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Le secret des gens heureux Culte de confirmations - Jonas 3

Lecture biblique

Jonas 3

Une deuxième fois, le SEIGNEUR dit à Jonas : « Debout ! Va à Ninive, la grande ville. Annonce-lui le message que je te donne. » Alors Jonas se lève. Il part, mais cette fois, il va à Ninive, comme le SEIGNEUR l’a demandé.

Ninive est une ville extraordinairement grande. Il faut trois jours pour la traverser. Jonas entre dans la ville, il marche pendant un jour entier. Il annonce aux gens : « Dans quarante jours, Ninive sera détruite ! »

Aussitôt, les gens de Ninive croient à la parole de Dieu. Ils décident de ne rien manger. Tous mettent des habits de deuil, les riches comme les pauvres. Le roi de Ninive apprend la nouvelle. Il se lève de son siège. Il enlève son habit royal, il met un habit de deuil, et s’assoit sur de la cendre. Puis le roi et ses ministres donnent cet ordre : « Criez dans la ville ces paroles : “Il est interdit aux habitants et aux bêtes, bœufs, moutons et chèvres, de manger et de boire ! Tout le monde doit mettre des habits de deuil, les gens et les bêtes ! Chacun doit crier vers Dieu de toutes ses forces. Chacun doit abandonner sa mauvaise conduite et arrêter les actions violentes qu’il fait ! Qui sait ? Dieu changera peut-être d’avis. Il abandonnera sa colère contre nous, et nous ne mourrons pas.” »

Dieu voit leurs efforts pour abandonner leur mauvaise conduite. Il change d’avis. Il regrette le mal qu’il voulait leur faire, et il ne le fait pas.

Prédication du Pasteur Rudi Popp

Quel est le secret des gens heureux ?

Pour Amélie et Marion, aujourd’hui, et pour Oscar dans pas si longtemps, je crains, ça risque de se passer sur instagram & compagnie, où ils se procurent des petits bonheurs, reçoivent une reconnaissance légèrement joyeuse en postant des vidéos super-rigolotes (et que sais-je encore) ; car de nos jours, la grande question du bonheur se règle sur petit écran…

Pas question ! disent les parents. Le bonheur, s’il existe, mérite un jeûne de smartphone, pour retrouver le vrai sens du bonheur, par des face-à-face sans interfaces ! Comme autrefois, quand on disait : être heureux, c’est avoir ce sentiment intense que toi aussi, tu brilles un peu sur notre vieille terre ; être heureux, c’est dire « tu » quand tu parles à Dieu ; être heureux, c’est que, collégien au brevet, ou lycéen au bac, tu puisses écrire tout ce que tu veux pour ta première page vide. Être heureux sans interface, c’est planter un arbre ; c’est regarder son enfant dormir ; c’est aussi, pour un soir, être la star du haut de la vague, voire le roi ou la reine de la drague et de la rigolade ; être heureux, c’est chanter comme un chœur dans une cathédrale, ou bien comme un oiseau qui fait ce qu’il peut. C’est ce qu’on disait, autrefois, pour être heureux.

Or il y a des recettes encore plus éprouvées par la vie. Car le bonheur est un projet d’humanité qui a déjà quelques milliers d’années ! Le petit livre biblique du prophète Jonas s’inscrit dans cette quête et ouvre une page de bonheur que Oscar, Amélie, Marion, nous tous pouvons encore déchiffrer. Lire pour notre bonheur ? Oui, lire la Bible rend heureux, quand on apprend à court-circuiter les interfaces savants que notre culture ou inculture érige. Comme pour apprendre à philosopher, il faut apprendre une forme de naïveté et de curiosité originelles pour lire la Bible. Le chapitre 3 du livre de Jonas se révèle alors un véritable manuel du bonheur, qui dit en gros : vivre heureux, c’est de quelque manière savoir se retourner ; c’est de regarder sa vie en face sans interface, grâce à Dieu ; c’est se convertir et, comme j’aime dire, de faire le meilleur à partir du réel.

Le secret des gens heureux, d’après Jonas, se résume en trois grands thèmes qui suffisent largement pour occuper toute une vie humaine :

1. de pouvoir se relever d’un échec ; 2. de tenir un engagement ; 3. d’apprendre à vivre avec la finitude.

1. Se relever d’un échec : « Le SEIGNEUR dit à Jonas : “Debout ! Va à Ninive, annonce-lui le message que je te donne.” Alors Jonas se lève. Il part, mais cette fois, il va à Ninive, comme le SEIGNEUR l’a demandé. »

Jonas avait refusé ce même appel, une première fois ; c’est ce que nous avons entendu dimanche dernier. Il s’était enfoncé dans les profondeurs d’un échec retentissant, où il ne lui restait qu’un psaume qui lui a rendu sa voix devant Dieu ; et Dieu l’entend. Des profondeurs de l’abîme, Jonas remonte à la hauteur d’une nouvelle chance, d’une nouvelle vie. Dieu le relève, et Jonas prend sa propre relève : tiré de l’échec, du mal qu’il a fait et subi et qu’il reconnaît, il n’en reste pas là. Il fait face, et il marche. Ninive est le sigle de la capacité de l’humain, devant Dieu, de se relever d’un échec, d’un mal et d’un malheur, sans le nier, et de marcher debout.

2. Tenir un engagement : « Jonas entre dans la ville, il marche pendant un jour entier. Il annonce aux gens : “Dans quarante jours, Ninive sera détruite !”.

