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Desjoyaux fait place à la 4e génération Créé il y a plus de cinquante ans, le groupe Desjoyaux rayonne dans le monde entier. Comment un carreleur ligérien est-il devenu premier constructeur mondial ? Retour sur une réussite familiale.

“Je ne vois aucun inconvénient à travailler en famille, estime Jean-Louis Desjoyaux. S’il y en avait, nous ne serions pas ensemble, et puis je n’ai jamais connu autre chose à vrai dire. Quoiqu’il en soit, concernant la transmission, si la famille n’était pas compétente, il est clair qu’elle n’aurait pas eu accès aux postes à responsabilités au sein du groupe.”

Depuis sa création, la société spécialisée dans la conception de piscines a toujours été une affaire familiale et cet aspect, Jean-Louis Desjoyaux, son PDG, y tient beaucoup. Il y voit même l’un des secrets de sa réussite.

Carreau après carreau

L’histoire remonte à l'Après-guerre. “Mon grand-père a créé à Michon une entreprise de carrelage, se souvient Jean-Louis Desjoyaux. Mon père l’a rejoint dans les années 1950 puis il a créé sa propre société de carrelage en 1968 car avec la crise du bâtiment, les deux familles ne pouvaient pas vivre sur une seule société.” Alors qu’il bâtit la maison familiale à Cuzieu, son père Jean y construit une piscine de ses propres mains, en 1966, car il adorait la baignade et souhaitait en faire bénéficier ses enfants. Il est très vite victime de ce premier succès puisqu’un voisin, des amis, et ce qui sera un tout premier client, demandent à Jean Desjoyaux de créer leur piscine.

“C’est à ce moment-là que tout a commencé. Je l’ai rejoint en 1971 et j’ai participé à la grande aventure piscine.” Pendant longtemps, l’entreprise poursuit son activité dans le bâtiment et travaille notamment pour Casino. “On leur doit beaucoup car le fait d’avoir travaillé pour eux, d’avoir fait jusqu’à 50 millions de francs en carrelage et en maçonnerie, c’est cela qui a permis de financer notre métier d’aujourd’hui et notamment son industrialisation.”

Son père lui laisse alors la gestion de la partie bâtiment avec des clients tels que Casino mais aussi Auchan, tandis que lui ne se consacrera plus qu’aux piscines.

L’ère de l’industrialisation

Père et fils ouvrent le premier site de production à La Fouillouse, en 1974, dans le but d’entamer l’industrialisation de leur métier. Avant de franchir cette étape clé, ils testent de nombreux systèmes de piscines possibles (béton projeté et même en bois) pour en arriver à préfabriquer leurs murs en polyester, dans l’esprit de coques de bateaux inversées, tandis que le fond sera en béton armé. Mais les ambitions familiales ne s’arrêtent pas là.

“Nous avons industrialisé un peu plus ces murs grâce à un coffrage dans lequel nous injectons du béton armé. À l’époque, nous faisions 100 à 200 piscines par an (contre environ 9 000 aujourd’hui, NDLR). Dans les années 1990, nous avons investi sur le site actuel afin de se lancer dans la grande industrialisation. C’est ainsi qu’aujourd’hui, toutes nos pièces, toute la conception des piscines, sont faites comme on le ferait pour un véhicule automobile, c’est-à-dire que tout est industrialisé. Le recyclage des matières plastiques utilisées pour fabriquer les panneaux de coffrage est intégré. Nous faisons du 100 % français. Je pèse mes mots lorsque je dis que le site que nous avons ici est unique au monde car nous sommes les seuls industriels intégrés au monde.”

Le siège compte actuellement 260 salariés, répartis sur 13 hectares dont 5 d’ateliers. Tout y est donc standardisé et intégré, aucun moule n’est fabriqué ailleurs. "Nous avons simplement une petite unité de production à Jeddah en Arabie Saoudite, pour fabriquer un produit qui est le PVC armé. Il fallait que l’on s’implante là-bas car cela nous permet d’avoir des prix intéressants sur le pétrole et les produits qui en sont dérivés. Ensuite, tout est conçu ici par nos bureaux d’études. Nous achetons du polypropylène, nous le broyons et l’extrudons nous-même, nous le chargeons en charges minérales pour enfin l’injecter dans nos structures de piscine."

Et bien qu’industrialisée à grande échelle et cotée en bourse, l’entreprise reste toujours une affaire de famille.

Un refuge en temps de crise

Tandis que Jean-Louis Desjoyaux tient les rennes de l’entreprise, sa sœur est en charge des comptes du groupe France et international, ainsi que de la boutique Desjoyaux. Son neveu et sa nièce travaillent également sur le site de La Fouillouse. Sa fille Fanny gère la communication et le marketing.

Son frère, à la retraite, a souhaité prendre un peu de recul et a donc cédé ses actions à ses frères et sœurs tandis qu’il continue de travailler pour le groupe avec ses enfants sur le marché asiatique. “Il y a plein d’avantages à travailler en famille”, lance Jean-Louis Desjoyaux. Sa fille intervient alors pour ajouter, en se référant à d’autres expériences professionnelles qu’elle a pu avoir, toutes les décisions sont prises et mises en œuvre plus rapidement.

