Loading

24 janvier 2020. Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, confirme la présence en France de trois cas de "coronavirus", une maladie infectieuse émergente. Les contaminations se multiplient en Chine. Des Français installés à Wuhan sont rapatriés et confinés dans un centre de vacances à Carry-Le-Rouet. Mais l’inquiétude ne se propage pas dans l’Hexagone. Selon les dires, le virus ne se transmet pas aisément d’une personne à l’autre.

D’autres cas apparaissent sur le territoire français. Contamines-Montjoie en Haute-Savoie, Crépy-en-Valois dans l'Oise… On parle de "clusters", de regroupements de cas de coronavirus dans une zone géographique limitée. Rumeurs et risque de panique, les premiers foyers épidémiques apprennent à gérer cette crise. Tous les regards sont tournés vers eux. Faut-il s’inquiéter ? Le virus peut-il dépasser les frontières de ces "clusters" ? Le Covid-19, nom donné à cette nouvelle maladie, est-il plus dangereux que la grippe, la France entière doit-elle être sur le qui-vive ?

Mi-février, la donne change. Alors que l’OMS déclare l’urgence internationale et appelle à se préparer à une éventuelle pandémie, plus de 2.000 fidèles venus de tout l’Hexagone, d’Outre-mer et d’autres pays se réunissent pour un séminaire de l'Église Porte ouverte chrétienne dans le quartier de Bourtzwiller, à Mulhouse. Une semaine de célébration et ils regagnent leurs domiciles. Ils ne le savent pas encore mais plusieurs d’entre eux ont été contaminés par le Covid-19. Un nouveau cluster est détecté dans le Haut-Rhin. Il va accélérer la propagation de la pandémie.

En Bourgogne Franche-Comté, dans le Grand Est, dans le reste de la France et ailleurs, cet évènement est l’un des points de départ de la propagation du Covid-19. Il a même essaimé jusqu’au Burkina Faso : les deux premiers cas du pays rentraient de Mulhouse.

Dans le Doubs, l’Ehpad de Thise est mis sous surveillance début mars. Une première en France. Au moins dix résidents sont diagnostiqués positifs. Mi-avril, ils sont 26 à avoir perdu la vie. Ces résidents ont contracté le Covid-19 suite à des contacts avec une aide-soignante ayant participé au rassemblement alsacien. Et ce n’est pas le seul exemple lié à Mulhouse.

En Lorraine, plusieurs cas se déclarent après le regroupement dans le Haut-Rhin. A Boulay-Moselle, un homme est dépisté positif. Il a participé au grand rassemblement évangélique avec sa famille. Une élève de l'école d’horticulture et de paysage de Roville-aux-Chênes est également testée positive. Cette étudiante, 2e cas de Covid-19 déclaré dans les Vosges, revenait de Mulhouse. Même scénario en Meuse. Les deux premiers cas signalés sont deux sœurs âgées d’une soixantaine d’années, revenues d’Alsace après le séminaire.

Au fil des jours, la situation devient de plus en plus critique. Le Grand Est et la Bourgogne Franche-Comté font partie des régions les plus touchées par le virus. Les hospitalisations augmentent, mais l’incompréhension demeure. Les chiffres s’affolent, les établissements scolaires doivent fermer. Les restaurants, les bars, les commerces qui ne sont pas de première nécessité baissent le rideau, mais le premier tour des élections municipales est maintenu. Masques, gants, gel hydroalcoolique, c’est dans une ambiance toute particulière qu’il se tient.

Le lendemain soir, l’annonce tombe. Les Français seront confinés, dès le mardi 17 mars à midi.

Pendant deux mois, la Lorraine et la Franche-Comté ne seront pas épargnées. Ces deux régions vont devoir se battre. Se réorganiser. Continuer à avancer, malgré le confinement.

Un terrible bilan sanitaire

L'heure du confinement sonne. Emmanuel Macron parle d'une guerre contre le virus. Dans plusieurs établissements hospitaliers, le Plan Blanc est activé. Nancy, Verdun, Besançon... Des mesures d'organisation exceptionnelles sont mises en place afin d'affronter le Covid-19 et l'arrivée massive de patients contaminés. Médecins, infirmiers, aides-soignants... Les guerriers sont dans les startings-blocks et craignent le pire.

