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L’inconnue du Frasnois, deux ans après Après la macabre découverte, l’enquête se poursuit

Le 15 décembre 2016, dans un bois du Frasnois, un bucheron retrouvait par hasard le corps sans vie d’une femme au visage fracassé. Son corps portait la trace de 26 coups de couteau. Le mystère de l’inconnue du Frasnois débutait. Aujourd’hui l’instruction se poursuit. Et le suspect numéro un, mis en examen pour meurtre fin 2017 clame toujours son innocence. Un procès aux assises devrait se tenir dans les prochains mois à Lons-le-Saunier.

Une enquête qualifiée de remarquable par l’autorité judiciaire a permis de dévoiler fin 2017 l’identité de la jeune femme : Mihaela Miloiu. Cette jeune roumaine de 18 ans se prostituait à Lausane. Son corps a été rapatrié en Roumanie un an après la découverte du Frasnois. On a appris récemment que la famille de la victime s’était constituée partie civile, ce qui lui permet d’avoir accès au dossier d’instruction. Ses intérêts sont défendus par l’avocat de Vesoul Jean-Marc Florand.

Le suspect

Un trentenaire résidant dans le Doubs. Ce dernier était agent de sécurité dans une entreprise de Lausane. Là où il aurait rencontré la victime qui s’adonnait visiblement à la prostitution. En détention provisoire depuis novembre 2017, il est mis en examen pour meurtre.

Ils témoignent

Emmanuelle Huot , avocate du suspect numéro 1

« Mon client ne reconnait pas avoir commis le meurtre de Mihaela Miloiu. Il a avoué avoir eu un rapport sexuel avec elle dans la nuit du 29 au 30 novembre 2016. Mais il assure qu’il ne l’a pas tuée et que le ou les auteurs du crime lui ont demandé de cacher le corps. »

Martial Vallet, maire de la commune

« L’an dernier, j’ai signé le certificat de décès de cette jeune femme. Grâce à la bonne volonté des enquêteurs, on a pu enfin renvoyer le corps à la famille de la victime en Roumanie. C’était émouvant qu’on finisse par le faire après cette très longue enquête. Aujourd’hui, les habitants parlent encore de cette jeune femme. Moi j’ai une fille et je dois dire que cette découverte m’a vraiment chamboulé. On pense à ce qu’elle a enduré avant de mourir. C’est très dur.»

Georges Prost, le bûcheron qui a découvert le corps

« J’étais en train de couper du bois et soudainement, j’ai vu une forme étrange sous des feuilles. Je voyais du rose, j’ai touché, c’était mou. J’ai pensé à un truc gonflable en plastique qu’on avait pu balancer par-dessus la rambarde de la route. Puis j’ai continué à déblayer les feuilles, j’ai vu une main, des cheveux roux… C’est à ce moment-là que j’ai compris que c’était un corps. J’ai prévenu mon collègue avec qui je travaillais et j’ai appelé la gendarmerie. Le corps était bien déposé sur le dos et recouvert de feuilles. Pour moi, il n’a pas été balancé par-dessus la route. Celui qui a fait ça a porté le corps jusqu’ici. Je ne sais pas s’il connaissait le coin, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a des lésines partout. Si le corps avait été mis dans un de ces trous, personne ne l’aurait vu. Le fait qu’on retrouve cette jeune femme est un hasard. Nous coupons du bois pour la commune et cela faisait plus de 50 ans qu’aucune coupe n’avait été réalisée dans ce secteur. »

Comment a-t-on retrouvé le suspect ?

