La grenade fait l'effet d'une bombe

Thomas Saleilles est producteur à Bagnols-sur-Ceze dans le Gard d’un fruit méconnu, la grenade.

Installé depuis 2001, Thomas Saleilles a repris l’exploitation familiale : « J’ai 30 ha de vignes d’appellation côtes-du-Rhône et un peu de blanc. J’ai aussi 500 oliviers, mais c’est une culture que je fais plus par plaisir. » En 2010, le producteur souhaite se diversifier en introduisant une culture à forte valeur ajoutée : « J’ai choisi la grenade. C’est un fruit que j’adore depuis mon enfance. Je l’apercevais à l’état sauvage dans la région. Depuis je me suis intéressé au fruit et à ses multiples vertus. » Il a consulté plus de 200 études scientifiques qui vantent ses bénéfices pour la santé : « La grenade est un antioxydant très puissant, il est plus efficace que le thé vert par exemple, affirme le producteur. Il permet aussi de lutter contre des maladies comme le cancer de la prostate ou du sein. » Thomas est agriculteur bio- logique : « La grenade est une culture qui résiste à toutes les maladies, je la cultive en agriculture biologique comme mes vignes et mes oliviers. » La production française reste marginale : « La grenade est un fruit oublié que nous redécouvrons. Il y a beaucoup de demande de magasins mais peu de volume français. Les grenades sont donc importées de Turquie, d’Espagne ou d’Israël. »

Crédit: DR

Ne pas en perdre une goutte. Depuis 2010, les producteurs se sont regroupés en fédération :« La fédération des producteurs de grenades du sud rassemble 15 producteurs du Sud de la France. Cela représente 50 ha, je détiens un dixième de la production. » Il existe pas moins de 50 variétés de grenade : « J’ai planté toutes les variétés par curiosité. Elles sont très différentes, certaines sont acides et d’autres douces et elles peuvent avoir ou non des pépins. Celle qui correspond le mieux à notre climat est une variété locale nommée provence. J’ai récupéré cette variété à partir de vieux arbres pour faire ensuite des plants. Pour le moment, je n’en fais que pour moi. Peut-être qu’un jour je les revendrais. »Thomas transforme toute sa production en jus : J’ai pris le parti de ne faire que du jus, il n’y a pas de perte et le jus se conserve plus longtemps. J’ai créé une machine qui sépare la graine de la peau. Il faut 3 kg de grenade pour faire un litre de jus. J’ai fait ma première récolte en 2013 mais en faible quantité. L’année dernière, la récolte a augmenté et les jus avaient moins d’astringences. » Le producteur revend seulement en circuit court : « Les bouteilles sont revendues au prix de 7 € sur mon exploitation ou dans des magasins bio de la région. »

"Il faut développer la culture de la grenade, elle peut être un complément intéressant de la vigne lors de l'installation."
Crédit: Pixabay, Fruchthandel_Magazin

La grenade a de l’avenir. La grenade peut néanmoins être revendue de différentes façons :« Elle peut être vendue sur les marchés ou même transformée en sirop ou jus fermenté. Pour le moment, nous ne sommes pas assez de producteurs pour faire avancer la recherche. » Thomas milite pour que plus de jeunes s’intéressent à la grenade : « Il faut développer cette culture. Elle apporte une forte valeur ajoutée. » Mais précise t-il : « Je ne pense pas qu’en monoculture cela soit possible pour le moment. Pour un jeune qui s’installe, elle peut être un complément intéressant de la vigne. Aujourd’hui, la grenade représente environ 10 % de mon chiffre d’affaires et 90 % pour la vigne. Enormément de vignes de la région ont été arrachées à cause des aléas climatiques. Beaucoup de terres pourraient convenir à la culture de la grenade. . Il faut des terres pauvres et riches, idéalement placées en bord de rivière. » La plantation ne coûte pas cher : « Lorsque j’ai introduit la grenade, ça n’a pas été un gros investissement, environ 5 000 € à l’hectare sans irrigation. De plus, lors de la plantation, j’ai touché les primes de la conversion bio. D’ailleurs pour ma part, je n’irrigue pas, c’est une production semi-aride. Certains producteurs le font pour obtenir plus de quantité. » Thomas est persuadé que la grenade a de l’avenir : « Il faut favoriser l’installation des jeunes, mais pour l’instant la grenade souffre d’une méconnaissance du grand public. C’est la raison pour laquelle je fais des articles dans la presse agricole D’ailleurs, si un jeune souhaite se lancer, il peut me contacter. »◆

Crédit: Pixabay, LeeTravathan
La production

Histoire. La grenade est le fruit du grenadier, un arbre d’origine perse. Le fruit est récolté depuis plusieurs siècles sur le pourtour méditerranéen et en Asie centrale. À l’arrivée des conquistadors espagnols, la grenade est implantée dans les Caraïbes et en Amérique latine. Dans plusieurs religions, le fruit est symbole de vie et de fertilité.

Forte augmentation de la production. Depuis l’an 2000, l’industrie de la grenade a subi des changements majeurs. La demande mondiale a fortement cru suite à la publication de nombreuses recherches sur ses bienfaits sur la santé. La conséquence a été une forte augmentation des plantations de grenades. Néanmoins, le commerce mondial de la grenade reste faible au niveau mondial. Selon le centre du commerce international, les grands producteurs de grenade que sont l’Inde ou l’Iran exportent seulement 10 % de leur production totale à l’international. En Europe, la demande pour le fruit varie selon les pays. Ainsi, en Scandinavie, les prix sont très élevés alors qu’au Royaume-Uni, ils sont considérablement plus bas, principalement grâce à de bonnes relations commerciales avec l’Inde. Les prix fixés en France sont sensiblement les mêmes qu’en Belgique et aux Pays-Bas soit en moyenne annuel 2,77 € le kg. Le climat est donc très favorable aux producteurs et expéditeurs de grenades. Néanmoins, cette tendance doit être suivie d’une augmentation de la demande mondiale pour la viabilité de cette filière. Aujourd’hui, l’Espagne est le principal importateur vers la France : environ 3 500 tonnes par an pour les produits frais et industriels.

Crédit: DR

Article paru dans le magazine JA mag d'avril 2015

Suivez-nous sur Facebook et Instagram

Created By
jerome Peleyras
Appreciate

Made with Adobe Slate

Make your words and images move.

Get Slate

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.