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Village sud d'Échirolles : la longue métamorphose d’un quartier

En 2008, un vaste programme de réhabilitation du Village 2 à Échirolles était lancé. Démolition d’immeubles dégradés, réhabilitation, construction de logements, création d’espaces verts… Aujourd’hui, le quartier a bien changé mais les objectifs de départ, à savoir améliorer la qualité de vie des habitants et ouvrir le quartier sur le reste de la ville, ont-ils été remplis ? Pour le savoir, nous avons donné la parole aux habitants, aux associations, aux bailleurs et à la Ville.

Tout ne s’est pas fait en un jour. Le renouvellement urbain, ça prend du temps et ce ne sont pas les habitants du Village sud (Village 2) qui diront le contraire.

Officiellement, les choses ont été lancées en 2008 avec la signature d’une convention entre la Ville d’Échirolles et l’Anru, Agence nationale pour la rénovation urbaine et ses partenaires. Le relogement de certaines familles a été enclenché et les premières rénovations lancées. Les travaux importants ont démarré l’année suivante avec, entre autres, la démolition de certains immeubles, des aménagements de l’espace public, le démarrage de la réhabilitation et de la résidentialisation des bâtiments… La “machine” du renouvellement urbain était lancée.

211 logements démolis, 600 rénovés, 180 créés…

Pendant 10 ans, les petits et surtout les gros travaux se sont enchaînés : au total, 211 logements ont été démolis (sur une partie de la rue Clément-Ader, rue Denis-Papin…), plus de 600 rénovés, plus 180 ont été construits dont des résidences en accession sociale, des voiries et des stationnements ont été créés, repensés pour ouvrir les espaces et donc le quartier… Il fallait aussi proposer des espaces de vie et de loisirs aux habitants avec des jardins partagés, des aires de jeux, un plateau sportif… Le quartier s’est aussi vu raccordé au réseau de chauffage urbain de l’agglomération.

Une mixité dans les activités

Mais pour que les choses bougent, il fallait aussi proposer une mixité dans les activités et aussi des services au milieu de tous ces logements : le Village sud accueille par exemple depuis 2015 l’hôtel d’activités Artis 2 (Artis pour “artisanat et innovation sociale”) de la Métropole. En 2017, on inaugurait l’Espace Prévert, qui abrite la Maison des habitants (MDH) et le Pôle jeunesse. En 2018, après quelques péripéties autour du chantier (blocage du chantier par des jeunes du quartier et retard dû au dépôt de bilan d’une des entreprises…), c’était le multi-accueil Les Lucioles et ses 40 places pour les enfants.

Et depuis 2019, les habitants ont vu l’installation du Village 2 Santé (hors Anru) , au cœur du quartier. Ce centre de santé communautaire en autogestion promeut l’accès à la santé pour tous en se battant contre les inégalités sociales, les discriminations etc. Aujourd’hui, il propose des consultations médicales, infirmières, en kiné, en orthophonie… Bien plus qu’un centre de soins, c’est aussi un lieu de vie qui fait partie intégrante du Village sud.

Un changement esthétique unanimement reconnu

De 2008 à 2017, la réhabilitation prévue dans le cadre du PNRU, Programme national de renouvellement urbain, a ainsi transformé ce quartier du sud de la ville. Ces dernières années, quelques travaux se sont poursuivis. En ce moment même, des façades de barres d’immeubles sont rénovées par la SDH (Société dauphinoise pour l’habitat) pour un nouveau coup de neuf qui devrait être terminé au printemps.

Le changement esthétique – et il y en avait bien besoin – est unanimement reconnu : le quartier est plus aéré, moins refermé sur lui-même, compte plus de services. Pour le reste, les avis divergent…

Plus de 82 millions d’euros auront été dépensés au total entre 2008 et 2017 dans le cadre de la réhabilitation du quartier du Village sud.

« Les habitants se sont battus pour la rénovation »

Ce renouveau du quartier, ils le voulaient. Et ils se sont mobilisés pour. En 2005, plus de 600 habitants du Village 2 avaient signé une pétition pour soutenir le projet de rénovation urbaine. À l’aube de ses 95 ans, Jean-Pierre Painblanc se souvient encore très bien de cette période, puisqu’il a présidé, pendant plus de 35 ans, l’Association des habitants du Village 2.