Une infirmière du service de réanimation du CHRU de Nancy-Brabois, où le Plan Blanc a été activé, s'occupe d'un patient contaminé par le Covid-19. Photo ER/Alexandre MARCHI

Dans le Grand Est, de 61 décès comptabilisés le 17 mars, nous passons à 120 morts le 18 mars. Une augmentation qui fait déjà froid dans le dos.

Le confinement n'est pas à prendre à la légère. Il y a urgence. Les soignants appellent les Lorrains et les Francs-Comtois à bien rester chez eux.

En Haute-Saône, Christian Floriot, ex-chef du service de réanimation de Vesoul, revient donner un coup de main, au titre de la réserve sanitaire. Il voit de ses propres yeux les ravages que provoque le virus dans les chambres de son ancien service.

"Le seul moyen de nous aider, c’est de rester à la maison. Ce virus ne circule pas, c’est faux de dire ça. Ce sont les gens qui circulent et qui en sont porteurs. Je pense qu’il faut avoir en tête qu’il y a des vies en jeu. Celle des autres et la nôtre." - Christian Floriot, ex-chef du service de réanimation de Vesoul

Des cris d'alarme

Dans de nombreux départements, les équipes hospitalières de réanimation sont sur le pied de guerre, comme au CHRU de Nancy-Brabois.

La filière de soins critiques passe en niveau 2. Des patients de Covid-19 sont accueillis dans la réanimation chirurgicale du site de Brabois. Des lits des Unités de Soins Critiques médicales de Brabois et de Central sont transformés en lits de réanimation.

Au cœur du service de réanimation du CHRU de Nancy-Brabois avec les patients atteints de Covid-19. Photos ER/Alexandre MARCHI

Cela fait seulement quelques jours que le confinement a été mis en place et les témoignages alarmants de soignants se succèdent. Selon ces derniers, l’extrême gravité de la situation sanitaire est sous-estimée par le gouvernement et par les Français. Malgré les appels lancés. Malgré les demandes pour respecter les règles de sécurité.

Après les appels, les soignants passent aux cris, aux larmes. Sans concession, ils partagent leur colère et leurs pires cauchemars. Comme cette infirmière qui travaille au service de réanimation du CHRU de Besançon. Lucie (le nom a été changé pour respecter la demande d'anonymat) ne mâche pas ses mots : les 40 lits du service seront bientôt saturés, les lits supplémentaires aménagés ne seront pas suffisants pour absorber le choc. Et Besançon deviendra l'équivalent de Mulhouse.

"A Mulhouse, ils pratiquent une médecine de guerre. On va être amené à trier les vieux des jeunes, pour décider à qui on donne sa chance en réa, et qui on laisse mourir." - Lucie, infirmière au CHRU de Besançon

Pour Lucie, les gens ne se rendent pas compte. "J’ai envie de les embarquer avec moi pour leur montrer ce qu’est un patient intubé ! Ici, on nous annonce l’apocalypse jusqu’à mi-avril."

La catastrophe s'annonce. Les soignants manquent de place, de masques, de sur-blouses, de matériel. Certains d'entre eux tombent malades. Les guerriers ne sont pas infaillibles.

Les médecins généralistes sont en première ligne.

C'est le cas du Dr Jean-Louis Nitche, médecin généraliste installé à Ligny-en-Barrois. Pendant trois semaines, il est terrassé par le Covid-19. A-t-il été contaminé par un patient ou une personne de son entourage ? Une chose est sûre : la fièvre est arrivée soudainement. 39 à 40°C pendant dix jours. Une fatigue extrême qui s’atténue ensuite doucement. Le médecin devient son propre patient et prend le traitement du Dr Raoult. Une fois guéri, il retourne travailler. Masqué.

Si certains parviennent à s'en sortir, d'autres succombent, malgré tous les efforts fournis. Le 22 mars, le Dr Sylvain Welling, âgé de 60 ans, perd la vie. Ce médecin mosellan, installé dans la commune de L’Hôpital, près de Saint-Avold, est le deuxième médecin à être mortellement contaminé dans le Grand Est.

La courbe des décès continue d'augmenter, entraînant dans son sillage médecins, aides-soignants, infirmiers... Ceux sur qui repose la guérison des malades.

L'heure du système D

Le milieu médical est touché de plein fouet. Avant l’épidémie, le personnel soignant essayait pourtant de se faire entendre en multipliant les grèves. En pleine pandémie et confinement, leurs anciennes mises en garde sonnent comme une prémonition.