Le temps a été long avant de connaître l’identité de l’inconnue du Frasnois. Pendant plusieurs mois, les recherches des enquêteurs de la section de recherche de Besançon sont restées vaines. Mais grâce à un rapprochement avec les autorités suisses, ils ont fait le lien avec la disparition d’une prostituée dans la nuit du 29 au 30 décembre 2016. Sa carte d’identité avait été retrouvée non loin d’une flaque de sang dans un endroit isolé de la commune de Sullens. L’ADN prélevé sur place correspondait à celui du corps retrouvé au Frasnois deux semaines plus tard. L’inconnue du Frasnois s’appelait Mihaela Miloiu. Elle avait 18 ans. Sur son pied, a été retrouvé du sang qui n’est pas le sien, sans doute celui de l’individu qui a déposé le corps dans la forêt. Partant du postulat que l’auteur des coups de couteau ou l’homme qui a déplacé le corps avait pu se blesser, les enquêteurs se sont rapprochés de tous les hôpitaux de la région. C’est ainsi qu’ils ont identifié le suspect qui s’est fait poser des points de suture à l’hôpital de Pontarlier avant la découverte du corps. Autre élément à charge, le téléphone du Doubien aurait borné dans le secteur du Frasnois dans la nuit du 29 au 30 novembre 2016.

Retour sur cette histoire qui a débuté en décembre, il y a deux ans

Jeudi 15 décembre 2016

Des bûcherons ont fait une macabre découverte dans les bois du Frasnois

Jeudi 15 décembre 2016, 11 h 19. Le téléphone sonne au centre d’opérations et de renseignements de la gendarmerie du Jura. Au bout du fil, deux bûcherons qui déclarent avoir trouvé le corps d’une femme dans la forêt du Frasnois, où ils étaient venus couper des arbres sur une parcelle située le long de la route départementale 39, à proximité des cascades du Hérisson. Les gendarmes envoient la brigade locale, qui atteste des propos des bûcherons : il y a bien un cadavre dénudé, caché sous des feuillages. Dans l’heure, un vaste dispositif de recherches est déclenché sur le site : cinquante militaires, un hélicoptère, des techniciens en identification criminelle, une équipe cynotechnique avec des chiens…

Le signalement de la jeune femme, sauvagement tuée et méconnaissable, est diffusé peu de temps après.

Lundi 19 décembre 2016

Corps découvert en forêt : une vingtaine de coups de couteau

L’autopsie diligentée ce lundi 19 décembre n’a pas permis d’obtenir toutes les réponses escomptées sur l’inconnue découverte nue et décédée jeudi dans les bois du Frasnois. De nouvelles expertises vont avoir lieu cette semaine.

Les jours passent, sans apporter leur lot de réponses. Depuis la découverte du corps d’une jeune femme dénudée et décédée de mort violente dans les bois du Frasnois, à côté des cascades du Hérisson, jeudi par des bûcherons, on n’en sait pas beaucoup plus.

Les habitants, comme les enquêteurs (les investigations sont confiées à la Section de recherche de Besançon et à la Brigade de recherche de la gendarmerie de Lons-le-Saunier), sont dans l’expectative. Que s’est-il passé ? S’agit-il d’un crime « local » ou quelqu’un de passage a-t-il tenté de faire disparaître le corps dans le Jura ? Et surtout qui est cette inconnue, une jeune femme soignée dont personne n’a signalé la disparition ? Est-elle Française, étrangère ?

Le procureur de la République du tribunal de grande instance du Jura, Jean-Luc Lennon, attendait beaucoup de la journée de ce lundi 19 décembre : l’autopsie de la victime était diligentée dès le matin à Besançon. Si elle a précisé quelques éléments, elle n’a pas permis d’obtenir toutes les réponses escomptées. « L’autopsie ne permet malheureusement pas d’établir les circonstances exactes de la mort, explique le procureur. On peut néanmoins dire qu’environ 26 coups ont été portés à son flanc gauche et à ses cervicales avec un objet contondant ou pointu, qui pourrait être un couteau, un poinçon… Elle a également reçu de nombreux coups au visage, d’objets ou de pied ; l’ensemble de ses dents sont cassées, fracturées, elle est difficilement identifiable ». L’autopsie a également permis d’affiner son âge : elle aurait davantage 20 ans que 30. L’inconnue mesure 1,66 m pour 50 kg, Elle aurait les cheveux longs et châtain, teints en roux, porte un bracelet fin entouré trois fois à son poignet gauche et a les oreilles percées (un trou au lobe droit, trois au gauche).

