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Le spectacle continue Le Phénix - Valenciennes -Saison 2020-2021

Réparer le vivant

Bien sûr, le lien ne s’est pas rompu. Bien sûr, le Phénix a comblé le manque pendant le confinement en concoctant au débotté une programmation en ligne. Rien ne remplacera pourtant le spectacle vivant, ce lien intime, direct, presque magique qui se noue entre le public et les artistes dès lors que la salle se retrouve plongée dans le noir et que la scène s’éclaire.

ce virus est l'exact contraire de ce dont nous prenons soin avec vous : être ensemble et bien vivants.

Comme l’ensemble du monde culturel, la scène nationale valenciennoise a essuyé une tempête phénoménale, inédite, presque inconcevable quand le Covid-19 lui a fait baisser le rideau sur un pan entier de la précédente saison. Elle a tenu bon, pour les artistes qui avaient besoin qu’on leur tende la main. Et pour ses spectateurs fidèles, avides de retisser du lien social. C’est le sens même de ce que leur écrivait le directeur de la structure, Romaric Daurier, en juillet : « Nous avons hâte de vous retrouver, car ce virus est l’exact contraire de ce dont nous prenons soin avec vous : être ensemble et bien vivants. » Que le spectacle continue ! On avait oublié combien cette intimation est essentielle.

Comment le Phénix s'est adapté à la crise sanitaire

L’hôpital aux petits soins

Aussi épais qu’un programme de saison, le protocole de réouverture du Phénix fait près de quatre-vingts pages. En partie basé sur les fiches conseil élaborées par le ministère de la Culture, le document encadre aussi bien l’activité des permanents du théâtre que les passages des compagnies en résidence et des spectateurs. « Chaque étape a été validée par notre équipe, insiste le directeur général, Romaric Daurier. On doit faire face au risque ensemble. »

Cette co-construction s’est faite avec le centre hospitalier de Valenciennes, qui avait dès le mois d’avril confié une mission de conseil à sa directrice des soins Pascale Lannoy et à l’hygiéniste Constance Baillie. « On voulait être prêt le plus vite possible, poursuit le DG. Elles nous ont aidés à mettre en place des mesures qui correspondent à nos usages. »

Masques et placement libre

Même quand le gouvernement, volant au secours de la culture fin août, assouplissait les conditions d’accueil du public dans les théâtres, le Phénix n’avait pas baissé la garde. Il était resté dans l’idée de maintenir un siège vide entre chaque groupe de spectateurs. Le basculement du département du Nord en zone rouge, dès le 6 septembre, lui a donné raison. « On préfère rester prudents pour rassurer les spectateurs » qui avaient une seule hâte à la rentrée : pouvoir reprendre au plus vite leurs habitude s!

Il leur faudra s’accoutumer à un double impératif : porter le masque et… arriver tôt. « Quarante-cinq minutes avant le début de la représentation », suggère Romaric Daurier. Dans des salles à la jauge rétrécie (65 % de la normale), le placement est désormais libre, et c’est le principe du premier arrivé premier servi qui s’applique.

Romaric Daurier préconise aux spectateurs d'arriver "quarante-cinq minutes avant la représentation".

Une demi-saison après l'autre

À chaque fois qu’un spectacle est déprogrammé, les ennuis dégringolent en rafale. Avec le confinement, pensez donc, c’est toute la fin de la saison dernière qui a été mise entre parenthèses. Et si 80 % de la programmation a pu être reportée (sur 2020-21 et 2021-22), ce fut au prix de détricotages incessants : « Avec Camille (Barnaud, la directrice de production du Phénix), on a dû rebâtir la saison une vingtaine de fois », confie Romaric Daurier. Le pire étant qu’au moment où le confinement a démarré, elle était déjà ficelée !

On s'est dit qu'il valait mieux rester prudents.

Bref, « quand on a réussi à remonter une demi-saison, à un moment où on parlait beaucoup de deuxième vague, on s’est dit qu’il valait mieux rester prudents ». La suite (les spectacles à voir de janvier à juin) ne sera pas officialisée avant les fêtes de fin d’année : tout vient à point à qui sait attendre.

