis de lin des dessins caricaturaux de courses de coca, à portée revendicative, ou transformé très habilement un piano à queue en dromadaire, histoire de nous rappeler que, pour être également un port méditerranéen, Tanger est tout de même une ville exotique. Une douche est là pour nous rappeler qu’elle est indispensable dans ces pays chauds, et pas seulement en raison de la chaleur. Une salle présente des fenêtres aux verres bleus, comme la mer que l’on ne saurait oublier et qui rapproche Sète et Tanger.

Avec Luigi Stefanini, tout en demeurant dans Sète dont il s’est inspiré, on est davantage dans la peinture, le dessin et l’écriture même si cette dernière relève davantage de l’universel que du spécifiquement méditerranéen. L’artiste italien s’est en effet offert le luxe de créer son codex personnel, baptisé de son propre nom, seraphinianus, dont on pourra voir diverses pages dans l’une des immenses salles de l’ancien entrepôt. L’inventivité, le mélange des espèces, l’humour y règnent en maître, le contraste s’avérant frappant entre l’alignement sage des dessins en couleurs ou des planches et leur contenu le plus souvent déroutant. On peut d’ailleurs y déceler l’un des enjeux de cette production à savoir qu’elle parodie la science dite sérieuse pour lui substituer un savoir empirique et singulier, à l’instar de notre île, tout en imaginaire et en onirisme, tourné vers le Lointain intérieur que vers les vérités universelles. L’écriture est graphique et conserve pieusement ses secrets. On est davantage dans le mystère, parfois même dans l’ésotérisme tandis que chez Hans Hussein Clark se veut davantage ouvert sur le monde réel, orienté dans ses choix et propositions, puisant manifestement dans l’Histoire et une culture de la marge. Stéfanini s’exprime d’une part par le biais du tableau, lequel renvoie d’un côté à un surréalisme non figuratif dans l’idée de privilégier l’éternel état de métamorphose, des règnes ou des choses, de l’autre à une sorte de collage d’images inattendues, souvent inspirées de peintures anciennes. Toutefois ce sont surtout deux installations qui sollicitent l’imagination : l’une rendant hommage au thon (en l’occurrence scié en deux), poisson culte du bassin méditerranéen, auquel un Dali par ex a puissamment rendu jadis hommage, dans un environnement voulu énigmatique et rituel ; l’autre à une sorte de femme potagère et nue, aux jambes de carotte, géante, faisant office de sirène terrienne ou chtonienne puisque la référence à Perséphone semble pleinement assumée. Des objets hybrides, des écritures murales, des céramiques grotesques et rayonnantes, force signes complètent ces présentations hautes en couleur.

Deux approches donc, inspirées des ports de notre mer et de l’animation qui les caractérise : l’une tournée vers l’épaisseur de l’histoire réelle, l’autre vers les profondeurs du rêve et de la mythologie singulière, à l’instar d’une île, entre terre et mer.

BTN

Jusqu’au 24 mai.

crac.laregion.fr

Photo : ©DR

Entretien | Le Cut-up populaire selon Pascal Comelade

par BTN

Nous avons, dans la région, un compositeur de classe internationale et certains l’ignorent encore. Depuis bientôt cinq décennies ce natif de Montpellier, redevenu catalan d’où sa famille s’origine, produit des vinyles et Cd inclassables, développant une musique instrumentale aux sons étranges, inédits, bruts, truffée de références culturelles en tous genres, avec une économie de moyens pour un maximum d’effets. Le dernier Cd, Le Cut-up populaire, contient 28 plages. La référence au cut-up, et à son utilisateur le plus connu, William Burroughs, dans les années 60 et 70 renvoie, selon Comelade au procédé du collage qui préside à la conception de l’album: « Quand tu as écouté, tu as l’impression qu’il y a des rappels, des renvois, à tous mes anciens procédés. On a affaire à un grand collage musical. Il y a dans cet album, contrairement aux précédents, une multiplicité, une projection d’informations et de styles différents». Le titre exprime aussi un plaisir d’esthète, à l’instar des précédents (Psicotic music-hall, Traffic d’abstraction etc.) : « Il s’agit toujours de tentatives pour définir ma pratique ». De fait, ce dernier album est, à l’écoute, extrêmement varié : on passe du festif au mélancolique, du tendre au burlesque, au facétieux, à l’iconoclaste joyeux ; on traverse 28 univers différents, sans que le compositeur ait voulu susciter a priori, en superposant des sons, tel ou tel sentiment chez l’auditeur.

Quant à l’élaboration du disque, l’unité de temps n’y a pas été la même que par le passé : « Contrairement aux albums antérieurs, qui ont été réalisés en quelques jours, cet album-là, montre en main, c’est quatre ans, de 2017 à janvier 2020. Il faut dire que, pour ce disque, j’ai sollicité énormément d’intervenants, surtout des batteurs et des guitaristes. Ils enregistrent leur piste chez eux et ils me l’envoient, par mail, comme pour du mail-art. En fait, c’est de la musique par correspondance. J’envoie une base. Ils enregistrent la partie souhaitée. Je complète. Je renvoie etc. Le disque est terminé quand j’ai récupéré tout le matériel et que je travaille dans un vrai studio professionnel. On a fait, pour ce disque-là un énorme travail sur le son ». Cela semble évident à l’écoute. Sur une base répétitive très simple, viennent petit à petit se superposer des lignes rythmiques et mélodiques, jusqu’à ce qu’une amorce de mélodie dominante vienne moins clôturer qu’ouvrir l’ensemble. Chaque morceau semble en expansion, dans un effet très Boléro (de Ravel). On part d’un cadre stable sur lequel vient se poser un dessin, une image, un air.

Un autre aspect essentiel chez Comelade, c’est la fidélité à la forme courte (A l’instar d’un Satie par ex). Quand il emprunte aux riffs de guitare qui ont marqué l’histoire du rock, il ne les développe pas. Il les répète et c’est bien là l’apport essentiel du compositeur à la musique tout court : son appropriation par la concision de la musique instrumentale et répétitive, découverte dans les années 70 : Philip Glass, Steve Reich mais aussi « celle de Terry Riley, de Charlemagne Palestine ou de La Monte Young , chez qui le dépouillement se voit poussé à l’extrême ». Aujourd’hui encore, et notamment dans ce disque, on peut dire que Comelade a effectué, en abrégé, « un habile mélange entre le musique répétitive et l’électricité ». Dès le début, c’est le son qui l’intéresse. Un son brut, pas. Comelade a surtout, dans sa jeunesse, écumé les magasins de vinyles 45 puis 33 tours. Il est d’une époque où l’on écoutait avant d’acheter, dans son cas dès onze ou douze ans, « chez le disquaire, le début du premier titre de l’album, supposé être le meilleur ». Ces expériences l’ont marqué à vie, en particulier dans son choix exclusif de la forme courte. Ce sont ces quelques mesures initiales qu’il répète obsessionnellement. Par ailleurs, son oreille musicale s’est affinée, toujours vers le milieu des années 70, période ouverte, riche, libre et décisive. Il adopte alors la forme minimaliste : « très peu d’informations sur une durée très brève ». Une forme brute qui échappe au Muzak, à la musique d’ambiance. Les riffs répétitifs de Comelade, ses « riffifis » sont tout le contraire de cette musique hygiénique, rassurante et pour ascenseur et supermarché.