“En période difficile, je pense qu’il est aussi plus facile de se serrer les coudes, poursuit son père. Nous sommes une entreprise atypique parce que j’ai bien voulu qu’elle le soit. Je délègue beaucoup et laisse des responsabilités énormes à mes chefs ou patrons de services. Par exemple, ma fille Fanny est en charge d’un budget d’environ 2,4 millions d’euros et elle le gère toute seule. La directrice industrielle doit, quant à elle, avoir la responsabilité d’un budget d’une dizaine de millions d’euros annuels. Absolument tout est délégué et, selon moi, c’est pour cette raison que tout va très vite.”

Le chef d’entreprise explique que peu de réunions “formelles” sont organisées de manière générale, tandis qu’il s’en déroule une dizaine informelles chaque jour au sein même de son bureau, avec prises de décisions immédiates à la clé. “Ma porte est toujours ouverte, chacun est libre de venir me voir. Vous savez, ici tout le monde s’appelle par son prénom, nous avons une ambiance de travail qui est extraordinaire, se réjouit-il. Je pense que c’est un des secrets de la réussite. Nous travaillons beaucoup, mais nous ne nous prenons pas au sérieux. Nous sommes très fiers de cela.”

Et bientôt, Jean-Louis Desjoyaux fera place à la quatrième génération puisque son fils Nicolas, aujourd’hui en charge du commerce, prendra sa succession prochainement. Et lorsqu’on lui demande quand, il esquisse un sourire : “Quand ce sera le moment !”

Et d’ajouter que s’il ne disposait pas des compétences au sein de sa famille, il n’aurait pas hésité une seconde à faire autrement en restant actionnaire mais en plaçant un gérant à la tête du groupe.

Mettre la famille à l’abri des tempêtes

“Toutes les générations sont différentes, à moi d’arriver à les former car ils ne sont que pisciniers et ne connaissent pas le BTP. Ce relais sera dont légèrement plus difficile. Il faudra des gens qui ont cette expérience autour de mes enfants, neveu et nièce.” Un groupe qui compte actuellement 160 points de vente dans l’Hexagone et se développe via un réseau de concessionnaires exécutifs.

Huit filiales dont une en cours de création

Son objectif est aujourd’hui d’ouvrir trente-cinq points de vente supplémentaires en France, ce qui est en cours, afin de gagner en proximité avec la clientèle.

Côté international, le groupe Desjoyaux dispose d’un réseau de 80 importateurs à travers le monde ainsi que de 8 filiales, dont une en cours de création (États-Unis, Brésil, Chine, Portugal, Espagne, Allemagne, Italie et prochainement le Mexique). Un développement accentué à l’export auquel tient le chef d’entreprise.

“Il n’y aura pas d’autres filiales mais nous avons pour objectif d’ouvrir deux, trois, voire quatre pays chaque année, le but étant d’arriver à une parité entre la France et l’export en termes de chiffre d’affaires, alors qu’aujourd’hui l’export en représente 35 %. Si nous atteignons la parité entre l’export et le marché en France, il ne pourra plus rien arriver à la quatrième génération. Pendant la crise, nous sommes tombés à 6 000 piscines, mais nous sommes parvenus à la traverser sans trop de bobos, l’export est une garantie supplémentaire. Nous avons pour ambition de devenir le numéro 1 mondial incontesté de notre marché.”

Une grande place est également accordée à l’innovation ainsi qu’à la formation. Car trouver des partenaires n’est pas aussi évident que cela puisse paraître : “Cela fait une vingtaine d’années que je me dis que nous devons être présents au Sénégal et c'est en passe d’être réalisé. Nous avons fait pleins d’ouvertures en Irak et venons d’ouvrir en Syrie mais il est parfois compliqué de trouver des partenaires. Au Mexique, nous avons été obligés de créer une filiale car nous n’arrivions pas à tisser un réseau.”

Bientôt une école

Depuis quelques années, Jean-Louis Desjoyaux suit en direct tout l’aspect recherche et développement. Il s’agit essentiellement d’innovation concernant les moules, mais aussi les filtrations, les piscines connectées… Une vingtaine de personnes travaillent en permanence au pôle R&D. Et le chef d’entreprise ne manque pas d’idées en la matière. “Je souhaite accentuer sur l’aspect bien-être dans la piscine, avec l’hydrothérapie par exemple.”

Forte d’un dirigeant toujours en mouvement, l’entreprise recrute régulièrement mais peine à trouver de la main-d’œuvre tant les métiers manuels ont longtemps été dévalorisés. Pourtant, elle se dit prête à former les postulants.

Alors, Jean-Louis Desjoyaux a eu une nouvelle idée. “J’ai récemment demandé à la personne en charge de la formation que l’on puisse créer une petite école d’apprentissage sur le site.” Carrelage, maçonnerie, piscines, innovation, formation… Le chef d’entreprise est un véritable couteau suisse. Mais il refuse de se définir comme un industriel : “Je suis un entrepreneur. Il suffit de regarder la définition que le dictionnaire en fait.”

Après vérification, l’entrepreneur y est définit comme “celui ou celle qui fait métier d’entreprendre un travail de construction, de terrassement ou de quelque nature que ce soit, quelque service destiné au public”, mais aussi “celui qui dirige une entreprise”.

Et avec la canicule du début du mois, l’entreprise a reçu de nombreuses commandes. “Les piscines, c'est comme les parapluies. Nous en vendons beaucoup en fonction du temps qu’il fait.” L’occasion cette année de, peut-être, atteindre l’objectif du groupe de réaliser 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Photo d'archives Le Progrès

Infographie C.C

Textes et photos: Julie Tadduni

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