L’appel de Jonas ressemble à celui d’un prophète de malheur, d’un pessimiste professionnel. Or il peut être lu comme le moment d’un vrai bonheur : enfin, il tient son engagement ! Malgré l’échec, malgré le naufrage qu’a connu sa vie, il est maintenant capable de tenir un engagement, de prendre ses responsabilités, d’honorer une promesse. Certainement il en est heureux, même si le texte n’en parle qu’indirectement : Jonas rayonne au point que les gens le croient ! Tenir un engagement, prendre ses responsabilités, honorer une promesse, malgré maints obstacles, cela nous rend heureux. Chacun l’expérimente dans sa propre vie, que ce soit à l’école, en couple, au travail, devant Dieu.

3. Vivre avec la finitude : “Aussitôt, les gens de Ninive croient à la parole de Dieu. Ils décident de ne rien manger. Tous mettent des habits de deuil, les riches comme les pauvres. Le roi de Ninive donne cet ordre : ‘Chacun doit crier vers Dieu de toutes ses forces. Chacun doit abandonner sa mauvaise conduite et arrêter les actions violentes qu’il fait !’”

La troisième leçon du bonheur d’après Jonas se cache dans cette réaction des gens de Ninive, qui nous paraît si naïve qu’elle ne peut exister dans un conte : par ordre divin et prophétique, les gens sont pris d’une angoisse existentielle ! Devant la perspective de la fin apocalyptique, ils retrouvent la simplicité de vivre, à réduire leurs vies totalement organisées et planifiées pour le gain, au geste le plus élémentaire : crier vers Dieu de toutes ses forces.

C’est tellement naïf, dirait-on… et pourtant : vivre vers une fin, vivre avec sa finitude est un élément essentiel du bonheur. Savoir ses limites sauve d’une expansion insoutenable et intenable ; car non seulement nos forces, mais aussi nos jours sont limités. C’est l’illusion grave de notre temps qui nous vend tout sous l’apparence de l’illimité — le forfait d’Internet et de téléphone ; toutes sortes de “All you can eat” et d’empiffrement obsessionnel ; la quasi-obligation de jouir sans limite… Le fait que nous cultivons, plus ou moins consciemment, cette illusion est peut-être le péché - c’est à dire l’empêchement de vivre ! - le plus dévastateur pour vivre heureux. Et les gens de Ninive qui abandonnent leur “mauvaise conduite” et arrêtent “les actions violentes”, ils sont peut-être simplement disposés à renoncer à cette culture malfaisante et violente du “tout-illimité” ; ils acceptent de vivre avec la finitude, de vivre vers une fin.

Le petit secret des gens heureux de Ninive, de Strasbourg, du lieu que vous habitez se résume dans ces trois expériences qui suffisent largement pour occuper toute une vie humaine : pouvoir se relever d’un échec ; tenir un engagement ; apprendre à vivre avec la finitude.

Mais ce petit bonheur a une grande conséquence insoupçonnée, d’après le livre de Jonas. Quand il voit l’humanité heureuse, Dieu lui-même est heureux ; Dieu lui-même se retourne ; il regarde sa vie en face, grâce à l’homme ; Dieu lui-même se convertit et, contre la pire logique des dieux imaginaires, il fait le meilleur à partir du réel. “Dieu voit les efforts de bonheur humain et il change d’avis. Il regrette le mal qu’il voulait leur faire, et il ne le fait pas.”

Le grand mystère d’une vie heureuse en Christ est de connaître ce Dieu qui se convertit de bonheur et au bonheur. L’expérience de Dieu que la Bible nous transmet est comparable à une certaine pratique de la bienveillance — simplement parce que Dieu a fait sienne la bienveillance !

Ce surplus de bonheur, nous ne pouvons l’atteindre par la seule discipline de vie ou la meilleure de piétés ; le bonheur qui convertit Dieu au bonheur de l’humanité n’est pas de notre fait. Et il n’a rien de commun avec une naïveté pieuse ! Que Dieu se convertisse, cela signifie aussi : il ne correspond donc plus à l’image que les religions et les religieux se sont faite de lui — comme d’ailleurs ses détracteurs !

L’embarras de l’athéisme populaire et aussi philosophique à la manière d’Onfray, c’est qu’il combat rituellement un dieu parfaitement imaginaire. Certains athées se donnent un mal fou pour supprimer un dieu qui n’existe pas — où, pour être honnête d’après Jonas, qui n’existe plus !

Car c’est là que l’expérience biblique de Dieu diffère fondamentalement de la conception populaire ou philosophique d’une quelconque transcendance ou divinité que peuvent se fabriquer les croyants comme les incroyants : l’histoire de Dieu dans le livre de Jonas (et celle de Jonas dans cette histoire de Dieu) est un appel à nous méfier d’une certaine dogmatique, qu’elle soit théiste ou athée. Oui, Jonas nous appelle, nous aussi, à croire, à nous convertir au bonheur ; mais nous sommes aussi appelés à ne pas croire sans écouter, sans nous attendre à la conversion de Dieu.

Le bonheur chrétien, qui dépasse toutes nos réticences religieuses et antireligieuses, c’est de simplement écouter Dieu. Vivre heureux devant le Dieu qui nous écoute, qui écoute Oscar, Amélie et Marion, ne demande fondamentalement pas d’autre effort que celui-là ; si nous pouvons nous dire chrétiens, protestants, protestants chrétiens, chrétiens sans être protestants ou protestants sans être chrétiens — tout cela revient au même à mon sens — ce n’est donc jamais une contrainte qui nous oblige à figer notre vie en fonction d’une religion, mais c’est dire que la conversion dont nous avons tous besoin, encore et encore, se fera grâce à celle de Dieu. Amen !

(Chanson « La ballade des gens heureux »)

Created By
Rüdiger Popp
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Credits:

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