Pour en revenir à cet album, il ne semble pas qu’un ordre défini sous-tende sa composition. Les titres se suivent sans logique particulière, sinon celle d’alterner les morceaux, lents et rapides, de sorte « que ne se retrouve pas le même son » sur deux titres qui se suivent. Pour le compositeur, à partir du moment où le premier a été choisi (En l’occurrence, Le grand néon à roulettes, assez énergique au demeurant), le second s’impose puis le troisième etc. Chacun des titres des morceaux est soigné. Il est une sorte de surcharge : « une surenchère de références : Coucher de soleil sur l’Adriatique par ex, renvoie à Borinali et à sa fameuse imposture grâce au concours de la queue d’un âne (Aliboron) vers 1910. Des rails en mou de veau fait référence à Raymond Roussel ; Les radis contiennent du radium à Gilbert-Lecomte, du Grand Jeu ; Dancing le mômo à Artaud etc. Il y a aussi Jarry et sa célèbre gidouille… J’ai toujours pratiqué ainsi. » Chaque titre est lui-même un collage : Roll over Fuzmanchu mêle Chuck Berry, la fameuse pédale à effet de saturation et l’un des personnages, inquiétants, majeurs, de l’histoire du cinéma, populaire justement. Comelade adore créer des néologismes qui désignent un climat sonore. Bref, ce disque, lui-même saturé de titres, est un bijou dont étincellent les 28 facettes, et qui permet d’aborder le continent Comelade, autant dire un nouveau monde, sonore et musical, ondoyant et divers, cultivé et populaire à la fois. Cela tombe bien Cut-up et Culture s’associent bien avec l’adjectif « populaires ». Cela forme, dans les deux cas, un très bel oxymore.

Une expo de Pascal Comelade

L’actualité est chargée en ce début d’année, pour Pascal Comelade, puisque cet artiste à la double casquette sera présent dans deux expositions : l’une en la nouvelle galerie d’Ille sur Têt, la Providence, chez Christine et Dimitri, l’autre au Musée des instruments et culture du monde, à Céret. La première, La musica invisible, est formée de tableaux figuratifs, plutôt discrets (taille moyenne) sur carton ou isorel, recourant à la technique mixte, et au collage en général. La composition met en exergue une icône de la culture populaire placée au premier plan : une vamp, un héros de BD, un personnage célèbre de la culture underground, un rocker, un freak… associée à des objets, environnement ou personnages secondaires, dont l’association produit du sens. Parfois, il s’agit d’un lieu plus intime (restaurant, discothèque) d’un village (Prats de Mollo) ou d’une parodie de l’histoire de l’art (La baigneuse de Courbet sur la plage de Collioure). Plus rarement, d’un groupe, enrichi de masques facétieux, a band, dont le musicien est si familier. La couleur est étendue par plage, de manière synthétique, un peu comme dans les techniques liées aux multiples (affiches, lithos, sérigraphies). Les personnages sont relativement identifiables pour qui du moins bénéficie d’un minimum de culture disons savante (Duchamp, Burroughs, Jarry…) ou cinématographique (Dean Martin, Eastwood, Jane Russell, Bardot) voire rock (Gene Vincent, Buddy Holly, Suicide et le groupe instrumental Les Fantômes) Bref Comelade fait flèche de tous bois en puisant dans ses références personnelles et en les associant de telle sorte que leur combinaison et insertion dans un contexte leur fasse raconter une histoire inédite, souvent liée au contexte catalan dans lequel il vit, ou tout simplement dans son univers intime, celui de ses pensées et de sa représentation du monde. Il y met beaucoup d’humour et d’esprit dadaïste, irrespectueux, en tout cas dans la dérision. Une constante est le recours au langage, aux mots dans la peinture, toujours présent pour orienter la signification, le plus souvent en relation avec des définitions de l’art ou de sa pratique. Là aussi les références abondent (Dada, Spinoza, les beatniks…). On peut même dire que la singularité de ce travail réside dans la tension que crée la dualité des images et du langage, les références iconiques et textuelles souvent sous forme d’aphorismes. Le musée reprend, à partir du 15 janvier, et jusqu’au 5 mars cette série de peintures mais y ajoute une centaine de portraits, sur une seule et même toile de tapisserie, des musiciens ayant accompagné le compositeur durant ses trente années de carrière. Le trait est davantage spontané, caricatural et il s’agit de travaux à l’encre, comme si l’orchestre était formé de héros d’un film ancien, en noir et blanc, aux personnages quelque peu en marge… Le tout relevant de la Musica inaudible. La peinture est affaire de silence et d’espacen la musique de son et de temps.

Oeuvre de Pascal Comelade

Jusqu’au 1er juin au musée de la musique à Céret. music-ceret.com

Photo : ©DR

L'actu des expos

Gilles Barbier au musée Soulages à Rodez

La salle d’expo temporaire du Musée Soulages accueille jusqu’au 16 mai cinq installations du très prolifique Gilles Barbier - que l’on a pu voir naguère au Carré d’art, avec ses personnages souvent moulés sur son propre corps, et celui des autres, souvent pas épanoui ni glorieux. En l’occurrence, il s’agit selon lui de Machines de production avec en particulier un système de tourniquets géants où sont accrochées 96 gouaches noires, avec lesquels on peut d’ailleurs tourner. Parmi celles-ci, les thèmes de prédilection de l’artiste et qui permettent de se familiariser avec son univers quelque peu burlesque, grotesque et original : le labyrinthe corporel, l’addiction au psychotropes, le besoin de consommer à tout prix, la place de l’homme dans le cosmos, les bombes meurtrières, les possibles « écho » systèmes… Tout ceci baignant dans le langage, ce qui nous renvoie à la Tour de Babel d’après Bruegel métaphorisant l’avidité humaine pour le savoir infini, que l’on trouve également chez Rabelais, par exemple (et dans les copies de dictionnaire de Barbier) ou dans Bouvard et Pécuchet (de Flaubert). L’œuvre intitulée Le Terrier, gigantesque, est impressionnante, en référence sans doute à Kafka. Il s’agit de la reconstitution d’un arbre ou apparenté dans le tronc duquel est installé un véritable espace domestique à vivre. On nous annonce aussi un orgue à pets ou Le jeu de la vie, lequel revisite les pièces anciennes avec un recul de quelque années. L’artiste recourt beaucoup à la référence d’autant qu’il veut fustiger les prétendus héros, qu’il imagine grabataires ou à l’agonie. Il leur préfère les singes perplexes du fameux film de Kubrick, pas plus intrigués que ne l’est l’humanité des millions d’années plus tard devant sa propre destinée. Ce travail, inachevable par excellence, n’a sans doute pas grand-chose à voir avec l’œuvre du maître, sauf le recours au Noir et blanc. On peut par ailleurs admirer les oeuvres de l’illustre centenaire dans les salles permanentes mais cette expo prouve combien le Musée Soulages n’entend pas se limiter à l’expression d’un art daté ou uniquement tourné vers le passé. Nous y reviendrons.