« Les idées restent, se développent, prolifèrent, le virus ne les a pas tuées »

Artiste associé du Phénix depuis la saison dernière, le danseur-chorégraphe Boris Charmatz devait embarquer à ses côtés une centaine d’amateurs des Hauts-de-France, en janvier 2021, pour un spectacle sous la nef du Grand Palais, à Paris. Le Covid-19 l’a obligé à revoir sa copie.

Boris Charmatz a dansé dans son couloir, chez lui à Bruxelles, pendant le confinement, « dans des studios, un peu partout » ensuite, mais quasiment pas en public durant six mois. Il venait d’interpréter le solo de Tino Sehgal (sans titre)(2000), à Valenciennes, début mars, quand le rideau est tombé, mettant un brutal coup d’arrêt au projet Vingt danseurs pour le XXe siècle qu’il devait présenter à l’opéra de Lille et sur lequel il travaillait depuis un an et demi.

« Le plus grand drame, c’est entre les Hauts-de-France et moi. Tout ce qu’on avait envisagé a été annihilé en deux secondes. » Pas un hasard si sa rentrée, c’est à Lille que Boris Charmatz a choisi de la faire, fin août, en plein air.

Le Festival d’automne, à Paris, consacre cette année au chorégraphe, artiste associé du Phénix depuis la saison dernière, son traditionnel portrait. Invité ce faisant à « montrer pas mal d’aspects de (son) travail », lui prend ça comme « une chance » et « un honneur », même si « le virus est dans toutes les têtes, à chaque minute ou presque ».

Outre l’incertitude que cela laisse planer pour les semaines qui viennent, l’artiste a été contraint à des contorsions peu en rapport avec la flexion-extension. La distanciation physique induite par la pandémie a complètement remis en cause la Tempête qu’il voulait faire souffler dans la nef du Grand Palais, à Paris (avant sa fermeture pour travaux)… avec 400 personnes, dont une centaine d’amateurs des Hauts-de-France.

Ce sera beaucoup plus léger, pas chorégraphié comme je l’avais imaginé.

« On a rebondi. » Boris Charmatz a imaginé à la place un diptyque composé d’une nuit de duos enchaînés – dont une première étape de travail sera présentée le 15 novembre au Phénix, dans le cadre du festival Next – suivie, le lendemain, d’un Happening Tempête, pensé comme une hybridation participative, « sorte d’atelier, performance, échauffement, dance floor ». Le danseur s’en excuserait presque : « Ce sera beaucoup plus léger, pas chorégraphié comme je l’avais imaginé. »

La Tempête originale se lèvera quand le temps le permettra : « Je ne renonce pas facilement. Les idées restent, se développent, prolifèrent, le virus ne les a pas tuées. »

– « La Ronde », sortie de résidence : 15 novembre, 16 h. Durée : 2 heures 30. Gratuit.

– « 10 000 gestes », en avril.

« Amener la danse là où on ne l’attend pas »

Directeur depuis 2018 du Ballet du Nord, à Roubaix, Sylvain Groud a enfermé ses danseurs dans des cubes plastifiés de 4 m2, dont l’ensemble forme un « labyrinthe chorégraphique et immersif ». Toute ressemblance avec le confinement... n’est aucunement fortuite.

« 4 m2 », le titre de votre spectacle, est une référence explicite à la distanciation sociale.

« Tant qu’on n’avait pas de consignes, pendant le confinement, on avançait à l’aveugle, et moi, en tant que danseur, que directeur de structure labélisée (le Ballet du Nord), que chorégraphe, ça me mettait les pieds dans le béton. Dès lors que le cadre a été défini, avec ce que ça pouvait avoir d’ubuesque – il fallait au départ laisser 4 m2 entre les danseurs –, j’ai pu remonter à la surface. Je me sens tellement vivant quand je suis dans l’obligation de réagir ! J’ai demandé aux danseurs de me raconter ce qu’ils avaient expérimenté, vécu, subi pendant le confinement. »

Et vous, comment avez-vous traversé cette période ?