« Quand le maire Renzo Sulli et la SDH (Société dauphinoise pour l’habitat) ont tenu une réunion publique pour nous annoncer qu’ils avaient constitué un solide dossier de candidature au programme de l’Anru (Agence nationale de rénovation urbaine, NDLR), on s’est dit qu’on devait sauter sur l’occasion ». Hors de question pour les habitants, qui s’étaient déjà mobilisés par exemple pour le prolongement de la ligne A du tram jusqu’à leur quartier, de laisser un autre dossier passer devant le leur. Alors, les signatures de la pétition se sont multipliées, « nous avons rencontré tous ceux qui pouvaient nous aider : le conseil général, la Ville… Yves Castella est même allé à Lyon voir le secrétaire général du préfet. J’ai aussi écrit à Jean-Louis Borloo, ministre à l’époque ». Et partout, ils ont eu la même remarque : « On nous disait que c’était la première fois qu’ils voyaient une telle implication des habitants » sur ce type de projet.

« Il y avait davantage de mobilisation avant »

En 2008, leur souhait a été réalisé avec la signature de la convention entre l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine), la Ville d’Échirolles, les bailleurs et les autres partenaires… « Nous avons ensuite participé, avec d’autres habitants, aux ateliers, où on faisait remonter nos besoins, les problématiques… ». Parce que pour Jean-Pierre, arrivé au Village 2 en 1974, « le rôle d’un habitant n’est pas juste d’habiter dans son quartier, il doit y travailler, l’entretenir… ». Une philosophie qui s’est perdue au fil des années, avec des départs et des arrivées de nouvelles populations. « Il y avait davantage de mobilisation avant, c’est sûr ».

En 2009, les travaux ont démarré pour s’achever en 2018. Des barres d’immeubles sont tombées sous les fenêtres des habitants, comme certaines de la rue Clément-Ader, où Jean-Pierre Painblanc avait vécu. Aujourd’hui, il habite toujours le quartier, dans un immeuble construit il y a quelques années, le long du tramway que les habitants ont tant désiré voir arriver jusqu’à eux. « C’est vrai qu’avant la rénovation urbaine, le quartier était fermé sur lui-même et avait une très mauvaise réputation. Avec le projet Anru, il s’est ouvert » et est devenu le Village sud. Aujourd’hui « ça va un peu mieux, c’est sûr », mais tout « n’est pas résolu », reconnaît l’Échirollois. « Il fallait faire ces travaux de réhabilitation », les logements se dégradaient, les abords aussi… Mais après tout ça, « je me demande de temps en temps, où on en sera dans quelques années, à quoi le quartier ressemblera… ».

«On vit comme avant, je ne vois pas de différence»

Louis Di Gioia, 76 ans, habitant au Village 2 depuis 1997, porte un regard sceptique quant à une évolution significative, en bien comme en mal, du quartier, y compris depuis l’Anru. « On n’y vit pas mieux, on vit comme avant ! Je n’arrive pas à voir une différence ». Pourtant, une importante rénovation des bâtiments a été réalisée ? « Ils ont investi des centaines de milliers d’euros, mais ils auraient dû faire comme à Denis-Papin : détruire les immeubles ! Parce qu’ils ont tout rénové à l’extérieur et c’est joli, ils ont aussi isolé contre le froid, mais, à l’intérieur, c’est resté mal insonorisé, on entend tout, c’est pourri ! »

Et le cadre de vie ? « En mieux depuis la rénovation ? Non, répète-t-il, c’est un quartier à risques, il faut savoir se faire respecter et respecter les autres. Sinon, ici, il y a de l’animation, des parcs, des enfants, cela fait plaisir. C’était bien avant et c’est bien maintenant ! »

Il poursuit : « Quand je dis que j’habite au “V2”, les gens ne savent que dire : ça craint ! Mais ça craint quoi ? Rien du tout ! Il faut savoir se faire respecter gentiment ! Ici c’est plutôt calme, assez paisible. Et cela ne s’est ni amélioré ni empiré », insiste-t-il, avant de rajouter : « Ah si, la vente de cannabis, Avant on ne la voyait pas, maintenant si. La jeunesse d’aujourd’hui n’a pas peur des flics ». Justement, ces problèmes de trafic, d’incivilités, de bruit dont d’autres se plaignent ? « Du trafic, il y en a, ils le font ouvertement. La rénovation n’a eu aucun effet. Les incivilités, depuis que je suis là, je n’en ai pas connu. Ils vont vers les plus faibles. Mais quand même, ce n’est pas la mafia comme dans certains quartiers de Grenoble. Et pour le bruit, on s’y fait… »

Au final, vous vous plaisez ici ? « Même si le logement m’embête un peu, je m’y plais bien. À mon âge, je ne me verrais pas aller ailleurs. Plus jeune, peut-être. Moi je suis bien avec tout le monde. Au début, ça m’a fait bizarre d’habiter ici, mais je m’y suis fait, je me suis fait mon petit nid!».

