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Le secret de marc "Imagine l'Homme - 1" Mc 1, 1-8

LECTURE BIBLIQUE : Mac 1, 1-8

Commencement de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu :

Ainsi qu’il est écrit dans le livre du prophète Esaïe,

“Voici, j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin. Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.”

Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés.

Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés.

Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait :

“Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés d’eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint.”

PRÉDICATION DU PASTEUR RUDI POPP - Dimanche 7 juin 2020

On va s’attaquer à un monument. Parce que quand tout va mal, il n’y a plus aucun espoir, il reste… l’évangile selon Marc. Marc est au Nouveau Testament ce que Mozart est à la musique classique : intemporel.

L’Evangile selon Marc est le premier texte entré dans l’histoire, rédigé en langue grecque, qui rapporte de façon structurée et systématique la « Bonne Nouvelle (en grec : l’Evangile) de Jésus, Christ, le Fils de Dieu ». Cette annonce intemporelle de Marc pourrait se résumer ainsi : Jésus est la réponse !

Et du coup, notre première question face à l’Evangile de Marc sera éternellement « A quoi Jésus est-il la réponse ? » Car toutes sortes de questions ont été posées en réponse à la réponse « Jésus » : certains s’attendent à ce qu’il résolve nos problèmes actuels : la pandémie, la crise écologique ou l’injustice ; d’autres le voient comme un professeur spirituel qui nous aide à vivre une vie consciente. D’autres encore le voient comme un philosophe qui nous parle de la « raison éternelle de l’être » et veut conduire les actions de l’homme de l’immaturité à la maturité. Beaucoup de lecteurs cherchent donc, dans le plus ancien récit de la vie de Jésus, à connaître l’esprit du personnage, ses paroles « en direct », ses actes sans interprétation, sa psychologie sans analyse.

Beaucoup sont alors déçus à la lecture de Marc. Plutôt qu’un récit historique de la vie de Jésus, au sens moderne du terme, le texte de Marc est d'abord - à l'instar des autres évangiles - un témoignage de foi qui traduit une vérité historique. Ce qu’on cherche dans une biographie moderne - l’explication d’une cohérence de vie, des renseignements sur ses motivations et son environnement, etc. - tout cela ne nous est pas livré par Marc. Pour comprendre Marc, il faut d’abord lui prêter foi...

Mais comment le croire ? Nous ne savons quasiment rien sur Marc, si ce n’est que Marc lui-même n’était visiblement pas un témoin oculaire des évènements qu’il décrit. C’est justement parce qu’il n’était pas un disciple de la première heure que Marc va donc exposer l’enseignement qu’il a reçu, notamment de Pierre. Comme c’était la coutume de l'époque, le texte de son Evangile n'est pas signé. Une tradition ancienne l’attribue à Marc, ami et compagnon de Pierre et de Paul, cité à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament, où il reçoit parfois le nom de Jean-Marc.

Ce qui nous est exposé dans l’Evangile relève donc de la foi de l’auteur, et, par-delà, des personnes et des communautés qu’il a fréquentées ou qui l'ont marqué : en priorité Pierre, le premier des Douze ; ensuite des chrétiens vivant à Rome, dont certains d’origine juive et donc imprégnés d'hébraïsme. Peut-être Marc a-t-il aussi eu connaissance de paroles de Jésus rapportées par écrit dans des mémoires, des proto-évangiles qui n’ont jamais été retrouvé.

L’Eglise a toujours reconnu que Marc, disciple de Pierre, n’était pas un journaliste qui aurait suivi Jésus en direct, mais un commentateur de la prédication de l’apôtre. Il est témoin de témoins, qui écrit - non pas parce qu’il a vérifié lui-même, mais - parce que ses questions ont trouvé une réponse en Jésus.