Face à cette nouvelle crise, comment faire pour prendre en charge le plus rapidement possible les personnes contaminées par le virus ? Comment améliorer les conditions d'accueil ? L'heure est au système D. Des masques de plongée sont par exemple modifiés afin de mieux se protéger du virus à l'hôpital Nord Franche-Comté à Trévenans. Dans l'agglomération nancéienne, des gymnases sont transformés en centre de soins Covid-19, comme celui du Placieux à Villers-lès-Nancy. Des drives de prélèvement sont installés dans plusieurs villes vosgiennes, comme à Épinal.

Photos Lionel VADAM, Alexandre MARCHI et Jérôme HUMBRECHT

Le recours aux transferts

Pour soulager les hôpitaux qui saturent, des transferts sont organisés. Hélicoptères militaires, avions sanitaires, TGV médicalisés... Différents moyens de transport sont mis à contribution pour évacuer des malades vers des régions moins touchées par l'épidémie. L'objectif de ces transferts est d'anticiper et d'éviter les évacuations en urgence, faute de places.

Plusieurs opérations de ce type sont entreprises en Bourgogne Franche-Comté. Le week-end du 28 et 29 mars, ce sont 50 Bourguignons et Francs-Comtois qui rejoignent des hôpitaux des régions du Centre, du Sud-Est et de l'Ouest de la France ainsi que des établissements de Suisse et d'Allemagne.

Nancy est aussi au coeur du drame. Un TGV médicalisé arrive le 29 mars. La place de la République, située à proximité de la gare, est bouclée pour que l'acheminement puisse se faire en toute sécurité. Les ambulances arrivent selon un cadencement déterminé. 12 Meurthe-et-Mosellans et 12 Mosellans sont embarqués dans ce TGV, direction la Nouvelle-Aquitaine.

Le transfert entrepris à Nancy avec un TGV médicalisé. Photos ER/Alexandre MARCHI

Malgré des transferts, la situation reste critique dans un premier temps. Le flux de patients est trop important. Marie-Odile Saillard, directrice générale du CHR de Metz-Thionville, pousse un coup de gueule. "Il faut pouvoir transférer douze à treize patients tous les jours, dans les meilleurs délais". La directrice du CHR qui pilote l’ensemble du Territoire de Moselle Nord et Est ne cache plus sa colère.

"J’ai l’impression de n’avoir pas été prise au sérieux, au niveau national, quant à la situation de la Moselle. Nous sommes au bout de nos réserves de lits. On n’en peut plus. D’ici trois à quatre jours, ici ce sera comme à Mulhouse." - Marie-Odile Saillard, directrice générale du CHR de Metz-Thionville

Cet appel à l'aide entraîne une augmentation des évacuations de patients et résonne jusqu'à l'Elysée. Vendredi 3 avril, le président de la République s'entretient avec Marie-Odile Saillard pour faire un point sur la crise. Les transferts et le confinement portent leurs fruits.

Sur les 100 lits de réanimation ouverts par le CHR de Metz-Thionville, 25 sont disponibles au vendredi soir. Mais le chiffre le plus encourageant concerne les lits de "pré-cohorting", où sont pris en charge les patients présentant des symptômes importants qui viennent d’être hospitalisés et qui sont dans l’attente du résultat du test de Covid-19. "Ce vendredi soir, nous n’avons plus que 22 patients. Ce sont les premiers effets du confinement."

Si la gestion des patients s'améliore, la situation est en revanche toujours aussi tendue sur le front des stocks des masques et des médicaments. Après une journée de polémique, l'affaire du détournement des masques de la Bourgogne Franche-Comté par le Grand Est sur le tarmac de l'aéroport Bâle-Mulhouse, connaît un épilogue encourageant : les deux régions annoncent qu'elles "unissent leurs forces pour passer commande de quatre millions de masques de protection : deux millions pour chacune des deux collectivités."

Une situation critique dans les Ehpad

Si cette crise sanitaire pointe du doigt des dysfonctionnements dans les hôpitaux, elle en révèle aussi du côté des Ephad. Le virus s'y installe et y fait des ravages. C'est l'hécatombe.

L'Ehpad de Thise, dans le Doubs, est l'un des premiers établissements pour personnes âgées de France à être touché par le coronavirus suite à la participation d'une de ses aides-soignantes au rassemblement de Mulhouse. Mi-avril, 26 pensionnaires sont décédés, fauchés par la maladie.