« J’ai été capable de tomber dans un total désespoir, mais j’ai aussi beaucoup écouté les autres et ça me fait dire qu’on était quand même vachement bien quand on était confinés, quelque chose nous protégeait. C’est très paradoxal. Dans 4 m2, j’ai rassemblé toutes les contraintes et toutes les règles du jeu qui nous étaient imposées, et plutôt que de m’en désoler, je me suis demandé quelle forme ça pourrait prendre. 4 m2, c’est la résilience du corps dansant : enfermez-le, enlevez-lui lui un bras, enlevez-lui deux bras, il continuera toujours à danser ! J’avais envie de dire (aux interprètes) : prouvez-moi que vous vous épanouissez dans ce volume-là ! »

Cette pandémie nous a-t-elle fait perdre une part d’humanité ?

« J’ai très peur quand l’humanité se résout à obéir, quand on ne lui fait plus confiance. Qu’y a-t-il de plus violent que d’interdire à un artiste de s’exprimer ? »

Certes, mais vous prouvez qu’on peut continuer de créer, même avec toutes ces contraintes.

« Et on pourrait danser sur 50 cm2 ! Au fond, c’est ce que je pratique depuis vingt ans avec ma compagnie : amener la danse là où on ne l’attend pas. »

« 4 m2 » : 7 octobre (à partir de 19 h). Durée : 1 heure. À partir de 11 ans. Tarifs : 24, 19, 17 €.

La maison de la création et ses locataires

Espace de diffusion, le Phénix a gardé grandes ouvertes ses portes aux artistes que la crise du Covid-19 menaçait, pour certains, de laisser à quai. Tournées annulées, dates reportées… La création ne s’est pourtant jamais véritablement arrêtée. En septembre, nous avons pu suivre le travail de quatre compagnies en résidence que le théâtre valenciennois suit de près.

Dans le jukebox de la compagnie 2L, la musique qui touche le cœur des ados

Dans les entrailles du Phénix, où ça répète ce jeudi-là, tout se noue autour d’un « oh là là ! » sur lequel achoppe le comédien Damien Olivier. Lourde responsabilité que la sienne de porter le témoignage d’un lycéen mortifié des années après une audition de guitare. Lâché en public par sa mère après une malencontreuse fausse note, le « oh là là ! » résonne encore douloureusement à ses oreilles.

Des confessions comme la sienne mais aussi des paroles plus légères, Anne Lepla et Guick Yansen, qui forment à eux deux depuis 2008 la compagnie 2L (référence à leur groupe d’électro Luna Lost), les ont collectées pendant huit mois auprès de jeunes du Quesnoy et du Valenciennois, scolarisés du CM2 à la terminale. Un travail de longue haleine pour comprendre leur rapport à la musique.

la manière dont la chanson populaire s’installe dans nos vies, dans nos têtes, c’est universel.

« On se rend compte qu’il y a toujours un truc générationnel, comme une incompréhension autour de la musique que nos enfants écoutent », constate Anne Lepla. À l’ère du streaming, la façon d’écouter a évidemment changé depuis qu’elle-même était adolescente, « mais je me suis reconnue dans plein de récits ; la manière dont la chanson populaire s’installe dans nos vies, dans nos têtes, c’est universel ».

Ce recueil de propos tantôt drôles, tantôt émouvants va donc déboucher sur un spectacle, My Life is a Jukebox, que la compagnie en résidence « longue territoire », sur ses terres du Quesnoy, y donnera, pour la première fois le 13 octobre. Dans ce jukebox-là, la musique sera live et éclectique. « Dans une même classe, témoignent les artistes, ça pouvait passer d’Eva Queen à Yves Montand… et d’un rap bourré de gros mots à Édith Piaf. »

Jeanne Lazar sert Dustan et Arcan sur un plateau télé

Elle a grandi à Belfort, habite Paris, mais c’est dans les Hauts-de-France que son métier de comédienne, et désormais de metteuse en scène, ramène systématiquement Jeanne Lazar. « C’est ma deuxième maison », glisse-t-elle.

Sortie en 2015 de l’École du Nord (l’école supérieure d’art dramatique de Lille), elle était en résidence début septembre au Phénix pour y travailler Nelly, deuxième partie du diptyque Jamais je ne vieillirai, qu’on pourra voir en mars dans le cadre du Cabaret de curiosités. Sa compagnie, Il faut toujours finir ce qu’on a commencé, est basée à Lille. Et comme un fait exprès, c’est à Valenciennes qu’elle reviendra, en septembre de l’année prochaine, pour y monter son projet suivant, Vie de voyou, qu’elle consacre à Rédoine Faïd, le plus célèbre braqueur des… Hauts-de-France.