Gabriel : « Moi, j’ai choisi de revenir ici »

Gabriel a connu le quartier du Village 2 (V2) avant la rénovation. Son projet d’achat ailleurs n’ayant pu se concrétiser, il est revenu au Village sud il y a un an, à sa demande. « C’était mon premier choix dans mon dossier de logement social. Ce quartier, je le trouve convivial et la rénovation l’a rendu plus agréable avec les nouvelles aires de jeux, les jardins partagés, les services… Il s’est ouvert ». L’Échirollois se réjouit aussi de profiter d’un logement rénové. Quant à la vie du quartier, « j’y évolue sans crainte. On peut discuter avec les gens. Oui, il y a des incivilités, du trafic, mais comme dans tous les quartiers. Il ne faut pas stigmatiser le V2 ».

Éliane : « Si j’avais les moyens, je m’en irais ! »

Pour Éliane (prénom modifié), installée au V2 depuis 1988, le point fort positif de cette évolution du quartier concerne les logements, tandis que certains problèmes se sont amplifiés. « Les appartements ont été considérablement rénovés », explique-t-elle, évoquant aussi les récents aménagements réalisés par la SDH pour les seniors et dont elle bénéficie. « Il reste la promiscuité, pas toujours évidente, mais j’ai un appartement très agréable, un voisinage correct… ». Éliane reconnaît que le rapport qualité/prix est imbattable : « 600 € pour un T4 avec garage et charges. Où voulez-vous que je trouve ça ? ». Quant aux habitants du V2 ? « La population cosmopolite ne me dérange pas. Il y a des gens très bien. Pour autant, tout n’est pas rose. Beaucoup de gens sont partis. Ce qui est très gênant, ce sont ces jeunes qui squattent les halls. Ils sont avec leurs petits sachets et ne se cachent pas. J’ai une certaine appréhension quand je rentre chez moi ». Le parc, « très sympa ceci dit », est également squatté. « Des mamans n’y vont plus avec leurs enfants de peur qu’ils trouvent des choses dans les buissons… ». Éliane déplore d’autres nuisances récurrentes, comme des aboiements de chien durant des heures, une vitesse excessive… Et la police ? « Je ne les appelle plus. Je vis mieux cette promiscuité avec ces jeunes parce que je n’ai plus d’adolescents chez moi. Mais ici on fait carpette, on n’a pas envie d’avoir les pneus de sa voiture crevés ! Tout ce qui se passe n’est pas propre au Village 2, mais il ne faut pas dire qu’ici tout est nickel. Si j’avais les moyens, je m’en irais ! ».

« On résiste, en attendant mieux… »

Pour cet autre habitant installé depuis 50 ans au V2, « il y a de gros problèmes de voisinages, avec des gens avec qui on ne peut pas dialoguer. Les institutions mettent des gens dans les logements et ne s’en occupent plus ! On a tous des droits mais aussi des devoirs ». Au quotidien, l’Échirollois déplore le fait que les allées sont squattées. « J’en ai déjà fait dégager plusieurs, mais j’ai l’impression de me bagarrer tout seul… On subit aussi les rodéos et j’ai déjà eu des frayeurs en voiture ! ». Pour cet habitant, la rénovation était « nécessaire, les logements se dégradaient, mais les choses ont été plus ou moins bien faites. On s’est retrouvés avec 30 cm d’eau dans les garages par exemple ! Et pour le reste, ça n’a pas beaucoup changé. Alors on résiste, en attendant mieux… »

Parmi les autres habitants croisés au fil de nos reportages, certains regrettent le raccordement au chauffage urbain. « Avec le gaz individuel, on ne payait que ce qu’on consommait et pas pour tout le monde ». Pour d’autres, les finitions, comme les façades, laissent à désirer. « En fait, tout prend un temps fou et il faut se battre pour que les choses se règlent ».

