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Comment aider les plus démunis à Genève L'opération thune du cœur qui lutte contre la précarité fête ses 25 ans

La «Thune du cœur», c'est une collecte de fonds organisée chaque année à l'approche des Fêtes par la «Tribune de Genève» depuis 25 ans. Le but? Reverser l'intégralité des dons à des associations locales afin de venir en aide aux plus démunis de la région. Et l'année 2020 n'a fait qu'accentuer les besoins. Cette opération de solidarité serait impossible sans la générosité des Genevoises et des Genevois. D'avance, merci! (Le slogan «On compte sur vous» est déjà pris.)

Pourquoi la «thune»?

Une «thune» est un terme familier pour désigner la pièce de 5 francs. C'est presque à la portée de tous et cela permet, si nous accumulons les thunes, de faire une réelle différence pour ceux qui connaissent des difficultés pour manger et avoir un toit au-dessus de la tête.

Qui est Jules?

Jules, c'est le cochon tirelire qui parcourt les événements organisés par le journal ou par des privés afin de récolter les dons. À cause du Covid, pas de distribution de soupe à l'Escalade, ni de matches de foots, de hockey, de concerts ou de ventes de pâtisseries, où Jules avait l'habitude de se rendre. Mais nous ne baissons pas les bras!

Les célébrités se mobilisent

L’humoriste Marina Rollman, le comédien Jean-Luc Bideau, le hockeyeur Noah Rod, le footballeur Anthony Sauthier et le dessinateur Zep ont répondu présents. Et vous?

Comment faire un don?

Par téléphone, envoyez «Thune» au 339. Un SMS équivaut à un don de 5 francs, frais d’opérateur compris.

Par virement bancaire aux coordonnées suivantes: Par virement bancaire aux coordonnées suivantes:

Julie-La Thune du cœur/UBS SA

numéro 0240-504482.01K

IBAN CH080024024050448201K

BIC UBSWCHZH80A

Par virement Twint en scannant avec votre téléphone le QR code ci-contre

En espèce directement dans les locaux de la Tribune de Genève situé à la rue des Rois 11.

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Les trois associations bénéficiaires cette année

Texte: Antoine Grosjean

1. La Virgule: Mettre un point final à la précarité

Depuis plus d’un quart de siècle, l’association La Virgule vient en aide aux personnes sans abri de Lancy, en leur proposant un toit et à manger. Et ces quatre dernières années, elle est également allée à leur rencontre dans la rue.

Dès 1996, elle a disposé de deux roulottes permettant d’accueillir six hommes de septembre à juin. Un hébergement gratuit et limité à trois mois. En 2001, l’association a aussi créé le foyer «Point-Virgule», qui offre quatorze places à des personnes en réinsertion sociale et capables de payer un loyer, en travaillant ou en bénéficiant d’une assistance. Elles peuvent y rester au maximum pendant deux ans. Pour ceux qui ont déjà gagné un peu en autonomie,

La Virgule loue depuis trois ans un appartement à la Ville de Lancy, où quatre résidents peuvent disposer chacun d’une chambre individuelle. Il y a vingt ans, l’association a par ailleurs créé la banque alimentaire Lancy-Onex-Plan-les-Ouates avec des partenaires institutionnels. Enfin, ses résidents gèrent et entretiennent le parc du Gué depuis 2013.

2. Les Colis du cœur: Le minimum pour manger et se laver

Les Colis du cœur distribuent depuis 1993 des denrées alimentaires et des produits d’hygiène aux familles et personnes en situation de précarité. Un colis standard permet de préparer trois repas complets pour une personne. Il est composé de produits alimentaires de base (riz, pâtes, pommes de terre, thon, œufs, beurre, huile, pain, produits laitiers, légumes, fruits frais ou en conserve, viande) ainsi que de lessive, shampooing, dentifrice, couches, etc. Les produits sont fournis en grande partie par la banque alimentaire genevoise Partage, que les Colis du Cœur ont contribué à fonder.

L’aide est en principe octroyée pour une durée maximale de vingt-six semaines, mais peut être reconduite si nécessaire. Pour y avoir droit, les bénéficiaires doivent passer par un service social agréé, public ou privé, qui vérifie que les critères d’attribution soient respectés.

En 2019, les Colis du Cœur ont distribué plus de 160’000 colis alimentaires. Chaque semaine, cette fondation octroie une aide de première nécessité à près de 6000 personnes, dont 40% d'enfants. Et près de 200 bénévoles s'engagent hebdomadairement sur leur quatre sites de distribution.