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Jusqu'au 16 mai (sous réserve de réouverture à cette date).

musee-soulages-rodez.fr

Photo : ©Gilles Barbier / Musée Soulages

Patricia Combacal à l'espace Ecureuil à Toulouse

A Toulouse, l’autre capitale régionale, l’espace Ecureuil, a ouvert ses locaux, jusqu’au 6 mars, à Patricia Combacal. Il s’est agi pour elle de déployer dans l’espace les différentes composantes de son journal intime, qu’elle diffuse sur le Net. Formé principalement d’images, produites ou empruntées, de textes ou phrases, entendues ou imaginées et de dessins notamment du corps, il traite avant tout de la notion de dépendance, au langage, au sentiment amoureux et à l’image d’un corps à identité sexuelle standardisée. Patricia Combacal y ajoute des objets telles ces cages à oiseau parlant de la Réunion qu’elle a glissées dans la cave, traitant du même coup des souvenirs d’enfance dont celui des petits noms qu’on nous y donnait. Dans l’espace les diverses composantes vont jouer entre elles à l’instar d’un livre illustré qui serait doué du relief ou inversement d’un livre d’images plus ou moins légendées, ou du moins assorties de textes. Au fil de la déambulation on croise ainsi des photos de nus, de couples, de livres entremêlées mais aussi des détails de murs de prison. Et des objets odorants. Ou encore de petits films sur écran. Au bout du compte on pénètre dans une intimité à valeur universelle et qui a su jouer de la spécificité des lieux pour adapter les dimensions à l’Espace. Le titre Je suis le chien, a sans doute à voir avec ce rapport de dépendance que nous entretenons aujourd’hui envers les images plus ou moins fiables, la conception coercitive du corps et bien sûr le monde des mots dont nous sommes nous aussi prisonniers.

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Jusqu'au 6 mars (sous réserve de réouverture à cette date).

caisseepargne-art-contemporain.fr

Photo : ©Patricia Combacal / Espace Ecureuil

Elke Daemmrich à l'Institut Goethe de Toulouse

A l’Institut Goethe de Toulouse, Elke Daemmrich rend hommage en gravure, jusqu’au 31 mars, au maître incontesté de l’opéra allemand, et probablement de l’opéra tout court : Richard Wagner avec ses zones d’ombre, ses amitiés célèbres, ses amours tumultueuses et par-dessus tout son attachement à l’Elbe qui lui a inspiré le Rhin, dont il su extraire l’or dans sa tétralogie sur l’anneau. Il s’agit d’eaux fortes figuratives où le portrait se mêle au paysage dans une atmosphère particulièrement foisonnante et cultivée, rendant compte de la complexité du personnage et, à travers lui, de l’âme allemande.

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Jusqu'au 31 mars.

facebook.com/gi.toulouse

Photo : © Elke Daemmrich

Victoria Niki à la VRAC à Millau

A la Vrac de Millau, la vitrine se veut participative et quelque peu critique, la place du Beffroi étant rebaptisée, par l’artiste, place de la liberté. Victoria Niki restitue en effet au sapin de Noël sa fonction première de triomphe de la végétation sur l’Hiver et invite les passants à dépouiller son arbre des petits mots qu’elle y a disposé. Ces derniers invitent les sur-consommateurs à se libérer des réflexes d’acheteurs à outrance qui sont en train de tuer la planète. Ainsi le titre Tout doit disparaître, avant le 7 fév, peut se lire à la fois tel un avertissement, comme une participation à un jeu inspiré par l’artiste et en tant que parodie des publicités marchandes.

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Jusqu'au 7 février.

la-vrac.com

Photo : © VRAC

Randa Maroufi au Pavillon Blanc à Colomiers

Au Pavillon Blanc de Colomiers, la photographe Randa Maroufi donne un aperçu de son intérêt photographique pour les femmes qui supplantent les hommes dans les activités traditionnelles de rue : boire un verre, regarder un match de foot, fumer une cigarette, bavarder. Bien sûr on leur demande de poser, dans des quartiers souvent difficiles comme Barbès ou la Goutte d’or, dans certains lieux chauds de Bruxelles. Les plans d’ensemble, très colorés, rendant bien compte de l’atmosphère urbaine, très soignés sont recueillis dans des caissons éclairés comme une relique de la transformation, souhaitée, des mentalités. Une vidéo, Le Park, tourrnée dans un parc abandonné de Casablanca, avec ses longs travellings nous permet de mieux comprendre l’esthétique de Randa Maroufi qui est de tourner autour du sujet et donc de faire en quelque sorte de la sculpture sociale. Si les photos immortalisent un instant, la vidéo accentue l’expérience de la durée.

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Du 30 janvier au 24 avril (sous réserve de réouverture à cette date).

pavillonblanc-colomiers.fr

Photo : © Randa Maroufi

« Abstraction, figuration... rien que de la peinture » à la galerie Odile Oms à Céret

Bien plus bat sur l’hexagone, à Céret, la galerie Odile Oms, sous un intitulé : Abstraction, figuration… rien que de la peinture, expose deux peintres disparus, bien connus dans la région et à redécouvrir, Serge Bonacase et Laurent Riberat, et l’une des mascottes de L’Art-vues, bien vivant celui-là, dont l’œuvre s’impose petit à petit comme une référence majeure, Fabien Boitard. Le premier excellait dans la peinture gestuelle, fébrile et sensible. Le second dans une abstraction calme et souple, ouverte sur la nature et sur la géométrisation des formes. Le dernier part d’une figure mais qu’il malmène avec la volonté de la faire sienne et de transformer sa capacité de fascination. De ce point de vue il semble iconoclaste, satirique et expérimentateur. Les sujets sont souvent inattendus, dérangeants avec des motifs floutés, le monde est sens dessus dessous, les surimpressions créent un effet onirique. Tous les thèmes picturaux sont abordés et actuellement le portrait domine, avec un traitement nettement combatif. Ou offensif. C’est qu’on en a marre des belles images. Il faut triturer un peu notre conception de la beauté. Boitard s’y applique.