Son sujet n’est pas une simple « conviction religieuse » : Marc a vécu, à travers la prédication des apôtres, la construction patiente d'une nouvelle conscience, d'une passion pour la vie. Comme je vous disais dimanche dernier : Une passion, c'est justement quand j'aime ma vie parce que je la comprends, parce qu'elle me signifie quelque chose, parce qu'elle me fait participer à quelque chose que nous appelons l’Église.

Marc n’a peut-être pas assisté à cet « événement de la compréhension » décrit dans le livre des Actes, mais il a entendu Pierre annoncer la promesse du prophète Joël : « Alors, dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles seront prophètes, vos jeunes gens auront des visions, vos vieillards auront des songes. » Et parce que lui-même comprend sa vie à partir de cette expérience de l’Esprit, il écrit, avec les moyens du bord, un Evangile afin que nous aussi, puissions comprendre la nôtre. Marc nous transmet en quelque sorte la Pentecôte, l’évènement de la compréhension de Dieu, de soi, du monde.

Nous avons donc besoin de le comprendre, par son texte. Nous devons, sauf quelques heureux philologues, le traduire du grec en français, comme lui-même a déjà dû traduire. Quand on observe son texte avec un peu d’expertise en littérature grecque, il s’avère que, selon toute vraisemblance, Marc était un Hébreu dont la connaissance de la langue grecque était limitée; sa façon d'écrire, qui a souvent été comparée à celle d'un journaliste, s’en ressent.

Nous pourrions en quelque sorte assimiler la façon d’écrire de Marc à celle de ces conférenciers de notre époque qui présentent le résultat de leurs travaux dans le cadre de conférences internationales, et dont la langue (par exemple l'anglais) n'est pas leur langue usuelle (par exemple, le français). Leur style est nécessairement concis, bref, dépouillé; ils utilisent un vocabulaire limité mais précis, simple mais pas simpliste, rigoureux dans les passages importants; la communication se doit d’être claire, structurée, rédigée de façon à faire ressortir l'essentiel ; le fond du sujet est profondément pensé et ses parties originales particulièrement mises en évidence. Telles sont justement les caractéristiques principales de l'Évangile selon Marc dont la sobriété est exemplaire ; l’auteur pourrait ainsi recevoir le qualificatif moderne de chercheur !

Et au vu de son œuvre, on peut donc affirmer que Marc a été un auteur passionné par son sujet, un homme dont le travail, peut-être entrepris discrètement et sans grande ambition, a pris de l'ampleur au fur et à mesure que le rédacteur prenait lui-même conscience du caractère fondamental du résultat qu'il était en train de mettre en évidence : la découverte de ce que, en Jésus, Dieu avait parlé aux hommes de façon plus claire qu’il ne l'avait jamais fait auparavant ; de ce que, en Christ, le Créateur s'était davantage encore approché de Sa Création. Cette «Bonne Nouvelle», Marc va la relire à la lumière de la croix et la résurrection de Jésus, dont celles et ceux qui avaient vécu avec lui disaient qu’il était étrangement encore plus présent auprès d'eux qu'auparavant.

Selon les témoignages des premiers siècles, Marc aurait donc écrit son Évangile en se basant sur la prédication de Pierre. Le futur évangéliste a écouté ce témoin privilégié raconter et commenter les faits et gestes qui se sont déroulés une bonne trentaine d'années auparavant, et dont l'importance est capitale pour les jeunes communautés chrétiennes. Or, jusqu'à présent, aucun récit de la vie de Jésus un tant soit peu structurée et complète n’était accessible. Alors, pour ne pas voir s’estomper, ou même se perdre, cette précieuse information provenant d'un de ceux qui ont eu une expérience personnelle des événements, Marc va opérer une sorte de « transfusion de mémoire » : il décide de mettre par écrit l'essentiel de l’enseignement de Pierre. Ce faisant, il a créé un support pour que l’évènement de la compréhension, la Pentecôte, puisse se prolonger, et puisse nous atteindre aujourd’hui encore.