La structure nous a ouvert ses portes pour rencontrer les résidents et le personnel soignant.

Pour éviter la propagation, certains établissements se mettent en confinement total. L’Ehpad de Blamont, également dans le Doubs, devient "une forteresse" pour stopper le Covid-19. Testés négatifs, 73 personnels de la maison de retraite sont confinés 24 h/ 24 avec les 158 résidents.

73 personnels en confinement total à la maison de retraite de Blamont. Photo ER/Lionel VADAM

Dans d’autres établissements, la situation est catastrophique. L'Ehpad de la Rosemontoise à Valdoie (Territoire de Belfort, 32 morts), l'Ehpad Saint-Dominique de Mars-la-Tour (Meurthe-et-Moselle, 22 décès), l'Ehpad Le Couarôge à Cornimont (Vosges, 21 morts)... Le bilan est lourd.

Dans certains Ehpad, les témoignages sont glaçants. A Valdoie, les salariés vivent l'horreur. La direction est dessaisie le 6 avril pour d'importants manquements. Parmi les décès liés à cet établissement, il y a d'ailleurs celui d'une aide-soignante : Patricia Boulak, tombée au combat le 24 avril et symbole des soignants dévoués.

"On a craqué les uns après les autres. On a pleuré beaucoup. On se demandait si on était maltraitants, tellement on nous tirait sur la corde. On aurait bien aimé avoir un responsable avec nous pour qu’il se rende compte de la réalité. Eux, ils écrivent, ils mettent des affiches, ils envoient des mails et ils racontent que tout va bien. En vrai, ça a été le chaos pendant un mois d’horreur, mais il ne faut pas tout mettre sur le dos du Covid-19 !" - Les salariés de l'Ehpad de Valdoie, dans une lettre ouverte

Le déconfinement approche. Certains Ehpad ont rouvert leurs portes aux familles. Le dévouement des soignants a permis de sauver des vies, mais le bilan est terrible.

Le 14 avril, le Grand Est enregistre 4.993 personnes hospitalisées. En Bourgogne Franche-Comté, le pic est atteint le 17 avril avec plus de 1.350 personnes hospitalisées. En réanimation, on recense 971 personnes le 3 avril dans le Grand Est et 295 le 7 avril en Bourgogne Franche-Comté. Au 6 mai, on déplore plus de 3.000 morts pour le Grand Est et près de 900 en Bourgogne Franche-Comté.

FRANCS-COMTOIS ET LORRAINS À L'HEURE DU CONFINEMENT

Pendant que les soignants sont à pied d’œuvre, les Francs-Comtois et les Lorrains doivent accepter de changer leur quotidien pour sauver des vies. Pas facile quand l'envie de liberté ou la peur prennent le dessus.

Ces scènes de supermarchés bondés, juste avant le confinement, sont inoubliables. Des foules entières, inquiètes de devoir faire face à un confinement total, se précipitent pour acheter de quoi tenir plusieurs semaines. C'est la razzia sur les pâtes, le riz et même les rouleaux de papier toilette. Des émeutes voient le jour dans certains commerces, comme dans le magasin Colruyt à Champagney en Haute-Saône. Les gens se ruent dans les pharmacies pour acheter du doliprane.

A Tomblaine, Forbach ou encore Sarreguemines, les supermarchés sont pris d'assaut. Photos Cédric JACQUOT, Stéphane STIFTER, DR.

Des images gravées dans nos mémoires. Comme celles des villes mortes, vidées de leur population.

Souvenez-vous. Mardi 17 mars, ça y est, il est midi. Les rues se vident. Les villes se transforment en cités fantômes. Partout en Lorraine et en Franche-Comté, le même spectacle. Le temps s'est arrêté. Sur la place Stanislas, pas un chat. Les images d’une place bondée lors de la victoire des Bleus au Mondial 2018 reviennent. Quel contraste ! Les cris de joie ont maintenant laissé place au silence. Un silence nécessaire. Rester chez soi pour vaincre le virus.