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odileoms.com

Photo : © Fabien Boitard, L'étang

Jean Laube à La Vigie à Nîmes

Au demeurant, la plupart des galeries, et lieux d’art en général, reprennent les expositions là où ils les avaient laissées, à commencer par la nîmoise La Vigie qui expose toujours l’enfant du pays Jean-Laube, jusqu’au 23 janvier. Tantôt il s’adonne à la gouache sur panneaux découpés, tantôt au marquage à l’encre de longilignes barres de bois, tantôt enfin, il joue à son accoutumée, avec des trompe l’œil en nous donnant l’illusion de regarder le relief d’étagères ou de pavements.

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Jusqu'au 23 janvier.

lavigieartcontemporain.unblog.fr

Photo : © Jean Laube

Cyril Duret à Iconoscope à Montpellier

A Montpellier, Iconoscope prolonge, jusqu’au 13 février, le peintre Cyril Duret, lequel présente une série de toiles, en apparence classiques et aux tons plutôt sombres et bruns, lesquelles représentent quelques-unes des figures de la vie artistique de notre région, prises sur le vif dans l’une de leurs attitudes types. On y reconnaît Nicolas Bourriaud, Dominique Gauthier, Grout et Mazéas et même… le maire de Montpellier (l’ancien). Au-delà du parti-pris réaliste, dans l’exécution du portrait, il s’agit d’évoquer le système économique qui sous-tend la production artistique contemporaine, et qui place l’artiste sous un certain nombre de dépendances, à commencer par celle qui le soumet au bon goût des acheteurs.

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Jusqu'au 13 février

iconoscope.fr

Photo : © Cyril Duret

« Du paysage... » au lieu multiple et à la N5 Galerie à Montpellier

Le lieu multiple et N°5 galerie prolongent leur hommage au paysage jusqu’au 30 janvier avant de reprendre une programmation normale. Dans le premier lieu, Virginie Blanchard y définit en photo l’ordre des choses en noir et blanc, Océane Moussé y traverse une montagne de mots, en l’occurrence les Pyrénées, tandis que Jérôme Souillot peint, à l’acrylique, des routes de rêve. Dans le second, Laure Boin se remémore à l’huile son enfance cévenole toute de verte vêtue, Alexandre Gilibert donne sa vision au fusain de la complexité des frondaisons, Yves Herbert mêle paysage et portrait en modifiant les proportions tandis qu4armelle Ste Marie peint à, l’acrylique des formes organiques et oniriques dont elle a le secret. Le lieu multiple enchaîne, du 28 janv au 20 fév, avec une expérience de Transmutation de l’espace selon Karine Debouzie. Recourant à des matériaux dits pauvres et industriels, voire recyclés, l’artiste produit des formes évidées dans le but de parler de tout ce qui concerne la matière : le rapport à l’espace, au corps, à la lumière non sans élégance ni humour. Le rapport au lieu est essentiel et les formes, souvent organiques, relèvent d’une poésie du banal. Le vide chez elle fait le plein sans minimalisme. Au contraire, le matériau s’émancipe et se retrouve comme en recréation dans le nouvel espace qu’on lui alloue et où il prend pour ainsi dire forme. Quant à N°5; il s’y expose, du 12 février au 27 mars, les Traces de deux artistes originaux rassemblés par leur gestion du temps, l’un qui semble passionné par l’écriture illisible, Pascale Hugonet, l’autre par la marche, le rapport physique à l’espace-temps et, en l’occurrence, à ce lieu de création incontournable que demeure l’atelier, Patrice Barthes. Pascale Hugonet multiplie les motifs répétitifs de sorte que les signes fassent penser à une écriture qui refuserait l’intelligibilité pour se limiter à son apparence formelle. Un signifiant en quelque sorte sans son signifié. Son système plastique, recourant à la cire et aux pigments, lui assure un grand territoire d’investigation ou d’expérimentation tant dans les effets de matière, de la disposition des lettres muettes sur le support que dans le choix des couleurs dominantes. Patrice Barthes a limité ses habitudes de marcheur ou de promeneur cycliste, à son atelier – confinement oblige. Il recourt ainsi à des bâches protectrices déjà utilisées pour d’autres travaux et les revisite selon d’autres critères de rythme et de rapport au corps que dans l’espace, urbain ou naturel, coutumier. Il semble jouer sur une alternance diurne/nocturne accentuée par le recours au blanc et noir.

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Jusqu’au 31 janvier.

lelieumultiplemontpellier.com et n5galeriemontpellier.com

Photo : © Océane Moussé, le lieu multiple

Galerie Samira Cambie à Montpellier

Samira Cambie a prévu jusqu’au 5 janvier une expo collective avec la plupart des artistes qu’elle suit régulièrement, des Buraglio à Slacik en passant par Pencréac’h et l’incontournable Yves Reynier. S’y ajoutent des personnalités attachantes comme Dominique Gauthier ou Pierre Bendine-Boucar. Et Thomas Verny, paysagiste hors-pair mais qui ne se déplaît pas dans l’intimisme domestique et que l’on pourra voir du 15 fev au 6 mars. Entre temps, du 15 janv au 6 fév, Clara Bryon, également dans la collective, et ses huiles lumineuses, tirées au cordeau, extrêmement dépouillées, et qui témoignent d’un moment d’émotion, comme nous en avons tous, devant un phénomène lumineux trop éphémère. Les angles d’un coin lui suffisent pour planter un décor et sans doute aussi pour métaphoriser l’ambition de l’artiste d’éterniser l’instant dans un cadre bien défini. La captation d’un effet solaire délimite une nouvelle lisière, entre l’ombre et la lumière qui vient créer un état flottant où se concrétise un phénomène. Et c’est sans doute l’ambition de cette peinture discrète : matérialiser l’impalpable. On est dans un intimisme cosmique puisque s’y opposent, diluent et se combinent les plus anciennes créations du monde, les principes fondamentaux d’où l’univers émergea. On peut dès lors parler de Re-Création, à échelle domestique.

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galeriesamiracambie.com

Photo : © Clara Bryon

« Post_production 4 » au FRAC Occitanie à Montpellier

Il sera également temps de voir Post_production 4, interrompue pour les raisons que l’on sait, au Frac Occitanie. Chaque artiste vient d’une école d’art dont il a été naguère diplômé. Lux Fugit sicut umbra (Comme quoi on est cultivés du côté du Frac, et le latin nous change de l’anglicismomanie ambiante) insiste sur l’alternance exclusive de ces deux éléments antagonistes : la lumière et l’ombre. Hugo Bel a choisi d’explorer des matériaux en l’occurrence le sucre, pour ses qualités de translucidité et son caractère périssable. Enfermant de manière fossile des tournesols qui, comme leur nom l’indique, sont tournés vers la lumière, il semble vouloir capter cette dernière, d’une autre manière que les peintres méridionaux, par la matière et le volume. Il assortit sa plaque sucrée d’une grille qui probablement renvoie à la part d’ombre puisque l’on ne peut imaginer l’une sans l’autre. Rebecca Brueder semble fascinée par les éruptions volcaniques, alchimie de la terre et du feu. La lumière se fait image d’un nuage de cendres où, là également les parts d’ombre et de lumière, s’équilibrent. On pourra voir aussi une installation inspirée d’un lieu sibérien impacté par un météorite, lumière venue du ciel pour y laisser sa trace comme une ombre. Un pan de mur est occupé par ces teintes sombres, rigoureusement étagées, où vient scintiller la lumière. Les réalisations de Vir Andres Hera sont uniquement filmiques. Axées sur la relation de l’humain aux langages, elles mettent en images la part de lumière (auxquelles les croyances, religions) ne sont pas étrangères et la part de mystère que contient chaque être, en tant que membre d’une communauté. Enfin Isabelle Rodriguez se veut avant tout archiviste de textes et d’objets. En l’occurrence elle interroge une princesse bavaroise, persuadée d’avoir incorporé un piano de verre et donc quelque part un objet de lumière à l’intérieur, ténébreux, d’elle-même. Comme quoi la lumière n’est pas qu’un phénomène visuel.

