Loading

14-18 : notre région sur tous les fronts

Bien que loin du front, les habitants de notre région ont vécu au rythme du conflit. Entre 1914 et 1918, les usines d’armements de la Loire, les usines chimiques du Rhône ont tourné à plein régime, et les hôpitaux installés un peu partout dans nos départements ont accueilli des milliers de blessés. De Lyon à Saint-Etienne en passant par Roanne, Poligny dans le Jura ou Jujurieux dans l'Ain, la région va fournir un effort considérable. Au point de devenir un véritable «front domestique», où la guerre va prendre une toute autre forme.

Armements et munitions : une puissance de production au service de la guerre

Après seulement quelques semaines de combats, le constat s’est vite imposé : l’économie française était mal taillée pour affronter un conflit qui, dès la fin de la bataille des frontières, promettait d’être long et de tourner à la guerre totale. Or, comment assurer cet effort alors même que le pays était privé d’une partie de ses ressources en matières premières après l’invasion du Nord de la France par l’armée allemande, une région d’où provenait l’essentiel du charbon et de l’acier français ? Comment, également, assurer l’approvisionnement en munitions de l’armée alors que les usines peinaient à fournir et que la pénurie commençait à se faire sentir avant même la fin de 1914 ? Comment, enfin, recruter la main-d’œuvre nécessaire alors même que la mobilisation avait ravi à l’industrie beaucoup de ses ouvriers et, notamment, ses ouvriers spécialisés ?

Dès lors un nouveau front s’ouvrait, exigeant du gouvernement qu’il mobilise à leur tour les forces de production à travers les élus locaux, les syndicats ouvriers et patronaux, les industriels. Sollicitée en raison de son dynamisme avéré avant-guerre, et de ses atouts dans les domaines de la métallurgie, des transports et de la chimie, la région lyonnaise allait fournir un effort considérable. Aidée en cela par le fait que de nombreux industriels, contraints de se replier en raison de l’avance ennemie au nord ou soucieux de se délocaliser loin du front, avaient choisi de s’implanter dans les alentours de Lyon, amenant ainsi leurs activités et leur savoir-faire en renfort.

D’emblée, l’urgence porte sur la fabrication des munitions, à commencer par les obus tant l’artillerie est appelée à jouer un rôle central dans cette nouvelle forme de guerre. Si à Lyon il existait déjà un arsenal militaire installé au sud de Perrache, dans l’actuel quartier de la Confluence, à l’emplacement exact où s’élève aujourd’hui la caserne de gendarmerie Général-Delfosse, le besoin se fait sentir d’autres sites. Ce que l’on nomme aujourd’hui la Halle Tony-Garnier – à l’origine un bâtiment destiné à accueillir l’Exposition universelle de 1914 puis la halle aux bestiaux des nouveaux abattoirs – est aussitôt affectée à cette production. Ainsi que les usines Berliet de Monplaisir. Rapidement, ces trois entités arriveront à produire plus de 30.000 obus par jour. Une réussite rendue possible grâce à la création d’un consortium – Lyon-Obus – à l’initiative de l’industriel Louis Loucheur, en novembre 1914. C’est cet organisme qui aménagera ces sites et les équipera en machines-outils acquises sur le marché américain. La main-d’œuvre, elle, est fournie grâce à la mobilisation des femmes et l’arrivée, depuis l’Espagne, le Portugal et la Grèce de travailleurs étrangers.

De son côté, la Société chimique des usines du Rhône, jusque-là spécialisée dans la fabrication de teinture et d’aspirine, produit le phénol nécessaire à la fabrication d’explosifs à Saint-Fons, avant de créer une nouvelle unité de production au Péage-de-Roussillon, dans l’Isère. Les usines de Neuville-sur-Saône et de Feyzin sont à leur tour sollicitées. Résultat, entre 1914 et 1917, la production de phénol passe de 40 à 600 tonnes par jour.

La fusion de la mélinite, composant chimique utilisé dans les explosifs, à l'arsenal de la Mouche, à Lyon, le 20 octobre 1915. Bibliothèque municipale de Lyon, Fonds Guerre 14-18, Rés. 151075_005_0018/ECPAD

Depuis la bataille d’Ypres, en 1915, une arme nouvelle a fait son apparition sur le champ de bataille : les gaz de combat. Si ceux-ci ont été pour la première fois mis en œuvre par l’armée allemande, les Français ne tardent pas à réagir. Dans la région lyonnaise, l’industriel Edmond Gillet rassemble autour de lui d’autres industriels de la chimie pour débuter une production de chlore. Dès 1916, une usine construite à cet effet entre en activité à Pont-de-Claix, dans l’Isère. Tandis qu’à Saint-Fons, la Société chimique des usines du Rhône se met, elle, à fabriquer de l’ypérite. Son usine du Péage-de-Roussillon sera également mise à contribution pour assurer la production de ce gaz mortel. L’usine de la jeune société Air Liquide, elle aussi implantée en région lyonnaise, se spécialisera quant à elle dans la production de phosgène.