Point commun entre ces travaux, la télévision exerce chez l’artiste une fascination-répulsion, dont elle se sert pour appuyer son propos. « Mon rôle n’est pas de la critiquer, ça a déjà été fait plein de fois. La télé, c’est l’endroit où l’on peut dire des choses complexes de manière très simple. Celle que je veux faire est un fantasme. »

Nelly Arcan et Guillaume Dustan, deux écrivains aujourd’hui décédés qui ont abordé sans fard « des sujets radicaux comme le sexe et la drogue », se sont brûlé les ailes derrière le petit écran. Elle était provinciale et Québécoise, lui énarque et Parisien, « je ne pense pas qu’ils se connaissaient », mais Jeanne Lazar voulait les faire se croiser. Dans le diptyque sur lequel elle a commencé à travailler en 2018 – et dont la première partie porte sur Guillaume Dustan – la metteuse en scène dévoile « le rapport presque intime » qu’elle a noué avec eux à la lecture de leurs livres.

Septembre 2020, répétition au Phénix, de "Jamais je ne vieillirai", diptyque poétique consacré à Guillaume Dustan Nelly Arcan.

Maëlle Dequiedt et La Phenomena, à Denain « comme à la maison »

De retour avec La Phenomena dans la splendeur du théâtre de Denain, où elle et sa compagnie se sentent désormais « un peu à la maison », Maëlle Dequiedt nous confiait fin septembre un témoignage. Celui d’une mère de famille venue sept mois plus tôt à la représentation des Noces, variations, à l’opéra de Lille, et qui y avait vu sa fille, élève de l’école Voltaire, d’ordinaire si timide, enfermée sur elle-même, « complètement se transformer sur scène ». La dernière du spectacle aurait dû se jouer le 15 mars au théâtre de Denain. « Ce devait être le point d’orgue » mais le Covid l’a emporté sur son passage.

Il en faudrait plus pour distendre le lien que la compagnie tisse depuis plus d’un an avec l’ancienne ville feumière et ses habitants. « Un très fort attachement se construit au fur et à mesure des rencontres. » Il y a eu Les Noces célébrées avec l’école Voltaire, les « Mercredis culturels » réunissant d’autres enfants. Et ce « coup de foudre » partagé avec les bénévoles des Restos du cœur. « On est arrivés (en atelier) avec rien, juste l’envie d’apprendre d’eux d’une certaine façon », raconte Quentin Barbosa, l’un des comédiens de la troupe. Passée l’appréhension des débuts, « ils se sont ouverts de plus en plus ».

La Phenomena puise dans cette résidence longue durée sur le territoire (jusqu’en 2022) la source de son inspiration. Son prochain spectacle, I Wish I Was, dans lequel s’entremêleront musique, théâtre et vidéo, se concentrera sur quelques heures de la vie d’un « petit orchestre de fortune » traversant le Nord. Initialement programmée ce 2 octobre, la première au théâtre de Denain a été décalée au printemps. La faute encore à ce fichu Covid.

Racines carrées ne calcule pas, elle se laisse guider par ses envies

À bientôt 42 ans, Nabil Ouelhadj n’est au fond rien d’autre qu’un grand gamin. Hip-hopeur depuis ses années collège, il touche à tout, tout le temps : « Je fais du skate, de la rampe, je jongle, j’aime cuisiner, nager, je m’intéresse aux sciences… »

Le trampoline « est arrivé comme un jeu » dans la vie de Racines carrées, la compagnie qu’il a créée et qu’il dirige depuis 2010. « On avait envie de danser sur une toile et dans les airs. » De ce désir est né 9,81, une petite forme qui faisait l’ouverture de la saison du Phénix, le 4 septembre, et ouvrira la voie à Ça déménage, prochaine création de la troupe de danseurs-acrobates.