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Ouverture reportée, en attente de date.

frac-om.org

Photo : © Isabelle Rodriguez / FRAC Occitanie

Jean-Marc Andrieu à la galerie Al/ma à Montpellier

La galerie Al/ma expose jusqu’au 6 février un artiste exigeant, de ceux que l’on ne voit pas souvent (même si La Vigie, Pannetier ou le Frac) mais dont chaque œuvre frappe par son évidence : Jean-Marc Andrieu. Partant de l’idée que l’absence de méthode peut s’avérer positive, Andrieu collecte, laisse repose, assemble et confectionne en fonction des circonstances. Cela donne des œuvres assez étonnantes comme ces tondo évidés, traversés de lignes colorées, ces assiettes mises au point, ces dessins abstraits et embrouillés censés résumer les grandes lignes d’un film porno. En fait, il semble que le fortuit joue un rôle important dans les assemblages qui jouent sur la qualité plastique des objets, leur forme et leur matière, leur faculté de s’adapter à nos intuitions à leur sujet. Il faut y ajouter une dimension humoristique ou critique quand il assimile un paysage de m… à la couleur marron ou qu’il dispose des piques d’inox réfléchissantes (Huit neufs) sur une plage, en parfait décalage avec les estivants non avertis. A Al/ma il montrera un peu de tout, du récent et de l’ancien, de l’ancien repris récemment, des sculptures et des dessins, et une œuvre lumineuse.

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Jusqu'au 6 février.

galeriealma.com

Photo : © Jean-Marc Andrieu

Michel Cadière à la médiathèque d'Uzès

La médiathèque d’Uzès annonce dès le 16 janvier et jusqu’au mois de mars au moins une exposition des dessins et des ouvrages livresques de Michel Cadière, l’un des artistes les plus singuliers vivant dans notre région, dont l’anagramme dévoile Alcide Chimère. Ses dessins, plutôt intimistes, développent une cosmogonie savante, foisonnant de symboles et d’éléments émanant de son imagination débordante et de sa finesse graphique. Ayant fait le tour, en nomade inspiré, du noir et blanc, il a adopté depuis quelques temps la couleur. On est surpris de sa virtuosité qui égare le regard dans le labyrinthe des mystères ésotériques qui ne sont pas sans évoquer le rêve, mais celui de Dante ou de Nerval. On est dans le grand œuvre à échelle humaine, manuelle et visionnaire. Nous y reviendrons plus longuement.

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Jusqu'en mars.

Photo : © Michel Cadière

« Monstre ! Fais-moi peur ! » à Canet-en-Roussillon

Les monstres peuplent l’imaginaire des enfants depuis toujours et c’est ce que met en avant l’exposition Monstre ! Fais-moi peur ! proposée par la ville de Canet-en-Roussillon. L’événement réunit ainsi plusieurs artistes sur ce thème. D’innombrables histoires aux figures effrayantes qui viennent des légendes, des contes ou plus récemment de films et dessins animés destinés aux enfants comme Les Gremlins, Monstre & Cie, UglyDolls ou encore L’Etrange Noël de Mr Jack. La littérature jeunesse est elle aussi prolixe en ce domaine. La peur du monstre chez l’enfant joue un rôle primordial dans sa construction, elle est une émotion primaire indispensable. L’exposition rassemble ainsi le travail de sept artistes : Caroline Cavalier, Cécile Bouthéon, Claude Parent-Saura, Jano Aumeras, Léry, Dominik Chaudoir, Tiffany Vailier et le collectif l’Agit’Hé.

Une exposition à découvrir en ligne : cliquez ici.

Cogollo à la galerie Marc Devaux à Montpellier

À partir du 3 février, la galerie Marc Devaux à Montpellier accueille le peintre figuratif Heriberto Cogollo. Dans ses tableaux, le réel a toujours quelque chose d'insaisissable. Ses sujets sont le fruit des images qui lui viennent à l'esprit. « Toutes ces images m’envahissent – dans un grand silence – et se dessinent sur le papier – en silence – s’affinent et prennent forme sur la toile – en silence... On pourrait presque dire que c’est le silence que je peins... », explique l'artiste. Sur ses toiles, la lumière, la couleur et la composition sont au service de son émotion. Et, si ses toiles paraissent réelles, il ne s'agit pas pour lui de recopier la réalité : « Que l’on ne s’y trompe pas : je ne cherche pas à copier la réalité «objective», ma démarche n’est pas celle d’un artiste hyperréaliste. Au contraire, tous les sujets que j’aborde sont prétexte à recréer le réel-imaginaire qui m’habite. En cela je me sens très proche du courant littéraire latino-américain appelé «Réalisme Magique». »

Du 3 février au 6 mars.

galerie-marcdevaux.fr

Photo : © Heriberto Cogollo, Le refuge.

Stratos à la galerie Graal de Moissac et d'Agen

On connaît les personnages hybrides de Stratos ! Lui qui à travers eux, peint ou sculpte l’évocation même du bonheur et de ses instants qui nous sont si chers. Mais au-delà du message direct que nous transmet Stratos dans son art, il y a beaucoup de réflexions et d’analyses sur le monde dans lequel nous vivons. Et notamment aussi son environnement. Ainsi, Stratos a, tout au long de sa carrière, réagit face à certains événements et il a souvent défendu de nombreuses causes.