Pour les associations, "tout n’est pas rose, mais tout n’est pas noir non plus"

À l’Association de solidarité du Village 2, entre 120 et 130 familles inscrites

Chaque semaine, c’est le même ballet. Un camion qui arrive chargé de centaines de kilos de denrées alimentaires qu’il faut décharger, trier, ranger… Depuis février 2019, l’Association de solidarité du Village 2 prépare chaque semaine une grosse centaine de colis alimentaires, à destination de foyers aux faibles revenus. « Le but, c’est d’aider tous ces gens qui en ont besoin, résume Yacine Hamidi, président de l’association. Ils déboursent 3 € pour ce panier de nourriture, ce n’est pas de l’assistanat. On a entre 120 et 130 familles inscrites, ce qui représente environ 500 personnes ».

Sans compter certains bénéficiaires orientés par les travailleurs sociaux ou le Village 2 santé, les personnes âgées (une dizaine environ se fait livrer son colis à domicile) et 15 à 20 étudiants, dont certains donnent bénévolement des cours à des enfants, au sein de l’association Kayane, elle aussi implantée au Village sud. Un quartier qui, s’il a subi des transformations entre 2008 et 2018 à travers le programme de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) n’en reste pas moins un quartier prioritaire, avec une population très modeste.

« On n’est pas là pour juger, mais pour donner à manger à tout le monde »

Les denrées proviennent de la Banque alimentaire de l’Isère, basée à Sassenage « qui nous aide beaucoup ». Produits frais, féculents, légumes, fruits, viande… il y a de quoi répondre à tous les besoins des bénéficiaires. « Quand on a commencé, certains nous ont conseillé de ne faire que de la viande halal. Je leur ai répondu que c’était mal connaître le Village 2 et sa population très diversifiée !, lâche Yacine Hamidi. On n’est pas là pour juger, mais pour donner à manger à tout le monde, chacun choisit ».

L’association vit « grâce aux subventions dans le cadre de la politique de la Ville. Mais elle a épuisé ses ressources. On a puisé dedans pour répondre à cette demande croissante, accentuée par la crise sanitaire et sociale. Comme je dis toujours, le ventre ne peut pas attendre, alors on a nous aussi besoin d’aide pour répondre aux besoins ».

« Il y a une vraie solidarité dans ce quartier »

Pour gérer la tonne de denrées qui arrive chaque semaine au local situé à l’angle des rues Denis-Papin et Galilée, il faut des bras. Des bénévoles se relaient, à tour de rôle, afin de ranger, trier, accueillir les gens le vendredi… Comme Fatima, déjà bien occupée dans son quotidien avec ses enfants, mais qui prend sur son temps « pour venir aider Yacine et sa femme. C’est un coup de main donné aux gens du quartier, il y a de vrais besoins ici ».

Et Yacine Hamidi d’ajouter : « On le voit, il y a une vraie solidarité dans ce quartier et une dynamique habitante extraordinaire. C’est grâce à eux que les choses se sont faites au moment du projet de renouvellement urbain et qu’elles continuent d’avancer. Tout n’est pas rose ici, mais tout n’est pas noir non plus. Il y a plus de rose que de noir en tout cas ! »

Vie et partage : « Le synthétique, c’est une chance pour les jeunes »

Son siège est situé au pied d’une des tours du Village sud. Mais le vrai terrain de jeu de l’association de futsal Vie et partage, et encore plus depuis la crise sanitaire, c’est le terrain de sport extérieur synthétique, construit au cœur du quartier. « C’est un formidable outil pour nous. En terme d’infrastructure, c’est le Graal », se réjouit Younès Zebbar, salarié de l’association depuis 6 ans.

Younès Zebbar salarié au sein de l’association échirolloise de futsal "Vie et partage" depuis 6 ans. Photo Le DL /Marina BLANC

Avec la Covid, les équipes adultes (environ 35 personnes) ne peuvent plus se rencontrer ou s’entraîner, mais les mineurs eux (un peu plus de 55 jeunes), poursuivent la pratique du foot, grâce à ce synthétique. « C’est une chance pour nous et pour les jeunes, assure Younès Zebbar. Ils ont besoin de se bouger et sont en demande. Nous sommes là pour les faire progresser et parfois aussi mettre des règles, un cadre. Il faut en reprendre certains sur le langage, le comportement… On met un peu de discipline dans tout ça ».