L'usine de textile la Badische à Neuville-sur-Saône, qui fabriquera de la poudre pendant la guerre, sera réduite en cendres lors d'une explosion accidentelle de la poudrière le 14 février 1917 : 22 tonnes de TNT explosent. Bilan : 15 morts et 60 blessés. L'année suivante, c'est l'atelier de chargement d'obus qui explosera dans une usine de Vénissieux (collection privée J.-P. Tabey).

(Photo à gauche : Les femmes répondent à la pénurie de main-d'oeuvre dans les usines de matériel de guerre, comme ici à Lyon dans un des ateliers de contrôle du groupe L'Eclairage électrique. Collection privée J.-P. Tabey)

Fabrication d'obus, vue de la grande halle des abattoirs de la Mouche dans le quartier de Gerland. Usine de matériel de guerre de Lyon, de l'entreprise L'Eclairage électrique, 1914-1918. Archives municipales de Lyon, 4 Fi 04780.

La Loire, berceau de l’armement

La fabrication d'armements des usines de la Loire, loin des frontières en guerre, devient fondamentale pour approvisionner le front. Pendant la Grande Guerre, le bassin stéphanois a été l'arsenal de la France avec, en 1917, 108.000 ouvriers travaillant pour la défense nationale dans 825 entreprises, des plus grandes – les Forges et Aciéries de la Marine à Saint-Chamond (17.000 ouvriers qui fabriquent, entre autres, le fameux char Saint-Chamond), les usines Holtzer à Unieux (14.000 ouvriers), la Manufacture d'armes de Saint-Étienne (MAS) (12 000 ouvriers) – aux plus petites. Les entreprises de métallurgie les plus importantes, à Saint-Étienne (Barrouin), ou encore Firminy, développent leur production de pièces détachées d’armes ou d’artillerie, de blindages, d’éléments de canons, d’obus… Les fonderies n’ont jamais autant coulé, alimentées par le charbon des mines qui donnent elles aussi à plein. Les fabricants de pièces pour cycles produisent des têtes et gaines d’obus, les décolleteurs des éléments de fusées.

Quant à la Manufacture d'armes de Saint-Étienne (MAS), elle accentue le rythme de sortie des fusils Lebel (photo ci-contre), des mitrailleuses Hotchkiss, modèle 1914, ou Saint-Étienne et, par la suite, de fusils-mitrailleurs. Les effectifs de la MAS passent de 1000 personnes en 1914 à plus de 12.500 à la veille de l’armistice, après avoir atteint temporairement les 16.000. Pour répondre à une demande en armes et munitions toujours plus importante, la MAS a dû s’organiser et faire sous-traiter à grande échelle, au plus grand bonheur des armuriers civils.

(Photo : fabrication du fusil Lebel, Manufacture d'armes de Saint-Etienne - MAS, collection association Iguerande).

Le Saint-Chamond, l'un des tout premiers chars de combat, forgé dans la Loire. Collection association Iguerande.

A Lyon, on se spécialise dans les moyens de transport

Vue de l'allée de l'usine B "camion" de Berliet Monplaisir en 1916 (Archives Fondation Berliet - Lyon / France).

Acteur historique dans le domaine du camion, le Lyonnais Marius Berliet va jouer un rôle déterminant dans la construction de ces véhicules dont l’armée semble avoir un inépuisable besoin. Entre 1915 et 1916, il parvient à en faire fabriquer 45 par jour dans sa seule usine de Monplaisir. Ce qui le conduit à acquérir en 1915 un vaste terrain à Vénissieux, où il fait édifier une usine géante de 23 hectares qui comporte une aciérie, une fonderie et une forge qui viennent compléter les ateliers d’usinage et de montage. Mieux, inspiré par l’exemple de l’Américain Ford, il rationalise la fabrication, ce qui lui permet de multiplier sa production. Au total, près de 25.000 camions seront produits par Berliet pendant la Grande Guerre (plus d'informations sur le site Internet de la Fondation Berliet).

A Bron, banc d'essai d'un moteur en ligne (photo : Société lyonnaise d'histoire de l'aviation et de documentation aéronautique - SLHADA).

De leur côté, les industriels du secteur de l'aéronautique choisissent de se replier en région lyonnaise dès les premières semaines de la guerre, afin d’échapper à l’avancée des troupes allemandes. Neuf des plus importants fabricants d’aéroplanes – jusqu’alors installés pour la plupart en région parisienne – décident de quitter en catastrophe leurs usines pour se replier sur la région lyonnaise. Les Caudron, Voisin, Farman, Letord suivent ainsi l’itinéraire déjà choisi par les usines Renault qui, à l’aide de treize trains, ont déménagé outillage et personnel sous le ciel a priori moins orageux de la capitale des Gaules.

