Loading

Les mots de la prière Psaumes 25, 1-10

LECTURE BIBLIQUE

Le Ps 25 a une particularité qu’on tend à oublier en français : il est composé dans l’ordre alphabétique. Les Psaumes alphabétiques sont à la fois louange et confession de foi. Chaque phrase ou strophe commence par une lettre de l’alphabet hébreu [Alef, Beth, Guimel, etc.] — bien sûr, qu’on n’entend pas dans les traductions. C’était à la fois un exercice de style pour le poète, et un moyen de mémoriser plus facilement une prière qui est aussi didactique. Il existe huit psaumes alphabétiques : 9-10 ; 25 ; 34 ; 37 ; 111 ; 112 ; 119 ; 145.

De David.

(Alef) - SEIGNEUR, je suis tendu vers toi.

(Beth) - Mon Dieu, je compte sur toi ; ne me déçois pas ! Que mes ennemis ne triomphent pas de moi !

(Guimel) - Aucun de ceux qui t’attendent n’est déçu, mais ils sont déçus, les traîtres avec leurs mains vides.

(Daleth) - Fais-moi connaître tes chemins, SEIGNEUR ; enseigne-moi tes routes.

(Hé) - Fais-moi cheminer vers ta vérité et enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. Je t’attends tous les jours.

(Zaïn) - SEIGNEUR, pense à la tendresse et à la fidélité que tu as montrées depuis toujours !

(Heth) - Ne pense plus à mes péchés de jeunesse ni à mes fautes ; pense à moi dans ta fidélité, à cause de ta bonté, SEIGNEUR.

(Teth) - Le SEIGNEUR est si bon et si droit qu’il montre le chemin aux pécheurs.

(Yod) - Il fait cheminer les humbles vers la justice et enseigne aux humbles son chemin.

(Kaf) - Toutes les routes du SEIGNEUR sont fidélité et vérité, pour ceux qui observent les clauses de son alliance.

PRÉDICATION DU PASTEUR RUDI POPP

Face à un psaume, toutes sortes de pensées peuvent traverser nos esprits — « Je ne comprends pas ce qui est dit » ; « Décidément, je n’ai rien à dire en matière de religion » ; « Je ne connais pas ces problèmes religieux » ; « Je n’ai pas les mots pour les dire » ; « On ne m’a jamais appris ça » ; « Je ne sais pas prier »…

Ces pensées — je tiens à le dire — sont non seulement légitimes, mais bibliquement nécessaires. Car si je prends une posture de sachant, face au psaume, — de « sachant prier » — je n’ai plus rien à recevoir. La curiosité - et je dirais même : la précarité spirituelle - du cherchant est vitale pour la prière. Celui qui sait (tout) ne saurait prier.

Mais la seule posture ne rend pas la prière facile pour autant. Aussi, le Psaume 25 est considéré, par les spécialistes du genre, comme… pas très intéressant. Les thèmes sont quelconques ; ça semble partir dans tous les sens. C’est le propre d’un psaume alphabétique : il traite un peu de tout et de… tout le reste.

Même si, pour ses contemporains hébreux, ce Psaume 25 devait être une très belle prière justement parce qu’alphabétique, pour nos mentalités modernes et chronolo­giques, il donne l’impression d’une pensée hétéroclite ; nous avons tendance à prendre dans un ordre chronologique les événements et sentiments énumérés ou décrits dans ces vers, alors que le seul ordre certain est l’ordre alphabétique.

Or dans l’esprit de la Bible, l’alphabet n’a rien d’anodin. Il est considéré comme un don de Dieu. C’est pour louer ce don de Dieu, les mots, les lettres, leur ordre, que les auteurs composaient des psaumes alphabétiques. Ils louent le Seigneur avec ce don lui-même ; ils lui rendent l’alphabet qu’il leur a confié.

Le Psaume 25 est donc une sorte d’étude de ce que fait le Seigneur et de ce que fait, ou a fait, le psalmiste. J’essaye d’en résumer les idées ; vous verrez que ça donne presque un portrait-robot de l’humain devant Dieu dans la vision biblique.

Prenons tout d’abord l’auteur : il s’est confié et se confie encore au Seigneur. Il a des ennemis. Il est seul et opprimé. On ren­contre une apparente contradiction à laquelle le psautier nous habitue : le psalmiste parle de son intégrité et de sa droiture, mais aussi de ses fautes de jeunesse et de ses péchés. ­Cette faute, pourtant grande, ne l’a pas déchu de l’alliance, parce que le Sei­gneur ne se souvient que de sa seule compassion.