En dehors des séances encadrées par Vie et partage ou celles organisées en partenariat avec OSE (Objectif sport Échirolles) et les jeunes de la proximité, des pratiquants de la Ville Neuve d’Échirolles ou du Pont-de-Claix viennent profiter de cet équipement extérieur. « En général ça se passe bien. Les grands font tourner pour faire jouer tout le monde ».

Créée en 2005, au moment des émeutes dans les banlieues « pour répondre aux besoins des jeunes », Vie et partage poursuit au quotidien cette mission. Pour les jeunes du Village sud et tous les autres.

Les Jardins métissés : une source de respiration au cœur du quartier

C’est un coin de verdure entre une extrémité de l’ancien quartier du Village 2 et la nouvelle entité du Village sud avec ses constructions récentes… Aux Jardins métissés, on vient prendre l’air et s’occuper de son lopin de terre. L’association échirolloise, présidée par Sandrine Yahiel, est née en plein renouvellement urbain, lorsqu’il a été question de créer ces jardins partagés…

Les premières parcelles ont été livrées en 2016 et les dernières en 2019. « Les 51 parcelles sont attribuées, se réjouit la présidente. Il y a une forte demande c’est clair ». Ces “bouts de terre” permettent de la culture individuelle, qu’on préfère les fleurs ou les légumes, mais aussi des activités collectives et pédagogiques, que ce soit avec l’école maternelle toute proche, l’Espace Jacques-Prévert, ou à travers des activités interquartiers grâce aux Maisons des habitants. Car l’un des enjeux du renouvellement urbain était bien celui-là, d’ouvrir le Village sud sur la ville.

« Ces jardins créent du lien social »

« Ces jardins créent du lien social, complète Jean-Luc Mias, membre du conseil d’administration de l’association et amateur de jardinage. C’est l’occasion de magnifiques rencontres avec d’autres cultures, d’autres nationalités. Ils soulagent aussi le porte-monnaie de certaines familles qui cultivent des légumes ou des fruits ». Sans parler de la satisfaction de voir des graines devenir de vrais aliments.

Pendant le confinement, ces jardins ont été plus que jamais « une source de respiration, un lieu pour se rencontrer » dans le kilomètre de promenade autorisé.

Si Sandrine Yahiel évoque aussi le rôle des jardins dans la lutte contre les îlots de chaleur, elle, qui a grandi au Village 2 et qui y vit toujours, souligne aussi leur importance pour donner « une autre image du quartier. On y apprend beaucoup de l’autre, on échange, on s’entraide ». Une philosophie qui fait écho à cette phrase plusieurs fois entendue : « Le Village 2, c’est un quartier mais avec un esprit village, où la plupart des habitants se connaissent ».

MDH Village sud : « On est sur un travail invisible super important »

Arrivé en 2000 au Village 2, Riad Jleil, directeur de la Maison des habitants (MDH) Village sud, connaît donc très bien ce secteur d’Échirolles, pour s’y être toujours beaucoup investi.

Riad Jleil insiste sur la composante sociale, indispensable dans un projet de rénovation urbaine. Photo Le DL /F.P.

Il revient sur les facteurs de réussite de la rénovation urbaine : « l’engagement politique, car ce projet a vraiment été porté par le maire et ses élus, ils étaient tous là, à chaque réunion publique ; la forte implication des habitants ; une grosse mobilisation des techniciens de tous les services concernés. On a créé les conditions pour que les habitants participent, qu’ils soient en lien avec les élus. Il faut être vigilant à ne pas perdre cette plus-value ».

M. Jleil insiste aussi sur l’importance de l’accompagnement social du projet (difficultés, relogement, etc.) : « Pendant 15 ans, on a été une structure qui a accompagné le projet social et c’est une des réussites de cette rénovation. On est sur un travail invisible super important. Le service social, le CCAS et les habitants sont au cœur de la réussite du projet ! »

Il poursuit : « Ce qu’on a semé à l’époque sur le plan de la participation, du lien social et du lien avec les habitants, aujourd’hui, on en récolte un peu les fruits, notamment avec une base d’habitants présents depuis longtemps qui a su accueillir les nouveaux arrivants, sans stigmatisation. Le vivre-ensemble d’aujourd’hui est permis grâce au travail fait pendant quinze ans. »

L’important selon lui, maintenant, est de bien gérer l’après projet, de trouver les moyens de pérenniser l’investissement tant humain que matériel qui a été fait. « Il faut être vigilant quant à l’après Anru pour ne pas, dans vingt ans, recommencer ».