L’élévation, c’est aussi (et surtout) dans la relation à l’autre que Nabil Ouelhadj la cherche. Le Roubaisien, avec les siens, a posé ses valises pour trois ans à Bruay-sur-l’Escaut pour une résidence longue aux multiples facettes. « On utilise nos spectacles pour allumer une étincelle. »

Quand Racines carrées joue dans la cour d’une école, les parents viennent spontanément s’ouvrir aux artistes après la représentation, pour « parler de leur situation personnelle ». Comme à l’hôpital ou en prison, « c’est un échange d’expériences » sans autre fondement que « d’ouvrir des portes et des fenêtres » : « Il n’y a pas d’erreur dans l’art, l’erreur c’est un diplôme. » Le hip-hop ou la culture de l’effort : « Je n’ai rien mais je fais, j’ai raté mais je continue. »

Il n’y a pas d’erreur dans l’art, l’erreur c’est un diplôme. »

De cet « esprit positif », Racines carrées a fait un viatique pour explorer sans arrêt de nouvelles terres. Sa découverte des terrils de Raismes pendant le confinement a été une révélation. « Un spot incroyable » qui a fait jaillir, chez les artistes, une mine d’idées.

La culture s’invite à l’hôpital, « espace de vie » et pas que de souffrance

Le centre hospitalier de Valenciennes et le Phénix ont concocté ensemble « Les remèdes de l’âme », un partenariat solide qui entre dans sa sixième saison. La culture aussi a son rôle à jouer pour apaiser les maux.

On ne sait si, sur le fronton de la bibliothèque de Thèbes, dans l’Égypte antique, était effectivement gravé « Ici, on soigne l’âme. » Ou s’il faut croire Diodore de Sicile, historien grec du Ier siècle avant Jésus-Christ, évoquant le « trésor des remèdes de l’âme » pour désigner la riche collection de livres que s’était constituée le roi égyptien Osymandias.

« Aucune autre scène nationale, aucun autre théâtre et aucun autre hôpital (en France) n’ont noué un partenariat aussi solide en termes de moyens et d’ambition culturelle »

L’expression a traversé le temps. Elle désigne aujourd’hui joliment le partenariat qui lie le Phénix au centre hospitalier de Valenciennes (CHV) depuis six ans. Un partenariat qui va bien au-delà du dispositif « Culture et santé » porté depuis plus de vingt ans par les ministères concernés. « Aucune autre scène nationale, aucun autre théâtre et aucun autre hôpital (en France) n’ont noué un partenariat aussi solide en termes de moyens et d’ambition culturelle », avance Romaric Daurier, le directeur du Phénix. Renouvelé en 2019 pour quatre nouvelles saisons au terme d’un premier quadriennat, il implique une participation financière annuelle de 50 000 € de l’hôpital, que vient compléter un apport de l’Agence régionale de santé tournant autour de 8 000 €.

Romaric Daurier, directeur du Phénix

« Pour nous, c’est extrêmement important, souligne le directeur du CHV Rodolphe Bourret. L’hôpital est souvent considéré comme un espace de souffrance. La culture nous ouvre l’horizon : ce n’est plus un espace de souffrance, c’est un espace de vie. »

Rodolphe Bourret, directeur du CH de Valenciennes.
L’hôpital est souvent considéré comme un espace de souffrance. La culture nous ouvre l’horizon : ce n’est plus un espace de souffrance, c’est un espace de vie.

En cette fin septembre, l’auteur israélien Yuval Rozman en a ouvert une belle, de lucarne, en menant des ateliers d’écriture dans différents services. Si le contexte sanitaire l’autorise, ce qui n’est pas complètement une certitude à ce stade, le Phénix pourra dérouler la suite du programme : un concert de l’Orchestre national de Lille en mars et le Bal chorégraphique dès janvier, derrière lequel on retrouve Sylvain Groud.

En décembre de l’année dernière, le directeur du Ballet du Nord avait amené L’Oubli au centre hospitalier de Valenciennes. Parce que c’est typiquement « là que le corps dansant doit être ». Lui qui n’aime rien tant que faire se confronter les univers viendra avec gants, masques, armatures, pour entraîner, en respectant les distances, soignants, malades et visiteurs dans une même farandole. Le chorégraphe s’attend à tout : « Ça risque d’être néo-punk-baroquo-dépressif. »

Yuval Rozman ou l’art de faire accoucher les esprits

On en revient à la maïeutique chère à Socrate qui en parlait comme de « l’art de faire accoucher les esprits ». Yuval Rozman ne cachait pas son plaisir, ce mardi de septembre, au service psychiatrie de l’hôpital de Valenciennes, où il avait été invité à animer un atelier d’écriture. « Je suis toujours très touché d’écouter les gens qui se délivrent comme ça. » Chez lui, c’est plus qu’une source d’inspiration : « C’est mon travail », point.

