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Centrale thermique du Havre : le défi de la reconversion Texte et mise en forme : bastien bocquel - photos : antoine soubigou

Face à la menace du gouvernement de fermer les centrales à charbon d’ici 2022, EDF entame des expérimentations sur ses sites du Havre (Seine-Maritime) et de Cordemais (Loire-Atlantique). Objectif : trouver des solutions moins carbonées. Nous avons pénétré à l'intérieur de la centrale havraise.

Les deux cheminées blanches sont devenues un repère dans le paysage havrais. Au cœur de la zone portuaire, la centrale thermique, lancée en 1968, s’étend sur 33 hectares. Pourtant, une grande partie du site n’est plus en activité.

Sur les quatre tranches de production, une seule fonctionne toujours. « Les autres ont été fermées en 1995 et 2013 pour être conformes aux réglementations environnementales, explique Pascal Ambos, à la tête de la centrale depuis juillet 2017. Le choix a alors été fait d’investir sur des nouveaux moyens de production. » Pour une énergie plus « verte ».

Prêtes à être transformées en électricité, des montagnes de charbon occupent l’entrée de l’usine. « Un stock de 300 000 tonnes », précise le directeur. Après un passage dans le broyeur, le combustible est conduit vers la chaudière qui va générer de la vapeur. « Elle passe dans une turbine puis un alternateur, et le courant fabriqué est injecté sur le réseau public de transport d’électricité (RTE). » La production (jusqu’à 600 MW) peut être régulée selon la demande des consommateurs.

La centrale thermique ne produit pas de l’électricité de façon permanente. Une adaptation est faite en fonction de la demande de consommation.

Ce qui pose problème, ce sont les rejets de fumées qui alimentent la pollution atmosphérique. Sur le site havrais, 250 millions d’euros ont déjà été investis pour la réduire, grâce à des unités de dépoussiérage, de dénitrification et de désulfuration. Mais rien pour le CO2.

Le gouvernement a prévenu : la production d’électricité avec du charbon devra avoir cessé d’ici la fin du quinquennat, en 2022. Pour EDF, qui exploite la centrale thermique du Havre et celle de Cordemais (Loire-Atlantique), le temps presse. « Nous n’avons pas le choix, reconnaît Pascal Ambos. Avant le début de l’été, on doit avoir montré que l’on est capable. »

Les deux sites de l’Ouest vont donc faire l’objet d’expérimentations pour se reconvertir. Nom de code : « Ecocombust ». Outre des investissements pour développer la technologie de captage de CO2, Le Havre veut faire de la co-combustion : du charbon dont on réduit la part grâce à des combustibles de récupération, comme du papier, du carton ou encore du plastique. « Le test sera mené en avril sur une semaine », indique EDF.

À Cordemais, l’entreprise travaille à la fabrication de pellets (compactage de résidus de déchets verts ou de bois au pouvoir calorifique proche de celui du charbon) qui serviront de combustible. « Une répartition 50 % charbon 50 % biomasse sera testée au mois d’avril, et l’objectif est d’aller rapidement vers du 80/20. »

1,5 % : c'est la part de l'énergie issue d'une centrale à charbon dans la production totale d'électricité en France. Elle provient, pour près de 90 %, du réseau nucléaire.

Deux solutions qui, en théorie, seront transposables aux deux sites. Pour cette reconversion, EDF débloque une enveloppe de 200 millions d’euros pour Cordemais et 100 millions pour la cité Océane. Impossible, en revanche, de savoir quel sera le surcoût de ces combustibles alternatifs par rapport au charbon.

Confiant et soucieux de l’enjeu économique pour le territoire, Pascal Ambos prévient : la transformation se fera par étapes. La disparition totale du charbon dans les deux centrales n’est donc pas encore pour demain.

« Il faut du temps pour démontrer que les projets de reconversion sont viables. »

Jean-Paul Lecoq, député PCF de Seine-Maritime.

Un dossier énergétique devenu politique

« Il faut préserver nos outils énergétiques. » Depuis l’annonce de la volonté du gouvernement de stopper la production d’électricité produite avec du charbon d’ici 2022, l’avenir de la centrale thermique est devenu un enjeu politique. Jean-Paul Lecoq, député PCF de la 8e circonscription de Seine-Maritime, a déjà interpellé à plusieurs reprises le gouvernement.

« Il y a eu une évolution sur le sujet, observe-t-il. Il n’est plus question de fermeture pure et simple, mais d’un accompagnement et d’une attention portée à ces projets de conversion. Je ne peux que m’en réjouir. »

Selon l’ancien maire de Gonfreville-l’Orcher, le gouvernement a surtout fait un effet d’annonce : « Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, m’a confié que si l’État n’avait pas dit qu’il fallait fermer les centrales à charbon, il n’y aurait pas forcément eu ces initiatives de reconversion. »

Très impliqué dans l’avenir de ce « monument havrais », Jean-Paul Lecoq réclame maintenant « du temps pour démontrer que les projets de reconversion sont viables ».

« Le 0 % de charbon n’est pas dans les têtes pour le moment, indique, de son côté, Luc Lemonnier, maire LR du Havre. Il faut tomber d’accord sur le rythme à tenir pour verdir la centrale. » Il dit suivre de près le dossier, convaincu qu’il « reste des capacités d’innovation chez EDF » et que ce site pèse sur l’économie locale. « La centrale représente près de 200 emplois directs, sans compter la sous-traitance. »

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Ouest-France Le Havre
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