Stock d'hélices produites à Lyon : une construction sophistiquée, oeuvre d'ouvriers très spécialisés (photo : Société lyonnaise d'histoire de l'aviation et de documentation aéronautique - SLHADA).

La destination choisie ne l’a pas été au hasard. Ville industrielle située loin du front, Lyon a la réputation de posséder les infrastructures et le savoir-faire nécessaires à ces entreprises pour qu’elles puissent continuer leurs activités. Et si, en ce début de guerre, le personnel se fait encore rare du fait de la mobilisation, cette carence finira par être partiellement comblée, l’État comprenant que les ingénieurs ou les ouvriers hautement qualifiés ont plus leur place dans les usines travaillant pour l’effort de guerre que sur le front. Ces « affectés spéciaux », pour reprendre la terminologie de l’époque, seront vite rejoints par des blessés de guerre en capacité de travailler ou des travailleurs étrangers. Suivant le mouvement, l’administration de l’aviation viendra également s’installer à Lyon afin d’être au plus près des constructeurs et des militaires chargés de réceptionner leurs diverses productions.

A Bron, un avion Farman 1913 pour l'instruction (photo : Société lyonnaise d'histoire de l'aviation et de documentation aéronautique - SLHADA).

(Photo ci-dessous : les châssis de camions CBA attendent de recevoir leur carrosserie dans le bâtiment CD1 de l'usine Berliet de Vénissieux, 1917-18. Archives Fondation Berliet - Lyon/France).

Entrepôt de l'armée sur le site de l'Exposition universelle de Gerland à Lyon. Magasin de réserve générale avec un stock de 1,5 million de chemises prêtes à être expédiées au front (bibliothèque municipale de Lyon, Fonds Guerre 14-18, Rés. 151075_004_0009/ECPAD).

L'effort de guerre, pas qu'une histoire d'armements et de munitions

Dans le Jura, les chevaux sont réquisitionnés et les forêts exploitées

En août 1914, la guerre s’apparente encore à celles du XIXe siècle où les chevaux jouent un rôle essentiel, les 79 régiments de cavalerie étant considérés comme l’élément offensif majeur.

Le Jura, département rural, est particulièrement concerné par l’effort de guerre. Le directeur des services agricoles, J.Pérette, dresse le bilan des seize premiers mois de guerre et montre la priorité donnée aux réquisitions de chevaux : «Ce qui fut enlevé d’abord, ce sont les chevaux nécessaires au train des équipages et à la remonte de l’artillerie et de la cavalerie. Les deux arrondissements de Lons-le-Saunier et de Saint-Claude fournirent 2412 chevaux pour une somme de 2.030.508 francs, soit un prix moyen de 841 francs par cheval […] ceux de Dole et de Poligny livrèrent un contingent de 4200 animaux pour 3.623.880 francs […] En fait, plus de la moitié des chevaux adultes et valides furent réquisitionnés dans le département» (au total 950.000 chevaux pour la France de 1914 à 1918.)

Pour les exploitations déjà fragilisées par le départ des hommes, ces mesures sont lourdes de conséquences et pour longtemps. Vieillards, femmes et enfants font l’impossible pour faire face et se procurer des bœufs d’attelage (26.405 bêtes à cornes ont elles aussi été réquisitionnées). En mai 1915, le préfet Guillemaut demande aux maires de constituer une commission de fenaison pour recenser le matériel, les attelages, et favoriser les prêts d’animaux. Les municipalités, comme celle de Poligny, prennent aussi des initiatives pour rationaliser le travail. Très vite, pourtant, le rôle de la cavalerie décline. Trop vulnérable face à la puissance de feu de l’artillerie et à l’utilisation des mitrailleuses, elle laisse peu à peu la place aux avions, pour la reconnaissance, et aux blindés.

(Photo à droite : collection privée DR).

Au camp de la Joux, cinq scieries ont été progressivement mises en œuvre jusqu’en 1919 par des bûcherons canadiens. Collection Richard Prost

Les Jurassiens en âge de partir au combat étant nombreux, les scieries viennent aussi à manquer de main-d’œuvre locale. Pour pallier ce déficit, 1500 bûcherons canadiens sont envoyés pour exploiter les forêts du département. Ces gaillards venus d'Outre-Atlantique abattront 230.000 mètres cubes de gros bois destiné à couvrir les besoins des Alliés .

En effet, plus que l’essence, même si la mécanisation des armées engagées dans le conflit se développe, c’est bien le bois qui reste la ressource vitale pour les belligérants. Le bois sert, dans les premières semaines, à construire les ponts et les ouvrages du génie, censés favoriser l’avancée des régiments. Puis très vite, face à la dureté du conflit, cette matière première sera essentiellement utilisée dans la fabrication des tranchées et leur renforcement, après les nombreux et meurtriers bombardements. Jusqu’à 3000 hommes seront alignés dans les grandes forêts domaniales du Jura.