L’enquête se poursuit. Des expertises complémentaires vont avoir lieu cette semaine. Le corps de la victime va être transféré ce mardi à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), à Paris.

12 janvier 2017

L’inconnue retrouvée morte a enfin un visage

Depuis un mois, elle est « l’inconnue du Frasnois ». Cette jeune femme, retrouvée morte le 15 décembre dans les bois jurassiens, reste un mystère. Malgré plusieurs appels à témoin, un signalement diffusé en France et en Europe, personne ne l’a reconnue ni signalé sa disparition, en pleines fêtes de fin d’année. On ne sait ni qui elle est ni qui lui a fait « ça ».

Le procureur de la République du tribunal de grande instance (TGI) de Lons-le-Saunier (Jura), Jean-Luc Lennon, et les enquêteurs attendent beaucoup de ce portrait-robot, rendu public.

Cette reconstitution faciale en 3D a été élaborée par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, à partir de clichés de la victime, dont le visage était méconnaissable.

Mardi 7 novembre 2017

Le meurtrier présumé de la disparue du Frasnois interpellé

Il s’agit d’un travailleur frontalier âgé de 30 ans et domicilié dans le Doubs. L’homme a été confondu par des traces ADN. Mis en examen pour meurtre, il conteste les faits.

Un travailleur frontalier âgé de 30 ans et domicilié dans le Doubs a été interpellé chez lui, ce mardi 7 novembre, conjointement par les gendarmes de la section de recherches de Besançon et la police judiciaire du canton de Vaud. L’homme, employé dans le domaine de la sécurité dans le secteur de Lausanne, a été présenté à un juge d’instruction qui l’a mis en examen pour le meurtre d’une ressortissante roumaine âgé de 18 ans au moment des faits. La disparue du Frasnois. Le trentenaire a été placé en détention. Pour l’instant, il conteste les faits, a-t-on appris au cours d’une conférence de presse donné ce jeudi 9 novembre, par le procureur bisontin Edwige Roux-Morizot, en présence des enquêteurs suisses et français, ainsi que de leur hiérarchie.

Trop tôt pour un scénario du crime

« Il est trop tôt pour donner un scénario », a commenté la magistrate (notre photo de Philippe TRIAS). Tout ce que l’on sait, c’est que la jeune femme aurait été tuée en Suisse, à Sullens, près de Lausanne. Puis transportée dans le Jura ». Si la qualité de travailleur frontalier peut expliquer la présence de l’auteur présumé dans ce pays, la jeune Roumaine n’a jamais eu de domicile officiel en Suisse. Par ailleurs, « la victime et l’auteur présumé n’avaient ni liens familiaux, ni liens amicaux », souligne Edwige Roux-Morizot. Mais certains éléments de l’enquête peuvent laisser penser que ce crime particulièrement violent pourrait avoir été commis sur fond de prostitution. Ce dénouement intervient après des mois d’une minutieuse enquête rendue particulièrement complexe par la difficulté à identifier la victime. Son ADN n’apparaissait dans aucune banque de données. Ni en France, ni en Europe. Et les enquêteurs ont même cherché au-delà. 1 330 fiches de personnes disparues ont également été examinées, une reconstitution faciale élaborée et des dizaines de témoignages épluchés. D’autres traces ADN ont été découvertes sur la scène de crime. Répertoriées nulle part, elles non plus. Il a fallu un contact entre les gendarmes français et la police suisse pour faire le lien avec une enquête helvète sur la disparition d’une jeune Roumaine à Sullens. Une promeneuse avait trouvé sa carte d’identité dans la nature. En collaboration avec les autorités roumaines, l’identité de la victime a été confirmée avec l’ADN de sa mère. À partir de là, les enquêteurs ont contacté les établissements hospitaliers pour savoir si quelqu’un avait demandé des soins qui pourraient être en rapport avec la nature des faits. Le frontalier s’était fait poser des points de suture à la main à une date qui pouvait correspondre au moment du crime. Son ADN correspond à la trace trouvée au Frasnois. Son explication ? Il aurait heurté un chevreuil…

