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VOIR ET NE PAS RECONNAITRE L'AFRIQUE DANS L'IMAGINAIRE EUROPEEN (XVE-XVIIIe SIECLE)

AFRIQUE "TERRA INCOGNITA"

Pendant longtemps, l’Afrique a représenté pour les Européens une terra incognita. Le premier pas vers la « découverte » du continent est constitué par sa circumnavigation au cours du XVe siècle. Vasco da Gama fut le premier à réussir dans cette entreprise, ouvrant ainsi la route à d’autres voyageurs et explorateurs européens durant les siècles qui suivirent. En dépit de ce voyage, la « découverte » du continent resta tout autant une expérience ardue et aventureuse. Les premières tentatives pour décrire l’Afrique, surtout à travers les cartes géographiques, montrent combien la connaissance du continent et de ses habitants était encore influencée par des mythes et des imaginaires d’origine ancienne et médiévale.

« Li navili che mandò questo serenissimo re di Portogallo furono tre balonieri nuovi, due di tonelli 90 l’uno e l’altro di 50, e più una navetta di tonelli 110, carica di vettovaglia: e fra tutti levarono uomini 180, e partironsi di Lisbona alli 9 di luglio 1497, capitano Vasco di Gama » (G. Sernigi, in G.B. Ramusio, Venezia, 1563)

« E adì 10 luglio 1499 (della flotta di Vasco di Gama) tornò il balonier di tonelli 50 in questa città di Lisbona. Il capitano Vasco restò a traverso l’isole del Capo Verde con l’altro balonier di tonelli 90, per porre in terra suo fratello Paolo di Gama, che veniva ammalato a morte; e l’altro balonier di tonelli 90 arsero, perché non aveano genti da poterlo navigare (...). Morirono nel ritorno uomini 55 di male che veniva loro nella bocca, dapoi discendere a basso nella gola, e similmente veniva loro grand dolore nelle gambe, nelle ginocchia per a basso » (G. Sernigi, in G.B. Ramusio, Venezia, 1563)

« Le huitième d’Avril de l’an 1583, jour du Saint Vendredy, auquel temps les navires partent ordinairement, nous fisimes voile d’une pareille course, prenant la route de l’Isle de Madere, apres avoir imploré de l’aide & faveur de Dieu, sans l’assistance duquel tous dessains & efforts sont inutiles (...). Le 24 nous apparut la costé de Guinee, laquelle commence au neufième degré s’étendant jusques à la ligne Equinotiale. La se faisayent ouyt tonnerres & foudres, avec si grande quantité de pluye soudaine qu’on était souvent contraint de caler voile, la chaleur qu’il fait en ce lieu est insupportable, & l’eau qu’on garde au navire devient si puante qu’on est contraint de se touper le nez en la beuvant » (J. H. van Linschoten, Amsterdam, 1610)

« L’An 1602 le 2 Ianvier nous sommes nous partis du Cap nous boutans en mer en compagnie de 3 navires le vent estoít escars & nous fallut bouter a 100 (...). Le 21 dict sommes nous venus devant Amsterdamme remercians et louans le Seigneur de la prosperité que nous avoit concédée en tel voyage » (P. de Marées, Amsterdam, 1602)

UN REGARD D'HISTORIEN?

Avec l’évolution des voyages et des explorations, la connaissance de l’Afrique se développait conjointement à la volonté d’en décrire à la fois la géographie et les habitants. À travers l’image tiré de Ramusio et le texte du célèbre Léon l’Africain, voyegeur cosmopolite entre Europe Afrique et Monde arabe, on remarquera que, à la fin du XVIe siècle, cette description se faisait encore en récourant aux connaissances des Latins de l’Antiquité classique et des Arabes. C’est pourquoi, la description et la projection géographique partaient du Maghreb. Au-delà de Tombouctou, s’étendait une « terre de Nègres » encore méconnue. Cependant, les écrivains de voyage se permettaient déjà d’apporter un regard critique sur cette humanité qui, à leurs yeux, possédait à peine un « sentiment humain». À ces descriptions, qui apparaissent aujourd’hui bien stéréotypées, l’auteur attribuait déjà une justification « scientifique », revendiquant son travail de « historien ».

