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Opéra de Saint-Étienne : derrière le rideau rouge, une ruche Il était une fois Cendrillon: dans les coulisses de la création

Dans quelques jours, l’Opéra théâtre de Saint-Etienne donnera à voir et à entendre, les 3 et 5 mai, l’opéra-féerie en trois actes de « Cendrillon ». Une création montée en coproduction avec Le Palazzetto Bru Zane de Venise. Une heure et demie de régal pour le public et des jours et des jours de travail pour les équipes de l’Opéra et de répétition pour les comédiens, solistes et musiciens. Parce qu’à l’Opéra, on ne fait pas que chanter ou danser. On coud, on brode, on soude, on scie, on peint. On s’est infiltré quelques heures au cœur de cette grosse machinerie pour comprendre comment se fabrique une création comme celle de « Cendrillon ».

MARC PAQUIEN A LA BAGUETTE DEPUIS 4 JOURS

Ce jeudi-là, c’est le quatrième jour de répétition. D’ordinaire, la troupe s’installe dans la salle Poulenc, l’une des nombreuses salles de l’Opéra, bâtiment qui s’étire sur 36000m2, autant dire qu’il faut un plan pour se retrouver dans cette enfilade de couloirs, mais, aujourd’hui, c’est dans l’atelier décor qu’elle s’est posée. L’ambiance est studieuse. Dans un coin, des tables de bureaux ont été aménagées. Derrière elles, le décorateur, l’assistant lumière, la régisseuse de production, tous le nez penché sur leurs polycopiés, observent, prennent des notes, surlignent de couleur des paragraphes du texte.

4e jour: entrée des soeurs de Cendrillon au Palais

Un peu plus loin, face au décor, derrière des pupitres, Marc Paquien, le metteur en scène, avec à ses côtés, Julie Pouillon, assistante à la mise en scène. A l’autre coin de la salle, Thomas Tacquet, le chef de chant, patiente derrière son piano. La scène qui se joue est celle de l’arrivée dans le Palais des sœurs de Cendrillon. « Nous sommes au début de l’acte II, resitue Marc Paquien. Les sœurs de Cendrillon pensent séduire le roi alors, qu’en réalité, c’est un valet. Elles pensent enfin accéder au statut social auquel elles aspirent. » Depuis quelques minutes, les solistes Mercedes Arcaru et Jeanne Crousaud et les comédiens Jean-Paul Muel et Christophe Vandevelde répètent cette scène où, bras dessus bras dessous, dans un joyeux brouhaha, ils descendent les escaliers.

La fameuse chaussure de Cendrillon

Quelle Cendrillon ?

« J’essaie toujours de faire un théâtre à la fois accessible à tous et qui fasse réfléchir. Tiré du conte de Charles Perrault, Cendrillon pose la question de notre place dans la société, analyse Marc Paquien. Ma mise en scène est là pour accompagner le parcours de Cendrillon qui rêve d’accéder à autre chose, de sortir de sa situation d’esclave. Elle traverse la forêt comme on traverse les épreuves pour construire sa vie. »

6 heures

C’est le nombre d’heures que la troupe passe à répéter tous les jours

UNE HISTOIRE DE "PRÉCISIONS"

« J’ai adoré l’entrée, c’est assez drôle» s’enthousiasme Marc Paquien qui a du mal à tenir en place sur sa chaise. Régulièrement, il rejoint les comédiens, dispense ses indications, corrige des attitudes. « J’aime bien laisser venir. Ce sont juste des histoires de précision. » Des détails. Là, c’est une intonation de voix qu’il vient mimer au comédien. « Christophe, il faudrait que tu parles moins fort une fois que vous êtes tous rentrés. » Le comédien acquiesce. « Allez, top, quand vous voulez. » Mercedes Arcaru, Jeanne Crousaud, Jean-Paul Muel, Christophe Vandevelde grimpent à nouveau les escaliers avant de les redescendre une énième fois. Un technicien interrompt la scène et entre les bras flanqués d’un élément de décor, un casier en bois rempli de six bouteilles en verre. «Eh les gars, n’oubliez pas que j’ai une tendinite », plaisante Jean-Paul Muel. « Les filles, si vous êtes d’accord, lance Marc Paquien, je ferais bien maintenant une musicale de duo. »

SUR LA BONNE VOIX

Mercedes Arcuri et Jeanne Crousaud, les sopranos, se rapprochent alors du piano où Thomas Tacquet attend de faire courir ses mains. Elles se dressent, essaient de placer leurs délicate voix sur la note qui s’élève du piano du chef de chant qui garde un œil vigilant sur sa partition. « Mon rôle est de vérifier ce qui est coupure, partitions, je m’assure que les indications musicales transmises par Julien Chauvin, le directeur musical, soient respectées. »

Thomas Tacquet chargé d'assurer le lien entre les chefs d'orchestre et les solistes

« Il n’y a pas la même articulation entre vous deux. Il faut que vous soyez ensemble pour avoir la même longueur, note le pianiste. L’une fait une croche, l’autre, une noire. Je trouve aussi une légèreté sur la mesure 33. Il y avait aussi tout à l’heure un contre-accent.» Les deux sopranos reprennent. Elles avaient encore quelques semaines pour accorder leur violon avec le directeur musical de la pièce, Julien Chauvin.