Elle s’appelait Mihaela Miloiu, elle n’avait pas 20 ans

L’inconnue du Frasnois, qui a été identifiée au terme d’une incroyable enquête menée par les enquêteurs français et suisses, venait de Galati, l’une des villes les plus pauvres de la Roumanie.

On sait peu de chose d’elle. Mince, de taille moyenne, elle portait sur certaines photos de longs cheveux bruns, qu’elle avait teints en roux.

D’après nos informations, Mihaela Miloiu, 18 ans, a pris un avion pour Lausanne en octobre 2016. Soit quelques semaines à peine avant sa mort. La jeune fille est issue d’une famille roumaine classique, composée d’une mère, d’un père et d’un frère. Elle a mené des études normales jusqu’au lycée. La ville de Galati, dont elle est originaire, est située dans le Sud-Est de la Roumanie, non loin de la frontière ukrainienne. « C’est une ville très industrielle, poursuit le travailleur français. Elle est plus pauvre, elle est enclavée, il n’y a pas d’autoroute pour y aller ».

Les parents de Mihaela Miloiu voient leur fille partir en Suisse avec un ami. À Lausanne, où elle vit désormais, la jeune femme n’a pas de domicile connu. En décembre 2016, sa disparition n’est pas signalée. En Suisse, l’exercice de la prostitution est une activité légale. La plupart des prostituées qui exercent en salon sont inscrites dans un registre. Mais le nom de Mihaela Miloiu n’apparaît pas. « Une ressortissante peut exercer dans le canton sans être domiciliée, explique cet enquêteur suisse. L’espace Schengen autorise la libre circulation des personnes ». À partir du mois de décembre 2016, la famille de Mihaela Miloiu est inquiète de ne plus avoir de nouvelles. Elle pense qu’elle mène sa vie en Suisse. Elle est bien loin de s’imaginer ce qui a pu lui arriver.

Une incroyable enquête franco-suisse

Une tache de sang en Suisse

Une énorme tache de sang sur un chemin bétonné à Sullens. C’est le point de départ de l’enquête côté Suisse. C’est une promeneuse, pour qui cette trace est suspecte, qui alerte la police cantonale vaudoise. Sur place, ils vont découvrir dans un champ voisin, une carte d’identité. Elle appartient à une certaine Mihaela Miloiu, 18 ans, ressortissante roumaine. Une enquête pour homicide est ouverte. Mais voilà, aucune disparition n’a été signalée. « Dans son environnement lié au milieu de la prostitution, nous retrouvons un certain nombre de personnes qui sont sans nouvelle d’elle », explique ce policier suisse. « 24 heures », un média suisse d’information, précise que la jeune femme n’aurait pas donné signe de vie depuis la nuit du 29 au 30 novembre.

Deux ADN

Les enquêteurs helvètes ne savent pas que le corps d’une jeune femme a été découvert le 16 décembre sur la commune du Frasnois dans le Jura français. La police scientifique, dans les premiers instants de l’enquête côté français, réalise des prélèvements qui seront précieux pour la suite. Après analyse, les policiers découvriront qu’une tâche de sang n’appartient pas à la victime.

Un couteau suisse

L’autopsie du corps révèle que l’inconnue a été frappée de 26 coups de couteau, destinés « à faire souffrir », Aucun n’a été mortel. À l’époque, le compte rendu parle « d’un objet contondant ou pointu, qui pourrait être un couteau, un poinçon ». Le même site d’information « 24 heures » parle d’un couteau suisse qui aurait été saisi chez l’auteur présumé. « Le décès a été causé par l’ensemble des coups, notamment au niveau du visage », révèle à l’époque le procureur de la République de Lons-le-Saunier, Jean-Luc Lennon.