Les soldats canadiens étaient d’excellents forestiers. Photo DR

Le quartier général canadien est établi à proximité de la maison du Chevreuil, au cœur de la forêt de la Joux. Celle-ci se réveille au son des haches et des passe-partout. Les forestiers travaillent sur quelque 10.000 hectares, de Champagnole (Jura) à Levier (Doubs). Outre ces gaillards, un bataillon de construction de forts, constitué de plus de 500 hommes, s’installe. Cette troupe est renforcée par 400 soldats russes. Des Chinois et des Portugais compléteront l’ensemble des unités, qui campent sous les sapins. L’Armistice signé, les rapports avec les populations des villages se détendent un peu. Les Canadiens, qui veulent faire oublier la peur qu’ils inspirent aux habitants, organisent des soirées musicales au profit des orphelins de guerre.

La mine dans la Loire, l’énergie de la guerre

Ces années de guerre sont une période d’activité intense et un effort exceptionnel est demandé au département pour fournir l’industrie tant locale que nationale. À cette époque, tout ou presque fonctionne au charbon : des locomotives aux centrales électriques. Avec les bassins du Centre et du Midi, le bassin de la Loire assure donc les besoins en énergie de la France. Ainsi, la production atteint un record en 1918 avec près de cinq millions de tonnes, un record par rapport aux 3,8 millions de tonnes extraites en 1913 et aux quatre millions de 1914. À cette époque, le bassin houiller de la Loire s’étend de Rive-de-Gier à Firminy et compte quelques puits dans le Roannais. Les principaux exploitants en activité en 1914 sont la Compagnie des houillères de Montrambert (à La Ricamarie), la Compagnie des mines de Roche-la-Molière et Firminy, la Compagnie des mines de la Loire (Couriot à Saint-Étienne), les Houillères de Saint-Étienne (Verpilleux-Soleil), les Mines de la Chazotte (Compagnie PLM à La Talaudière), les Houillères de la Péronnière (Grand-Croix), sociétés auxquelles s’ajoutent une multitudes de petites compagnies réparties sur tout le département, de la vallée du Gier à l’Ondaine.

Une situation paradoxale se crée. Au cœur de l’« arsenal de la France » – l’industrie ligérienne de l’acier et de l’armement est grande consommatrice de charbon –, tous les mineurs en âge de partir au combat sont mobilisés. Et très vite, on observe un fléchissement de la production dans le département. La mine manque d’hommes, car ceux qui sont au front ne sont pas au fond. Il faut se rendre à l’évidence : la force humaine fait défaut dans une profession qui n’est pas mécanisée. La loi Daldiez du 17 août 1915 crée le statut particulier d’«affecté spécial» permettant le retour des mineurs envoyés au front ou leur réquisition sur place par décret. La population connaissant la difficulté de leur métier, ils ne seront pas considérés comme des planqués et seront bien traités. Revenus dans leurs chantiers, leurs équipes sont renforcées par les gens du Nord chassés par les combats. Puis ils sont rejoints par les prisonniers alsaciens et lorrains, puis allemands – deux mille environ. L’allongement du conflit voit l’accélération de l’immigration de travail : Polonais, Italiens et Espagnols dès 1915 sont ensuite suivis par des Grecs, des Marocains, des Kabyles et même des Chinois à partir de 1917, embauchés dans les mines et les usines locales. On recense dans la Loire 27.974 mineurs en 1918, l’appoint de prisonniers représentant 7 à 8% des effectifs. Soit 10.000 de plus qu’en 1914 qui en comptait 17.780.

À la fin du conflit, même si l’effort de guerre a été favorable aux mines comme à l’industrie stéphanoises, le retour au pays des ouvriers et mineurs conjugué à l’usure du matériel et à la relance industrielle dans les régions revenues à la paix verront le déclin du bassin minier.

(Photo : le puits Châtelus - Archives municipales de Saint-Etienne, 2FI 4312).

Roanne fournit le textile pour équiper les soldats

Au lendemain de la mobilisation, l’industrie roannaise tourne au ralenti et les transports ferroviaires sont réservés à l’acheminement des soldats, du matériel et du ravitaillement. L’activité du port subit les effets du ralentissement de la production et voit les expéditions s’effondrer. Nombre d’usines ont fermé, faute de personnel suffisant, lorsque les premières commandes de l’Intendance militaire sollicitent fin août la place de Roanne en prévision de la campagne d’hiver. Avec sa tradition textile, l’industrie locale est choisie pour la fabrication de cotonnades pour les chemises et les caleçons des combattants, de toile pour les tentes et les musettes. À la participation des usines de tissage s’ajoute celle des fabriques de lainage et des tanneries, cette reprise de l’activité permettant de résorber le chômage, mais un temps seulement puisque les commandes ne seront pas renouvelées.