Prima tavola (Africa), in G. B. Ramusio, Primo volume delle navigazioni et viaggi, Venezia, 1588, (mm 279 x 380), Milano, Bibl. Museo di Storia Naturale di Milano.

« L’Africa nella lingua arabica è appellata Ifrichia, da farata verbo, che nella favella degli Arabi suona, quanto nella Italiana, divide, & perché ella sia cosi detta, sono due opinioni. L’une delle quali è, poiche questa parte della terra è separata dalla Europa p il mar mediterraneo, & dall’Asia per il fiume Nilo. L’altra è che questo tal nome sie derivato da Ifrico Re dell’Arabia felice, il quale fu il primo che venisse ad habitarla (...). Appresso i nostri scrittori, l’Africa è divisa in quattro parti, cioè in Barbaria, in Numidia, in Libia, & nella terra dei negri. La Barberia incomincia da oriente dal monte Meis (...) e passa oltre sul mare oceano fino all’ultima punta di Atlante (...). La seconda parte da Latini è detta Numidia, & dagli Arabi Biledulgerid, che sono i paesi dove nascono i datteri (...). La terza parte, che nella lingua latina è appellata Libia & nell’arabica non altrimente che Sarra, cioè diserto, comincia dalla parte di oriente dal Nilo (...) : dal lato di mezzo giorno confina con la terra de negri (...). La quarta parte, che è la terra dei negri, dalla parte di oriente incomincia dal regno di Gaoga : & procede verso occidente insino a Gualata & dalla parte di tramontana confina con i diserti di Libia, & dal lato di mezzo giorno termina al mare oceano, luoghi incogniti appresso di noi, ma a pure molta notizia ne habbiamo da mercanti, che vengono da quella parte al regno di Tombutto (...). Anchora, la terra negra è divisa in molti regni, di quali nondimeno alcuni sono incogniti, & lontani dal commercio nostro (...). Cerca la origine de gli Africani sono i nostri historici non poco tra lor differenti (...) I bianchi dell’Africa sono divisi in cinque popoli (...). Tutti i cinque popoli, i quali sono divisi in centinaia di megnaggi, et in migliaia di migliaia d’habitationi, insieme si conformano in una lingua (...). Quei della terra negra sono huomini bestialissimi, huomini senza ragione, senza ingegno, & senza pratica : non hanno veruna informatione di che sia & vivono pure a guisa di bestie senza regole & senza legge (...) essi in fine hanno poco più del sentimento humano (...). Non m’è ascoso esser vergogna i me medesimo à confessare & scoprire i vituperi de gli Africani : essendo l’Africa mia nudrice, & nella quale io sono cresciuto, & dove ho speso la più bella parte & la maggiore de gli anni miei : ma faccia appresso tutti mia scusa l’officio dell’historico, il quale è tenuto à dire senza rispetto la verità delle cose, & non à compiacere al desiderio di niuno » (Leone l’Africano in G.B. Ramusio, Venezia, 1563)

"UNE CONNAISSANCE ENTIERE ET PARFAITE"

C’est surtout à partir du XVIIe siècle que les Européens développent l’idée qui leur est possible de décrire parfaitement la géographie et les habitants de l’Afrique. Religion, mœurs, cultes et cérémonies constituaient certains des éléments qui pouvaient, selon l’idée naissante à l’époque, « donner une connaissance entière et parfaite de ce pays et de ses habitants ». Il s’agissait d’une nouvelle perspective intellectuelle qui s’ouvrait surtout dans les pays du Nord de l’Europe et qui se fondait sur la possibilité prétendue d’une étude scientifique et objective du « Genre Humain ». De la même façon, les cartes géographiques développaient leurs capacités descriptives, non seulement dans la représentation de l’espace, mais aussi dans celle des habitants minutieusement représentés en image.

Africae nova descriptio. In W. J. Blaeu, Gran Atlas..., Amsterdam, 1630 (?), (cm 41 x 56), Milano, Bibl. Museo di Storia Naturale di Milano.