1 330 fiches de personnes disparues

Les deux ADN, celui de la victime et l’ADN inconnu, n’appartiennent à aucune banque de données. Ni en France, ni en Europe. Les gendarmes de la section de recherche de Besançon épluchent 1 330 fiches de personnes disparues. Une reconstitution faciale est élaborée, des dizaines de témoignages sont épluchés.

Enfin une connexion

L’enquête se décante, quand, à l’été 2017, un policier suisse et un policier français qui travaillent en étroite collaboration sur d’autres dossiers, font le rapprochement entre la carte d’identité trouvée en Suisse et l’inconnue du Frasnois.

De l’ADN dans le béton

Les policiers retournent à Sullens, sur les lieux où la trace de sang a été trouvée. « De manière visible, il n’y avait plus rien, explique cet enquêteur suisse, mais nous avons eu recours a des techniques extrêmement modernes qui nous ont permis de carotter le sol en béton et d’en extraire de l’ADN ». Il correspondra à celui de la victime du Frasnois.

Un voyage en Roumanie

L’inconnue a peut-être un nom. Mihaela Miloiu. Pour en être sûr, les enquêteurs français partent en Roumanie, à la recherche de la mère de la jeune fille, afin de comparer son ADN. Ils « matchent ». La jeune fille de la carte d’identité est bien la victime retrouvée dans les bois.

Le tour des hôpitaux

Il faut à présent identifier un auteur. Les enquêteurs partent du principe que l’homme a dû se blesser au moment des faits. Ils décident de rechercher dans tous les hôpitaux de la région si quelqu’un se serait fait recoudre au moment de la disparition de la jeune femme. Ils trouvent un homme qui se serait rendu à l’hôpital de Pontarlier, d’après les informations du quotidien Le Matin, pour se faire faire des points à la main, suite à un accident avec un chevreuil. Les policiers comparent son ADN avec celui retrouvé sur les lieux de la découverte de la victime. Ils matchent. Quant au gratuit 20 Minutes, il précise que le téléphone du prévenu aurait borné dans le secteur du Frasnois dans la nuit du 29 au 30 novembre.

Une interpellation

Cet homme est interpellé le 7 novembre et placé en détention provisoire. Il nie les faits.

En prison depuis 10 jours, le suspect « tient le coup »

« Mon client est inconnu des services de police et n’a pas de casier judiciaire, explique Maître Emmanuelle Huot. Il peut être décrit comme Monsieur tout-le-monde. Il a une vie normale, ne fréquente pas de prostituées et demeure parfaitement inséré. » Suspect numéro 1 dans l’affaire de l’inconnue du Frasnois, cet homme de 30 ans, père d’un enfant, vivait avec sa conjointe dans le Doubs avant d’être placé en détention provisoire jeudi 9 novembre, jour de sa mise en examen pour meurtre. À ce jour, il nie avoir un lien avec le décès de cette Roumaine de 18 ans, retrouvée dans les bois du Frasnois en décembre. Et ce malgré la présence de son ADN sur les lieux de la découverte du corps de la victime. Depuis le début de l’instruction, le Doubiste maintient sa version : il a percuté un chevreuil sur la route et s’est blessé au Frasnois.