(Photo Collection médiathèque de Roanne, CP7G/12)

Malgré la guerre et les blessés, les uniformes sortent des soieries Bonnet

Depuis 1885, Joseph Richard est à la tête d’une cité ouvrière : l’usine des soieries Bonnet à Jujurieux, dans l’Ain. Administrateur de la célèbre maison qui a son siège à Lyon, il est le directeur de la manufacture où se côtoient près de 1200 personnes. Marié à Isabelle, ce père de cinq enfants, qui porte barbe blanche, gère ouvriers, ouvrières et jeunes filles de l’usine-pensionnat. En digne héritier qu’il est des dirigeants Bonnet, Joseph Richard perpétue leur mode de gestion paternaliste, tradition d’ailleurs partagée par de nombreuses entreprises familiales à l’époque.

Ce 24 novembre 1915, Joseph Richard préside l’assemblée générale ordinaire. Et n’annonce pas de bonnes nouvelles aux actionnaires, comme le rapporte le compte rendu (1) : « Notre année commerciale 1914-1915 se clôt au 31 mai par un déficit assez important. […] Nous avons analysé […] les causes […] nous en énumérons les principales. […] 3° Nos dépenses spéciales du fait de la guerre pour nos employés mobilisés, pour soins donnés aux blessés dans nos deux hôpitaux auxiliaires (affiliés à la Croix-Rouge française, Société de secours aux blessés militaires). »

On canote sur le plan d'eau de l'usine à bord d'un Corsaire peu belliqueux. Joseph Richard prend part à la photo. (Collection départementale des musées de l'Ain, Soieries Bonnet / cl. Claudius Corne).

Des blessés chez les soyeux ? C’est que les hôpitaux militaires permanents peinent à recevoir tous les blessés que le front produit. Il faut multiplier et diversifier les lieux de soins. L’entreprise prend part à cet effort dans ses bâtiments croix-roussiens et à l’usine de Jujurieux. Le 7 août 1914, l’infirmerie de la manufacture de Jujurieux devient l’hôpital auxiliaire n° 17. Joseph Richard en est l’administrateur. Et le financeur. Cent lits sont ouverts, les premiers blessés du front arrivent le 27 septembre 1914 et, en 1916, le centre se spécialise et accueille majoritairement des albuminuriques. Les soins médicaux sont assurés par des infirmières et médecins professionnels et par les religieuses de Saint-Joseph de l’usine-pensionnat. Et les convalescents se refont une santé entre le jardin potager militaire, les ateliers de réadaptation où l’on travaille le plâtre moulé, sans oublier l’incontournable chapelle.

(Photo ci-dessous : entre autres, le bleu France, extrait de la carte de nuances de la Chambre syndicale des teinturiers de Lyon de 1914. Collection départementale des musées de l'Ain, Soieries Bonnet).

Train sanitaire à la gare de Vaise, à Lyon. Carte postale, collection privée J.-P. Tabey

Une terre d'accueil des blessés, à l'arrière du front meurtrier

Lyon, ville hôpital

Entre 1914 et 1918, l’accueil des soldats blessés ou malades représente une activité majeure dans la région. En raison de sa position géographique, de sa tradition hospitalière et de ses infrastructures médicales, Lyon se positionne naturellement comme le second centre d’hospitalisation après Paris. Édouard Herriot, au lendemain de la guerre, parlera même de cette période en décrivant la ville comme un «vaste hôpital».

Péniche sanitaire, quai Chauveau, Lyon (carte postale, collection privée J.-P. Tabey).

A partir du 21 août 1914, dès le début du conflit, les premiers trains sanitaires débarquèrent en gare de Vaise, de la Part-Dieu puis des Brotteaux des blessés d’abord destinés aux deux hôpitaux militaires que comptait la ville. Celui de Desgenettes – ou en septembre 1914 un certain lieutenant Charles de Gaulle sera soigné pour une blessure à un genou – mais aussi l’hôpital Villemanzy, situé au bas de la montée Saint-Sébastien (abandonnés par l’armée dans les années 1980, les locaux abritent aujourd’hui le Cercle Villemanzy). Toutefois, ces capacités d’accueil se révélèrent vite insuffisantes, contraignant les Hospices civils de Lyon (HCL) à se porter en renfort. L’hôtel-Dieu consacrera ainsi l’ensemble de ses lits aux blessés militaires, alors que les autres hôpitaux de la ville, mais aussi ceux de la région (à Villefranche, Beaujeu, Anse, Belleville, Givors), mettront également des lits à disposition. Pour parvenir à libérer l’espace nécessaire, les HCL en viendront à mettre plusieurs stratégies en place, l’une d’elles consistant à abréger la durée d’hospitalisation des civils convalescents, dont un certain nombre seront recueillis par des Lyonnais, à domicile. Toutefois, l’afflux de blessés est tel que sont également institués, par les soins du Service de santé militaire, des hôpitaux complémentaires. La liste est longue de ces locaux appartenant à l’armée ou réquisitionnés qui abriteront ainsi des centaines de lits. Citons, pour mémoire, l’École du service de santé (avenue Berthelot), l’École d’agriculture d’Écully, le lycée de jeunes filles de la place Edgar-Quinet (6e), la Brasserie du Parc (6e), la piscine municipale du boulevard Pommerol (aujourd’hui Stalingrad), le lycée du Parc (6e) et plusieurs groupes scolaires de la ville.