Cette année, durant le confinement seul dans son atelier, il s’est passé un déclic à l’occasion d‘un documentaire animalier diffusé à la télévision. Il s’agissait d’éléphants en liberté mais il précise : « on y voit une matriarche menant les siens, s’arrêter un moment devant un cadavre d’éléphant. Elle baisse la tête longuement comme pour se recueillir et repart. Chaque membre de la troupe fait de même. Cette forme d’humanité venant d’un animal m’a beaucoup touchée… » C’est ainsi que celui qui habituellement décrit l’univers des hommes, fût troublé et touché par le comportement d’animaux lui évoquant ce que l’humain a de plus beau dans ses sentiments : « ces monuments de la nature forcent le respect de par leur tendresse ! Celle-ci fait souvent défaut au genre humain actuellement… »

Ainsi inspiré, l’artiste a laissé libre cours à son imagination pour réaliser une série de toiles : un hommage à ces géants de la faune sauvage ! Bien sûr, façon Stratos : déstructurés avec des touches de couleurs vives et tout en rondeurs. « Il faut de l’imagination pour reconstituer l’animal. Les enfants le font vite et bien. Pour les adultes, c’est plus difficile. C’est aussi mon message artistique pour un grand nombre d’individus qui manquent d’humanité » ajoute l’artiste.

Ses œuvres ont-elles une définition, un titre ? Réponse : « Oui un seul : « Défendez-moi ! ». Car derrière cet hommage à la nature, il y a un message à l’image de ce que défend l’artiste et il est clair, simple et limpide ! Stratos évoque ainsi le monde animal, celui des éléphants pour lequel il s’engage aussi à travers une démarche de soutien à leur cause ! Et à bien y regarder c’est bien aussi de nous, humains, dont Stratos parle… Comme un rappel à ce que sont nos valeurs, nos sentiments...

Des nouvelles toiles visibles à l’occasion d’une exposition dans les deux galeries Graal.

Jusqu’au 31 janvier, aux deux galeries Graal -2, Place Durand de Bredon à Moissac (82). Tél. 05 63 05 15 73

Et 174, Bd de la République à Agen (47). Tél. 05 53 68 50 60.

galeriegraal.com

Photo : ©DR

L'artiste Moins12Prod à la galerie Prévert à Mauguio

Ouverte au début de l’année 2020, la Galerie Prévert accueillera en ce début d’année sa seconde exposition. Pour l’occasion, c’est l’artiste pluridisciplinaire Moins12Prod qui y présentera son travail. Le Montpelliérain a été accueilli en résidence entre les mois de novembre et janvier pour préparer cette exposition. Il peint son premier visage sur un mur en 2005. Depuis, le figuratif et l’aérosol lui permettent de représenter au fil des rencontres des portraits (et leurs histoires) réalistes ou riches en couleurs. Il s’inspire à la fois de la nature et de l’énergie urbaine de nos territoires. Moins12Prod a peu à peu laissé l’espace urbain pour s’exprimer dans l’atelier. Il y crée désormais des oeuvres autour de diverses techniques artisanales telles que la mosaïque, mais aussi le bas-relief, ou la sculpture. Si la technique a changé, le sujet reste, comme au début, celui des visages colorés. Pour son exposition à Mauguio, les visages apparaissent derrière des mains et une oeuvre entre mosaïque et sculpture sera exposée.

Du 5 février au 19 mars, à la Galerie Prévert - place Jules Ferry à Mauguio (34).

mauguio-carnon.com

Pour contacter l'artiste : Moins12@outlook.com

Ute Mahler à la Maison de l'image documentaire à Sète

Initialement programmée dans le cadre de la douzième édition du rendez-vous de la photographie documentaire ImageSingulières, l’exposition de l’Allemande Ute Mahler est présentée jusqu'en mars à la MID. À cette occasion, le lieu propose de découvrir la série Zusammenleben (vivre ensemble), commencée il y a plus de 45 ans. Par cette série de photo, elle entendait rendre compte de la manière donc les gens vivent ensemble et montrer les non-dits de manière subtile. Ces photos en noir et blanc racontent la vue dans l’ancienne Allemagne de l’Est, avec douceur mais sans complaisance. Reconnue pour son style marqué, Ute Mahler fonde avec plusieurs collègues est-allemands l’agence OSTKREUZ après la chute du Mur, en 1990. En parallèle de ses projets personnels, elle enseigne la photographie depuis 2000 et réalise depuis 2009 des séries avec son époux, le photographe Werner Mahler.

Jusqu’au 20 mars (sous réserve de réouverture prochaine).

la-mid.fr

Photo : © Ute Mahler, OSTKREUZ

Philippe Jacq à la Chapelle du Quartier-Haut à Sète

A partir du 1er février, La Chapelle du Quartier-Haut, à Sète, devrait mettre à l'honneur le Montpelliérain Philippe Jacq. Pour l'occasion, l'artiste présentera une rétrospective de ses dernières années de création. Connu pour son travail autour des tapis et tapisseries, cette exposition devrait aussi être l'occasion de s'intéresser à des oeuvres récentes telles que ses peintures créées lors du confinement de mars 2020.

A partir de février (sous réserve de réouverture à cette date).

sete.fr

Photo : © Philippe Jacq, Les caddies énervés

Antoine de Saint-Exupéry à l'Envol des Pionniers à Toulouse

L’Envol des Pionniers, berceau du premier avion toulousain, accueille Antoine de Saint-Exupéry un Petit Prince parmi les Hommes. Une exposition pensée à l’occasion du 120ème anniversaire du pilote et écrivain et qui nous replonge dans ses deux univers de prédilection. L’exposition retrace la vie du légendaire pilote. Autour d’une scénographie inédite alliant objets personnels, des installations sonores et visuelles, des livres écrits sur cette période par l’écrivain aviateur : l’exposition invite le public à découvrir le parcours de cet homme courageux et profondément humaniste.Comme un passage de relai entre Antoine de Saint Exupéry l’aviateur et Antoine de Saint Exupéry le créatif, l’exposition se clôture autour d’une série de sculptures en couleur réalisées par l’artiste Arnaud Nazare-Aga. Chaque objet représente un dessin extrait du Petit Prince. Colorées et pétillantes, une douzaine de sculptures invitent le visiteur à rêver et à regarder le monde avec des yeux d’enfants.

Jusqu’au 31 août (sous réserve de réouverture prochaine).

lenvol-des-pionniers.com

Photo : © Manuel Huynh

« Pomme d’amour » à la galerie La Perle Noire à Agde

Dans cette période traversée par des inquiétudes, des virus, inspirante et stressante à la fois, la galerie La perle noire propose de travailler sur le thème du Paradis. Pas au sens de celui qui est opposé à l’Enfer et qui concernerait le monde des morts, mais au sens du jardin d’Eden, le jardin mythique et merveilleux de la Génèse, qui sera confié à Adam et Eve. Lieu de bonheur sans fin, de félicité sans partage où poussent des arbres aux fruits délicieux et où cohabitent en harmonie tous les animaux. D’où est venue l’expression profane de « paradis sur terre ». Juste avant que l’humanité ne fasse son apparition, avec Adam, Eve, la pomme et serpent, comment était-ce au Paradis ? Vingt-deux créatrices et créateurs ont investi l’espace : un arbre remarquable, fruit de la cueillette et de la collaboration d’artistes en résidence, des créatures primordiales, encore dans leur gangue d’argile, des oiseaux assortis de nids et d’œufs démesurés.