Emmanuelle Huot l’a vu ce mercredi 15 novembre à la maison d’arrêt de Besançon où il est incarcéré. Elle donne plus de détail sur les circonstances de son arrestation : « Il a été interpellé mardi 7 novembre au matin alors qu’il rentrait de son travail. Il a ensuite été placé en garde-à-vue dans les locaux de la brigade de recherche de Besançon. Le lendemain, mercredi 8 novembre, sa famille m’a contactée et je suis allée l’assister. »

Pour l’instant, il ne s’est exprimé que dans le cadre de l’interrogatoire de première comparution. J’ignore quand il sera convoqué par le juge d’instruction pour un deuxième interrogatoire. Et l’avocate de résumer : « Le ciel lui est tombé sur la tête. Malgré tout, mon client tient le coup et commence à comprendre que sa détention provisoire n’allait pas prendre fin tout de suite. »

« On sait enfin comment elle est arrivée là »

C'est lui qui a fait la macabre découverte. Ce bûcheron, âgé d’une soixantaine années, avait fini par penser qu’il ne saurait jamais ce qui était arrivé à l’inconnue du Frasnois. « On en parlait assez souvent dans le coin », raconte Georges Prost. « Mais après tout ce temps, je ne me faisais plus vraiment d’illusion ».

Comment oublier ces longs cheveux qui dépassent des feuilles ?

Jusqu’à ce jeudi midi, 9 novembre. « Quand mon mari est rentré, je lui ai parlé de l’article que j’avais lu sur Le Progrès et qui parlait de la conférence de presse à Besançon », raconte son épouse.

« On s’est dit qu’on allait enfin savoir. Automatiquement, cette découverte l’a marquée. Ce ne sont pas des choses qui arrivent tous les jours et à tout le monde. Il avait besoin de savoir qui elle était et comment elle était arrivée là ».

Comment oublier la découverte du corps de cette jeune femme dénudée, dont les longs cheveux et la bouche dépassent des feuilles qui la recouvrent ce matin-là ? Comment oublier ce qu’il identifie alors comme des coups de couteau sur le flanc gauche ?

Mais le bûcheron n’est pas quelqu’un qui montre ses émotions. « Ça ne m’a pas trop perturbé. En tout cas, ça ne m’a pas empêché de travailler et de dormir. » Et son neveu qui travaillait avec lui au moment de la découverte du corps ? « Lui aussi espérait qu’un jour on saurait. Aujourd’hui, je suis content d’avoir le fin mot de cette histoire. On peut dire que les enquêteurs ont fait un sacré boulot. »

Et son épouse d’ajouter : « C’est l’épilogue que nous attendions depuis presque un an. C’est bien, ils n’ont pas lâché l’affaire ».

Décembre 2017

La voiture de l’auteur présumé doit parler

Les enquêteurs, qui ont réussi à carotter du béton à Sullens en Suisse (où le drame se serait noué) pour retrouver l’ADN de la victime, se sont cette fois attaqués au véhicule du suspect. Il a été saisi afin de rechercher d’éventuelles traces ADN. Surtout il a permis de vérifier la version du trentenaire qui dit avoir percuté un chevreuil au Frasnois, pour expliquer sa blessure à la main. La carrosserie du véhicule présente bien quelques impacts. Mais ils sont dus à un usage habituel. Il n’y a aucun signe d’une collision avec un chevreuil ou un autre animal de cette taille. La version du suspect ne tiendrait donc pas.

Début 2018

Le suspect a tenté de se suicider

Depuis près de six mois, Mihaela Miloiu n’est plus l’inconnue du Frasnois. Mais des zones d’ombre concernant la mort de cette jeune Roumaine de 18 ans, dont le corps a été retrouvé dans la forêt jurassienne, persistent. Après la macabre découverte, fin novembre 2016, une enquête de près d’un an a permis d’identifier un suspect. Il s’agit d’un Doubiste de 30 ans. Ce père d’un enfant qui vivait en concubinage près de Pontarlier a été incarcéré début novembre 2017. Ancien gendarme réserviste, il était agent de sécurité dans la région de Lausanne (Suisse), là même où Mihaela Miloiu se prostituait. Mis en examen pour meurtre, il nie toujours les faits.