Yvette Paccalet, responsable de l'atelier costumes

ON A DÉBOUTONNÉ L’ATELIER COSTUMES

Pendant que les comédiens et solistes ont encore quelques répétitions pour se mettre dans la peau de leur personnage, à l’atelier couture, on n’est plus sur le fil. Claire Risterucci, la costumière de la troupe, a fourni les costumes du prince, baron, précepteur et écuyer. Pas de traîne donc à confectionner mais un « travail précieux à réaliser » avec la pose sur ces pièces de style indien de gallons et autres fioritures. Mais les silhouettes de Cendrillon et ses sœurs, là, ce sont les petites mains de l’atelier qui les ont façonnées dans de la soie.

UN ATELIER SUR-MESURE

Jérôme Boutillier débarque. « Je dois faire l’essayage d’un pantalon. » Le jeune baryton fait valser par terre son pantalon. En enfile un autre devant un miroir mais manque d’un sacré embonpoint pour le remplir. « J’aime bien être à l’aise » plaide-t-il. C’est son troisième essayage. Sa pelote piquée d’aiguilles au bras, son mètre ruban autour du cou, Yvette Paccalet, responsable de l'atelier costumes, prend de nouvelles mesures pour rectifier la taille. « Et les chaussures, c’est bon, tu veux une semelle ? » Quelques minutes plus tard, il se rhabille et file rejoindre la répétition. « Certains comédiens détestent les essayages, confesse-t-elle, lui, il est sympa ».

Une blouse grise, une robe de bal jaune, une autre, orange, suspendues à des cintres, dont certaines font 4m50 au bas, font, dans un coin de la salle, le pied de grue en attendant de se poser sur le corps des solistes. De l’autre côté de la salle, rangés aussi en rangs d’oignons, suspendus à d’autres portants, les costumes du prince protégés par une housse. Elles n’ont pas été très nombreuses à se pencher sur la réalisation de ces costumes. « On était quatre couturières, calcule Yvette. Parfois nous avons des renforts. » Là, non. La cinquième petite main de l’atelier, elle, s’est occupée des « tentures, tout ce qui est accessoires en tissu. » Une fois la répétition générale, les costumes sont confiés au service habillage qui compte une seule personne épaulée par d’autres renforts si besoin.

30

Dans les réserves de l’Opéra théâtre, ce sont plus de 30 ans de robes, jupes, corsets, vestes, pantalons qui reposent. Certains ressortent de ces placards pour aller accrocher la lumière des projecteurs.

Pierre Rouston, responsable des ateliers de construction

ENVOLÉE DE BOIS ET DE MÉTAL

A l’atelier menuiserie, on est passé à autre chose, à "Don Giovanni" qui sera à l’affiche de la saison 2019/2020. Cendrillon, c’est déjà du passé. C’est dans un capharnaüm apparent où des planches de métal voisinent avec des perceuses à colonnes et des scies à ruban que la construction du décor de cet opéra-féérie, une structure métallique noire d’une tonne et demie posée sur un cercle en contreplaqué, a commencé à prendre forme. Il a fallu ciseler des bouts de métal, souder, scier des planches de bois, assembler l’ensemble, le peindre. Un ensemble d’étapes qui a nécessité un mois et demi de travail. « On l’a monté en entier. C’est l’idéal. Là, on voit le résultat, témoigne Jean-Luc Garil, chargé d’études. Parfois, il peut avoir des surprises. » « On s’est vraiment fait plaisir à le réaliser», raconte Pierre Rouston, responsable de l’atelier.

Un décor comme un livre d'images

« C’est un décor tournant, dévoile Marc Paquien, avec d’un côté la cheminée où se réfugie Cendrillon, et de l’autre, le palais du prince. Un décor à illusions avec deux escaliers séparés par une forêt qu'il faut traverser pour remporter les épreuves du magicien. C’est comme un livre d’images qui s’ouvre. » Jean-Luc Garil et Pierre Rouston seront-ils dans la salle le 3 mai pour le feuilleter ce livre d’images ? Pas sûr. «On a tendance à plus regarder le décor que le spectacle.»

TEXTES ET VIDÉOS MURIEL CATALANO ET PHOTOS YVES SALVAT

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