Jusqu’au 11 avril (sous réserve de réouverture prochaine).

facebook.com/Galerie-la-Perle-Noire

Photo : Pomme d'Amour de Rosario Alarcon © Nadia Jaafar

« Bouteilles » au musée de la Poterie Méditerranéenne à Saint-Quentin-la-Poterie

C’est une manifestation culturelle autour de la thématique de la bouteille qui est proposée cette année au Musée de la Poterie Méditerranéenne. La bouteille est une forme assez peu explorée par les potiers et pourtant, elle demeure un espace de liberté et d'expérimentation. Les huit artistes sélectionnés nous en offrent une stimulante démonstration, riche de multiples orientations. Si leur art se nourrit toujours d’influences extrême-orientales, comme en témoignent Pascal Geoffroy et ses cuissons en four anagama qui laissent libre cours à la magie du feu, ils réinterprètent aussi volontiers la tradition de la bouteille. Ainsi, les porcelaines au libre décor calligraphique de Karin Bablok sont un hommage aux anciennes fabriques de sa région. Hélène Morbu, quant à elle, donne un coup de jeune à la Dame-Jeanne dans son vêtement d’osier grâce à sa technique méticuleuse d’empreintes dans les plaques de terre.

Du 28 mars au 13 juin (sous réserve de réouverture à cette date).

musee-poterie-mediterranee.com

Photo : Karin Bablok © Axel Fidelak

Entretien | Marie Antunes, directrice de l’Atelline à Juvignac

« Il faut continuer à soutenir la création »

Installée à Juvignac, l’Atelline est un lieu d’activation art et espace public. Chaque année, il accueille de nombreuses compagnies qui jouent avec l’espace urbain pour leur création. Alors que la crise sanitaire a mis à l’arrêt le monde de la culture, rencontre avec Marie Antunes, directrice de l’Atelline, pour parler de ce lieu d’accueil pour les artistes et les projets de la structure.

Depuis combien de temps existe l’Atelline ?

L’Atelline existe depuis 14 ans et a été créé à l’initiative de la CIA (la Compagnie Internationale Alligators), une compagnie des arts de la rue. À cette époque, la CIA était installée à Villeneuve-lès-Maguelone. Rapidement, ils ont recruté quelqu’un à la direction pour diriger le projet d’accompagnement et de soutien à la création en espace public. Puis, poussé par la DRAC et la Région Languedoc-Roussillon, il y a eu une volonté de rendre les deux projets autonomes. L’association Atelline est donc née en 2014 et nous avons quitté Villeneuve-lès-Maguelone pour le quartier Croix d’Argent à Montpellier. De mon côté, j’ai pris la direction de l’Atelline en novembre 2017.Très vite, j’ai su qu’il fallait que l’on déménage et nous nous sommes installés à l’ancien hôtel des postes de Juvignac. Dans cet espace, on profite de 200 m2 et d’une rue privatisée, un espace formidable pour les arts de la rue. Au-dessus nous avons un autre espace qui correspond à l’ancien appartement de fonction du directeur. Juvignac est l’archétype de l’espace périurbain : c’est une commune pavillonnaire qui touche Montpellier et qui a eu un essor démographique très fort. Le paysage, le rapport entre les populations, les nouveaux quartiers : c’est un ensemble qui questionne le rapport des habitants à l’espace public. C’est aussi un joli pendant à l’activité et le coeur de projet de l’Atelline qui est de soutenir et d’accompagner la création artistique professionnelle des arts vivants dans l’espace public.

Quelles sont les différentes activités de l’Atelline ?

Il y en plusieurs ! Nos activités portent des noms différents : la Fabrique de la Création, la Fabrique des Paysages, et la Fabrique du Regard.

Qu’est-ce que la Fabrique de la Création ?

La Fabrique de la Création correspond au volet d’accueil en résidence. La création des arts vivants en espace public, c’est de la danse contemporaine, du théâtre dans sa forme plus classique, il y a aussi un attrait assez fort pour la déambulation, parfois des projets « indisciplinaires » ou circassiens. Nous avons aussi des balades chorégraphiques et sensibles.

Il y a souvent une méconnaissance de l’exigence et de la grande qualité des propositions professionnelles pour l’espace public. On a tendance à imaginer que c’est divertissant et en fait il y a une grande vitalité et une diversité. Lorsqu’on crée dans une boîte noire, on a tout l’environnement qui est là pour. À l’inverse, dans l’espace public on entre en dialogue avec ce qui est autour, et ça demande beaucoup de travail. Les créations ont la capacité de venir surprendre dans le quotidien. Il y a aussi une dimension politique et sociétale tout en étant dans une diversité des propositions. Il peut y avoir des formes très joyeuses et ludiques mais qui s’appuient sur un travail d’écriture au coeur des préoccupations actuelles, qu’elles soient politiques, environnementales ou sociologiques.

On ne peut pas parler de renouvellement des formes si on ne laisse pas aux artistes la liberté de chercher, de se tromper et de ne pas être directement dans une dynamique de production et de diffusion.

Comment accompagnez-vous les compagnies ?

Concrètement, la façon la plus attendue ce sont les accueils en résidence de production. Chaque année nous choisissons d’accompagner quelques compagnies dans leur projet pendant une semaine à quinze jours. Pour les résidences de recherches artistiques ça peut être plus long. Nous finançons les temps de résidence et nous hébergeons les artistes.

Depuis 14 ans, nous développons aussi une résidence collective d’accompagnement à l’écriture et à la dramaturgie, à La Chartreuse. Dans ce cadre, nous accompagnons trois auteurs ou autrices qui viennent avec un membre de l’équipe artistique, impliqué lui aussi dans le processus d’écriture. Pendant une semaine, ils rencontrent plusieurs professionnels (metteur en scène, dramaturge, sociologue) et le projet est questionné. Nous sommes là pour les aider à muscler les choix d’écriture et de dramaturgie. Ce dispositif a tellement de succès que nous avons créé trois jours à Juvignac construits sur le même principe. Enfin, il peut aussi nous arriver d’accueillir des laboratoires, des espaces de recherche. On ne peut pas parler de renouvellement des formes si on ne laisse pas aux artistes la liberté de chercher, de se tromper et de ne pas être directement dans une dynamique de production et de diffusion.

Pouvez-vous parler de la Fabrique du regard ?

Avec la Fabrique du Regard, nous sommes dans une démarche plus attendue. Il s’agit de la politique d’éducation artistique et culturelle, ce sont aussi les projets artistiques de territoires. Chaque année, nous participons aux projets soutenus par la politique de la ville. Nous avons été très présents dans le quartier Celleneuve. Nous allons bientôt démarrer un projet avec la compagnie Sous X qui va questionner l’adolescence. Ce sera une création participative pour laquelle nous allons implanter le travail de création dans le quartier de la Mosson. Dans ce même quartier, nous allons faire venir Camille Faucherre, l’un des directeurs artistiques de la compagnie La Générale d’Imaginaire. Il viendra travailler sur la question du genre dans l’espace public.