De gauche à droite et de haut en bas : 1. Hôtel-Dieu, cour des réfectoires à Lyon (1914-1915 - collection privée J.-P. Tabey). 2. Arrivée de blessés et d'infirmières en gare des Brotteaux le 16 juillet 1915 (carte postale, collection privée J.-P. Tabey). 3. Arrivée d'un blessé au lycée de filles de la place Edgard-Quinet à Lyon 6e, qui accueille l'hôpital temporaire n°7. Il est rebaptisé lycée Edouard-Herriot après le décès du maire de Lyon en 1957 (collection privée J.-P. Tabey).
Hôpital militaire Desgenettes, cour intérieure, Lyon (carte postale collection privée J.-P. Tabey).

À ce dispositif s’ajouteront les hôpitaux auxiliaires, gérés eux par la Croix-Rouge, qui s’installeront notamment dans des établissements religieux mais aussi dans des locaux comme celui de la maison de soierie Bianchini-Ferrier, rue Vaucanson (1er), qui abritera jusqu’à 200 lits et deux salles d’opération. L’Union des femmes de France va également gérer sept établissements installés entre autres à l’École vétérinaire du quai Chauveau et à l’école normale d’instituteurs du boulevard de la Croix-Rousse. Enfin, il faut compter avec les hôpitaux bénévoles, qu’ils soient gérés par des particuliers, des associations ou des collectivités locales. Parmi ceux-ci, citons l’ancien collège des Jésuites de la rue Bossuet (l’actuelle mairie du 6e) ou l’hôtel Le Royal, place Bellecour. Au total, ce sont 170 unités sanitaires qui ont ainsi participé, dans l’agglomération lyonnaise, à apporter des soins à quelque 200.000 blessés et malades militaires entre 1914 et 1919. Sur ces effectifs, 3000 décès auraient été recensés au cours de la même période, essentiellement dus à des maladies comme la tuberculose ou, vers la fin de la guerre, la grippe espagnole.

Un service des gueules cassées

Leurs visages ravagés hantent encore la mémoire nationale. Ils furent particulièrement nombreux ces «blessés de la face» –10 à 15.000 selon une source, un demi-million selon une autre– à payer leur tribut à la guerre moderne et aux ravages des nouveaux armements engagés dans cette gigantesque bataille. La médecine de guerre a souvent été à la source de nombreuses innovations en matière de techniques de soins. La multiplication de ces blessures à la face, leur gravité et l’ardeur avec laquelle les médecins travaillèrent à les réparer sont ainsi à la base du développement de la chirurgie maxillo-faciale, puis de la chirurgie réparatrice.

Portrait du docteur Albéric Pont, dentiste lyonnais qui apporta ses soins aux blessés de la face tout au long de la guerre. Photographie par Blanc et Demilly, s.d. Bibliothèque municipale de Lyon, fonds des Hospices civils de Lyon, AF XXX.

Dès novembre 1914, trois centres sont créés à l’intention des gueules cassées, à Paris, Bordeaux et Lyon (puis ceux-ci se multiplieront au printemps 1918 à travers la France). Chacun était équipé d’une trousse d’urgence destinée à immobiliser les maxillaires fracturées, mise au point par un chirurgien-dentiste lyonnais, le docteur Albéric Pont. Praticien réputé, celui-ci dirigeait, à la tête de quatre dentistes et d’un important personnel infirmier, le Centre lyonnais alors situé 13, quai Jayr et 22, rue de Saint-Cyr (Lyon 9e). C’est là que, pendant toute la durée de la guerre, pas moins de 7 000 blessés furent soignés (le centre disposait de 850 lits) et profitèrent des innovations d’Albéric Pont et de son équipe, en particulier dans le domaine des prothèses. Il finira sa carrière en 1950 en qualité de président du conseil d’administration des Hospices civils de Lyon.

Un moulage en cire issu du service de stomatologie du Centre de Lyon (Bibliothèque municipale de Lyon).

L’école des grands blessés

On sait que dès le début des hostilités, Édouard Herriot se préoccupa du sort des grands blessés de guerre. Au point de favoriser l’ouverture à Lyon d’une école spécialisée, l’École professionnelle des mutilés, destinée d’une part à apporter des soins aux soldats concernés et, d’autre part, à leur apprendre un nouveau métier qu’ils pourront exercer en dépit de leur handicap. Elle sera installée dans le quartier de la Buire, rue Rachais.

En 1917, il était sorti 189 comptables, 70 cordonniers, 37 radiotélégraphistes, 20 horticulteurs, 19 galochiers, etc. À la fin de l’année 1919, 800 apprentis avaient été ainsi formés.