« Ces phénomènes miraculeux, dont la lecture de quelques auteurs a déjà rempli l’imagination de certaines personnes (...) on ne le trouvera point dans mon journal. Les hommes qui marchent sur un pied, les cyclopes, les syrènes, les troglodites et tous les autres êtres imaginaires se sont depuis long-tems évanouis, à mesure que le monde s’est éclairé » (A. Sparrman, Paris, 1787)

« (Dans mon œuvre), on y trouvera un détail éxact & circonstancié des différentes Nations qui habitent ce païs, c’est-à-dire les Maures et les Nègres, leurs Religions & leurs cérémonies, de leurs cultes, leurs mœurs, leurs coutumes, leurs richesses, leurs commerces, leurs guerres, & généralement tout ce qui peut donner une connaissance entiére & parfaite de ce païs & de ses habitants » (J.B. Labat, Paris 1728)

« Io proccurerò dunque di dipingere il Genere Umano qual veramente egli è, e togliere i primi pregiudicj che abbiamo gli uni degli altri (...). La situazione e l’ampiezza di ogni Regno, o Stato in particolare (...). Il Genio, il Temperamente, la Stature, le Inclinazioni, l’Aria, il Vestimento d’ogni Popolo particolare (...) » (T. Salmon, Venezia, 1733)

« Tous les voyages authentiques peuvent être considérés comme autant de traités de physique expérimentale. C’est dans cette source que l’histoire naturelle puise tous les jours des nouvelles richesses (...). C’est encore dans ces dépôts que le philosophe et l’homme de génie peuvent trouver les meilleurs matériaux pour former des systèmes ressemblants à la nature, pour lier ensemble et attacher à un même principe une chaîne de vérités, et rectifier par les faits les écarts de l’imagination (...). Plus on lit les voyages, plus on se convainc qu’il est dangereux de prétendre deviner la nature, et qu’il est plus sûr de l’observer (...). Embrasé de l’amour de la science et de la vérité, (l’auteur de ce journal) il s’engage dans les déserts sauvages d’Afrique » (A. Sparrman, Paris, 1787, Préface du traducteur français)

« Il a plû aux géographes de donner à l’Afrique la figure d’une pyramide irrégulière, dont la base qui regarde le Nord est baignée par la Méditeranée, une partie du côté Oriental par la Mer rouge, & tout le reste par l’Océan. Sa latitude des deux côtez de l’Equateur contient soixante & dix dégrez & demy. On la prend depuis le Cap de Bonne, vulgairement le Cap Bon, sur la Méditarranée, qui est par les 35 dégrez de latitude Septentrionale jusqu’à celuy de Bonne Espérance sur l’Océan, qui est par les 35 & démy de latitude Méridionale, ce qui luy donne quatorze cens dix lieuës de longueur du Nord au Sud, en comptant 20 lieuës au dégré. Sa longitude depuis le Cap Verd sur l’Océan Occidental, jusqu’à celuy de Gardafuy à l’embouchure de la Mer rouge, contient soixante & quinze dégrez, qui font quinze cens lieuës d’étenduuë de l’Occident à l’Orient (...). Il est certain que des quatre parties du monde l’Afrique est celle dont la circonférence est connuë aussi exactément que le dedans l’est peu ; ce n’est pourtant pas manque de gens qui en ont fait des descriptions ; anciens & modernes tous s’en sont mêmlez, & nous ont presque également mal réussi, parce qu’ils ont trop entrepris. Si tous ces Autheurs nous avoient donné chacun seulement vingt lieuës quarrées bien détaillées & bien circonstanciées, nous aurions à présent une connaissance parfaite de ce vaste païs, au lieu que leurs Descriptions, Relations, Mémoires, Histoires, Voïages, Observations & autres semblables écrits, n’ont fait que répandre des ténébres sur un païs qui pour estre presque tout sous la route du Soleil, n’en est pas connu plus clairement (...) » (J.B. Labat, Paris, 1728)

DECRIRE LES POPULATIONS DU SENEGAL

"UNE IDEE COMPLETE DE LA GUINEE"

Une exposition et un catalogue conçus par Riccardo Ciavolella et Valentina Mutti, à partir des oeuvres disponibles au Centre d'études d'archéologie africaine (CSAA) de Milan et avec le soutien de la Mission ethnologique au Bénin et en Afrique Occidentale (MEBAO)

Created By
Riccardo Ciavolella
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