La rénovation du Village sud d'Échirolles ? « C’est une histoire originale… »

« Cette rénovation urbaine du Village sud, elle a une histoire originale… » lance Renzo Sulli, maire d’Échirolles. En 2004, il était déjà maire de la commune et déjà en charge de la politique de la Ville au sein de la communauté d’agglomération (avant la création de Grenoble Alpes Métropole donc). « Sur Échirolles, au départ, nous avions candidaté au programme de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) pour deux quartiers : la Luire, où nous avions déjà lancé la concertation avec les habitants, mais aussi le Village 2 ». Si ce dernier n’était pas classé en Zone urbaine sensible (ZUS), contrairement à la Luire, « un petit alinéa indiquait que des secteurs où la situation sociale était semblable aux quartiers en ZUS pouvaient prétendre au renouvellement urbain ».

À l’été 2004, « on nous a annoncé que le Village 2 était retenu. On a demandé à la ministre de vérifier parce que notre projet portait sur les deux quartiers. Quand je suis rentré de vacances fin août, la ministre avait changé… et quelques semaines plus tard, on recevait de son successeur le dossier pour le Village 2 uniquement. Nous avions alors six mois pour monter le dossier et mener la concertation avec les habitants », se souvient Renzo Sulli. Ces derniers, soutenus par les élus locaux, avaient joué un rôle clé dans l’obtention de cette convention avec l’Anru.

« Nous avons aussi dû demander une autorisation au préfet puisqu’à l’époque, le secteur était non constructible à cause de sa proximité avec la plateforme chimique du Pont-de-Claix. On a garanti que le quartier serait dédensifié et qu’on réaliserait une pièce de confinement pour protéger la population, dans chaque appartement ».

« En tout, sur 12 ans, la Ville a mis 13 millions d’euros »

Il aura fallu attendre 2008 pour que la signature officielle du programme de l’Anru se fasse « et donc gérer l’impatience des habitants entre-temps », sourit le maire.

Puis les choses ont pris forme : des logements ont été détruits, d’autres rénovés, d’autres encore construits, des voiries ont été créées pour ouvrir le quartier sur l’extérieur, des espaces publics ont été repensés, des espaces de jeux construits… « En tout, sur 12 ans, la Ville a mis 13 millions d’euros, sur un investissement (bailleurs et Anru compris) de plus de 80 millions d’euros ».

« Il était aussi important de mettre de l’activité économique au cœur du quartier à travers le projet Artis 2 », souligne le maire. Et d’évoquer aussi tous les services implantés aujourd’hui au Village sud : le multi-accueil, l’Espace Prévert, le Village 2 Santé, l’épicerie solidaire, le tabac-presse, « les commerces et le kiné ont déménagé le long du tramway où ils ont plus de visibilité, il y a aussi un boucher… ». Sans oublier l’épicerie solidaire, les Jardins métissés… « il y a au Village sud, une vie sociale forte et intéressante ».

« C’est un quartier qui vit, on peut y aller sans souci »

« Ça ne veut pas dire que tout est bien et qu’on échappe à tout, aux actes d’incivilités, à de la délinquance, reconnaît Renzo Sulli, mais c’est un quartier qui vit, on peut y aller sans souci ».

Pour le maire, les objectifs de départ, à savoir améliorer le cadre de vie des habitants, leurs logements, ouvrir le quartier sur le reste de la Ville… « ont, pour l’essentiel, été remplis, voire dépassés (avec Artis 2, le Village 2 Santé…). Ce n’est pas le paradis sur terre, les problèmes sociaux existent, comme dans les autres quartiers. Mais il y a de la solidarité, du lien. On a réussi à réintégrer ce quartier dans une démarche qui n’était plus celle quantitative des années 60, où il fallait construire parce qu’il y avait des besoins urgents de logements, mais dans une démarche aussi qualitative, environnementale, avec un meilleur cadre de vie».

Le quartier reste-t-il attractif ?

Avant la démolition de certains immeubles, il a fallu penser au relogement des locataires. « 94 logements issus de constructions neuves ont été proposés, en priorité, aux locataires relogés ou aux habitants déjà installés au Village 2, dans le cadre de la mutation du parcours résidentiel », explique Joël Frattini. D’autres ont été relogés au centre-ville d’Échirolles ou ailleurs. « Et le constat que nous avons fait, c’est qu’une partie de ces personnes a demandé à revenir au Village 2. Ce n’était pas des demandes isolées, cela a concerné plusieurs familles, on note un attachement à ce quartier ».