C'est l'heure du confinement, la place Stanislas n'est plus aussi animée. Photo ER/Alexandre MARCHI
A Toul, Verdun, Vesoul, Thionville, Besançon, Epinal et Belfort, le temps semble s'arrêter. Photos ER, VM et RL
Plus personne pour admirer la cathédrale Saint-Etienne de Metz. Photo RL/Karim SIARI

Contrôles et drones

Les premiers contrôles des forces de l'ordre se mettent en place pour assurer le respect des consignes. Les interventions des policiers et gendarmes se veulent d'abord pédagogiques. Les amendes pour absence d'attestation ne sont pas encore au rendez-vous. Au rond-point d'Ecole-Valentin (Doubs), où les gendarmes ont établi un point de contrôle, les bons élèves sont déjà nombreux. Par la fenêtre baissée, beaucoup tendent poliment leur attestation de déplacement dérogatoire dûment remplie.

"Les trois quarts des gens ont déjà imprimé et rempli cette attestation, mais il y a encore beaucoup de questions et de flou dans leur esprit." - Un gendarme bisontin

Malgré les interrogations, les Lorrains et les Francs-Comtois jouent le jeu en ce premier jour de confinement. Mais les semaines suivantes, les mauvais élèves commencent à faire parler d'eux. Le temps ensoleillé n'encourage pas à rester chez soi. Mais peu importe l'appel du soleil et de la chaleur, le virus est là. Toujours aussi virulent. Les contrôles des forces de l'ordre se poursuivent et des solutions sont mises en place afin de surveiller la population. Les drones entrent en action, comme à Neuves-Maisons en Meurthe-et-Moselle.

Intervention d'un drone à Neuves-Maisons. Photo ER/Alexandre MARCHI
"Les rassemblements sont interdits. Veuillez rejoindre votre domicile sous peine d’une amende. Merci de votre coopération."

La voix est métallique, effrayante, digne d'un film de science-fiction. Alors que les gendarmes entreprennent des contrôles "classiques" dans Neuves-Maisons, le drone survole l'ensemble de la commune et balance son message de dissuasion à tous les passants qu'il croise. L'effet est anxiogène, mais la démarche permet aux militaires d'être plus efficaces, de travailler à distance et donc d'être en sécurité. L’utilisation de l’appareil semble acceptée par la population qui souhaite que le confinement soit respecté.

Si les habitants s'adaptent à la présence des drones, certains doivent aussi s'accommoder d'un couvre-feu, comme à Nancy et dans son agglomération. De jour comme de nuit, les villes s'immobilisent.

Des villes fantômes

Les villes tournent au ralenti. Les soignants, les caissiers, les livreurs, les éboueurs et d'autres acteurs continuent d'arpenter les rues pour lutter contre le Covid-19 et permettre à la vie de suivre son cours. Mais les images parlent d'elles-mêmes.

Pendant ce temps-là, chez les Lorrains et les Francs-Comtois, on fourmille d'idées et d'actions. Challenges, séances de sport, musique, jardinage, apéros skype... Les personnes confinées ne manquent pas de ressources pour s'occuper. En Moselle, elles sont plusieurs à accepter la venue de notre photographe Pascal Brocard afin d'immortaliser leur nouveau quotidien. Arrêt sur images.

Marjorie, journaliste de 35 ans et Eric , commerçant de 53 ans. Leur truc à eux, c'est le sport ! Et si ce n'est pas à l'extérieur , ils trouvent toujours un moyen de le pratiquer en confinement.
Justine, 10 ans, révise ses gammes. / Nicolas , 38 ans et microbiologiste, a fini la construction d'une serre dans son jardin et touche à la peinture. / Dolorès, 20 ans et assistante juridique, s'est mise à la cuisine pendant le confinement et partage ses recettes sur Instagram : Dolores' Recipes.
Philippe, 60 ans et peintre, en profite pour travailler dans sa maison. / Jules, 15 ans et lycéen, continue de progresser à FIFA 20 au point de mettre la raclée à Manchester United avec le FC Metz ! / Sylvie, la soixantaine fringante, s'essaye au bricolage, au lasurage, à la peinture... Avec bonheur.
Maryne, 25 ans et comportementaliste animalier, se consacre à plein temps à Oréo son chien eurasier.

L'heure du soutien et des applaudissements

Depuis chez eux, les Lorrains et les Francs-Comtois soutiennent ceux qui sont en première ligne. Confection de masques et de visières, cagnottes, préparation de repas... Ils mettent la main à la pâte pour aider en cette période de crise sanitaire. Certains remercient les caissières, d'autres envoient des dessins et des gâteaux au commissariat. Les cœurs et les banderoles fleurissent aux fenêtres pour féliciter les soignants. Des petits mots apparaissent sur les poubelles pour encourager les éboueurs.