(Photo ci-dessous : archives municipales de Lyon, 4 FI 04961).

L'hôpital auxiliaire n°101, école vétérinaire (archives municipales de Lyon, 4FI04953).

La Loire, pionnière dans la prise en charge des blessés

Dès le début du conflit et le rapatriement vers l’arrière des premiers blessés, les structures de santé mises en place préventivement sont activées et immédiatement opérationnelles. En temps de guerre, en effet, la loi du 7 juillet 1877 prévoit qu’hospices civils et cliniques privées se joignent aux hôpitaux militaires des villes de garnison pour accueillir et traiter les blessés, des conventions calquées sur des modèles établis par le ministère de la Guerre régissant chacun des établissements. Anticipant un éventuel conflit, ces conventions avaient été mises en place dès 1880 à Saint-Étienne, en 1894 à Roanne, en 1907 à Montbrison… D’autre part, le ministère de l’Intérieur avait prévu dès 1899 les dispositions à prendre, enjoignant les autorités civiles à seconder le Service de santé des armées et à fournir des sites (lycées, pensionnats, asiles, hôtels…) susceptibles d’accueillir de nouveaux centres de soins qui deviendront des hôpitaux temporaires.

Les premiers blessés sont accueillis à l'hôpital de Roanne dès le 22 août (archives départementales de la Loire, 2FI 3633).

De fait, en août 1914 dans la Loire, l’organisation de l’accueil et du soin est prête. Les hôpitaux de Saint-Étienne, Roanne et Montbrison se sont vus renforcés par des hôpitaux complémentaires aménagés dans des lycées, des écoles, des cliniques ou des casernes. La Croix-Rouge de la Loire confie la gestion des hôpitaux auxiliaires à la Société de secours aux blessés et à l’Union des femmes de France. Viennent s’ajouter à ces établissements des hôpitaux bénévoles animés par des particuliers – mais agréés par le Service de santé des armées – et des établissements de convalescence, dépendant dans la Loire de l’Œuvre d’assistance aux convalescents militaires, au château de Bouthéon (voir par ailleurs) et au Chambon-Feugerolles notamment. On voit même des médecins locaux proposer la transformation de leur clinique privée en hôpital. Dès octobre 1914, rue Lassaigne à Saint-Étienne, la clinique du docteur Guinard est aménagée en hôpital de 35 lits. Rue Buisson, le docteur Thiollier, mobilisé, offre sa clinique au comité de l’Union des femmes de France. Le Service de santé des armées a également réquisitionné des établissements scolaires, comme le lycée de Roanne. À Saint-Étienne, l’École pratique de commerce et d’industrie doit s’installer avec les élèves du lycée de jeunes filles à la bourse du travail. Les industriels aussi se mobilisent : les Établissements Epitalon à Montbrison, Giron ou Pupier à Saint-Étienne, mettent leurs locaux à disposition.

Maison Pupier, une chocolaterie stéphanoise transformée en hôpital

En décidant la construction d’une usine modèle inspirée par les fabricants suisses, Joseph Pupier n’imaginait pas faire entrer sa chocolaterie dans l’histoire de la Grande Guerre. En 1910, fort d’une belle expansion due notamment au Malakoff – hommage gourmand aux vainqueurs de la guerre de Crimée, distribué dans la France entière –, Joseph Pupier décide la création d’une nouvelle chocolaterie dans le quartier de Bellevue, plus moderne et performante que celle de la rue Désiré-Claude.

Mais la guerre éclate alors que les nouveaux bâtiments de la rue des Passementiers sont à peine achevés. Joseph Pupier décide alors de les mettre à disposition de la Croix-Rouge pour en faire le grand hôpital que réclame la direction du Service de santé de la XIIIe région. Quatre mois de travaux sont nécessaires pour aménager ces murs encore vides et en faire un établissement hospitalier de 250 lits. Le premier convoi de blessés arrive le 1er mai 1916. Durant le conflit, 2606 blessés y séjournent, cumulant 120.000 journées d’hospitalisation. Dans le même temps, le chocolatier poursuit sa production dans son ancienne usine et participe au fonctionnement de l’hôpital grâce à de généreux dons.

L’usine ne sera installée dans ses murs qu’après la démobilisation. Joseph Pupier, décédé en 1919, a été reconnu «bienfaiteur de la ville», inscription visible sur le caveau familial du cimetière de Valbenoîte. Et depuis 1921, l’ancienne rue Corre qui faisait face à son usine porte le nom de Joseph-Pupier.

(Photo : le comité stéphanois de la Croix-rouge a investi les murs de la nouvelle chocolaterie Pupier en 1916 pour y aménager un hôpital de 250 lits. Archives départementales de la Loire, 2FI 2413).

