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Veillée de prière pour la vie 16 mai 2018, Cathédrale Notre-Dame de Paris

Veillée de prière pour la vie / Direct retransmis sur KTO TV

Comme chaque année, les diocèses d´Île-de-France organisent à Notre-Dame de Paris une grande Veillée de prière pour la vie. L´ensemble des évêques confient les uns et les autres dans la prière pour œuvrer toujours plus en faveur du respect de la vie humaine (début et fin de vie, handicap, exclusion des plus faibles, des plus âgés, des malades...). Cette année, la 10ème Veillée de prière pour la vie introduite par Mgr Michel Aupetit et présidée par Mgr de Moulins Beaufort a une dimension particulière, en raison des débats liés aux États généraux de la bioéthique et à la révision des lois qui suivra.

Une veillée pour la vie sous le signe des états généraux de la bioéthique

Arnaud Bevilacqua, pour le journal La Croix, 17/05/2018

Les débats bioéthiques ont été au cœur de la 10ème veillée de prière pour la vie, qui a eu lieu mercredi 16 mai à Notre-Dame de Paris à l’invitation des évêques d’Île-de-France.

« Je suis inquiète en cette année de révision de la loi de bioéthique ». Jeanne, Parisienne de 27 ans résume sans doute l’état d’esprit de la plupart des participants à cette 10e veillée de prière pour la vie. « Ce qui me préoccupe, c’est le relativisme ambiant », précise la jeune femme, qui attend son premier enfant et est venue pour la première fois prier pour la vie à Notre-Dame.

PMA ou euthanasie sur toutes les lèvres

Cette veillée, à l’invitation des évêques d’Île-de-France (Paris, Versailles, Nanterre, Saint-Denis, Evry-Corbeil-Essonnes, Pontoise, Meaux, Créteil, diocèse aux armées françaises), a pris cette année un sens tout particulier alors que les états généraux de la bioéthique battent leur plein. D’ailleurs, plus tôt dans la journée, avaient débuté les premières auditions sur le sujet à l’Assemblée nationale. Une soixantaine de députés ont entendu des juristes et des chercheurs.

Au cœur d’une cathédrale bien remplie, avec une proportion significative de jeunes, les débats autour de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ou de la possible légalisation de l’euthanasie et du suicide assistée sont sur toutes les lèvres.

Florence, de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), qui travaille à la Fondation Raoul-Follereau, assiste pour la première fois à cette veillée de prière. Pour cette mère de neuf enfants et grand-mère de 16 petits-enfants, la prière est un moyen d’action pour défendre la famille qu’elle considère comme « menacée » et éclairer les états généraux de la bioéthique.

Quelques rangs devant, Jacques, 40 ans, participe également pour la première fois à cette veillée annuelle. Ce fidèle de la Marche pour la vie veut, par sa présence en la cathédrale de Paris, exprimer son refus de nouvelles lois touchant à des sujets sociétaux, à commencer par la PMA.

Mgr Aupetit : « Nous défendons la vie dans une culture de mort »

Une actualité que Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, n’a pas éludée, bien au contraire. Dans une homélie, courte mais très énergique, il a clairement invité les chrétiens à aller à contre-courant. « Nous sommes en décalage par rapport à l’opinion courante, a-t-il affirmé. Nous défendons la vie dans une culture de mort. Nous sommes au service de l’amour gratuit dans une culture de l’égoïsme et du chacun pour soi. »

Particulièrement actif sur les questions de société, Mgr Aupetit a regretté que « le droit qui fut jadis au service du plus faible afin de sortir de la loi de la jungle et du plus fort se transforme peu à peu pour se mettre au service du désir sans limite de l’homme au nom de possibilités techniques ». Sortant un temps du texte de son homélie pour défendre la fragilité, il a expliqué que lorsqu’il était médecin les personnes handicapées dont il s’occupait lui ont « appris à aimer ».

Des témoins de la « fragilité humaine »

Témoignage de Martha Kayser

Parmi les différents témoins invités à s’exprimer, l’histoire de Martha Kayser, qui a perdu, il y a huit ans, son mari, handicapé moteur cérébral, a particulièrement marqué l’auditoire. Elle a raconté son histoire d’amour avec Philippe, le père de ses cinq enfants, illustrant que « toute vie est précieuse ». « Je n’ai pas eu l’impression, comme certains le pensaient, d’épouser la souffrance, bien au contraire, il m’a mené au bonheur », a-t-elle expliqué.

Témoignage du Dr Jean-Marie Gomas

Peu après, Jean-Marie Gomas, coordinateur de l’unité fonctionnelle « douleurs et soins palliatifs » de l’hôpital Sainte-Périne à Paris, a, lui, souligné que « la vie humaine a du sens jusqu’au bout », en référence aux questions de la fin de vie et à la notion de « dignité ». «Toutes ces questions de bioéthique ne sont pas nouvelles, concède Laurence, psychomotricienne, qui explique promouvoir la vie tous les jours dans son métier. Mais, il me semble que nous sommes désormais à un moment décisif où les choses peuvent basculer.»

Une “Veillée pour la vie“ dans l’ombre des débats bioéthiques

Violaine des Courières, pour le magazine La Vie, le 17/05/2018

Mercredi 16 mai, Mgr Michel Aupetit a présidé sa première veillée pour la vie à Paris dans le contexte particulier des débats sur la révision des lois de bioéthique. Une soirée axée sur les responsabilités individuelles, qui a délivré un message d’espérance.