3. Partage: 800 tonnes de nourriture distribuées

Partage, c’est la principale banque alimentaire du canton de Genève. Elle a été fondée en 2005 par cinq associations: l’Armée du salut, le C.A.R.E., Caritas Genève, les Colis du cœur et Emmaüs. Sa mission: collecter et trier les invendus fournis par près d’une centaine de commerces et d’entreprises alimentaires pour les distribuer gratuitement à une cinquantaine d’associations et de services sociaux qui aident et nourrissent les personnes en difficulté de Genève.

En plus de lutter contre le gaspillage alimentaire, Partage fait œuvre de réinsertion professionnelle, puisque trente-quatre personnes y travaillent au bénéfice d’un emploi de solidarité. En outre, la fondation, soutenue par plus de 700 bénévoles, coorganise les Samedis du partage chaque année.

Ces quelques chiffres en disent long sur l’impact de son action: en 2019, Partage a distribué 800 tonnes de nourriture, aidant ainsi 9800 personnes en moyenne chaque semaine. Chaque hiver, 10’000 litres de soupe sont préparés et distribués, le tout en triporteur électrique pour ménager l’environnement.

En janvier 2019, la somme de 55 000 francs avait été redistribuée à trois associations genevoises sur le bateau Genève. De gauche à droite: Aude Bumbacher (Bateau Genève), Anne-Lise Thomas (Partage), Frédéric Julliard (Tribune de Genève), Marc Nobs (Partage), Noël Constant (Carrefour-Rue) et Jules. Photo: Lucien Fortunati

Reportage avec les marathoniens de la grande précarité

Ils dorment dehors et marchent du matin au soir dans la ville. La Thune du cœur entre à nouveau dans la course pour leur venir en aide. Go Jules, go!

Texte: Thierry Mertenat

Le bateau Genève au levé du jour. L'association qui gère le lieu sert chaque jour entre 150 et 200 petits-déjeuners. Les personnes qui ont dormi dehors sont les premières à monter à bord dès 7h30. Le corps fatigué retrouve la chaleur dont il a manqué durant la nuit.

La dernière fois qu’il est monté à bord, c’était il y a deux ans. Jules, cochon en liberté, passager de marque du bateau «Genève», le ventre plein, nourri à la Thune du Cœur, son alimentation à lui, généreuse et altruiste. Les temps ont changé, Jules se retrouve à son tour confiné, on se fait un peu de souci pour son engraissage à distance.

À tort, assurent les professionnels de l’urgence sociale. Ils notent, malgré la crise qui nous enferme et nous sépare, un élan de solidarité réel, les dons individuels ne fléchissent pas, les gens se montrent sensibles à cette forme d’aide directe, quand l’argent donné arrive là où il y a un vrai besoin.

Alors oui, on confirme, besoin il y a toujours: à commencer par celui de manger chaque jour à sa faim. Sur le Bateau, on y retourne, au lever du soleil, dans le froid d’une aube sans toit ni adresse à soi. Les ventres qui attendent, debout sur le quai qui file en direction du port des Eaux-Vives, sont vides. Ils ont passé la nuit dehors. Les couches de vêtements donnent du volume à cet exercice de survie qui colle à la peau, les visages sont chiffonnés, les sacs trop lourds à porter.

Regard sans âge

La distribution des petits-déjeuners démarre à 7h30. À 7h, ils sont déjà là, une bonne vingtaine. Vécu commun, les mots de la débrouillardise s’accompagnent de sourires complices. La galère rapproche, même si l’on a chacun son parc, son banc, son arrière-cour d’immeuble. «Le sac de couchage, c’est bien, mais il faut éviter de transpirer à l’intérieur», glisse le cadet en rappelant son chien. «La sueur finit par glacer les sangs au réveil», ajoute-t-il, le regard sans âge, les traits creusés.

On l’a vu dormir, lui ou un autre, la nuit précédente, sous l’escalier d’une maison de maître dont on taira l’adresse. Jules, en revanche, doit savoir le nombre de personnes recensées lors de cette tournée nocturne où la carte de presse remplaçait le thermos de thé des maraudeurs officiels opérant pour la Ville.

Ils étaient une bonne cinquantaine, ils y sont encore assurément, répartis entre une demi-douzaine de lieux identifiés sur les deux rives. Des plus visibles aux plus cachés, sur les parvis des églises comme dans l’obscurité des berges de l’Arve.

Les tentes de camping qu’on a vues, un beau matin de colère associative, pousser sur la plaine de Plainpalais ont toutes repris du service. Les voici occupées pour de vrai, dans le cordon boisé d’un parc public qui ferme la nuit, sous un pont fréquenté par les rongeurs à longue queue, aux abords d’une pelouse municipale, avec la bénédiction des jardiniers du SEVE qui savent que, depuis longtemps déjà, des sans-abri dorment sous leurs fenêtres. Sauf que leur nombre, aujourd’hui, a triplé.