« Je suis toujours très touché d’écouter les gens qui se délivrent comme ça. »

Assisté du journaliste, auteur et vidéaste Bruno Baradat, le metteur en scène israélien a fait se livrer une douzaine de patients à un exercice d’écriture automatique. « À chaque fois que je vous donnerai un mot, vous coucherez sur le papier tout ce qu’il vous évoque et ce qui vous passe par la tête. » Pas d’autocensure ni de cynisme ; l’humour et l’autodérision, en revanche, étaient les bienvenus. « Rêve », « politique », « mère », « violence », « animal », « sexualité », « France », « maladie »… De cette liste, ont émergé des textes, pour certains, particulièrement sensibles et touchants.

Gabrielle (1) a lu le sien les mains tremblantes, Youssouf l’a scandé quand Christophe a hésité avant de se lancer, le cœur battant plus vite que de coutume. D’autres, dans le cercle, ont préféré garder leurs écrits pour eux. Lydia, elle, n’a pu retenir ses larmes. Et le silence s’est fait après son passage. « J’aimerais écrire comme ça, lui a susurré Yuval Rozman. Même chez les professionnels, on trouve rarement une si belle ouverture de l’âme. »

1. Les prénoms des participants ont été modifiés.

Menus plaisirs de saison

Les sirènes tiennent bon la barre

En 392 avant Jésus-Christ, le Grec Aristophane s’amusait à donner les manettes aux femmes, dans un monde qu’il imaginait meilleur. Deux mille quatre cents ans plus tard, dans un monde post #MeToo, les Sea Girls s’inspirent très librement de son Assemblée des femmes, pour proposer leur version chantée et déjantée de la conquête du pouvoir.

« Les Sea Girls au pouvoir »: 14 et 15 octobre (20 h). Durée : 1 heure 30. À partir de 13 ans. Tarifs : 31, 26, 20€.

Destins d’exilé(e)s

Dans Pourama Pourama, récit autobiographique en trois parties, Gurshad Shaheman racontait son enfance en Iran, puis son exil en France. Lui qui fut Hermione dans l’Andromaque mis en scène par Damien Chardonnet-Darmaillacq en 2018 s’attache maintenant aux destins de trois femmes de sa famille, qui ont fini comme lui par quitter leur pays.

« Les Forteresses » : 20 novembre (20 h) et 21 novembre (19 h). Durée : 2 heures. Tarifs : 21, 19, 8 €.

Vous reprendrez bien un peu d’ONL ?

Deuxième rendez-vous de la saison avec l’Orchestre national de Lille : après avoir confronté Mozart à Copland et Bartok le 26 septembre, l’ONL associera son Concerto pour piano nº 21 à la Symphonie de chambre nº 4 d’un des plus grands compositeurs du XXe siècle, Mieczyslaw Weinberg, en novembre. Michal Nesterowicz sera à la direction, le virtuose ukrainien Alexander Gavrylyuk au piano.

« Weinberg – Mozart », concert de l’Orchestre national de Lille : 6 novembre (20 h). Durée : 1 heure 50. À partir de 14 ans. Tarifs : 31, 26, 20 €.

La semaine des Loustixs

La fin de l’année fera la part belle aux enfants : une semaine entière – et trois spectacles – leur sera dédiée du 8 au 17 décembre. Protégé du campus Amiens-Valenciennes, Cédric Orain se penche, dans sa nouvelle création, sur le phénomène des enfants sauvages. Trouver sa place… Est-ce plus facile pour ceux qui parlent fort ? Par l’intermédiaire de Tohu et Bohu, drôles de bonshommes géométriques, la compagnie L’Embellie s’interroge sur les rapports de force qu’induit la prise de parole. Émilie Capliez s’attaque, quant à elle, à un monument de la BD, Little Nemo in Slumberland, de l’Américain Winsor McCay, qu’elle réinvente en un conte musical.

– « Enfants sauvages », de Cédric Orain : 8 et 10 décembre (19 h), 9 décembre (15 et 19 h). Durée : 1 heure. À partir de 5 ans.