Dehors, la longue file de touristes s’égrène, imperturbable. Seul l’œil averti remarque une affiche accrochée aux grilles de Notre-Dame de Paris : « 10e veillée pour la vie ». Dans l’édifice, des personnes âgées sont assises sur leur banc depuis longtemps. Arrivés en grappe, les jeunes sont en retard. Face aux marches menant à l’autel, ils s’assoient en tailleur.

Devant eux, Michel Aupetit. Pour l’archevêque de Paris, l’ancien médecin, le spécialiste de la bioéthique, cette veillée pour la vie est une première. Entouré des évêques de Versailles, Nanterre, Saint-Denis, Évry-Corbeil-Essonnes, Pontoise, Meaux, Créteil et du diocèse aux armées françaises, il donne à son sermon une touche personnelle : « Avant de travailler, je me suis occupé de personnes handicapées. Ce sont elles qui m’ont appris l’amour gratuit. »

Témoignages de vie

Sous les arcades monumentales de la cathédrale, dans l’assemblée, on ne parle pas beaucoup de politique. On est surtout venu déposer une tranche de son existence, un souci de santé ou un proche en fin de vie. « Moi, je suis là un peu par hasard, glisse Maria, 27 ans, j’ai été enceinte à 18 ans, je n’ai pas voulu de cet enfant. Maintenant, avec mon mari, nous essayons d’en attendre un sans y parvenir », murmure-t-elle avant de replonger dans ses pensées. Quelques minutes plus tard, elle écoutera – attentive – le témoignage de Constance et François de Regloix. Le couple a attendu un enfant pendant quinze ans, sans succès. « Fatigués par les procédures violentes de la procréation médicalement assistée et les fécondations in vitro infructueuses », Constance et François racontent comment ils se sont tournés vers l’adoption.

Témoignage de Constance et François de Regloix, couple marié en espérance d'enfants

Au fond de la cathédrale, Noé, 39 ans, prie pour sa mère, très malade : « Voilà onze ans qu’on lui dit qu’elle n’a que deux ans à vivre. Elle se réjouit chaque jour de connaître ses petits enfants. » Le père de famille s’avoue touché par le second témoignage, celui de Martha Kayser. La mère de famille raconte son histoire d’amour avec Philippe, un homme handicapé moteur cérébral. Avec lui, elle s’est mariée en 2005 et a eu cinq enfants. « Je me suis laissée séduire par sa joie, son humour, son amour. Il avait un corps déformé mais pour moi, il était beau, a-t-elle lancé devant une assistance médusée. Philippe a été emporté par une infection pulmonaire. Si je devais refaire le choix de ce mariage, je redirai oui. »

Témoignage du Pr Pascale Lonlay

Télécharger le témoignage du Pr Lonlay

Ce témoignage fort est suivi de deux allocutions donnant à la soirée – jusqu’ici dominée par des témoignages personnels – un tournant plus sociétal. Le docteur Gomas, ancien médecin généraliste et spécialiste des soins palliatifs s’exprime sur la fin de vie avant de donner la parole au professeur Pascale de Lonlay, pédiatre spécialisée dans les maladies orphelines à l’hôpital Necker.

Des allusions discrètes à la politique

Dans le chœur de Notre-Dame, la politique n’est pas abordée frontalement. Il faut attendre le sermon de Mgr Michel Aupetit pour voir apparaître des allusions à la position de l’Église sur la révision des lois de la bioéthique. « Quand le monde dit “c’est mon choix”, nous disons “que ta volonté soit faite” », lance l’archevêque, en écho aux témoignages du début de la veillée qui ont abordé la question de l’acceptation des difficultés de la vie. « Le monde dans lequel nous vivons s’est éloigné de la fragilité humaine pour revendiquer l’autonomie. Ce désir illimité nous a mené à détruire la planète. Ce même désir nous conduit aujourd’hui à détruire notre humanité », poursuit-il. Une phrase forte dans le contexte du début des auditions sur la révision des lois de bioéthique, débutées quelques heures plus tôt ce 16 mai à l’Assemblée nationale. Ces auditions préparent l’examen du projet de loi dont le contenu sera dévoilé en septembre prochain.

Par cette veillée, l’archevêque n’a pas souhaité porter en étendard les valeurs de « la défense de la vie », préférant les subordonner au principe inconditionnel de l’amour. « L’amour n’est pas un sentiment, c’est un commandement », a-t-il rappelé. Cette phrase a touché Axel et Marie-Claire, un jeune couple qui vient d’achever un cycle de préparation au mariage. Elle a également interpellé Dominique, 67 ans, qui se souvient avoir accompagné ses parents jusqu’à la fin de leur vie : « Il m’a fallu leur donner beaucoup d’amour. » Pour ne pas se limiter aux thèmes traditionnels de la vie, la prière universelle a par ailleurs intégré des préoccupations pour le sort des migrants.

Loin d’un état des lieux fataliste des évolutions de la société, cette 10e veillée pour la vie a donc choisi de mettre l’accent sur les responsabilités individuelles : accompagner ses proches en fin de vie, porter un regard d’espérance sur les personnes handicapée, voir dans la vulnérabilité une force. « L’amour est plus fort que la mort », était peut-être le véritable thème de cette veillée, un peu particulière.

Crédits photographiques : Michel Pourny

Credits:

Michel Pourny

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