Durant le conflit, la Loire compte ainsi 65 sites dédiés à l’accueil et au soin des blessés, répartis sur l’ensemble du territoire et totalisant près de 6400 lits. Avec la multiplication des centres de soins se pose le problème du personnel de santé. Certes, les hôpitaux du Service de santé des armées disposent de médecins et d’infirmiers militaires, mais les structures bénévoles ne peuvent compter sur les seuls professionnels du soin locaux, trop peu nombreux ou mobilisés. On ne comptait plus ainsi à Saint-Étienne au début de la guerre que 32 médecins. Instantanément, un élan de solidarité va naître et, dès le 4 août 1914, 2500 femmes vont offrir leurs services pour devenir infirmières. Des formations rapides leurs seront proposées sur quatre mois, et des cours dispensés à l’hôpital Bellevue à l’initiative de la directrice de l’école normale d’institutrices. De leur côté, les infirmières diplômées œuvrant dans les associations de la Croix-Rouge transmettent leurs compétences aux volontaires. Ces nouvelles recrues vont permettre de mener à bien dans la Loire la prise en charge des soldats blessés, de leur arrivée par le train à leur convalescence et à leur rétablissement. Certains repartiront au front, mais beaucoup se verront réformer du fait de leurs maladies ou de leurs séquelles physiques. On estime ainsi dans la Loire à 26.000 le nombre d’invalides, sur 137.144 hommes mobilisés par les bureaux de recrutement de Roanne (35.294), Montbrison (45.850) et Saint-Étienne (56.000).

Les malades de la tuberculose pulmonaire recevaient des soins dans la station sanitaire de Saint-Jodard, dans le Roannais (archives départementales de la Loire, 2FI 3111).

Pour accompagner la convalescence des plus meurtris, le Service de santé des armées a créé des services spécifiques à la rééducation fonctionnelle. L’objectif étant de leur permettre de retrouver leurs capacités motrices, au besoin en les appareillant. L’hôpital complémentaire n° 89, installé au pensionnat Saint-Louis de Saint-Étienne, disposait ainsi d’un atelier de mécanothérapie, et en 1919, un sous-centre d’appareillage est installé à l’École des blessés militaires de la Loire, établissement professionnel dont la vocation était d’assurer une formation qualifiante à des jeunes gens souvent peu instruits. 793 stagiaires y seront accueillis jusqu’en 1921. À Roanne, l’École des mutilés ouverte par la municipalité propose gratuitement des formations de comptable, de tisseur en coton et lainage, ou de metteur en carte et dessinateur.

Des familles ligériennes aisées s'improvisent même hôtes pour accueillir blessés et mutilés de guerre dans leur maison particulière.

Une maison de convalescence dans le Forez

Aux premières heures du conflit, un autre front s’organise dans la Loire, celui de la solidarité. Aux côtés des hôpitaux militaires et civils sont ainsi créées des structures bénévoles pour venir en aide aux combattants blessés ou malades. À Bouthéon, la famille Calemard ouvre les portes de son château du 15 août 1914 au 31 décembre 1915.

M. Calemard, bon vivant, organisait avec son épouse de belles plages de détente, parties de jacquet ou de cartes, mais aussi de petites fêtes et même des concerts où chacun pouvait faire montre de ses talents (Collection privée famille Calemard).

Le Versailles forézien devient une «ambulance militaire au château» de 32 lits, qui accueillera entre ses murs et ses élégants jardins près de 200 blessés. Des blessés par balles ou par éclats d’obus, amputés, mais aussi des soldats victimes d’épuisement ou d’anémie. Et avec l’hiver arrivent des cas de bronchites, de gelures, de pneumonies…

Les glorieux mutilés de la maison de convalescence de Bouthéon. Le Versailles forézien devient une "ambulance militaire au château" de 32 lits, qui accueillera entre ses murs et ses élégants jardins près de 200 blessés (Collection privée famille Calemard).

Dans une ambiance familiale, on tente de distraire ces hommes meurtris dans leur chair, mais aussi dans leur âme. Toute la famille participe, même les enfants, déguisés en blessés et en médecin pour amuser la galerie… Les plus valides participent aux travaux du domaine, entretiennent les jardins ou font les foins. Bon vivant, M. Calemard leur ménage avec son épouse de belles plages de détente, parties de jacquet ou de cartes, mais aussi de petites fêtes et même des concerts où chacun peut faire montre de ses talents.

Parmi les travaux proposés aux convalescents pour entretenir leur forme physique, la percée de tranchées dans le parc du château Bouthéon. Un exercice qui pouvait s'avérer utile en cas de retour au front... (Collection privée famille Calemard).

Loin des combats, la région a tenu sa place à l’arrière. Au-delà de son rôle prépondérant dans les domaines de l'armement ou de la chimie, de sa force industrielle locale, la région aura su marquer l'histoire au travers de sa mission humanitaire. Dans ses campagnes comme dans ses villes, la solidarité fut de mise : la guerre de chacun était aussi la guerre de tous.

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.