« Les gens qui y vivent y sont attachés, il y a de vrais liens de proximité »

Alors, le Village sud est-il attractif aujourd’hui, après toutes ces rénovations ? « Il reste un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV), traversé par les difficultés qu’on connaît, encore plus criantes avec la crise sanitaire, reconnaît Claire Mulonniere, directrice clientèle de la SDH. Il a toujours aujourd’hui une connotation de grands ensembles, mais on rencontre encore de la demande. Même si on peut avoir une mauvaise image de l’extérieur, les gens qui y vivent y sont attachés, il y a de vrais liens de proximité. Et la Ville et les bailleurs ont réalisé de gros efforts de valorisation ces dernières années », assure la responsable.

En chiffres, sur le quartier, la SDH a relevé en 2006-2007, un taux de rotation (c’est-à-dire une mutation qui se produit quand quelqu’un déménage au cours de l’année) de 10 % « ce qui n’est pas énorme, c’est proche de la moyenne de l’agglomération ». En 2020, il était de 6,32 %. « Quand les taux sont forts, ça traduit un manque d’attractivité du quartier. Ici, il n’est pas significatif et la population est plutôt stabilisée ». Sur le taux de vacance, il est aujourd’hui inférieur à 3 %, « dans la moyenne de la SDH », quand avant le projet Anru « il tournait autour des 6 % ». Pour Claire Mulonniere, « ce sont de bons indices de l’attractivité du quartier ».

SDH : « Notre mission de bailleur est d’améliorer l’habitat en continu »

734. C’est le nombre de logements gérés par la SDH, Société dauphinoise pour l’habitat dans le quartier historique du Village 2. Et dans la métamorphose du quartier dans le cadre de l’Anru, entre 2008 et aujourd’hui, le rôle du bailleur social, a été majeur. « 640 logements ont été réhabilités, 211 détruits et nous avons reconstruit au moins 200 autres logements, sur le quartier et dans d’autres secteurs d’Échirolles», résume Joël Frattini, responsable de territoire, à la SDH.

Au total, le bailleur a consacré 6,8 millions d’euros (M€) à la partie démolition, 13,5 M€ pour la réhabilitation et 3,5 M€ pour la résidentialisation.

Les travaux dans le cadre de l’Anru ont ainsi été multiples : réhabilitation des parties communes, changement des ascenseurs, création d’espaces verts extérieurs, changement des menuiseries dans les logements, double vitrage, installation de portes palières blindées, travaux électriques (ajouts de prises par exemple), travaux à la carte dans certaines pièces (sol, sanitaires…), isolations des toitures et caves… Il y a aussi eu le passage du chauffage individuel au gaz au chauffage collectif urbain « qui génère une économie globale et une équité entre les habitants ».

Les “tours” rénovées dans quelques années

Pour M. Frattini, « le principe était de tenir les objectifs de l’Anru et d’y mettre les moyens. On a beaucoup travaillé sur la partie esthétique, sur le renouvellement du confort d’usage. Nous sommes mêmes allés un peu plus loin dans les travaux de résidentialisation. Nous avons par exemple lancé un sondage auprès des locataires et pour ceux qui le souhaitaient, nous avons créé des terrasses aux appartements, en rez-de-chaussée de certaines barres d’immeubles ».

La SDH souligne par ailleurs le rôle clé des acteurs de terrain, comme les associations, qui lui font remonter certaines problématiques du quotidien. « Nous avons aussi une antenne de proximité au cœur du quartier ». Même si elle ne peut accueillir le public pour l’heure à cause de la Covid, elle poursuit son travail.

Enfin, au-delà de l’Anru, « notre mission de bailleur est l’amélioration en continu de l’habitat ». Des travaux de réhabilitation des façades des barres d’immeubles s’achèvent ainsi actuellement au Village sud. « Et ce n’est pas fini, nous envisageons des travaux sur les façades des tours à l’horizon 2025 ». Des tours emblématiques du quartier du Village 2, qui gardent les traces de l’architecture de l’époque. Leur rénovation devrait ainsi marquer l’achèvement de la métamorphose esthétique de ce quartier.

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Le Dauphiné libéré Grenoble
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Textes et photos : Marina Blanc, Françoise Pizelle et archives Le DL. Mise en page : Albane Pommereau