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La Suisse à un esprit colonial L'hypocrisies au profit d’intérêts

Les Occidentaux sont fascinés lorsque l’originalité et l’astuce sont déployées par les indigènes pour vivre au milieu d’une nature décrite comme hostile.

Cette attitude ne mène pourtant jamais au respect de la différence, ni à considérer les peuplades indigènes comme des égaux. D’autre part, l’idée de bestialiser l’Africain, en le réduisant au statut d’élément constitutif de la nature offre la possibilité d’aller au-delà du simple constat d’inégalité.

L’infériorité signifie alors déclassement, l’humanité devient animalité. Si nécessaire, le dominant s’autorise à éliminer de la surface de la terre les espèces qu’il juge nuisibles. La brutalité engendre la brutalisation.

Ainsi, lorsque la situation l’exige, l’Africain passe de la sauvagerie domestiquée à la brutalité anthropophage ou vice-versa. Le stéréotype prend lui-même, en fonction des besoins, des tournures apparemment contradictoires pour servir l’idéologie dominante.

À ce stade de l’argumentation, la pertinence quantitative du corpus réuni et la réelle perception/réception de ces images sont des points à vérifier. Mesurer la justesse de cette analyse exige de lire les témoignages fournis par les voyageurs suisses en Afrique.

On s’attend a priori à une vision quelque peu modifiée de la réalité africaine fournie par les images circulant en Suisse.

Même s’ils sont très rares et qu’ils se produisent dans des conditions très particulières, les contacts directs avec les Africains contribueraient à modifier les représentations à leur encontre. Il faut déchanter, là encore.

L’image et la représentation collées sur l’Afrique et ses peuples a toujours été un regard de mépris, profits et de propagande.

Le stéréotype prend lui-même, en fonction des besoins, des tournures apparemment contradictoires pour servir l’idéologie dominante.

Les sources consultées confirment le versant colonial de l’imaginaire suisse. On constate que les contacts sont faussés dès le départ. Les documents fournis par les voyageurs suisses en Afrique forment un corpus d’importance qui pose de sérieux problèmes aux chercheurs.

Cela n’est guère représentatif de l’échantillon des Suisses, souvent de condition modeste, qui se sont rendus en Afrique soit comme employés auprès des compagnies d’affaires, soit comme commis des États colonisateurs.

Blancs de seconde zone dans des territoires appartenant à d’autres nationalités, les émigrés suisses respectent pourtant profondément leur hiérarchie et servent l’intérêt de la puissance coloniale avec zèle, fidélité et dévouement, adhérant ainsi, sans restriction, à son projet d’expansion et de domination.

De plus, ils ne s’éloignent guère par leur pensée de leurs compatriotes restés au pays, avec lesquels ils continuent de maintenir le contact. De fait, ils partagent les mêmes représentations mentales que la plupart des Européens.

Autres occasions de rencontres, lors de fêtes commémoratives ou commerciales d’ampleur nationale, les zoos humains ne varient quasiment pas de ceux qui se montent en très grand nombre en Europe. C’est une preuve tangible et documentée de la participation de la Suisse à un esprit colonial communément partagé.

Des divergences apparaissent parfois entre Européens au sujet des expositions, mais jamais dans les motivations de départ à vouloir exhiber des indigènes. Corollaires à ces manifestations, les spectacles privés complètent le tableau.

Hommes poilus, femmes à barbe, nains et géants, noirs albinos, derniers rescapés d’espèces humaines ou animales en voie de disparition : une véritable cour des miracles enrichit les restaurateurs et les marchands, souvent malhonnêtes et peu regardants sur la santé de leurs « acteurs ».

Une histoire de ces exhibitions pour l’ensemble de la Suisse reste à écrire ; l’Africain exhibé dans un parc à la vue de spectateurs qui n’ont, pour la plupart, jamais quitté leur pays, n’est qu’un indigène, payé pour renforcer chez les Suisses la conviction de leur supériorité.

Le Noir n’est pas un reflet de la réalité africaine, mais un moyen de prouver la véracité d’une certaine vision du monde, chère aux Occidentaux.

Autrement dit, ce sont les partenaires eux-mêmes qui sont les causes de l’aveuglement et de l’incapacité à envisager la réalité africaine pour ce qu’elle est.

Les contacts se construisent sur un mode colonial, d’où l’impossibilité absolue de pouvoir bâtir une relation à base égalitaire. Plutôt que de combattre l’esprit colonial, on comprend que les exhibitions ont contribué à le renforcer.

Somme toute, le paradoxe soulevé plus haut s’explique par une logique de mécanismes relativement simples. Ces derniers déterminent ensemble le concept appelé nébuleuse coloniale. En résumé, le principe est de voir combien le retour vers la réalité africaine devient impossible et comment cette impossibilité repose sur l’imaginaire et s’en nourrit.

Diffuse, diffractée ou rémanente, l’expression de l’ensemble des représentations mentales sur les Africains révèle une attitude impérialiste de la Suisse face à la différence, avec ou sans possessions coloniales.

Dr Alpha Grace
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@DrAlphaGrace

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