Le souci qu'a Marc de comprendre, et de faire comprendre, mais aussi de ne pas parler de ce dont il n'est pas intimement convaincu, ce souci va amener l’évangéliste à produire un texte succinct, dépouillé, bien construit et se limitant à ce qui, pour l'auteur, paraît être l’essentiel. Mais aussi un texte qui n’expulse pas le mystère, qui ne prétend pas tout dévoiler, qui ne cherche pas à tout résoudre.

Tant d'auteurs essaient, aujourd’hui encore, de percer le mystère qui entoure la vie de Jésus, et oublient que Marc, le rédacteur de l’Évangile probablement le plus ancien, celui qui incontestablement a été l’un des plus proches des sources, que Marc lui-même a moins cherché à faire toute la lumière sur la personne de Jésus, qu'à entrer dans son ombre, à tenter, en recherchant ses traces, de s'approcher de son mystère, pour finalement reconnaître le caractère insondable de sa personne.

Marc utilise notamment un outil particulier pour souligner la part de mystère du Christ. C’est une sorte de règle de lecture de son Evangile, que l’on a appelé le « secret messianique ». Le secret messianique que Marc propose à ses lecteurs veut que chaque fois que les témoins découvrent, au cours du récit, un pan de la personnalité de Jésus, ce dernier les fera taire impérativement.

L’évangéliste aurait-il ainsi voulu signifier sa propre impuissance à percer le secret de celui dont il a entrepris de conter l’histoire ? Si la question de l'identité de Jésus traverse tout Marc, ne serait-ce pas parce que cette question était précisément celle qui non seulement a mis Marc en mouvement, mais dont la quête de compréhension fera vivre les auditeurs du Christ tout au long de l’histoire de l’Eglise ?

Jésus, selon Marc, ne vient pas résoudre toutes nos énigmes, ni celles du monde ; il nous apprend plutôt que l'énigme nous construit, qu’elle peut être salutaire, qu’il ne faut pas chercher à la chasser et la « rationaliser ». Dans notre quête de Dieu, nous aussi avons un deuil à supporter, et dont nous ne pouvons éviter de faire le travail : c’est que Dieu nous connaît mieux que nous nous connaissons nous-mêmes, et que nous connaissons Dieu.

Ce support appelé « Evangile » que Marc invente ne se suffit donc pas à lui-même. Il a besoin d’un réseau de lectures ; on dirait qu’il a été, avant même qu’elle existe, conçu pour figurer dans la Bible chrétienne.

Commencement de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu :

Ainsi qu’il est écrit dans le livre du prophète Esaïe,

“Voici, j’envoie mon messager en avant de toi,

pour préparer ton chemin.

Une voix crie dans le désert :

Préparez le chemin du Seigneur,

rendez droits ses sentiers.”

Le début de l’Evangile, le commencement de la vie chrétienne, est une relecture de la Bible hébraïque. A l’ouverture de la Genèse, « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », Marc associe le « commencement de la Bonne Nouvelle ». Comme le rédacteur du récit de la Création, Marc ouvre son récit par le mot «commencement» qui marque ce début de l’œuvre: « Faites silence et soyez attentifs : une nouvelle histoire a commencé pour l'humanité, je vais vous la conter !

Marc propose un récit dont le véritable auteur, en même temps que le personnage principal, est Jésus, dont l’Esprit des Écritures témoigne et qu'il qualifie de Christ et de Fils de Dieu. Toute la fête de la Trinité est comprise dans la première ligne de l’Evangile ! Amen.

Created By
Rüdiger Popp
Appreciate

Credits:

Inclut des images créées par Stefan Steinbauer - "Originally I went to the main hall of the Austrian National Library to attend a guided tour of the freemasonry exhibition. I was delighted by the architecture and soon fell for all the secret doors which were open - what a sign when having an exhibition on freemasons :-)" • Boki Markov - "the lake tries to be calm" • Susan Yin - "untitled image" • Aaron Burden - "Writing with a fountain pen" • Steve Halama - "Lost in the Shadow of Darkness"