Comment cela, sans-abri, dans une ville qui, justement, met ses abris de protection civile à disposition des plus démunis? «Quand on vous répète qu’il n’y a plus de place, la troisième fois, on finit par renoncer», raconte Hervé sur le pont supérieur du bateau «Genève». Lui dort sous le couvert en bois d’un espace de jeu pour enfants. Mine démissionnaire, il a renoncé à se présenter aux admissions du club social. La queue quotidienne, l’attente et les embrouilles, il ne veut plus en entendre parler.

Dortoir clanique

Son voisin de table non plus. Ce dernier prétend qu’il existe des préférences communautaires, que les écartés, ça existe et qu’il en est un, sans se rendre compte que le sentiment d’auto-exclusion – le pire qui soit – est en train de le rattraper.

Dans le parc des Bastions dorment d’autres recalés convaincus. Ils font dortoir clanique. Au printemps, un avion affrété en urgence les a ramenés dans leur pays. Il n’y aura pas de deuxième miracle aérien cet hiver. À Genève, lorsqu’on tombe dans la rue, on y reste et on marche, beaucoup, du matin au soir.

Jules, qui vit au chaud et bouge peu, doit savoir cela aussi. À 9h30, l’équipe du Bateau est obligée de renvoyer tout le monde sur la terre ferme. On pose la question à Annie et Max, couple du dehors: «Vous allez où?» Réponse: «Nulle part!» Le réseau informel de mise à l’abri s’est en effet effondré.

La crise sanitaire a refermé les portes. Bibliothèques, salles de lectures, on oublie. Dans le hall d’Uni Mail, le mobilier a été retiré; celui de la gare Cornavin est une torture au bout de cinq minutes. «On n’ose plus s’asseoir, les agents ferroviaires font la chasse», souligne Max, marcheur de longue date dans une ville dont il connaît tous les centres commerciaux et les parkings souterrains.

Celui du Mont-Blanc, central, accessible, notamment lorsque la pluie gifle la rade, est un faux ami. À chacun de ses niveaux, des enceintes dans les murs diffusant une musique ultraforte. Effaroucheurs sonores, dispositif anti-SDF, les tympans ne résistent pas. Retour en surface pour une errance qui se prolonge jusqu’au soir, sans véritable rupture temporelle. Car les lieux d’accueil diurne doivent tous se conformer aux exigences sanitaires.

Ravitaillements à la volée

On compte les places, on minute les temps de passage, on soigne le fléchage au sol qui indique le trajet vers la sortie. Ce ne sont plus des cantines populaires, mais des ravitaillements à la volée pour des marathoniens tombés dans la grande précarité. Le cornet alimentaire remplace la barre et la boisson énergétiques. On ne se nourrit plus pour aller au bout d’un effort sportif, on mange parce que l’on a faim.

«Oui, j’ai dû dormir à la belle étoile, en me cachant derrière le tronc d’un arbre du Jardin anglais»

Cet homme né en 1969, qui fut footballeur professionnel puis cuisinier dans une autre vie, vient de rejoindre le peloton des sans-domicile. Sa première nuit dehors, son premier matin sur le bateau «Genève». «Oui, j’ai dû dormir à la belle étoile, en me cachant derrière le tronc d’un arbre du Jardin anglais, raconte-t-il. J’ai choisi le plus gros, légèrement en retrait. Les responsables de l’abri PC m’ont donné un sac de couchage à la fin du mois passé chez eux. Ils m’ont dit de revenir dans quatre jours, c’est la règle, tenter ma chance pour une réadmission. Je m’y suis préparé: quatre nuits dehors. Depuis que je suis moi, ça ne m’était jamais arrivé.» Jules, au boulot, il y a du monde à nourrir, l’hiver sera long.

Sur la terrasse en herbe de la basilique Notre Dame de Genève, côté place des Vingt-deux Cantons et rue de Cornavin, dort chaque nuit un sans-abri. Il n’est pas seul. Ses camarades d’infortune ont installé leur literie sur le parvis de la même église, devant la porte principale. Même scène un peu plus loin, devant le temple de SaintGervais. Un banc en bois et, sur le banc, le corps d’un SDF emmitouflé jusqu’à la tête dans son sac de couchage. Le sommeil de ceux qui n’ont plus rien, à la vue de tous, chaque nuit à Genève. Photo: Magali Girardin

25 ans de mobilisation

Depuis un quart de siècle, des dizaines d'associations du canton ont pu bénéficier des dons collectés par la Julie, à l'image de Carrefour-Rue. Son président, Noël Constant, témoigne de l'importance de donner une thune ou plus.

Aida Ostermann, de l'épicerie solidaire Epi-Sol, insiste: «L'année 2020 est une année castrophique!»

La Thune du cœur fait partie de l'ADN de la «Tribune». Tout en haut: notre localier Thierry Mertenat, en 2005, face à un casque de pompier mis aux enchères.