D’après un reportage diffusé sur TF1 dimanche 8 avril (“Sept à huit”), il aurait assuré avoir été contraint de déplacer le corps, après avoir assisté au meurtre de la jeune Roumaine sans en être l’auteur. Il aurait caché la jeune femme au Frasnois, dans le Jura, de l’autre côté de la frontière franco-suisse.

Ce, partant du principe que le meurtre a eu lieu à quelques kilomètres de Lausanne, là où une passante a retrouvé la carte d’identité de Mihaela et une tache de sang. Le lieu de l’homicide reste à être confirmé. Mais les indications du suspect devraient pousser les enquêteurs à se renseigner sur l’entourage de la jeune femme depuis qu’elle vivait en Suisse. Cette dernière a notamment pu être en contact avec un réseau de prostitution.

« Pour le moment, mon client n’a été auditionné qu’une fois par le juge d’instruction », indique Emmanuelle Huot, avocate du détenu. « On est dans l’attente du résultat des commissions rogatoires. » C’est peu dire que le trentenaire vit mal sa détention. Il a tenté de mettre fin à ses jours en prison au début de l’année. Après un passage en unité spécialisé à Lyon, il a depuis retrouvé la maison d’arrêt de Besançon. Son avocate ne cache pas son désir de voir les investigations aller un peu plus vite. Parmi les éléments attendus, la voiture du suspect qui a été passée aux cribles devrait révéler de nouveaux indices. Tout comme ce couteau qui aurait été saisi au domicile du détenu. Les légistes ont compté 26 coups de couteau sur le corps de la jeune Roumaine, rappelle-t-on. Ce corps justement, la famille de Mihaela Miloiu ne l’a récupéré qu’en novembre 2017, un an après sa mort. Vivants dans un petit village du centre de la Roumanie, ses parents pourraient se constituer partie civile afin d’avoir accès au dossier d’instruction. Ces êtres endeuillés ne savent presque rien sur la vie que leur fille était partie mener en Suisse, avant d’être tuée.

Repères

Galati

Cette ville roumaine dont est originaire la victime, est un port fluvial, situé à 190 kilomètres au nord-est de Bucarest. Dans cette ville industrielle de près de 280 000 habitants, le salaire moyen est de 400 euros par mois contre 650 euros à Bucarest ( www.lpg-roumanie.ro). Galati revient régulièrement dans les médias français qui s’intéressent à des affaires de prostitution. Dans le Jura, on se souvient qu’en mai 2016 une bande de Galati avait fait la tournée des campings, avant d’être jugée pour vol au tribunal de Lons-le-Saunier.

Lausanne

C’est ici que Mihaela Miloiu est arrivée de Galati en octobre 2016. Elle n’y a pas de domicile connu. C’est ici également que l’auteur présumé occupe un emploi dans le milieu de la sécurité.

Sullens

Sullens (976 habitants) est une commune suisse du canton de Vaud. Située à quinzaine de km de Lausanne. La tache de sang découverte se trouve au milieu de champs de cultures, séparés s par des chemins en béton. Cette trace laisse penser que c’est ici que la victime a subi les violences, notamment les coups au visage. Les faits pourraient s’être produits dans la nuit du 29 au 30 novembre 2016.

Le Frasnois

Le corps de la jeune femme est découvert le 15 décembre 2016 par deux bûcherons. Le corps était situé à une cinquantaine de mètres en contrebas de la RD 39 qui relie le lieu-dit Ilay à Menétrux-en-Joux.

Pontarlier

C’est à l’hôpital de Pontarlier, selon le quotidien suisse Le Matin, que l’auteur présumé serait allé se faire recoudre la main.

Crédits photos : Le Progrès, Philippe Trias, Maxime Courché, Cécile Deplaude, Benoit Faivret, Capture d'écran TF Sept à Huit, Ludovic Laude. Articles : Cécile Deplaude, Maxime Courché, Jean-François Butet, Delphine Givord. Montage long format : Laetitia Achilli.

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