Peut-on en savoir plus sur la Fabrique des Paysages ?

La Fabrique des Paysages, c’est l’ensemble des projets que l’on peut initier ou auxquels nous sommes conviés. Ils viennent travailler le frottement entre création en espace public, création artistique et projet urbanistique ou participatif à l’échelle d’un quartier. Là encore nous essayons de croiser les compétences, les approches et de favoriser une démarche transversale. Nous souhaitons défendre le fait que faire entrer une démarche artistique et une approche sensible, c’est trouver une façon plus intelligente de travailler sur les espaces publics.

En septembre vous avez imaginé un temps de « Conversations » pour les professionnels en collaboration avec le Théâtre des 13 vents, de quoi s'agit-il ?

Pendant le confinement, je passais mes journées au téléphone avec les artistes à discuter, à imaginer des reports, à entendre leur solitude. Ce qui m’a frappé c’est l’isolement dans lequel on s’est tous retrouvé. Il y a eu de gros rendez-vous en vidéo où il y a eu ce besoin de parler de la situation. À partir de ça, nous avons créé des Conversations : une rencontre interprofessionnelle autour de la question de l’espace public. Nous avons réuni plusieurs professionnels : anthropologue, sociologue, architecte, dramaturge pour lancer des sujets et en discuter. Ce rendez-vous s’est déroulé sur trois jours au Théâtre des 13 vents.

Vous souhaitez lancer une diffusion plus large des spectacles que vous accueillez en résidence ?

Nous avons effectivement envie d’écrire des temps plus longs et de pouvoir programmer les spectacles que nous avons accompagné ou bien de programmer le spectacle d’une compagnie la même année où nous l’accueillons en résidence pour sa prochaine création. L’idée c’est d’ancrer une diffusion artistique à l’échelle de la métropole et de toucher un public plus large.

Comment continue votre travail pendant cette période d’arrêt ?

Jusqu’à présent, nous sommes surtout dans l’accueil et moins dans la diffusion. Nous avons réussi à reporter la majorité de nos accueils en résidence.Trois projets ont tout de même dû être reportés en 2021. Pour la partie diffusion artistique, nous avons choisi de ne rien programmer avant l’automne prochain. Nous n’avons pas assez de visibilité et c’est très dur de devoir annuler. Ce qu’il faut souligner c’est que, dans cette crise, l’espace public est l’un des premiers condamnés. On est donc empêché. Cette situation demande également d’être très présent pour les compagnies qui sont en souffrance. On devrait les laisser répéter, travailler. Le secteur culturel a toujours été inventif. On finit par tracer des voies à partir des contraintes. Il faut continuer à soutenir la création et se dire qu’il faut faire commun, trouver des solutions ensemble.

Recueilli par Eva Gosselin

latelline.org

Interview vidéo | Pascal Miralles comédien et fondateur de TRAC, école de comédiens à Montpellier

L'Art-vues a lu

par MCH

« De l’ombre la lumière, Photographies de peintre » Jacques Clauzel

Par BTN

Nous avons, dans la région, un photographe remarquable, mais il est plus connu en tant que peintre (rappelons son expo au Musée Paul Valéry) et fabricant de livres d’artistes avec des grands poètes (Salah Stétié, Andrée Chédid ou James Sacré…). D’où l’intérêt de cet album de 220 pages (et qui appelle une suite…) à même de séduire les nostalgiques d’une Afrique ancestrale et authentique, à laquelle une grande partie de l’ouvrage est consacrée, et aussi de paysages du plat pays du côté de la mer du Nord ou encore des champs de roseaux dans les plaines de Camargue, quelques vues de Baux en contreplongée, des nuages. Et pas seulement : Jacques Clauzel excelle aussi dans l’art de la nature morte paradoxale ; il s’intéresse aux fruits pourris, argentés ou modelés par la lumière, aux jeux d’ombre fortuits et précieusement collectés, aux divers objets de son quotidien extérieur et intérieur, à commencer par son atelier. Et tout ceci, en argentique et sans jamais user de la couleur tant il est vrai que le noir et blanc est l’essence même de la photographie et qu’il attribue à ce que l’on regarde et fixe sur l’objectif une autre dimension. Oui les amateurs de photo auront de quoi se sustenter en découvrant ce photographe qui fait surgir, en magicien éclairé, « De l’ombre la lumière ».

Pourtant, il est une autre raison pour laquelle ce livre est important dans sa production prolifique : elle apparait en filigrane pour qui connaît l’ouvre picturale de Clauzel, ses gravures et ses illustrations. C’est qu’elle ne procède elle également que du noir et blanc, et de la quête de la lumière, sur le fond brun du kraft ou du papier, en faisant une infinie confiance, exclusive, aux ressources de l’encre et de l’acrylique. On la sait géométrique, répétitive, sobre à la recherche d’un rendu lumineux qui s’équilibre avec la grille, « partition structurante » selon Marie Joqueviel-Bourjea dans sa préface, qui subdivise la surface. En quête d’une vibration foncière, élémentaire et essentielle. Et qui ne voit que cette prospection des rémanences sensorielles, absolue, se confond avec la rencontre de la terre africaine, ses villages fantomatiques, ses habitants à moitié nus, ses arbres majestueux et mal dégrossis, ses moyens de se déplacer primitifs, ses marchés à la fois pléthoriques et ne produisant qu’un seul produit (une poterie, une boite à vêtements, un objet en bois par ex) ? Chez Clauzel, les photos éclairent rétrospectivement la peinture et inversement, les peintures ne pouvaient qu’engendrer de nouvelles photos. D’où les deux périodes en ce livre : les années 60-70, vouées à l’Afrique noire (Mali, Burkina Faso, Niger, Bénin, Sénégal, Côte d’Ivoire), les années 2000, dévolues aux lumières du pays d’origine, du paysage à la nature morte, en passant par les ombres, échos du paradis perdu.

Le titre le dit bien : Il s’agit de photographies d’un peintre, ce qui signifie que l’on peut lire ses images selon deux niveaux d’interprétation. C’est comme si l’on avait deux livres pour le prix d’un.

En attendant sa distribution en librairie, on peut le commander aux Editions A travers 7, rue Jean Bérard, Gallargues le Montueux, (0466354790).

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SARL Médi'Art Communication | La Serre - Immeuble L'Arbre Blanc - 1, Place Christophe Colomb 34000 Montpellier. Tél. 04 67 12 06 00. contact@lartvues.com

Directeur de la publication : Stéphane Jurand. Direction commercial : Philippe Pech. Rédacteur en chef : Luis Armengol. Rédaction : Eva Gosselin, BTN, Marie-Christine Harant. Administration, commerciale et abonnements : Christine Jurand. A participé à ce numéro : Francis Duval (graphiste).