– « Babïl », de L’Embellie : 12 décembre (11 h et 16 h), 13 décembre (16 h). Durée : 40 minutes. À partir de 5 ans.

– « Little Nemo ou la vocation de l’aube » : 16 décembre (19 h), 17 décembre (20 h). Durée : 1 heure 15. À partir de 8 ans.

Tarifs : 14, 12, 10 € pour chaque spectacle ; 20 € pour les trois.

Harmonia Sacra, la bande-son de « Bruegel »

La rencontre avec le metteur en scène Laurent Bazin a incontestablement marqué une étape dans le cheminement artistique d’Harmonia Sacra. Le visage de Yannick Lemaire, le directeur artistique de l’ensemble musical, s’illumine à cette évocation : « Il nous a fait basculer dans son univers onirique. » Ledit Bazin s’est saisi du matériau baroque offert en retour, pour donner naissance l’année dernière à Bosco, le labyrinthe des passions, dans l’intimité de l’Opérabus.

Quand le directeur du Phénix, Romaric Daurier, a rejoué les entremetteurs auprès d’une autre figure montante du pôle européen de création, Lisaboa Houbrechts, Harmonia Sacra a eu d’autant moins de réticences à se laisser entraîner dans la « folle aventure » Bruegel. « C’est une fierté de pouvoir présenter ce spectacle au public valenciennois qui nous est très fidèle », confie Yannick Lemaire. Ce sera la première date en France de cette pièce (librement inspirée de la figure de Margot la Folle), dont la musique jouée et chantée en live « fait partie intégrante ».

À suivre…

– En janvier, Dimanche pas tout à fait comme les autres dans le théâtre d’objets de Julie Tenret, Sicaire Durieux et Sandrine Heyraud ;

– En février, La Réponse des hommes nous sera donnée par Tiphaine Raffier ;

– En mars, Antoine Defoort fera Feu de tout bois et Laurent Hatat, assisté de la chorégraphe Emma Gustafsson, adaptera Histoire de la violence, d’Édouard Louis.

– En avril, suite du feuilleton qu’Hugues Duchêne consacre au quinquennat d’Emmanuel Macron, Je m’en vais mais l’État demeure.

– En juin, Les Fables de La Fontaine vues et chorégraphiées par Béatrice Massin, Lia Rodrigues et Dominique Hervieu.

Pratique

Billetterie

lephenix.fr, 03 27 32 32 32 ou sur place, du mardi au samedi, de 12 h à 18 h.

Abonnements

À partir de 2 spectacles. Carte d’abonnement à 2 €, puis 10 à 24 € par spectacle (6 à 10 € pour les Loustixs).

Garderie

Réservée aux 3-10 ans les soirs de spectacle. 10 € par famille, gratuit pour les abonnés.

Premières émotions

La saison a repris tôt, au Phénix, dès le 4 septembre sur les ailes de Racines carrées et d’Art Zoyd, dont ce devait être l’un des derniers concerts. Il s’en est déjà passé de belles en un mois !

4 septembre. Nabil Ouelhadj et Valentin Loval en apesanteur et avec eux, c’est tout le Phénix qui redécolle. La compagnie Racines carrées fait l’ouverture de la saison dans le Studio et pas sur le parvis comme c’était prévu, afin d’éviter tout regroupement de foule. Les consignes sanitaires sont strictes.

19 septembre. Avec Le Ballet des noctambules, le festival Embar(o)quement immédiat s’est invité sur la scène nationale. Produit par Harmonia Sacra, le spectacle était mis en scène par le danseur et chorégraphe Mickaël Bouffard.

26 septembre. Confiné dans une chambre d’hôtel à Budapest, le violoniste Nemanja Radulovic n’a pu accompagner l’Orchestre national de Lille à Valenciennes. Pas grave : le violoncelliste prodige Edgar Moreau (notre photo) a pris la relève dans ce concert Copland – Haydn – Bartók dirigé par Alexandre Bloch.

30 septembre. Parmi les références de la magie nouvelle, Étienne Saglio nous fait son numéro de grand illusionniste en faisant pousser une forêt sur le plateau du Phénix. « Le Bruit des loups » nous ramène à l’enfance et à la nature.

Credits:

Baziz Chibane, Pierre Le Masson, Christophe Lefebvre, Pierre Rouanet