Sans oublier les musiciens, connus et inconnus, qui mettent leurs mélodies à contribution pour envoyer des ondes positives. Le Belfortain Philippe Garcia sort son trombone tous les soirs pour apporter sa petite contribution. Les directs de ce professeur du conservatoire sont suivis dans toute la France.

Philippe Garcia offre tous les soirs un concert de trombone d'une quinzaine de minutes, pour le plus grand plaisir de ses voisins postés sur leur terrasse, balcon ou jardin. Photos ER/Michaël DESPREZ

Et puis, il y a l'incontournable rendez-vous. Celui de 20 h où les applaudissements sont de rigueur pour les confinés qui rendent hommage aux soignants.

Grâce à eux

Personnels de santé, éducateurs sociaux, forces de l’ordre et de sécurité (gendarmes, pompiers, policiers, militaires), boulangers, pâtissiers, épiciers, buralistes, porteurs de journaux, cuisiniers de collectivités, caissières de grandes surfaces, chauffeurs routiers, conducteurs des transports en commun, agents d'entretien, artisans, toutes corporations confondues… La France salue les petits métiers dits "invisibles", essentiels à la vie de tous les jours.

Pendant ce confinement, vous les avez remerciés en passant par notre opération #GrâceAEux et nous vous avons dévoilé les témoignages bouleversants, incisifs mais aussi optimistes de certains d'entre eux.

Voici les visages de ces héros du quotidien

Christelle Boule, hôtesse de caisse à Verdun ; Hamid Cherqaoui, éboueur du Pays de Montbéliard ; Julie Bauer, aide-soignante à Besançon.
Le Dr Marie-Claude Grangé, cheffe du service des urgences et du service de chirurgie orthopédique et traumatologique de l’hôpital public de Forbach.
Julie Charbonnelle, chauffeur routier de Neufchâteau ; Philippe Bernard, agriculteur à Mailly-sur-Seille.
Delphine, préparatrice de commande au drive Leclerc de Lure ; Steve Régnier, boulanger à Saint-Avold ; Valérie Matton, infirmière libérale à Vittel.
Clarisse Epacher, agent de service au CHR Metz-Thionville ; Eva Lischka, infirmière à Trévenans.
Marcel Hognon, gérant des pompes funèbres à Golbey et Épinal ; David Hypolite, agriculteur bio près de Val de Briey.
Le Dr Gérard Kreutz, de Hombourg-Haut en Moselle-Est ; Mélanie Bel, infirmière à l’Ehpad Blanpain-Couchot de Bar-le-Duc ; Sébastien Compain, ambulancier au SMUR de Vesoul.
Véronique Petitdemange, correspondante locale de presse pour les environs de Saint-Dié ; le Dr Sylvère Hugonnot, médecin urgentiste à l’hôpital Nord Franche-Comté.

Et après ?

Le 28 avril, Edouard Philippe dévoile devant l’Assemblée nationale les modalités du déconfinement progressif du pays à partir du 11 mai.

Les commerces vont rouvrir, mais pas les restaurants. La rentrée se fera à géométrie variable dans les écoles et les déplacements sans attestation seront interdits à plus de 100 km du domicile. Il faudra porter un masque dans les transports. Pour faire face à la pénurie de matériels de protection, entreprises et particuliers se mobilisent pour coudre des masques, réaliser des visières avec des imprimantes 3D. Le gouvernement affirme que le pays disposera de suffisamment de masques et de tests le jour "J".

Jeudi 7 mai, la carte du déconfinement est dévoilée. Une France coupée en deux. Le Grand Est et la Bourgogne Franche-Comté font partie des quatre régions placées en zone rouge, où le déconfinement s’annonce plus restreint. La circulation du virus est moins intense, mais la tension reste vive dans les services de réanimation.

Une nouvelle ère commence. Entre incertitudes et espoirs.

Ces deux mois de lutte contre l’épidémie, la plus grave crise traversée par nos régions depuis la Seconde Guerre mondiale, resteront quoi qu’il arrive gravés dans les mémoires.

Réalisation : Emeline PIUCCO avec les rédactions de L'Est Républicain, de Vosges Matin et du Républicain Lorrain