Nous retrouvons fréquemment des psalmistes qui affirment ainsi tour à tour qu’ils sont intègres et pécheurs. Ils sont intègres parce qu’ils veulent s’en tenir à la seule Alliance divine, parce qu’ils veulent respecter ce contrat fondamental et faire confiance au seul Seigneur. Cela ne signifie pas qu’ils sont « impeccables », mais qu’ils veulent être fidèles, malgré les erreurs qu’ils pourront commettre et qui n’altèrent pas cette fidélité fondamentale.

Et c’est d’ailleurs à cause de cette fidélité qu’ils seront capables de dire leurs erreurs.

Le psalmiste sait qu’il appartient toujours aux auditeurs du Seigneur. Il le sait à cause de l’amour de ce Seigneur et à cause de son nom. Sa droiture et son intégrité sont donc avant tout la confiance de l’auditeur de Dieu en sa bienveillance.

Et Dieu a déjà pardonné. Maintenant, il va enseigner celui qui se repent. C’est le leitmotiv qui revient sans cesse. Dieu enseigne, instruit, révèle. Il révèle son plan secret et dévoile les richesses de son alliance. Quant à celui qui médite son alliance, il passe ses nuits dans le bonheur de ce qu’il y découvre.

Ainsi, c’est la personne de Dieu qui est décrite : il est celui qui pardonne ; il est fidèle à son alliance. Plus encore, il met les humains dans sa confidence, il les traite comme des amis à qui il révèle ses secrets les plus cachés. C’est le privilège des partenaires de l’Al­liance.

Et le psalmiste loue l’Alliance et la Thora. Ce dernier mot n’est pas prononcé, et pourtant ce poème est aussi un hymne à la Thora, l’orientation fondamentale de l’humain, et au Dieu qui a donné la Thora aux hommes. Car dans l’ordre biblique, ce sont ces livres, de la Genèse au Deutéronome, qui leur annoncent le pardon et leur enseignent le chemin de vérité. C’est alors que l’on comprend encore davantage l’intérêt de l’alphabétisme : ce psaume est une louange aux lettres avec lesquelles est écrite la Thora.

Bien sûr, pour nous, lecteurs en français, l’alphabétisme du psaume disparaît derrière cette fonction symbolique. Mais en nous en souvenant, nous pouvons toutefois retenir le plus important: prier un psaume, depuis sa conception, n’a rien de naturel ; un psaume, ça s’apprend. Par cela même, dans le Psautier, il ne s’agit pas tellement d’apprendre des prières, mais d’apprendre à prier. On y apprend à prier comme on respire, comme on chante — puisque les psaumes ont été écrits pour être chantés, déjà en hébreu.

Dans la prière telle que le psaume nous l’apprend, la respiration est donc tout aussi importante que les mots, sinon davantage. Et cela est encore valable pour les traductions que nous utilisons : un psaume qui, en nous invitant à prier, ne nous fais pas respirer, et finalement chanter, n’est pas bien traduit. Il faut donc changer de traduction !

Jean Calvin, dans son travail d’éditeur des Psaumes à chanter, a été très sensible à cette réalité. Un bel exemple est sa propre traduction du Psaume 25, faite pour la première édition du Psautier à Strasbourg, en 1539. Calvin n’était ni musicien ni poète. Il travaillait comme un exégète : il cherchait une traduction précise. Voici le début du psaume 25 tel qu’il a été chanté ici à Strasbourg, dans l’ancienne église des Dominicains :

Ps 25 — Jean Calvin 1539

« À toi, Seigneur, je lèverai mon âme pour aide avoir

Ne permets que comme égaré je sois confus de mon espoir.

Ne souffre que mes ennemis prennent épatement en moi

Me voyant en extrême émoi par la trop longue oppresse mise. »

Seulement, une fois retourné à Genève, Calvin s’est rendu compte que cela manquait de respiration, de poésie ; il a donc demandé à Clément Marot de réécrire le texte. Le voici :

Ps 25 — Clément Marot 1545

« À toi, mon Dieu, mon cœur monte ;

En toi mon espoir j’ai mis ;

Serais-je couvert de honte,

Au gré de mes ennemis ? »

Vous voyez tout de suite la différence : ce psaume nous invite à prier, en nous faisant respirer et chanter. Je crois que c’est ainsi que le Psautier a traversé les âges, en aidant des millions de personnes à traverser leur vie : en aidant à prier comme on respire, contre toute intuition, souvent contre toute attente, par seul fait de se savoir vivant devant Dieu.

Amen !

Created By
Rüdiger Popp
Appreciate

Credits:

Inclut des images créées par Raphael Schaller - "untitled image" • 6346023 - "curvy road road curvy" • kyasarin - "blackboard writing chalk" • joduma - "scroll antique write"